Takeleave: « Belonging »

Le Berlinois Nicolas De Araújo Peixoto sort son deuxième album Belonging le 28.02.2020 sous le nom de Takeleave. Le producteur, qui a vu son premier opus Inner Sea comme une exploration musicale de ses rêves et souvenirs inconscients, décrit sa musique actuelle comme un symbole de l’arrivée et du mal du pays et une étape supplémentaire vers son son très personnel. Takeleave a commencé sa carrière musicale dès son plus jeune âge comme auteur-compositeur et guitariste dans divers groupes et a travaillé comme DJ en parallèle.

Contrairement aux enregistrements précédents, le multi-instrumentiste a développé ses morceaux actuels entre downbeat, house et broken beats, cette fois-ci à partir de jam sessions spontanées, ce qui rend les enregistrements extrêmement intimes et intuitifs.

Belonging dégage ainsi une forme de brillance et de souplesse toutes deux lustrées sur chaque titre ou presque. Un album instrumental très cosy, très doux,

***1/2

Paul Haslinger: « Exit Ghost »

C’est un monde étrange, entre le sommeil et le choc d’être réveillé dans un endroit où l’on se demande comment on en est arrivé là. Vous connaissez la sensation… Cela semble familier mais les couleurs sont, eh bien, irréelles.

Sur l’étagère se trouve un seul tome ; Le Mage de John Fowles, ses pages sont éparpillées sur le sol, l’histoire est sans fin, la quête circulaire de « ce qui est réel et ce qui ne l’est pas » »ne se terminera jamais, ne sera plus jamais en ordre.

Et dans The Magus, il y a une référence à la salle d’attente (le titre provisoire de Exit : Ghost) qui s’avère être une métaphore pour une vie non vécue.

Dans la pièce voisine au haut plafond, un piano à queue joue de luxuriantes mélodies tandis que, quelque part, une horloge d’Alice au pays des merveilles fait tic-tac, des violoncelles sont inclinés, un essaim de quelque chose vibre et la foule hallucinée autour de Rosemary’s Baby babille. Un bourdonnement électronique résonnant se construit et tombe comme un réfrigérateur des années 50 traversé et un tableau d’effets, les choses tournent à l’envers, les cordes en staccato sont pincées… et ce n’est pas tout.

« Je n’ai jamais été heureux de rester dans une école de pensée musicale en particulier. Ce qui m’a amusé, c’est de leur faire tourner la tête, d’essayer quelque chose qu’on n’était pas censé faire. » (I’ve never been happy staying in one particular school of musical thought. The fun has been turning things on their heads, to try something you were not supposed to do.)

Nous sommes dans un voyage immersif et aventureux avec l’ancien membre du légendaire Tangerine Dream et actuellement la moitié du duo d’anciens élèves de Tangerine Dream, Neuland, Paul Haslinger – c’est un homme qui sait comment créer de la tension, retenir les humeurs, illustrer le mépris, le mensonge, la passion et le plaisir ; il peut créer la peur, la haine et l’amour – il a débloqué les nuances de telles émotions dans une carrière de compositeur de bandes sonores pour la télévision et le cinéma qui a connu un énorme succès.

Exit Ghost est son opus longuement réfléchi, un moment pris dans le temps, qui passe par des points de référence, une excursion éthérée qui imprègne les genres musicaux en les inondant de sons complexes et de rythmes à pollinisation croisée

« J’aime laisser la place au hasard et la méthode que j’ai choisie ne peut jamais être absolue. Démonter les choses est la première étape pour les reconstituer de manière plus imaginative ». ( I like to leave room for chance and whichever method I chose can never be absolute. Taking things apart is the first step in putting them back together in a more imaginative way)

Construit à l’origine à partir de la chaleur de son piano à queue Exit Ghost résonne avec pureté et puissance, d’un entre-monde sinistre et évocateur, à la fois expansif et roulant, puis enivrant et étouffant à parts égales ; la composition moderne à son plus haut niveau ; cérébrale, festive, intense et belle.

« La recherche de l’âme en rapport avec ce disque a été très étendue. Trouver des lieux de résonance, donner une couleur à vos souvenirs. C’était plus difficile parce que ce n’est pas le récit de quelqu’un d’autre. Trouver le cœur de votre propre histoire peut être la tâche la plus difficile de toutes » (The soul searching in connection with this record was extensive. Finding places of resonance, giving a color to your memories. It was more challenging because it’s not somebody else’s narrative. Finding the core of your own story can be the most difficult task of all).

Créé sur une période de huit ans et rempli de références littérales et personnelles, l’album lui-même est un témoignage de la recherche – une quête remplie d’indices, de particules et de suggestions.

***1/2

Pantha du Prince: « Conference of Trees »

Même dans ses moments les plus intenses, Hendrik Weber (alias Pantha du Prince), semble pensif. C’est pourquoi Conference of Trees, cinquième album du musicien allemand et premier depuis 2016, semble être la progression logique dans cette quête de territoires plus personnels.

En dix morceaux et 76 minutes, Weber guide l’auditeur dans un labyrinthe de sons organiques, émotionnels et (parfois) extraterrestres. Comme beaucoup de titres durent plus de six minutes, Weber laisse à ses compositions le temps de respirer, de s’effilocher et de gesticuler, tout en profitant au maximum de ces longues improvisations.

Sur des morceaux comme « Transparent Tickle Shining Glace », qui est très percutant, et « Roots Making Family », une douceur qui fait atrocement mal, Weber semble vouloir faire bouger l’auditeur en lui faisant découvrir des tournures sonores et thématiques. Comme la majorité du disque tourne autour du son d’instruments en bois (construits et joués par Weber lui-même) et comprend des invités de marque comme le percussionniste Håkon Stene et le musicien de jazz Friedrich Paravicini, des morceauxcomme l’explorateur « The Crown Territory » et le saccadé « Supernova Space Time Drift » semblent toujours ressembler à sa musique de danse d’antan.

Sur Conference of Trees, Pantha du Prince crée de nouvelles perspectives sonores en élargissant sa palette musicale de manière progressive, holistique et audacieuse.

***1/2

Klangstof: « The Noise You Make Is Silent »

Klangstof s’appuie fortement sur des sonorités modernes qui risquent de se démoder assez rapidement, comme certaines pistes de danse qui deviennent presque impossibles à écouter car elles sont devenues obsolètes. La danse est certainement une grande influence sur cet album. Les rythmes, bleeps et blops numériques proviennent de synthés programmés. Les mélodies et l’atmosphère en général sont sombres et sombres ; Des Pet Shop Boys sans e second degré

Ceux qui savent écouter entre les ambiances trouveront de quoi s’amuser. Des chansons qui s’accumulent délicieusement, des plus petites et délicates aux hymnes tonitruants. À l’autre bout du spectre, ce sont les mélodies cachées dans une chanson principalement axée sur les rythmes qui m’ont donné le ton. Ce sont des moments comme celui-ci qui surprennent et qui font que The Noise You Make Is Silent est si agréable à écouter.

Klangstof n’a pas fait cet album sans penser à d’autres artistes. Les fans de Radiohead reconnaîtront certainement un peu de leur groupe, tout comme ceux de Sparklehorse. Comme pour les deux groupes qui ont brillé dans les années 90, il y a un équilibre entre l’homme et la machine. La musique cyborg est entrée dans la tête comme une pensée irréfutable. Une musique qu’une machine ne peut pas composer mais que les humains ne peuvent pas produire de manière organique et analogique.

Koen van der Wardt a également une certaine assistance numérique pour son chant, une influence Thom Yorke claire dans certaines chansons également, la vulnérabilité ultime quand on chante. Tout compte fait, il y a donc de quoi être intrigué. Assez pour avoir envie de mieux le connaître et de découvrir si cet album en vaut vraiment la peine. Quelque chose qu’on ne peut tout simplement pas dire après quelques séances d’écoute. Cela prend du temps comme avec Kid A, imais ensuite il n’y a pas de quoi s’en remettre. Sur The Noise You Make Is Silent il y a plus qu’assez de chansons à écouter pour que cet album vaille la peine d’être investi. Le « single » , « White Page » en a l’aisance il en est également le parfait résumé.

***1/2

Ezekiel Honig: « Object Music »

Avec A Passage Of Concrete, on avait pu saluer la capacité d’Ezekiel Honig à intégrer les bruits de la ville (voitures qui passent, sonnettes de vélo qui retentissent, ballon de basket-ball qui rebondit) dans son electronica. Poussant le dispositif un cran plus loin,I Objet Music le voit n’utiliser que des objets pour composer les quatre morceaux de ce disque: liège, pièce de monnaie, morceau d’aluminium, papier de verre, dé, clé, boîtier plastique de CD. Pourtant, la proposition, disponible uniquement en téléchargement, ne verse pas dans une abstraction trop forte, notamment grâce à une durée contenue de ces quatre titres (moins de quatre minutes chacun) et à la création de véritables rythmiques.

Générées par la manipulation de ces différents objets, ces séquences rythmées viennent donc s’entrechoquer, avec leurs tonalités plus ou moins métalliques ou plus ou moins boisées. Frappant un diapason, Ezekiel Honig en extrait une note capable de résonner, et d’interférer alors avec les autres composantes, dans un ensemble qui tire ainsi le maximum de chaque objet « (Object Music 3 »).

Privilégiant, à d’autres moments, les frottements du papier de verre ou bien la mise en place de sons plus sourds, l’États-unien sait alors varier sa palette chromatique, malgré le caractère spartiate de ses objets.

Alors que, typiquement, on pourrait imaginer que ce type de projet trouve surtout un intérêt dans sa traduction scénique, grâce à la manipulation des divers objets et matériaux, on sort vraiment convaincu de ce petit moment d’expérimentation minimaliste.

***1/2

Katie Gately: « Loom »

L’amour qu’a Katie Gately pour le travail sur le son resplendit  plus que jamais sur son nouvel album, Loom. Cette magnifique collection a été enregistrée pendant une période de profonde tristesse et de deuil pour Gately, au moment où sa mère a été diagnostiquée comme atteinte d’un cancer et immédiatement après son décès.

Elle fait preuve ici d’un immense talent dans sa capacité à traduire une douleur indicible en collages sonores dynamiques et superposés. Des enregistrements en direct d’un tremblement de terre sont tissés tout au long de l’album, emblématiques de la façon dont la Terre se déplace lorsqu’on vit une perte aussi profonde. Un sentiment de pesanteur envahit l’album, avec des tambours martelés et des impulsions électroniques créant un sentiment de menace – voire de menace imminente.

Pourtant, malgré toute cette terreur et cette douleur, la sensibilité pop mélodique dont Gately a fait preuve pour la première fois sur son précédent LP, Color, demeure. Le point fort de l’album « Bracer » (le préféré de sa mère) est un voyage musical de dix minutes, passant d’une menace sinistre et baratineuse (« Beast gonna take your light away / Beast gonna hunt your home / Beast gonna rip at the slight fray ») à une avant-pop mélodique, presque dansante. La voix rêveuse de Gately est plus présente ici que dans ses précédents travaux, et elle est particulièrement impressionnante dans le trio de chants choraux tristes qui encadrent le disque, « Ritual », « Rite » et « Rest ».

Avec cet album, Gately s’est efforcée de  capturer l’étrange nature pointue de ce genre de malheur imminent, mais aussi d’inclure quelques couleurs absurdes, et le résultat est un mélange tourbillonnant d’atmosphère sinistre, d’émotion dévastatrice et d’abstraction sonore brillante. C’est sa meilleure œuvre à ce jour.

***1/2

Long Arm: « Silent Opera »

Le Russe Long Arm n’a pas son pareil pour composer des musiques à forte densité émotionnelle à partir de « samples » tirés de vieux vinyles.

Son précédent album, Darkly, contenait avec des morceaux tirés de bandes sonores de films noirs et on retrouve ici Georgy Kotunov dans sa dernière production où figure cet assemblage toujours aussi majestueux d’échantillons sonores venus de divers horizons.

Qu’elle soit jazz ou classique, la musique échantillonnée par ce pianiste de formation donne vie à des morceaux à forte densité cinématographique, d’une beauté et d’une profondeur indéniable, révélant chez l’auditeur des émotions fugaces. Sans aucun doute l’un des albums majeurs d’un genre où trônent des musiciens comme Kid Koala, Amon Tobin, DJ Shadow ou Cinematic Orchestra ; des artistes dont il est le digne héritier.

***1/2

Paul Haslinger: « Exit Ghost »

Il aura fallu plus de huit ans au compositeur autrichien Paul Haslinger pour venir à bout de ce qu’il considérait, après son travail avec Tangerine Dream et de nombreuses compositions pour des musiques de film (la saga Underworld, The Girl New Door), comme son œuvre majeure. Exit Ghost ne déçoit pas et figurera probablement parmi les œuvres instrumentales les plus précieuses et réussies de l’année.

Le disque est avant tout un disque de textures, mêlant autour d’un piano chaleureux des textures organiques et synthétiques, évocatrices d’un monde de fantômes, d’apparitions, un monde de créatures mystérieuses où l’auditeur se trouve plongé comme en immersion. La musique de Paul Haslinger est apaisante et la plupart du temps calme et propice à la contemplation. L’entrée en matière est minimaliste et fait penser aux motifs appliqués d’un Arvo Pärt. On y retrouve le même sens des progressions, ici environnées de cordes qui apportent de la fluidité au mouvement. Intrinsic est une plage assez riche et qui s’appuie sur une rythmique d’arrière-plan précise et millimétrée. Le motif rappelle un vague écho du « Lucy in The Sky » des Beatles. Les compositions d’Haslinger sont conformes à son travail habituel sur les bandes originales de films : elles sont tout sauf tape à l’œil. Ce qui n’empêche pas le compositeur de dégainer de temps à autre des mouvements plus romantiques ou sensibles, à l’image du magnifique « Room 3 » ou, plus loin, de ce mystérieux « August 2-22 ». « Exit Ghost », la plage, ressemble à un passage perdu des enregistrements de Raudive : on y entend des voix, des esprits imprimés qui causent à l’arrière-plan. Le son parle tout seul, produisant un effet d’étrangeté et d’arrêt qui n’est pas sans intérêt.

Exit Ghost semble raconter une histoire dont on ne perçoit pas les contours et qui échappe à notre compréhension. Valse I suggère une ambiance médiévale, une cour, l’entrée dans un château hanté, sans qu’on sache où cela nous mène. Haslinger nous donne peu de renseignements, se contentant d’aligner des séquences aux titres sibyllins. Shuiyeh désigne un liquide en chinois. Et c’est comme si la musique, les notes nous filaient entre les doigts comme une longue caresse. On retrouve l’environnement entre mystique et new age des Tangerine Dream, la délicatesse d’un pot heurté, de tubes de métal qu’on frapperait avec un bâton laineux. Le disque évolue comme en apesanteur et produit sur nous une étrange sensation d’élévation et d’irréalité. Où sommes-nous ? Où allons-nous ? Là où l’école Schole dont on parlait récemment garde un fort rapport au réel et aux éléments, Haslinger préfère décoller et tutoyer les étoiles et le ciel (« White Sun »), quitte à ce que ses motifs bavent un peu sur les côtés ou pâtissent de la surexposition.

Mais il y a suffisamment de lumière et de beauté pour qu’on reçoive le message. « Undertow » agit comme un grondement répétitif. C’est une longue note tenue et étirée pour créer une forme de suspense inquiet. « Mayerling » est à la hauteur de son nom, une déclinaison extraordinairement sobre et contenue d’un piano au romantisme finissant. Les amateurs de coups de sang et de variations de tempo et de ton resteront en dehors de tout ça : il n’y a chez Haslinger pas une note plus haute que l’autre, pas un éclat, pas un emballement, pas une plage qui tente d’attirer la lumière, pas un motif mémorable. C’est peut-être la seule limite du disque : à force de marcher sur la pointe des pieds, il ne laisse aucune trace et menace de ne laisser qu’une empreinte elle-même fantomatique sur l’auditeur.

Exit Ghost est un album qui n’existe que lorsqu’on l’écoute. Il agit comme une apparition, fugitive, splendide et inquiétante à la fois, mais dont on mettra en doute l’existence et jusqu’au souvenir une fois le fantôme repassé par la fenêtre ou filé par la cheminée. Il reste après ça une empreinte de tristesse, un souffle affligé, une peine d’être encore au monde qui témoignent du passage de la musique en nous. C’est cette trace, magnifique et sombre telle qu’elle s’exprime sur le merveilleux coda d’« Alcina », qui reste ce qu’on gardera de mieux d’Exit Ghost. C’est évidemment très peu, presque rien et déjà pas mal. Le temps et la musique filent, tandis que nous ne sommes pas grand-chose.

***1/2

Espen Sommer: « Eide The Waves »

Après avoir mis Alog en sommeil, c’est à présent Phonophani, son projet solo, qu’Espen Sommer Eide délaisse pour publier un disque sous son nom propre, à l’occasion également d’un nouveau changement de label et après fait le tour des maisons de disques les plus intéressantes de son pays, la Norvège. Ce mouvement se trouve, en l’espèce, justifié par une évolution stylistique puisque ce nouvel effort se veut davantage expérimental, et complètement électronique.

Issu d’une résidence d’un an aux Pays-Bas, The Waves est un travail conçu à partir du roman du même nom de Virginia Woolf, dont Espen Sommer Eide entend aussi reprendre le principe du flux de conscience, pour élaborer ses sept morceaux. Avec des extraits du texte (mais aussi d’autres provenant de compagnons de l’écrivaine au sein du groupe de Bloomsbury) lus ou chantés par une voix féminine, le lien est explicite et trace un parallèle entre le monologue dit par cette personne et celui, musical, déployé par le Norvégien. Sa petite électronique pointilliste, faite de structures minimalistes, de notes tenues, de micro-souffles et de touches répétées au piano diffère de ce à quoi le compositeur nous avait habitués, légitimant à nouveau le fait d’avancer sans pseudonyme.

À certains moments, l’aspect véritablement mélodique reprend le dessus, avec l’apparition de ce qu’on rapprocherait d’une sorte de clavecin électronique ou autre instrument permettant d’accompagner l’évolution dans une salle de bal attenante à un salon de jardin (« Balzaal Tuinkamer »). Ici, ce sont même les voix féminines qui se superposent, comme si les différents monologues des Vagues s’empilaient. Plus loin, un grésillement sourd apparaît, contrebalancé par des gazouillis d’oiseaux du « jardin d’hiver » (« Wintertuin »). De fait, la résidence néerlandaise d’Espen Sommer Eide s’est déroulée dans une maison reconvertie en centre d’art, expliquant les intitulés des morceaux, dénommés d’après certaines pièces du bâtiment.

Si les multiples influences auraient pu laisser craindre un disque trop référencé (« Wachtkamer », morceau de conclusion, se présente même sous la forme d’un générique, listant oralement les crédits du disque), The Waves trouve pourtant sa personnalité propre. Forme de réduction émaciée des travaux précédents d’Espen Sommer Eide, ce nouveau disque s’inscrit ainsi de manière assez cohérente dans sa discographie.

****

Daniel Lopatin: « Uncut Gems »

Une bonne bande originale de film devrait donner envie d’aller voir le long métrage au service duquel elle se met. Le thriller des frères Sadie mettant en vedette Adam Sandler dans le rôle d’un joaillier criblé de dettes de jeu bénéficie du savant travail du compositeur avant-gardiste Daniel Lopatin, alias OneohtrixPointNever.

Beaucoup moins aride que lorsqu’il travaille sous son pseudonyme, Lopatin installe une ambiance définie par les timbres des synthétiseurs vintage avec lesquels il travaille — sur « The Ballad of Howie Bling » en ouverture, et plus tard avec « Back to Roslyn » et son solo de saxophone, ça sonne comme Vangelis sous hallucinogène. À l’opposé, sur « The Fountai »n et surtout « School Pla »y, Lopatin exprime le genre d’anxiété que maîtrisait John Carpenter lorsqu’il composait les bandes originales de ses classiques des années 1980. L’utilisation judicieuse d’une chorale, en ouverture, sur « Windows » puis « Mohegan Suite », appuyée par les synthés, insuffle urgence et gravité à l’ensemble.

***1/2