Long Arm: « Silent Opera »

Le Russe Long Arm n’a pas son pareil pour composer des musiques à forte densité émotionnelle à partir de « samples » tirés de vieux vinyles.

Son précédent album, Darkly, contenait avec des morceaux tirés de bandes sonores de films noirs et on retrouve ici Georgy Kotunov dans sa dernière production où figure cet assemblage toujours aussi majestueux d’échantillons sonores venus de divers horizons.

Qu’elle soit jazz ou classique, la musique échantillonnée par ce pianiste de formation donne vie à des morceaux à forte densité cinématographique, d’une beauté et d’une profondeur indéniable, révélant chez l’auditeur des émotions fugaces. Sans aucun doute l’un des albums majeurs d’un genre où trônent des musiciens comme Kid Koala, Amon Tobin, DJ Shadow ou Cinematic Orchestra ; des artistes dont il est le digne héritier.

***1/2

Anna Morlay « Water Door »

Un petit air de trip hop ambient avec une touche internationale mélangée en un seul, c’est la musique que nous a apportée la multi-instrumentiste Anna Morley. Elle est originaire d’Australie mais est actuellement basée à Berlin, ce qui ajoute peut-être à ses sonorités exotiques uniques. Water Door est son deuxième album complet, et elle et plusieurs autres musiciens ont mis deux ans à terminer. L’effort et l’attention au détail sont apparents tout au long de l’album, car chaque chanson est construite à partir de nombreuses couches de son magnifiques et complexes, qui s’écoulent toutes doucement dans une piscine de sons intrigants et apaisants.

La première chanson de l’album vous place en plein dans le monde d’Anna, il y a un son vocal sinistre mais très attrayant, sons accentuent les rythmes de la chanson et vous bercent presque vers un autre monde. Le deuxième morceau, « Not Letting Go » est un peu plus lent en tempo et a une construction progressive jusqu’à ce que le chant soit introduit. Ce morceau me rappelle vraiment les chansons de trip hop sensuelles de la fin des années 90 ou du début des années 2000 ; des groupes comme Hooverphonic, Massive Attack et Portishead.

Parfois, on peut entendre une influence indienne dans la musique, car il y a beaucoup de sons de cloches et de tics d’instruments funky. La chanson « Gnossienne No.1 » rocure ce genre de sensation ; elle sonne aussi comme un morceau de film policier parce que la chanson est juste remplie de chaos non découvert et d’interrogations prudentes. Le chant répète un refrain qui semble ne faire qu’un écho dans une ruelle sombre et attirer tout passant curieux.

Chaque titre de Water Door a son propre son unique qui imite un monde d’intrigue, de mystère, de curiosité et d’opportunités étranges. Les voix qui sont méticuleusement placées à l’intérieur des chansons sont très convaincantes et mettent en scène la scène alors qu’elles flottent sur la toile de fond des effets sonores et des rythmes uniques. La production de cet album est louable car le son et la structure de chaque morceau sont de grande qualité. C’est une écoute excentrique et une excellente façon de se détendre ou d’ouvrir les portes de sa conscience.

***1/2

Warmth: « Wildlife »

C’est dans la toute relative fraîcheur du soir, tandis que le thermomètre atteint péniblement Aprçs la violence du précédent opus, il fallait peut-être un disque introspectif, lent, beau, bref, de l’ambient chaleureux plutôt que sauvage. Un ambient qui capte à merveille l’ambiance de la nature.

Ici c’est une forêt, ou bien l’évocation de la force vive contenue dans la terre, jusqu’à cet ours, entraperçu furtivement et qui constitue une rencontre qui change n’importe qui. C’est reposant, c’est propice à tellement de choses et fertile  pour l’esprit.

***

Sarah Louise: « Nighttime Birds and Morning Stars »

Sarah Louise continue son petit bonhomme de chemin tranquille et impressionne à chaque disque. La chanteuse et guitariste originaire de l’Asheville nous propose une musique toujours aussi spirituelle et intense et c’est dans cette optique qu’elle surfe de nouveau avec son nouvel album intitulé Nighttime Birds and Morning Stars résolument envoûtant.

A mi-chemin entre folk psychédélique, new-age et ascensions jazz spirituelles, Sarah Louise nous déconnecte du monde réel avec ces huit nouvelles perles venues d’ailleurs. Le voyage débute par une introduction nommée « Daybreak » et suivi de très près par un « R Mountain » presque extra-terrestre où la guitare acoustique de 12 cordes laisse place à une guitare électrique et de quelques bruitages bien extérieures. Quoi qu’il en soit, ce Nighttime Birds and Morning Stars nous réserve une multitude de surprises.

Toujours en surfant sur la vague des Appalaches, la native d’Asheville sait concilier l’harmonieux et le dissonant. Que ce soit sur « Rime » où l’on croit entendre le son du gamelan ou encore sur des bidouillages électroniques quelque peu dérangeantes sur « Ancient Intelligence », Sarah Louise arrive à nous étonner par son flot d’intensité. On n’est jamais au bout de nos surprises surtout à l’écoute des ambitieux « Swarming At The Threshold » et « Chitin Flight » sans oublier son final mémorable pour placer notre hôtesse dans le rang des musiciennes les plus prometteuses et talentueuses de ces derniers temps.

****

Moses: « New Mood »

Ce disques de 2017 était injustement passé sous les radars. New Mood est un opus de tradition rock et post rock, d’honnête facture, et tout emprunt de cette mélancolie qui colle à la peau des groupes du genre.

Chansons un peu triste sans être larmoyantes, gimmicks dignes de Foals, ceux de la bonne période, et indubitablement, une envie certaine, qu’on retrouve sur toute la longueur de l’album.

Celui-ci n’est, certes pas, l’étendard du renouveau de genre, mais il n’en ai pas moins un disque de bonne facture porté qu’il est par des musiciens inspirés. Très voisin de l’ambient, il prodiguera une pause de tranquillité tout aussi nécessaire que bienvenue.

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Ferdi: « All One »

Pas d’étiquette stylistique ; c‘est ce qu’on pense des productions de Ferdi Schuster, qui aligne avec All One 11 excellents titres, dont deux déjà publiés dans le précédent EP Little River, qui avait fait parler de lui avec le flot de « Little River, » sa guitare rythmique, et un « Befreit » chaleureux en diable.

Le multi-instrumentiste allemand crée un univers très personnel entre folk douce sous acide, soul jazz vaporeux, toujours très chaloupé et swingant (« Thinking of You », « One Happy Day, » « The good Fight »).

Un orgue synthétique – aux accents parfois nasillards évoquant quelque lointain instrument folklorique, des jeux de guitares acoustique et électrique qui tricotent des mélodies inspirées des grandes heures d’une bibliothèque du rock psychédélique. On terminera avec le superbe « Night Talk », morceau idéal pour une soirée embrumée.

***1/2

Corey Fuller : « Break »

Moitié de Illhua aux cotés de Tomoyoshi Date, Corey Fuller est un artiste qui sait multiplier les expériences au gré de ses nombreuses collaborations, de Ryuichi Sakamoto en passant Taylor Deupree (qui a sublimement masterisé l’album), Stephan Mathieu, Marcus Fischer, Chihei Hatakeyama et bien d’autres encore.

Avec Break il s’impose en maitre de cérémonie de l’intériorité, parcourant chaque pore de notre peau pour y déposer un large éventail de sensations à la délicatesse funambule.

Les strates se croisent et s’imbriquent pour élaborer des paysages sonores gorgés de lumières mélancoliques. Corey Fuller entraine nos sens dans un canevas de mélodies nuageuses à la densité flottante.

L’ensemble résonne comme un mantra ambient aux flux et reflux rêveurs, déployant leurs ondes hypnotiques sur des pianos aux rondeurs captivantes, laissant les notes étendre leur humanité sur des tapis de velours cousus de fil d’or. Un opus à la beauté aérienne et aux atmosphères subtiles, gorgées d’une spiritualité tourbillonnante. Intense et addictif.

***1/2