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Antwood: « Delphi »

Delphi est le troisième album d’Antwood (anciennement Margaret Antwood), alias du Canadien Tristan Douglas. Remarqué depuis ses débuts par des magazines prestigieux tels que Vogue ou The Wire, l’artiste propose une musique électronique aventureuse. On nage ici dans des eaux expérimentales et déroutantes, où l’intimiste côtoie l’extravagant, l’archaïque le moderne.
Douglas a été épaulé par sa compagne Olivia Dreisinger, et ils ont développé ensemble le personnage d’une jeune fille prénommée Delphi. Ainsi, la vie de l’adolescente n’est sans doute pas un long fleuve tranquille. Le cortège des émotions l’assaille face à notre monde contemporain de plus en plus déstabilisant, sombre, malsain. On sent poindre la nostalgie de l’enfance, un âge d’or fantasmé faisant écho à l’image de la Grèce antique et à son oracle de Delphes. Cette volonté de retrouer ses origines est prégnante sur « First Delphic Hymn (to Apollo) », titre mystique de musique grecque ancienne ; la mythologie est suggérée.

Notons que les morceaux calmes donnent la pleine saveur à cet opus chamarré, mais inégal par bien des aspects. Si l’intro nous réjouit avec son synthé mystérieux et sa ritournelle onirique que l’on entendra ailleurs, l’ambiance est gâchée dès « Club Dread », tout en agressivité electro, une dance démoniaque, violente, tendue. Cette débauche est malheureusement répétée et altère le propos musical. Néanmoins, le portrait de cette créature est complet, ce qui implique errements chaotiques (« Delphi », « Portal »), douceur élégiaque (« A Hostile Message», « Delphi’s Song », « Ecstatic Dance »), mais aussi dimension spirituelle (cf. l’exotique « Castalian Fountain » ».
Une disparité forte s’exprime donc tout au long de ces treize plages au niveau stylistique. Des éléments classiques parsèment cette œuvre, qui s’opposent à un son club, virant parfois au trip-hop (« Queasy ») et au hip-hop (« Cave Moth »). Souvent sombre, parfois lumineux (« Healing Labyrinth »), Delphi est un disque complexe, qui nécessitera sans doute plusieurs écoutes avant qu’on se l’approprie pleinement.

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12 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Baltra: « Ted »

 

Dans le rayon des nouveaux talents électroniques, on peut également citer Michael Baltra. Le DJ/producteur new-yorkais fait parti des découvertes qui sont prêts à faire un grand bruit grâce à son univers musical house lo-fi aux côtés de DJ Seinfeld résolument attachant. On en veut pour preuve son tout premier album intitulé Ted.

Attachant tout simplement parce que Baltra a décidé de puiser son inspiration à travers sa vie personnelle. Le nom Ted lui paraît familier car il s’agit du nom de son père décédé durant la conception de ce premier opus qui lui permet de faire un deuil en musique. Voici donc quinze morceaux aussi bien rythmés que délicieusement mélancoliques à la croisée de la house lo-fi, ambient et sonorités jazz comme les immersifs « Flashback » qui ouvre le bal mais également « Supreme », « Bankrolls » ou encore « This Is The Last Time, I Promise » où le new-yorkais ouvre les portes de son jardin secret.

Ted comprend un hommage des plus touchants sur le « Ted’s Interlude » qui compte un sample d’un des morceaux de son défunt père. On voit donc Baltra arpenter différents chemins avec plus ou moins de succès avec le jazz sur « Rue des Sablons », la vaportrap sur « In The Mist Of Lovers Past » ou encore la drum’n’bass sur le dispensable « How Does It Work ? ». Mais la plupart du temps, le DJ new-yorkais réussit à nous envoûter que ce soit sur la sublime collaboration avec la DJ coréenne park hye jin sur la house old-school « Ahead Of Time » ou sur des influences dignes de Burial avec « Study Of You ». Ce qui donne un premier album authentique et gentiment bouleversant qui ira propulser le producteur au rang des talents prometteurs du moment.

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9 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Michael Cutting: « Stills »

Le bruit par lequel est introduit Stills de Michael Cutting est un son immédiatement reconnaissable pour la plupart des gens qui ont plus d’un certain âge ou qui aiment jouer avec des équipements audiovisuels plus vieux qu’eux : c’est le son d’un bouton en métal ou en plastique de la taille d’un doigt appuyé et qui engage mécaniquement une sorte de processus de lecture. Dans ce cas, à en juger par les images de l’album et aussi par la façon dont il sonne, le bouton appartient probablement à un lecteur de cassette modifié, un projecteur ou un autre appareil de lecture de bandes ou de films à roulette et autres pièces mobiles. Cutting est la moitié de Kinder Meccano (l’autre moitié étant Vitalija Glovackyte), et l’intérêt pour le bricolage, l’électronique modifiée et adaptée déborde de ce projet dans son travail solo. Stills est plus ciblé, cependant, impliquant surtout des manipulations de lecture de bandes.

Ce cliquetis est suivi d’un silence, puis de doux sons tourbillonnants, sonnant dans le timbre, bouclant, s’entrechoquant rythmiquement et s’entrechoquant l’un sur l’autre. C’est un mélange à la fois étrange et familier, apaisant et anxogène à la fois. Les accords syncopés de la plagesuivante, presque jazzy et presque syncopés, roulent pour s’arrêter, puis recommencent, rejoints par des sons durs et tranchants. Le rythme s’essouffle ensuite pendant un moment, avec des tonalités hautes doucement hurlantes sur des accords chauds et ambigus, avant qu’une chute de basse n’entraîne des rythmes de guitare frémissants. Cette légère teinte jazzy reviendra plus tard dans l’album, cette fois dans de longues notes étouffées de ce qui ressemble à des trompettes sourdes, des carillons silencieux avec un bourdonnement, un bip et un crépitement de chantier.

L’utilisation de la mélodie par Cutting – plaintive, désinvolte, parfois décalée – convient parfaitement à la nature de ses «  instruments «  sur bande, avec leurs défauts inhérents, leurs incertitudes et leurs moyens de production sonore. C’est presque comme s’il cherchait à donner une voix aux personnalités d’appareils comme les vieux magnétophones et les projecteurs de bobines, ou du moins à y projeter un certain personnage. Prenons l’exemple de la mélodie rapide et enjouée sur le morceau « Ardoise », qui finit par s’estomper, trébucher et finalement faire place à des accords lents et légèrement tristes : avec un peu d’imagination, on entend les sautes d’humeur d’un enfant enjoué dans un univers robotique. Stills est plein de ces contrastes attrayants de mélodie, d’harmonie et de rythme, rendus d’autant plus fascinants par la manière dont ils incorporent la nature matérielle des machines et des processus qui les produisent. L’album se terminera, comme attendu voire espéré, là où il a commencé, avec le cliquetis d’un bouton.

***1/2

27 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Markus Mehr: « Dyschronia »

L’Allemand Markus Mehr publie ici son 7ème album studio sur toujours la même structure australienne. Il y affirme un style sans concessions puisque cette nouvelle production est certainement la plus expérimentale qu’il ait pu sortir.

Markus Mehr joue avec les contrastes. Il est capable d’aligner sur un même titre des ambiances poétiques et des textures bruitistes, des atmosphères changeantes et surprenantes, pas faciles à suivre et qui peuvent facilement rebuter. L’auditeur est tout de suite mis dans le bain sur « Dyschronia 1 » avec son quasi silence en guise d’ouverture, ses envolées de cordes probablement samplées d’un disque de musique classique, puis sa basse nasillarde qui finit par tout emporter avec son lot de cassures, déchirures, improvisations métalliques et chuintements divers. Tellement déconcertant que s’il s’agissait d’un live on pourrait penser que l’ordinateur de l’artiste est en train de bugger. Pourtant ici tout est normal puisqu’un peu plus tard ce sont des chœurs religieux qui font leur apparition, accompagnés de cordes éraillées…

Si on parvient à passer le cap du premier titre, on pourra continuer et apprécier les subtiles incursions mélodiques dans des amas de textures et glitchs noisy. Boucles d’orgues virevoltants et chant d’opéra croisent ainsi grésillements et claquements rythmiques de machines sur le très abstrait « Dyschronia 2 », une ambient piratée par des samples vocaux et cliquetis perdus sur « Dyschronia 3 », ou encore des pulsations rythmiques et drones nasillards sur « Dyschronia 5 ».

C’est peut-être bien sur « Dyschronia 6 » que les contrastes sont les plus violents, avec ces samples de chœurs religieux déchirés par des textures crépitantes et granuleuses, tandis que le dernier titre fait une synthèse des éléments croisés jusque là.
Si on peut faire l’impasse sur « Dyschronia 4 », c’est qu’il se distingue de part sa réussite que l’on attribue à un équilibre mieux maîtrisé entre le bruit et une mélodie qui parvient par moment à s’imposer. Les éléments se frôlent, flirtent, prennent le dessus chacun leur tour, les textures grésillantes se font menaçantes alors que les mélodies de guitare, bien que cabossées, offrent de superbes moments de répit.

Dyschronia est donc un album difficile auquel on aura un peu de mal à accrocher, surtout lorsqu’on le met au regard des précédents albums de l’Allemand. Les amateurs de productions plus expérimentales, abstraites, aux tendances bruitistes pourrant, quant à eux, y trouver néanmoins leur compte.

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24 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Loscil : « Equivalents »

Après avoir lancé Monument Builders, Scott Morgan, l’homme derrière le projet Loscil, est de retour avec Equilavents un opus où les textures abstraites et riches foisonnent dans ce projet d’électro/ambient expérimental et les huit compositions deviennent un ancrage solide à nos vies frénétiques.

Ce qui frappe d’abord: tous les morceaux sont nommés « Equivalent », et sont suivis d’un chiffre aléatoire. On ne peut faire plus mystique et dépouillé. La pochette représentant un ciel gris sied d’ailleurs parfaitement à l’ambiance sonore de l’album. Des pièces entre 3 et 8 minutes, qui s’étirent presque nonchalamment. On se sent aspiré par le vide, appelé vers l’infini. Le piano velouté dans « Equivalent 3 » évoque la tranquillité de la nuit qui se prolonge. Les vagues sur « Equivalent 2 « auraient pu constituer totalement un cliché, mais c’est au contraire pertinent. Le fondu bien placé à la fin de l’album nous ramène presque brutalement à la réalité…

Le titre de l’album est inspiré d’une série de photographies du début du 20e siècle d’Alfred Stieglitz, qui peuvent être considérées comme les premières photos véritablement abstraites de l’histoire. Elles représentent les « équivalents de moments philosophiques ou d’états émotionnels », et Scott Morgan s’en est inspiré dans son processus créatif.

On peut rapidement dénoter l’influence de Marconi Union, groupe phare de l’ambiant expérimental et on y ressent beaucoup de similarités, surtout par rapport à l’album A lost connection. Par ailleurs, on pourrait également avancer que si Bonobo avait l’esprit plus contemplatif, il aurait pu créer ce genre d’album, que Loscil lance à la face d’un monde qui carbure à la vitesse.

Si les espaces sonores peuvent se ressembler d’un titre à l’autre, il suffira de quelques écoutes pour dénoter quelques petits éléments différents. En fait, l’ensemble crée un « drone » continu, propice à créer une sorte de bulle, une zone ouateuse où on se sent protégé. Un paysage sonore composé de sons graves, comme un vent chaud et lourd. Ce bruit continu et bourdonnant évoque un vaisseau spatial, pourvu des parois certes grises, mais qui permettent de voir des choses grandioses comme la naissance des supernovas ou la destruction d’empires. Nous voilà emmurés dans un espace-temps vaguement mécanique, où l’absence de pulsations est parfois sidérante mais quil améliore l’expérience de la contemplation et offre une thérapie sonore qui met en transe par l’absence totale de rythmes. Un papier peint onirique très foncé et opaque dans lequel on ne peut que se glisser.

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23 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Asfast: « Peace In Drifts »

Asfast est le projet musical de Leon Leder qui sortait là son premier album sur un label après 2 auto-productions dans lesquelles l’acoustique tenait une place importante tout en posant les bases de son travail, avec une électronique brute et marquée par ses fractures rythmiques, allant même jusqu’à nous rappeler le travail de Venetian Snares sur WYSIWYG. Avec l’album de Wealth qui sortait un peu plus tôt, le label Ventil nous offre un fort bel aperçu d’un catalogue a priori très cohérent.

Peace in Drifts s’ouvre sur une courte introduction plutôt abstraite, mystérieuse, combinant boucle d’une d’une sirène nasillarde, bribes de percussions et chuintements rythmiques. Un ensemble vif, d’une puissance retenue, qui se déploie progressivement sur « Draft » avec l’adjonction d’une mélodique entêtante. Ce 3ème album est celui de la maturité : fini l’imitation de ses aînés, ici Asfast prend des risques et expérimente avec réussite. C’est à la fois concassé et contrasté mais il tient sa mélodie qu’il dose avec justesse.
Une approche que l’on retrouve sur « Poser », d’abord très épuré avant de dévoiler avec subtilité et classe ses atours mélodiques, et « Drag », bien que plus apaisé avec ses longs louvoiements habités. Toujours dans le calme, mais avec une certaine noirceur, on notera les longs glissements et les bribes mélodiques élancées de « Bump Cut » ou les nappes et infrabasses d’un « Err Err » qui fait office d’interlude glacé.

S’ils sont tout aussi apaisés, « Well » et « Air »s se distinguent par leur épure mélodique. Simplement des errances métallisées et lumineuses pour le premier, et une mélodie franche de cloches pour le second qui laisse une place importante aux silences.
On gardera le gros morceau pour la fin avec deux titres à la fois mélodiques et explosifs, véritable marque de fabrique de Asfast. Il combine ici des mélodies joliment dessinées à des éléments électroniques brutes et secs. Les rapides tintements de « Drift » sont entêtants et prennent tout leur sens quand ils se retrouvent face à ces cassures et textures bruitistes. Les sonorités utilisées sur « Peacepie » sont plus classiques d’une laptop music, mais le résultat est tout aussi convainquant alors que les textures bruitistes, déchirures et hachures viennent froisser cette superbe mélodie.

Sur cet album, Leon Leder assume pleinement l’usage de l’électronique, et le fait avec une maîtrise qui ne peut que nous conquérir.

***1/2

22 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Lena Andersson: « Söder Mälarstrand »

Lena Andersson est un personnage de fiction créé par Kyoka une artiste japonaise et Eomac, pricteur irlandais. S’étant rencontrés à Stockholm au sudio EMS, il décidèrent très vite de travailler ensamble sur le système audio Buchla dudit studio.

Par la suite, ils se sont mis à travailler sur de nouvelles sources sonores instrumentales au studio Etopia basé à Saragosse.
Pendant ces improvisations une base de travail marquée par le principe de suestions/réponses a été établi entre les deux artistes, chacaun s’appuyant sur ses propres ressources et se nourissant du talent de l’autre.

L’approche expérimentale de Kyoka est libre et elle contraste habilement avec les montages habiles de Eomac, ces réflections non conventionnelles devenant la force motrice du tandem. Kyoka se délecte de « field recordins » une arabesque de fragments vocaux viennent perurber les apports rythmiques charpentés de Eomac comme sur « Das Tier » par exemple. « 39 Years Later » ou « Mystic » s’épanouissent sur une texture vive qui aura été condensée sur la console de mixage de manière à amplifier ls dramaturgie du moment évoqué.

L’immédiateté de cette collaboration sera à la base d’une synergie des techniques de production de chacun des artistes ; une stratégie sans faille à laquelle ne manque ni la liberté créative absolue ni la conscience professionnelle de la fonction musicale.

Söder Mälarstrand capture ainsi la collaboration intuitive entre les deux producteurs au travers de leur dialogue et de leurs origines géographiques, le titre de l’album étant un hommage de ce Stockholm qui aura réuni les musiciens.

***1/2

16 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Jane Antonia Cornish: « Seascapes »

Après s’être immergée dans la beauté empyréenne du cosmos sur son opus Constellations, la ompositrice et lauréate du BAFTA, Jane Antonia Cornish porte maintenant son regard du céleste vers le pélagique. Sur son nouvel album, Seascapes une collection exceptionnelle d’oeuvres pour piano, cordes guitare basse et electronica, Cornish parvient à réaliser un équilibre parfait entre éloquence picturale, grandeur cinématographique et expression minimaliste raffinée de manière à capturer la vaste étendue du sujet ici choisi et qui peut nous emplir d’émerveillement et la figer dans une immobilité contemplative.

L’artiste confime ainsi en quoi le silence peut être facinant et combien, la tranquillité coite dans la musique peut être aussi importante que les sons. Cette esthétique ne la quitte pas sur Seascapes, elle se reflète de façon exquise dans des compositions qui prennent vie sous les doigt de la pianiste Vicky Chow. On peut aisément trouver des musiques maritimes ; mais cette joliesse profonde et patiente ici enregistrée est on ne peut plus rare et précieuse.

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11 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Zahn | Hatami | McClure: « Ypsilon »

Au-delà de leur travail en duo, pour lequel ils sortent un album tous les ans depuis trois ans, Uwe Zähn et Porya Hatami ont également monté un trio, en collaborant avec Darren McClure. Après un premier album, publié en 2016, les musiciens livrent un second disque. À l’instar des albums d’Arovane et Porya Hatami, dont on a relevé qu’ils évoluent stylistiquement à chaque fois, cet Ypsilon permet au trio de changer de registre, en intégrant rythmiques et mélodies et en laissant de côté l’aspect plus ambient qu’il développait précédemment.

Ce nouveau paradigme souligne aussi la pertinence de la rencontre manifestée par la présente formation, puisque chaque musicien se trouve plus à même d’apporter son écot à un ensemble (on imagine aisément que l’un a fourni les textures, l’autre une couche rythmique et le troisième les apports plus abrasifs) où les pulsations sont toutefois assez appuyées, à la limite de la techno minimaliste.

Plus encore, certains titres déploient des couches granuleuses qui vont et viennent d’un canal à l’autre, dans un mouvement plaisant et entraînant (« Absyrb », « Byte ») ou bien des tapotements semi-métalliques, semi-boisés qui prennent joliment le relais des rythmiques synthétiques (le morceau-titre).

Avec ses intitulés courts (un simple mot, inférieur ou égal à sept lettres, dans une langue possiblement inventée), Ypsilon ne cherche pas la surenchère, qualité qu’on retrouve dans les huit compositions du trio, dans lesquelles les matériaux se succèdent ou s’additionnent mais sans forcer le passage. Uwe Zähn, Porya Hatami et Darren McClure touchent ainsi à une belle efficacité et offrent alors un disque tout à fait intéressant.

***1/2

10 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Silent Vigils: « Lost Rites »

Un an après leur premier album, les musiciens de Silent Vigils reviennent déjà avec leur nouveau disque, toujours publié un label parfaitement indiqué pour leur ambient composite et légèrement tremblotante. Comme sur leur premier opus, Fieldem, il ne s’agit pas d’empiler deux savoir-faire, ni de se lancer dans une course à qui prendra le pas sur l’autre, mais plutôt d’opérer dans une forme minimale, avec des nappes et des apports discrets (coups sourds, gouttelettes, bruissements divers, souffles courts).

Alors qu’on craignait se trouver face à un album assez monotone, quoique bien exécuté, une guitare électrique viendra introduire quelques notes détachées en milieu de disque (« Elysse »).

Cette six-cordes isolée reste cependant esseulée car, sur les quatre autres morceaux, Silent Vigils se positionne davantage dans un registre fait d’agrégats et d’empilements de couches, jouant classiquement sur les sensations de flux et de reflux, travaillant sur le fade in et fade out des accords de guitare.

Lost Rites se présente donc globalement comme une suite logique de Fieldem, James Murray et Stijn Hüwels capitalisant aisément sur les qualités déployées dans ce premier effort, sans vraiment chercher à aller dans d’autres directions.

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6 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire