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Ubik MCDXCII: « Blackout Blinds »

Tirant son nom du célèbre livre de Philip K. Dick, Ubik, l’artiste et photographe anglais Ubik MCDXCII propose un deuxième album Blackout Blinds nourri d’urbanité nocturne et de spasmes industriels, de hip hop hardcore et de field recordings, n’étant sans évoquer par son approche expérimentale, des artistes tels que Dälek, Kill The Vultures ou Cannibal Ox.

Suintante et dégoulinante, sa musique est un concentré de bruitages concassés et superposés, sur lesquels les mots susurrés lâchent leurs mots en forme de menace, sur des tapis de crasse et de poussière.

Blackout Blinds est un bloc monolithique aux ambiances paranoïaques et flippantes, dont la densité épuise l’auditeur, le vidant de son suc vital pour s’en nourrir. Il faut une certaine concentration pour réussir à s’enchainer les dix titres à la suite, de par la volonté assumée de nous rendre la tache difficile, nous renvoyant dans un espace clos et étouffant, composé à coups de noise rampante et de viscéralité tachée de matière organique dégoulinante. Un opus radical gorgé de désespoir et de pessimisme. Très fortement recommandé.

***1/2

9 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Signalstoerung: « uu »

Membre du collectif artistique Adventurous Music, Signalstoerung connu aussi sous le nom de Hendekagon, est un artiste pluridisciplinaire dont le nouvel album uu, se dit inspiré d’éléments chimiques radioactifs à la durée de vie fugace et à la puissance énorme.

Signalstoerun compose une musique aux mélodies légères et virevoltantes, appuyées par des rythmiques qui combinent intensité atmosphérique et densité palpable, qui traduisent assez bien certaines réactions chimiques, avec leurs courses folles et leurs instants de flottement.

Les titres aux allures  downtempo, ne sont pas sans évoquer parfois des ambiances dubstep alenties, délestées de leur coté urbain, enrobées d’une certaine forme de douceur. On signalera aussi, le phénoménal travail sur le son, avec ses couches diluées en arrière fond qui donnent une impression d’expérience fantomatique volontairement incontrôlée. Un album tout en minimalisme subtil et en contrastes rigoureusement équilibrés. Superbe.

***1/2

29 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Mick Sussman: « The Rosenberg Algorithmic Music Generator: Selected Works, Vol. 2 »

La création de logiciels musicaux est l’occasion de repousser les limites de la créativité en informatique et de mesurer l’apport de l’intelligence artificielle, via certaines oeuvres, à l’image de Proto, le nouvel album de Holly Herndon.

Pour Mick Sussman, l’élaboration du logiciel The Rosenberg Algorithmic Music Generator pose la question de savoir qui est le créateur, lorsqu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour déclencher la création de titres composés par sa machine.

Mélange de chaos et de rythmes décalés, de mélodies frénétiques qui n’ont rien à envier à un Aphex Twin, ce Selected Works, Vol.2 est l’occasion de mesurer la distance qui nous sépare de machines nourries par nos émotions, et capables de régurgiter un monde singulier qui est le reflet de leur lente mais inexorable mutation. Intriguant.

***

24 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

The Ramona Flowers: « Dismantle And Rebuild »

Tirant son nom d’un personnage de Scott Pilgrim vs the World (film tiré d’une BD) ce quintet de Bristol est plutôt intrigant. Leur premier EP se nommait Dismantle et il a été le sujet d’une nombre conséquent de remixes dont Hot Chip, Ladytron et Alt-J.

Leur « single » « Vulture » a eu un certain succès, qui appelle à ce que ses chorus soient repris en concert et, cumulé aux reprises, Dismantle And Rebuild était pour le moins attendu.

Le titre d’ouverture, « Tokyo », démarre sur des sons électroniques et futuristes mêlés à des tonalités de guitares et des vocaux expérimentaux. « Brighter », ensuite, les voit changer leur fusil d’épaule et opter pour une atmosphère plus égayante comme son titre le suggère d’ailleurs. On ne peut s’empêcher au « Sweet Disposition » de Temper Trap qui avait permis à ces derniers de devenir un temps les chouchous des festivals estivaux.

La chanson-titre va apporter une nouvelle variation stylistique pour aborder des sonorités proches du « dubstep », puis « Lust And Lies » va se faire plus dépouillé par rapports aux plages précédentes. C’est peut-être sa simplicité qui rend la composition si belle.

« Friend of The Madness » verra à nouveau le groupe recourir à des expérimentations (vocaux haut-perchés, guitares pincées puis plaquées) alors que « So Many Colours » ne fera assister à une incursion de The Ramona Flowers vers un mode plus jazzy.

On le voit, le groupe n’est pas avare d’expériences et de prises de risques. Le résultat en est prévisible, trop d’idées jetées les unes après les autres, peut-être que Dismantle And Rebuild justifie en partie son titre, démantelé certes pour ce qui est de la reconstruction il gagnerait à être remixé.

**1/2

29 août 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

East India Youth: « Total Strife Forever »

East India Youth est le nom de scène d’un producteur de Bornemouth, William Doyle. Tirant son tire ironiquement d’un disque de Foals nommé, lui, Total Life Forever, ce « debut album » est d’une ambition qui ne peut venir que de quelqu’un se réclamant à la fois de Can, Shostakovich et consorts.

Déclaration d’intention qui vient d’un artiste qui n’éprouve appréhension à brouiller les barrières entre les genres comme le montre, au hasard, un « Hinterland », exemple à vous faire perdre vos repères de vouloir forcer des influences musicales incongrues dans le même espace. On y recueille ainsi un rythme de basse répétitif, des synthés techno se bagarrant entre eux pour émerger au premier plan avant de s’affaisser comme si le bruit d’une bombe à retardement leur en avait intimé l’ordre. Mélangé à une atmosphère rétro façon « Blue Monday » ; le titre fait mouche et montre en quoi la versatilité peut s’avérer ici magistrale.

Rien d’ailleurs ne semble vouloir altérer cette fluidité, ponctuée par des « Total Strife Forever I, II, III et IV ». Le « III », ainsi, est la pioerre angulaire autour de laquelle Total Strife Fprever a été construit initialement. C’est lui qui aura initié l’ouverture, « Glitter Recession », et la biaisera avec de l’électronique, des « fade ins » et des « fade outs » imprévisibles lui donnant l’amplitude d’une bande-son mercurielle. « Heaven How Long » prendra, lui, une direction symétrique, plaisante combinaison ou l’electro-pop épousera la dream-pop tout comme un morceau de type « Dripping Down » où la combinaison rythmes tribaux et claviers étincelants, plutôt que d’être discordante, s’avère curieusement harmonieuse grâce aux vocaux apaisants de Doyle.

Total Strife Forever est un album qui va et voit de l’avant. C’est une nouvelle approche de la composition minimaliste sans heurts et sans qu’on puisse soupçonner l’artiste d’être un imitateur ; un des premiers albums notables de 2014.

★★★★☆

9 janvier 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

L. Pierre: « The Island Come True »

Tout au long d’une carrière qui s’étend sur plus de quinze ans, que ce soit avec Arab Strap, en solo ou dans ses collaborations avec d’autres musiciens (par exemple sur Everything’s Getting Older, album écossais de l’année avec Bill Wells) le travail d’Aidan Moffat s’est toujours caractérisé par une exigence de qualité et, par conséquent, une grande attention prêtée à la finition de ses divers enregistrements.

Le pseudonyme de L. Pierre lui permet de s’adonner à ce qu’il y a de plus expérimental au sein des différentes facettes qui composent son univers. The Island Come True est le quatrième album sous ce patronyme et il s’agit, à nouveau, d’une œuvre séduisante ce qui tend à indiquer que c’est quand il travaille dans ces conditions particulières que son inspiration est la plus féconde.

Le titre du disque vient d’un chapitre de Peter Pan dans lequel on découvre pour la première fois Neverland et il se révèle pertinent pour le monde fantastique et enchanteur que Moffat y a créé. Les onze plages sont constituées de captures prises à vif et de sons et de samples qu’il aura récupéré au hasard de sa sensibilité. Il y a donc une démarche visant à la spontanéité dont tout embellissement ou additions soniques sont exclues. Les sifflements, crépitements et bourdonnements de vielles bandes enregistrées se révélant un thème constant tout au long du disque, celui-ci se voit parcouru alors de l’atmosphère spectrale qui serait celle d’un univers autre et décalé.

Si on s’imagine en train de l’écouter dans une pièce sombre avec un casque sur la tête, il est indéniable que ce serait une expérience qui transcenderait notre monde tangible, mais, même dans des conditions « normales » l’effet désiré serait atteint.

La nature des collages sonores permet, en effet, à l’auditeur de s’approprier l’album et d’en faire un appendice de soi, un appendice dont les manifestations seraient multiples et différentes. La fonction de la musique expérimentale, qui plus est instrumentale, est d’ouvrir notre imaginaire et de l’autoriser à flotter dans un état onirique dont on perçoit qu’il est distinct du réel.

C’est un des succès de de The Island Come True de générer une telle sensation, de s’emparer d’un état de nature pour en faire chose abstraite mais de parvenir, toutefois, à y infuser de l’émotion. S’il en est une qui sse fait perméable, ce sera celle de la mélancolie, voire de l’abattement.

On décèle ainsi une beauté presque funéraire dans les sinistres cordes qui transforment « The Grief That Does Not Speak » en lamentation ou, dans la stylisation classique de « Sad Laugh », une morosité intrusive qui prend le pas de façon drastique sur le bruit d’enfants qui jouent en arrière fond.

Mais tout en étant émotionnellement poignant, cet opus est également nimbé d’un climat surréaliste qui se veut inquiétant. La sonorité qui émane d’un camion vendant des glaces sur « Now Listen ! », toute familière qu’elle soit, introduit une toute autre atmosphère, plus dérangeante, tout comme les voix qui murmurent en sourdine des paroles indistinctes et obscures sur « Dumburn ».

Cet assemblage est cohérent par sa beauté certes mais aussi par le soin, presque artisanal, qui semble avoir été pris à le confectionner. « Harmonic Avenger » et la grâce de son piano de ballet en est un pendant tout comme « KAB1340 » avec ses chants d’oiseaux et ses bruits de la nature est est un autre.

Tous ces éléments forment une œuvre musicale impérieuse dans laquelle on ne peut qu’être contraint à trouver délice et envoûtement.

20 janvier 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire