Cursive: « Vitriola »

Groupe précurseur des sonorités emo / post-hardcore, souvent décrit à ses débuts comme proche des d’At The Drive In, Cursive a multiplié les pains tout au long de sa carrière, qui débuta au milieu des années 90s, à Omaha, dans le Nebraska. Un hiatus entre 1998 et 1999 permis à la troupe emmenée par le talentueux Tim Kasher de revenir plus inspirée que jamais, mettant un peu de piment dans ses compositions en y incorporant un violoncelle électrique. Bien que l’instrument ne soit pas au cœur des ambiances tourmentées que Cursive déploie avec brio sur un album tel que Ugly Organ (2003), il retient l’attention de l’auditeur curieux. La dernière décennie fut plutôt terne pour Cursive, incapable de livrer un album convaincant depuis Happy Hollow, sorti en 2006, ce huitième album, Vitriola, redore le blason d’une formation dont on attendait plus grand chose…

Quelle bonne nouvelle, l’inspiration est de retour ! Vitriola est un album sincère, franc et qui fait mouche, contant volontiers les malheurs du monde sur des compositions dissonantes et volontairement brinquebalantes. Le violoncelle un temps disparu, reprend sa place, pour donner un peu plus de relief aux complaintes de Tim Kasher. A la croisée des chemins entre emo et post-hardcore, Cursive livre des morceaux efficaces, à l’image de « Pick up the Pieces » ou du massif « Under the Rainbow », et réussi le pari de nous surprendre avec « It’s Gonna Hurt ». Les envolées de violoncelle, et de ce qui semble être un thérémin, nous transportent dans un univers tout à fait original.

Cursive joue de sa palette pour rompre la monotonie et dessiner des ambiances variées. Elles se font parfois lascives (« Remorse ») poussant l’auditeur à l’introspection. ou totalement contrastées par la rigueur hypnotique de riffs dissonants (« Ouroboros »). Vitriola fini par nous convaincre par un ultime brûlot indie rock (« Life Savings ») au refrain franchement entêtant, avant de s’éteindre après 7 minutes d’une complainte progressive résonnant comme un point d’orgue irréductible et quasiment pérenne (« Noble Soldier / Dystopian Lament »).

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Steady Hands: « Truth In Comedy »

Des cendres de Modern Baseball les différents membres du groupe s’émancipent chacun de leur côté. On avait vu Jake Ewald qui nous a présenté Slaughter Beach, Dog et maintenant, c’est au tour de Sean Huber, bassiste du groupe, de nous présenter son nouveau projet qu’est Steady Hands avec un nouvel album intitulé Truth In Comedy.

Sean Huber reste dans son élément en partant à la croisée de l’Americana et power-pop. Il en résulte des titres audacieux et racés comme l’introduction explosive du nom de « 40 Ox » mais encore les accents emo de « New Tattoo » et de « Indifferent Belushi » avec ses synthés reluisants.

Steady Hands n’a pas perdu la main en matière d’arrangements, qu’ils soient plus amples avec l’apparition de l’orgue sur « Drop D And Dance Beats » ou des cuivres sur « Saint Lucas » ou sophistiqués avec un solo de piano raffiné sur « Better Days ».

Ajoutons aussi les prestations vocales convaincantes de Sean Huber sur « No More Funerals » ou encore la conclusion bien pleine de densité de « Christmas At The ‘Vous ». Steady Hands n’atteint pas la grâce incarnée de Slaughter Beach, Dog,mais s’en tire avec les honneurs sur un opus riche en instrumentations en tous genres allant au-delà de l’emo.

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Cursive: « Vitriola »

Après quelques albums en solo ou avec son « autre » groupe, The Good Life, Tim Kasher est de retour avec son avatar originel, Cursive, et un opus, Vitriola, au titre on ne peut plus évocateur. « Originel » est un adjectif qui convient d’ailleurs très bien à l’album puisqu’il voit le combo revenir à un son qui était sa marque de fabrique, aux croisées du hardcore, de l’emo et de l’indie rock stricto sensu.

Des titres comme « Free To Be Me Or Not To Be You And Me », « Under The Rainbow » et « Remorse » sont toujours aussi explosifs et, comme chez beaucoup d’autres artistes, gravitent autour d’une stigmatisation de la présidence Trump. À cet égard,  Pick Up The Pieces » en est un exemple emblématique au même titre que un « It’s Gonna Hurt » où l’apparition d’un violoncelle dénote mais n’en est pas pour autant incongrue.

« Everending » et « Life Savings » sont, quant à eux, plus immédiats mais tout aussi véhéments tout comme « Life Savings» ou « Noble Soldier/Dystopian Lament » qui, concluent un album à mi chemin entre l’honorable et le bienvenu.

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Pinegrove: « Cardinal »

Cardinal, le deuxième album de ce groupe du New Jersey, est un disque dont la charge principale est l’émotion, assortie de ce dilemme existentiel qu’est prendre conscience de son âge qui avance et l’assortir d’une guitare dont la tonalité est celle d’un « twang » mélancolique.

Tout est livré ainsi au débotté , que ce soit un texte comme « Old Friends » ou une instrumentation où le rock indie flirte avec l’americana.

C’est un choix judicieux pour ce qui est d’évoquer ce crépuscule qui tombe de manière prématurée sur des humeurs qui ont nom angoisse et perte. La sixe cordes sur « Then Again » contient ainsi sauvagerie et délié, pureté et œil féroce tout comme « Aphasaia » qui en est une suite parfaite.

Pour s’extraire du désagrément, « New Friends » touchera le dernier point cardinal en clôturant le disque sur une note d’espoir plus soul ne serait-ce que pour capter une attention qui nous laissera cois et presque apaisés.

**1/2

The Desaparecidos: « Payola »

Treize ans après leur « debut album », ce collectif indie du Nebraska mené par Conor Oberst (Bright Eyes) sort enfin Payola, un disque raillant toujours la vie moderne des les banlieues US mais en lui ajoutant une dimension plus générale, comme pour donner au dédain qu’a le combo pour l’« establishment » globale.

Le résultat est moins cohérent thématiquement et il se veut d’ailleurs plus « fun », façon d’injecter un peu d’humour dans l’activisme qui préside au groupe. L’industrie musicale en prend pour son grade tout comme tout comme la culture d’entreprise (« Golden Parachutes »), le tout servi par une musique rageuse et des riffs incisifs.

Payola regorge d’hymnes engagés où les textes prennent aisément le pas (« The Underground Man » ou « Te Amo Camila Vallejo ») mais aussi de titres décisifs soniquement (« MariKKKopa » ou « The Left Is Right »).

On ne va pas se plaindre d’un combo qui sait véhiculer sa rage en lui donnant une facette plus articulée. On se réjouira plutôt que la musique « hardcore emo » soit capable de se focaliser sur autre chose que son nombril.

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Anderlin: « Lowborn »

Si il faut partir autant que ce soit avec style ; c’est peut-être ce que se sont dit les membres de Anderlin au moment où ils ont enregistré leur septième et ultime album, Lowborn. De retour sur leur label initial, Tooth And Nail, il semble que ça a été l’intention d’un groupe qui, tout au long de ses douze années d’existence, s’est efforcé de maintenir une certaine attitude rock, à mi chemin entre la new wave et le screamo.

Le titre d’ouverture, « We Are Destroyer », a d’ailleurs cet héritage mais le groupe sait, graduellement, s’en défaire pour aborder des territoires plus calmes et subtils dès « Strange Ways » dont la cadence, plus mesurée, permet à celui qui s’en imprègne de s’approprier l’humeur de la composition (invariablement celle d’un être épris se mourant de se rappocher de son objet d’amour) et de faire coïncider tonalité et textes.

C’est ainsi que doit être perçu Lowborn, un aller-retour entre colère (un « Stranger Ways » explosif) et climats apocalyptiques impossibles à contrôler comme sur le bien nommé « Armageddon » ou « Losing It All » qui, tous deux, ambitionnent de nous rappeler qu’iil y a une fin à tout. On ne peut s’empêcher de penser alors que, passant de la déclamation théorique à quelque chose de plus personnel, le groupe fait le constat de ces douze années de perdues puisqu’il a décidé de se séparer.

Concrètement, chacun de ses membres a accepté un défi : celui de s’enregistrer lui-même comme pour faire un pied de nez au destin. Le résultat est à la hauteur puisque textes et vocaux se mêlent avec fluidité sans qu’on ait la sensation de subir un discours didactique. Chaque morceau entraîne l’envie d’accéder au suivant ce qui n’est pas une mince affaire quand on s’essaie à conceptualiser une œuvre.

Il n’y aura rien ici qui décevra les fans de la première heure, si ce n’est le regret que l’aventure se termine, quant aux autres, ile ne pourront que regretter amèrement s’arriver si tardivement à une « farewell party » en forme de doigt d’honneur parce que jamais elle n’aurait eu lieu d’exister.

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Taking Back Sunday: « Happiness Is »

Taking Back Sunday étaient indubitablement des stars dans la scène « emo rock » du milieu des années 90. Le défi, désormais, est de pouvoir être en mesure de faire résoinner quelque chose dans une audience qui a, depuis, vieilli ou évolué vers d’autres choses.

Happiness Is est leur sixième album et le premier où le groupe est réuni sous son line-up original ainsi que celui qui le voit wsigné sur un label indépendant. TBS vont nous délivrer le même chose (de gros sons rock) d’une manière différente (les titres semblent plus ancrés sur le sol et organiques et moins véhiculés par l’émotion) ce qui, quelque part pour eux, est signe de maturité.

Pour signifier ce changement le disque va d’ailleurs débuter sur quelque chose d’inédit chez eux, un prélude plein de violons et autres sonorités qui va introduire le « single », « Flicker, Fade » un

choix assez étonnant car il est construit sur tout sauf un format de chanson rock.

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Le disque va même côtoyer des territoires où le « fun » sera de rigueur avec « Stood A Chance » et ralentira le tempo avec des petites ballades comme « All The Way » ou le nostagique « We Were Younger Then ».

L’adrénaline sera, bien sûr, toujours présente, mordante et saisissante sur « Beat Up Car », d’une puissance enchanteresse sur « Better Homes And Gardens ». On retrouvera donc un belle dose de ce que le groupe sait si bien faire, des titres de « anthemic rock » mais ces compositions stadium ne sont plus comme celles que l’on auraiet écrites dans ses 20 ans. Taking Back Sunday ont une vie bien réelle à assurer désormais et Happiness Is en est le signe. La frustration qui régnait dans les vocaux de Adam Lazzara et Jon Holan, respire encore ; elle a tout simplement acquis une nouvelle facette quand on arrive au stade d’une trentaine déjà entamée.

guitareguitare1/2

The Kickdrums: « Thinking Out Loud »

The Kickdrums fait partie de ces ensembles composé d’un seul homme, Alex Fitts, et aussi de ces musiciens qui ont la tentation de mêler hip-hop et alt-pop. C’est un exercice qu’il pratique depuis longtemps (collaborations avec Kayne ou Kid Cudi) et sur ce premier album qui suit une série de EPs, l’exercice n’est pas vraiment loupé tant Thinking Out Loud parvient à rassembler plusieurs éléments en apparence hétérogènes ent sonnaont à la fois « emo » et punk-pop tout en y mixant une dose qui rappellerait un Beck plus « heavy » et moins désinvolte.

Sa voix, assez neutre, est rehaussée par des textures de claviers parfaitement mis en place, des rythmiques assez « punvhy » et couches après couches de guirtares pour obtenir un son qui tiennen la route techniquement.

Certaines des compositions bénéficient d’un traitement intéressant, « Can’t Hide LOve » par exemple avec ses breaks et l’essor de ses chorus, « I Know » avec ses beats hystériques et son riff de blues-rock ou « Fake Guns » dont l’énérgie est contrebalancée par un chorus « fun »..

Le morceau phare sera pourtant « Atonement » qui ouvre l’album et qui figurait déjà dans un EP avec des vocaux qui, pour une fois, des détachent du lot. Ajoutons quelques instrumentux , une instrumentation variée et électronique et une production plutôt hip-hop et on obtient un album qui offre par moments des riffs suffisamment fort pour propulser Thinking Out Loud où les désagrément n’obèrent pas la qualité de certains « beats ».

★★½☆☆

Owen: « L’Ami du Peuple »

Le terme « emo » évoque ces teennagers qui, même passé l’âge, ne peuvent se destiner à abandonner leur rébellion adolescente. Sur ce nouvel album sous le nom d’oWen, Mike Kinsella va continuer à élaborer autour de ce genre, lui apportant une touche de maturité gracieuse souvent manquante chez ceux qui sont sur ce registre.

Tout au long de L’Ami du Peuple, il va donc méditer sur ce qu’est la douleur, admettre qu’il est en pleine confusion mais, plutôt que de s’y complaire, va en chercher le contraste, le contraire.

Comme toujours Kinsella va se révéler articulé, réfléchi et comme investi. Il est vrai qu’une assez longue carrière à Chicago (Cap’n Jazz, Joan of Arc ou Owls dans lesquels il jouait toujours aves son frère) ainsi que le fait d’être père et d’atteindre 40 ans lui permet de regarder autour de lui et de dresser un bilan personnel.

Sur « Love Is Not Enough » il va soupirer sur ce constat que certains gens abandonnent et que des bonnes pomme vont pourrir signe de ce changement qui se manifeste aussi musicalement avec l’introduction d’un peu d’électronique et de cordes donnant épaisseur à son style acoustique.

L’Ami du Peuple va donc résonner entre deux pôles : l’affliction sera toujours présente (« Who Cares » avec se guitare sinueuse qui semble vouloir opérer une perfusion, « Bad Blood » un morceaux aux accents bruts parlant de dislocation émotive ou le hanté « Blues to Black » et son introspection perçante sur le temps qui passe et l’amour qui s’en est allé.

L’autre versant du disque sera constitué des réponses qu’il a trouvées. Il devient crooner sur « Vivid Dreams » évoquant la cristallisation de ces moments où la douleur a fait place à la rémission et, à l’intérieur même des morceaux où semble oeuvrer le désespoir, il pavien t à glisser quelques interstices où le répit se fraye un chemin et où le doux amer semble faire envoler le voile de tristesse qui enveloppe « Bad Blood ».

L’Ami du Peuple se révèle bien être ce qu’il proclame ; il fond de sensibilité et non de sensiblerie et, ne verse pas dans l’acrimonie mais dans l’empathie. C’est un disque de vétéran faisant partager la lumière qu’il aperçoit au bout de son tunnel.

★★★½☆