Plans: « Get The Bad Out »

La scène emo américaine a fait naître un bon nombre de groupes. Plans en fait partie et il vient d’Indianapolis. Son premier album se nomme Get The Bad Out et il se situe dans cette mouvance avec douze titres explosifs, fougues et pleins d’une hargne à peine tempétrée.

On notera l’introductive « The Rent’s Due » ou les morceaux implacables que sont « Rose Island », « Bicycle Club » et « Unholy Medicine » tous riffs de guitare et sythmiques en griffes sorties dehors.

Comme l’indique Get The Bad Out, Plans extériorise ses maux les plus profonds afin de les exorciser une bonne fois pour toutes. Ce n’est pas pour rien que des morceaux explosifs à l’image de « Little Bird », « Warm Hamm’s » et de « Track 3 » viendront remettre le couvert. On appréciera également cette énergie constante du début à la fin avec « Vesuvius » et « Borrowed Time ».

Get The Bad Out offre magma sonique redoutable qui n’est pas loin de friser le remarquable.

***1/2

Wives: « So Removed »

Wives commentent les angoisses quotidiennes d’une génération qui a fait ses débuts en ayant à frapper fort, et c’est au travers de cette expérience qu’est né So Removed, un album qui vise à, selon leurs mots, « plonger dans ce vide de l’inconnu,cet enchevêtrement où terreur et optimisme contemporain cohabitent » C’est un album qui donne à l’auditeur un sentiment d’espoir, de clarté et de légitimité.

Chanter ses problèmes, décrire ses maux, couloir les résoudre en sachant que, si mieux il y a, il ne sera que ponctuel ou circonstanciel est une manière de jeter un regard troublant et sombre sur la condition humaine, mais aussi sur ce que cela signifie de rejeter la spiritualité, dans « Waving Past Nirvana ». Ce titre est la première chanson enregistrée par le groupe, avec Jay, Adam Sachs, Andrew Bailey et Alex Crawford qui ont formé Wives sur un coup de tête. Le titre est une façon intelligente de prendre un sentiment de désespoir, de vivre sa vie selon ses propres termes, et ce sera une première chanson appropriée pour donner le ton de ce que sera le reste de l’album.

Avant de former le groupe, ses membres avaient tous été impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans la scène DIY de New York. Leur attitude envers l’expérimentation de leur son les amène à enregistrer d’autres titres tels que « Hideaway » et « The 20 Teens ». So Removed reflète ainsi leur détachement, fruit de leurs expériences personnelles, ce qu’ils qualifiant d’ « autobiographie spéculative ». Cela sera conformémént posé, et l’album se comportera comme prévu.

Des titres comme  « Workin » et « The 20 Teens » confrontent ce que cela signifie de vivre et de combattre la vie de tous les jours. L’introduction cinématographique de « Workin’ » crée le suspense, préparant l’auditeur à un commentaire sur la vie professionnelle et l’impact du capitalisme sur les gens de la classe ouvrière. Titre le plus long de l’album, il pousse l’auditeur à entendre ses critiques sans complaisance de l’exploitation moderne. « The 20 Teens » se veut une exploration des années 2010. C’est un titre plus positif que ses homologues, mais qui n’hésite pas à s’éloigner des thèmes récurrents du disque. « Hit Me Up » s’y juxtaposera, racontant l’histoire d’un vieil homme naviguant dans un New York qu’il ne reconnaît pas. C’est abrasif et plein des divagations d’un homme qui a perdu le contrôle de son environnement.

So Removed n’est pas un début parfait. Il y a des quasi-accidents avec des titres comme »Sold Out Seatz » et « Hideaway », ce dernier impliquant un style familier et utilisé à plusieurs reprises, s’éloignant des sons plus individuels exprimés dans les chansons plus intéressantes de l’album. Ces morceaux ne semblent pas avoir l’impact généré par les moments précédents. 

Cependant, la dernière chanson, « The Future Is A Drag », sera importante – sa mélodie mélancolique relie le disque, résolvant les problèmes posés par les moments les moins fondamentaux et recentrant le message dominant. C’est une piste lente, et ça ressemble presque à quelque chose sur lequel on aurait plaisir à danser lors d’un bal de fin d’année au lycée. Il possède, toutefois, une approche ludique sur les erreurs faites et la spéculation autour du pessimisme, les dernières secondes transmettant un son hérité des années 80 et une interruption sonore abrupte. Ce sera une fin calme appropriéeà une collection de musique qui n’a pas son pareil pour être émouvante.

****

Chastity: « Home Made Satan »

Brandon Williams est de retour avec son projet Chastity qui lance un deuxième album en deux ans. En 2018, la formation avait proposé Death Lust, son premier album qui tirait des influences des Deftones et du rock emo plutôt artistique. Ses paroles racontaient les tribulations d’un jeune homme issu d’une banlieue canadienne.

Chastity en remet sur Home Made Satan, mais prend cette fois une avenue un peu plus pop pour livrer ses chansons. Ce qui ne veut pas dire que les moments bruyants sont complètement absents de cet album, mais c’est beaucoup moins lourd que le précédent.

« Sun Poisoning » est, à vet égard, un excellent exemple d’une certaine lourdeur rock que Chastity réussit à conserver tout en livrant le tout avec une sensibilité pop accrue. Ce qui n’est pas le constat qu’on fait sur « Flame »s alors que le côté indie-rock et pop prennent entièrement le dessus. Par contre, la mélodie de Williams est franchement efficace. Même son de cloche du côté de l’excellente « The Girls I Know Don’t Think So ». Celle-ci est un appel à l’ouverture d’esprit et à un peu plus de douceur entre les humains.

On retrouvera les thèmes qui lui étaient déjà chers sur Death Lust. La bataille constante contre l’anxiété, la quête du bonheur quasi impossible et la condition humaine en général. Il se fait aussi acerbe sur « Dead Relatives », une pointe directe à la droite conservatrice.

Last Year’s Lust est une pièce sur le combat contre la peur d’être soi-même et une célébration du besoin de prendre du temps loin du reste de la société. Au final, ce qui semble primé un peu partout sur Home Made Satan, c’est cette idée de besoin individuel et de respect de soi. Chastity est un artiste à surveiller si vous aimez le rock emo.

***1/2

Somos: « Prison On A Hill »

Ce troisième album des ultra-talentueux Somos n’aurait dû sortir qu’en Octobre. La disparition tragique de leur guitariste a précipité la sortie digitale de Prison On A Hill, pour financer les funérailles de ce dernier. Un très beau geste de la part du label, et un hommage avec les derniers morceaux qu’il a aidé à composer. Somos a un son bien à lui, à base d’emo-rock, de pop-punk et d’indie-rock. Son prédécesseur, First Day Back, a été couronné de succès (en tout cas de la part des critiques). Prison On A Hill suit la même tendance en étirant les morceaux (sur le précédent, seuls trois titres dépassaient la barre des trois minutes) et y ajoutant des synthés qui fleurent bon la new wave. C’est bien simple, sur les 47 minutes que durent le disque, aucune n’est à jeter.

Emotions à fleur de peau, refrains addictifs passages atmosphériques, un travail magnifique sur les guitares et claviers, et une avalanche de tubes plus tard, le constat est simple : Prison On A Hill est le meilleur album de Somos. On pourrait aisément disséquer chacun des morceaux, tant ils regorgent de détails, de passages où on prend le temps de poser les ambiances sans se donner de limites. Et que dire de cette voix, proche de Morrissey ! Du tube « The Granite Face » en passant par « Absent and Lost » et son synthé énorme et cette basse qui cogne, ou encore faire un détour par la superbe  » »y Way To You » qui démarre tout en douceur avant de lâcher les chevaux et finir par le morceau le plus rentre dedans « Dreamless » (quelle baffe !). Le désormais trio déborde de créativité et on sent que la bande a mis tout son âme dans ce disque qui estun petit chef d’œuvre d’emo-rock à ne manquer sous aucun prétexte.

****1/2

Strand of Oaks: « Eraserland »

Timothy Showalter continue de gravir les échelons à chaque album. En empruntant le pseudonyme Strand of Oaks, on avait laissé notre musicien adoré de Philadelphie avec un Heal touchant en 2014 et un Hard Love de très bonne facture trois ans plus tard. Mais quelque chose nous fait penser qu’avec son nouvel album Eraserland peut être considéré, à cet égard, comme une tentative d’atteindre un nouveau zénith.

Strand of Oaks a la particularité d’être placé entre Kurt Vile et The War on Drugs en raison de la fusion entre indie folk et southern rock à teneurs sntimentales. Showalter continue dans cette voie en y plaçant le curseur émotionnel au maximum. Avec l’aide du groupe My Morning Jacket il joue sur notre affect avec des compositions quasi-théâtrales mais émouvantes comme l’introduction majestueuse qu’est « Weird Ways » ou autres « Keys » et « Visions ».

Tout au long d’Eraserland, Strand of Oaks est en quête de rédemption et il le fait d’une sobriété éclatante. Que ce soit sur les ascensions dignes de Bowie qu’est « Hyperspace Blues » ou les influences dignes de Crazy Horse sur l’émouvante conclusion « Forever Chords », la rencontre entre Timothy Showalter et My Morning Jacket donne naissance à un moment d’exception. Au milieu de ces titres flamboyants et sentimentaux comme « Moon Landing », le natif de Philadelphie est beaucoup plus poignant sur cette ballades guitare acoustique/voix qu’est un « Wild and Willing »où il fait preuve d’une lucidité rare dans sa volonté d’avoir une vie paisible à l’approche de la quarantaine.

Strand of Oaks vient de signer son disque le plus émouvant et le plus audacieux de sa discographie. Il ne fait aucun doute que le natif de Philadelphie et le groupe de Louisville ont réussi à trouver une synergie plus que redoutable qui fait de ce Eraserland un ascenseur émotionnel redoutable et unique.

***1/2

Spielbergs: « This is not the end »

On aurait tort de croire que ce combo est Américain mais, malgré son patronyme, et la musique qu’il déverse sur This is not the end ,Spielberg est un groupe norvégien, de celui qui aura bien biberonné au rosk alternatif US qui sait impeccablement nous distiller des titres qui, hormis, une plage de 7 minutes, ne traînent pas en longueur et ont le mérite de la concision efficace.

Variations des tempos, solos lumineux Spielbergs est en plus l’exception qui confirme la règle que pour ce genre de musique et d’album, il faut faire court ; 49 minutes, ça va, les gars n’en ont pas été avares.

Parmi les temps forts, on a « Five on it » qui transpire le Dinosaur Jr, « Distant star » et son côté hymne héroïque eighties, « We are all going to die » et son terrible gimmick de batterie, la survitaminée « Bad friend », le très efficace single « 4 A.M. », la semi-ballade « Forevermore ». Le groupe a récemment été désigné comme l’une des formations à suivre : pas étonnant quand on prenne en compte tous les bons moments dqu’il nous réserve. Reste à espérer qu’il ne se contentera pas de rejouer indéfiniment le même film et conservera intacte sa fougue à l’avenir.

***

Pianos Become The Teeth: « Wait for Love »

Ce quatrième album de Pianos Become The Teeth poursuit la mue effectuée avec leur arrivée sur un nouveau label : oubliés le screamo et les mouvements rageurs, le groupe se consacre désormais à un rock plutôt émo agrémenté de longues plages contemplatives dignes d’un post-rock chanté. La distorsion choisie pour les guitares caresse les oreilles, majestueuses et douces, elles cajolent plus qu’elles ne bousculent. Parfois, le rythme s’accélère mais le chant de Kyle Durfey tempère les ardeurs et recouvre de ouate l’atmosphère. Le travail de production de Will Yip est, à cet égard, très soigné sait très bien mettre en avant leus talents dePianos Become The Teeth

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Les musiciens de Baltimore arrivent à écrire de jolies chansons hors des canons habituels avec des ambiances particulières, rapidement installées et aussi vite remplacées par d’autres sans que l’auditeur ne se perde, tant la teinte de cet album reste, malgré le défilement des titres. Si on est en quête d’un album de rock électrique et capable de de prodiguer tranquillité, ce Wait for Love fera l’affaire.

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FEVER333: « STRENGTH IN NUMB333RS »

Après un premier EP, FEVER333 remet le couvert avec STRENGTH IN NUMB333RS, leur « debut album ». Pour rappel, le line-up de la bande, c’est un peu le all-star band de l’emo/hardcore déjanté avec Jason Butler de Letliv., le guitariste de The Chariot et le batteur des fabuleux Night Verses. Et puis, pour couronner le tout, aux manettes de ce premier effort, on retrouve John Feldmann et Travis Barker. Et dès les premières notes, la production est énorme et met en valeur toutes les facettes de la bande : explosif et propre. De l’émo, du néo-metal, du hip-hop, vous entendrez tout ça chez FEVER 333, un opus chaotique mais ultra accesssible.

« Burn It » démarre sur les chapeaux de roue avec un riff digne de Rage Against The Machine pour arriver à un refrain emo en diable et surtout addictif en diable. La suite navigue entre passages hip-hop (« Animal », « One Of Us »), passages electro (la douce « Inglewood/3 »), post-hardcore (« Out Of Contro/3 »l et « Prey For Me/3 » qui renouent avec le Letlive.des grandes heures).

La folle ballade qu’est « Am I Here » prenra bien soin à proposer des refrains accrocheurs au possible quitte à empiéter sur les plate-bande de Linkin Park à certains endroits (le refrain de « The Innocent »’’ ou encore le final « Coup d’Etalk »).

Au final, on ne pourra que s’incliner devant les forces en présence et écouter en boucle cet album à la fois novateur et accessible d par sa section rythmique, ses riffs démentiels, ses mélodies imparable et ses vocaux ahurissants. La moindre des choses eu égard aux CVs le ses membres.

***1/2

American Football: « American Football »

American Football fut un des premiers groupes à populariser le genre emo, et ce bien avant des groupes comme Jimmy Eat World Le quatuor de Chicago avait fait sensation en 1999 avec un premier album éponyme et, suite à cela, s’était séparé. Ses membres n’ont pas chômé pour autant ; Mike Kinsella, chanteur-guitariste a connu une carrière solo prolifique avec un side-project, Owen, qui n’a pas rencontré le succès escompté et les autres membres du groupe se sont lancés dans l’aventure The Geese.

17 ans plus tard, le quatuor a décidé de se réunir et de repartir à l’aventure avec un second album, éponyme lui aussi, afin de montrer qu’ils restent toujours les pionniers de l’emo.

« Where Are We Now ? » se questionne Mike Kinsella dès les premières écoutes de ce second opus. 17 ans après, rien n’a changé pour American Football: on retrouve les notes de guitare limpides, les mélodies hypnotiques et cette douce nostalgie qui plane à travers ces neuf nouveaux titres. Les amateurs du genre apprécieront à coup sûr les rythmes en 4/4 de « Home Is Where The Haunt Is » et autres « I’ve Been So Lost For So Long ».

En 37 minutes, on aura ainsi l’intime conviction qu’American Football a toujours quelque chose à dire et c’est ce qui fait plaisir à entendre. Mike Kinsella et ses compères affichent, en effet, une certaine sérénité lorsqu’il s’agit d’embarquer ses auditeurs dans des ballades quelque peu renversantes à l’image de « Born To Lose », « Give Me The Gun » et « I Need A Drink (Or Two Or Three) ».

Si l’on ajoute une production beaucoup plus chaleureuse et profonde qu’auparavant (l’influence de The King Of Whys n’est pas très lointaine), il y a de quoi se réjouir de cette reprise d’activité. Il suffira d’un dernier solo de trompette du batteur Steve Lamos sur la conclusion « Everyone Is Dressed Up » pour clore en fanfare cette cérémonie de retour plutôt bienvenue et tout sauf intempestive.

***1/2

Weathered: « Stranger Here »

On peut être séduit par la forme d’un disque tout en étant peu réceptif à son message. Stranger Here, premier album des Américains de Weathered, est de ces disques qui peuvent laisser circonspect. En effet, leur rock alternatif avec une point d’emo est vraiment bien foutu. Une voix simple et juvénile qui charrie les émotions, une formule guitare – basse – batterie qui n’en fait jamais trop mais connaît assez son ouvrage pour nous emmener où elle veut sans efforts, des mélodies douces-amères comme on les aime, des moments plus enlevés, d’autres plus calmes.

Stranger Here  n’est pas un album ultime, comme ceux qu’on attend depuis des lustres car il émanerait d’un groupe en pleine progression. Mais il est de ceux qui insufflent de l’espoir aux petits groupes et aux musiciens du dimanche ; avec pas grand-chose, on peut accoucher d’un vrai bon disque.

Le hic, ce sont les textes, chargés d’une foi un peu encombrante pour qui n’en a cure. Ce qui est beaucoup plus gênant, par contre, c’est les entendre chanter certains titres avec conviction. Bien sûr, Weathered ne passe pas son temps à louer le seigneur, mais c’est un détail qui n’en est pas toujours un. Ce qui ne doit pas vous empêcher d’apprécier ce disque à sa juste mesure, et des titres aussi bons que « Lying in wait », qui fonctionne impeccablement en matière d’épiphanie.

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