Kajsa Lindgren:   »Momentary Harmony »

8 juin 2021

Envoûtant dans sa simplicité, Momentary Harmony de Lindgren est le genre de disque expérimental dont le label Recital est coutumier. Avec Sean McCann, la grosse pointure de Recital, et d’autres instrumentistes de renom, dont Maxwell August Croy (le propriétaire de l’impressionnant mais défunt label Root Strata), Momentary Harmony se savoure, constellé qu’il est d’un ensemble dinterprètes réputés aptes à saisir la vision de Lindgren.

Ceelle-ciest d’abord connue pour ses habitudes électroacoustiques et de field recording, mais Momentary Harmony explore la répétition à travers un large spectre, chaque composition capturant de manière similaire les rythmes naturels du monde extérieur. Il y a un impact spirituel et écologique lorsqu’on s’installe dans ce bijou d’album. « Interlute » est une mélodie déterminée que nous entendons d’une distance indéterminée ; le plumage et le cri qui l’accompagne ne peuvent être observés de près, mais doivent être perçus aveuglément de loin. « Punes » est un exercice vocal saisissant qui fait écho aux parois secrètes d’un canyon et qui se mêle à un bourdon subtil comme une pluie rafraîchissante et rinçante de la jungle.

Lindgren transforme les instruments en leur propre ensemble de sons trouvés et d’enregistrements de terrain. À une époque où la nature et l’homme semblent être de plus en plus en désaccord, ce sont les fortes rafales (parfois au sens propre) qui donnent l’impression que Mère Nature nous pousse avec une réelle détermination, nous giflant pour que nous nous réveillions face au défi actuel. Mais Momentary Harmony est généralement plus subtil que cela dans son exécution, mais le message n’est pas perdu dans ses tons plus calmes. Parfois, crier au-dessus du vacarme peut fonctionner pendant un moment, mais le sentiment humble et aiguisé de Lindgren, répété à l’infini, fait bien mieux avancer l’intrigue au fil du temps.

***1/2


Beatriz Ferreyra: « Huellas Entreveradas »

13 mars 2021

Beatriz Ferreyra fait partie de la première génération de compositeurs aélectroacoustiques qui ont travaillé directement avec Pierre Schaeffer au GRM (Groupe de Recherches Musicales).  Cela la place dans la lignée de Bayle, Parmegiani, Dhomont et Henry.  Malheureusement, beaucoup de ces compositeurs ne sont plus parmi nous, aussi toute sortie de son œuvre suscite-t-elle un intérêt significatif de ma part et, j’en suis sûr, de celle d’autres amateurs de musique acousmatique.  On peut écrire des tonnes de choses sur sa contribution au style de musique créé par Schaeffer, et ce à juste titre puisqu’elle était là dès le début.  Son catalogue est vaste et profond, et rien qu’au cours des vingt dernières années, elle a créé une série d’excellents albums dans des styles variés avec de nombreux collaborateurs différents, ou simplement en solo.  Huellas Entreveradas ne fait certainement pas exception.

L’album comporte trois pièces de différentes longueurs et le ton général est plus léger et plus enjoué que beaucoup de disques d’Acousmatic que j’ai entendus.  Ceci dit, l’exception est la pièce titre de 14 minutes, « Huellas Entreveradas (Intertwined Footprints) ».  Cette pièce est construite à partir de la voix humaine, bien qu’il soit très difficile d’identifier cette source.  Ferreyra prend un fragment d’un fragment d’une syllabe et procède au découpage de ce grain en morceaux encore plus petits.  Elle enchaîne les « parties » en un ensemble plutôt sombre et tumultueux qui va et vient avec la force d’un petit ouragan.  Parfois, elle laisse des silences d’une longueur de Planck entre les sons, tandis qu’à d’autres moments, elle les relie en un bourdon fantomatique, parfois ardent.  Dans tous les cas, le résultat est tout à fait unique, car il tourbillonne sur la scène sonore.

Le deuxième morceau est « La Ba-Balle du Chien-Chien à la mé-mère (The ball of the old lady’s dog). »  L’ambiance devient beaucoup plus ludique, car il s’agit d’une représentation acousmatique du meilleur ami de l’homme interagissant avec son propriétaire qui l’adore manifestement.  Ferreyra prend une séance de jeu entre un homme et un chien et la dissèque, en démontant tous ses aspects déterminants et en les examinant au microscope électronique.  Les sons sont hautement traités, mais si vous aimez les chiens, je pense que vous vous y reconnaîtrez immédiatement.  Vous entendrez des balles rebondir exagérément, des exclamations amicales de chiens qui s’interrogent et le langage étranger que les propriétaires utilisent pour communiquer avec leurs compagnons à quatre pattes.  Tout cela est filtré par l’utilisation très imaginative que fait Ferreyra de la technologie du son. 

La dernière pièce est un court hommage à Bernard Parmegiani.  D »eux Dents Dehors (Two teeth sticking out) » est un titre similaire à « Parms Dedans Dehors » et en l’espace de 4 petites minutes, Ferreyra remplit chaque seconde d’une véritable corne d’abondance d’informations audio.  Les sauts se succèdent à la vitesse du son et le tout se traduit par un sprint endiablé jusqu’à la fin de cet album trop court (30 minutes).

Hautement recommandé, ce qui n’est pas surprenant compte tenu de l’étonnante qualité du travail de Beatriz Ferreyra au fil des décennies.  On ne peutqu’attendre avec impatience le split release de Persistence of Sound (avec Natasha Barrett) qui sortira dans les semaines à venir !

***1/2


James Caldwell: « Pocket Music »

13 mars 2021

Pocket Music est une collection de suites de miniatures électroacoustiques du compositeur James Caldwell.  Caldwell est professeur émérite à la Western Illinois University (WIU). En plus de son enseignement, Caldwell a codirigé le festival annuel de musique nouvelle de la WIU, où il a programmé des centaines de nouvelles pièces de compositeurs vivants. Pocket Music est son premier album de portraits et ne représente qu’une facette de ses intérêts très variés en tant que compositeur.

Pour ce CD, les compositions de Caldwell explorent son imagination sonore avec des objets du quotidien qu’il trouve souvent dans ses poches, des pièces de monnaie, des clés, un flacon de pilules en plastique, un peigne, un livre de poche, un élastique et un tournevis frappé contre une clé. Lorsqu’il a repris le projet ,il a continué à travailler avec de petits sons trouvés, mais pas nécessairement des objets provenant de ses poches : des balles de ping-pong, une agrafeuse, des M&M’s, des trombones, des cymbales à doigts, un crayon passé sur les barreaux du dossier d’une chaise, des poignées de commode, le sac d’un paquet de pommes acheté à l’épicerie, un verre à vin et quelques bricoles qui traînaient sur son disque dur. Mais, même si les objets devenaient plus grands ou plus éloignés de lui, les pistes restaient au format de poche.

Armé de son imagination et de son ordinateur, Caldwell explore les diverses relations entre la représentation et l’abstraction avec le ou les objets qu’il a choisis, imposant parfois ses idées de composition à l’objet et se laissant parfois guider par la découverte de propriétés sonores cachées dans l’objet lui-même. Il y a une grande variété parmi chacune de ces miniatures. Certaines sont très rythmiques, quelques-unes sont très harmoniques, d’autres sont plus acousmatiques. Il y a toujours un sens de l’idée et du jeu dans chacune de ces pièces et c’est ce qui fait de Pocket Music une écoute vraiment intéressante. Recommandé.

***1/2


Seth Nehil: « Skew / Flume »

18 août 2019

Seth Nehil ne se repose pas confortablement sur ses lauriers et ses succès passés ; de ceux de Gang of Four qui ont quitté Austin vers vers 1998 ( Michael Northam, John Grzinich, Olivia Block et Nehil) c’est ce dernier qui a le plus progressé et s’est montré le plus aventureux même si ses anciens comparses ne sont pas resté inactifs. Cesrécents disques portent les influences d’artistes ayant oeuvré dans les théâtres d’avant-garde.

La musique est ainsi hautementfragementée hachée, alant de drones cinématographiques à des « field recordings » en perpétuelle mutation. On à l’impression d’une musique créée dans les arrière-cours d’une machine à sampler et certainement pas de quelque chose qui aurait été conçu dans un club ou au travers d’une boîte à rythmes.

Ceux-ci sont hachés et répétitifs, les voix bégayées et l’électronica a ce bourdonnement particulier dont il est difficile d’identifier la source. Rien à voir avec la production de Esplendor Geometrico même si on pourrait se dire que ce dernier aurait pu sonner de cette manière tant les aupoudrages bryitistes se ressemblent. Sur « Veer » on entendra un vieille réminiscence de musique concrète accompagné de ce qui semble être un copier/coller de sonorités ; un condensé emblématique de l’approche radicale qui le caractérise.

***1/2