Owl City: « Mobile Orchestra »

Adam Young est l’homme derrière Owl City et on ne peut pas dire que ce cinquième album, même si il sera un énorme succès, marquera d’une pierre blanche la musique électronique.

Mobile Orchestra n’a de mobile que le titre et ne nous enflamme en aucune manière comme le ferait un orchestre. Le répertoire est terne et déstructuré et les pincettes de country pop et de soft rock qui l’assaisonnent ne relèvent en aucun cas la plat.

Si on était indulgent on pourrait y discerner des similitudes avec The Postal Services (« Bird With A Broken Wing) mais cela n’empêche pas le disque de verser dans une musique aseptisée et à cours de respiration.

Young s’emploie à délivrer un album intime malheureusement cet effort s’avère plutôt mièvre qu’autre chose. On pourrait presque parler ici de « mainstream electro » chose qui, et c’est tout dire, ne serait pas faire déshonneur au mainstream.

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AM & Shawn Lee: « Outlines »

Troisième album toujours aussi transatlantique de ce duo composé du singer/songwriter de Los Angeles AM et du producteur multi-instrumentiste britannique Shawn Lee.

On y retrouve le même mélange limites crapuleux entre l’electro-pop, le funk, la soul et le disco propulsé par des synthés spacey, des vocaux doucereux et de accroches pop scintillantes version glitter.

La production est assez curieuse, comme si les artistes éprouvaientt le besoin de se mettre un peu en retrait de l’image ainsi véhiculée, une sobriété atypique mais bienvenue qui explique aussi le titre, Outlines, donné au disque.

On a donc droit qu’à une version schématique et fragmentée de la scène club-dance à laquelle on est habitué ; bref une approche minimaliste pour un genre qui en a bien besoin.

***

Fink: « Horizontalism »

Horizontalism se sépare du précédent album de Fink, Hard Believer, dans la mesure où il reprend des éléments de ce dernier et en fait ici un disque hybride, ni follow up ni récréation.

Le trio semble avoir décidé de s’amuser malgré les tonalités sombres qui parsème l’opus paradoxe lié au choix de s’emparer de certains overdubs négligés de Hard Believer et de s’astreindre à une tâche qui est de les réinventer radicalement.

Ce qui va distinguer ces deux parallèles est que, au-delà d’une volonté de graviter autour du folk, Horizontalism va attacher plus d’importance à l’expérimentation au détriment des textes. Les vocaux vont être traités comme des objets sonores, prêts à être manipulés et recombiner de la façon la plus extrême qui soit.

Le projet en soi est intéressant dans la mesure où il émane du trio et non de producteurs extérieurs. Il témoigne de l’inspiration qui est le fil directeur de Fink ; en ce sens il justifie la notion que l’electro est aussi riche que les musiques dites « organiques ».

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Errors: « Lease of Life »

Le nouveau Errors est apparu en 2012 quand le combo de Glasgow passa de cinq membres à trois. L’évolution se marqua dès cette date avec des disques plus electro et club et la sortie de Lease of Life qui voit le groupe, signé dès le début sur le label de Mogwai Rock Action, continue de se baser sur cette esthétique de plus en plus assurée ne serait-ce que parce qu’elle ne craint pas de se référencer au passé pour aller vers de nouvelles directions.

L’« opener », « Colossal Estates », se montre ainsi plein de résolution avec un rythme apathique qui va se transformer en marche stridente couturée de vocaux féminins hachés. Les trois musiciens se sont entourés de Cecilia Stamp et ‘Beck Olivia (Magic Eye) pour assurer les voix et leurs contributions rehaussent le climat de l’album. On pourra noter les effets à la Stereolab sur la symphonie electro « Dull Care » ou sur un mastoc « Putman Caraibe » irrésistible dans son emploi de synthés datés 80’s qui valide la décision d’amener ces nouvelles voix pour adoucir le moule aiguisé de la techno.

Dès le chanson titre, ce deuxième morceau vous aura séduit avec ses beats fureteurs et en boucle rappelant Underwold en mode moins macho grâce en particulier à l’intervention d’un chant masculin en falsetto. « Slow Rotor » véhiculera, lui, un climat « ambient » tout comme un « Early Niights » sur un mode plus narcotique

Sur « Genuflection » on trouvera des bribes de « chill-out  acid house » et « Through the Knowledge of Those Who Observe Us » nous présentera une addition de toutes les facettes de l’electronica allant de Kfaftwerk et Trangerine Dream à la Techno de Detroit. Le fait que le morceau soit accompagné d’un choeur de 20 personnes transcende ce que l’on rencontre d’habitude sur le « dance floor » et s’avère un signe de la faculté qu’a Errors à nous faire écouter une musique connotée avec l’esprit ouvert. S’il est une seule chose que Lease of Life, c’est cet effort de notre part nous permettant de saisir ce qui, sous des rythme cinétiques, est l’émanation de coeurs foncièrement humains.

***1/2

Noveller: « Fantastic Planet »

La musique de Noveller a quelque chose de magique. Elle vit en un lieu particulier, très spécial loin des férocités du monde. Ses carillons légers flottent, impalpables, dans les airs avant qu’un doux bourdonnement s’écoule en mince filet délavé sur cet univers sonore. Fantastic Planet est ainsi une île paradisiaque instrumentale dont le paysage est doucement cadencé comme si la lumière du soleil y était éternelle et incitait au farniente.

Ainsi s’ouvre le disque avec un « Concrete Dreams » qui s’emploie à donner corps à cette songerie. Les harmonies sont naturelles et semblent s’enfouir dans la chaleur texane puisque c’est de là que vient Sarah Lipstate. On restera alors ces moments qui y semblent en suspension, comme ce climat du Sud qui s’arrête figé qu’il est par la poussière.

Fantastic Planet est aussi de cette nature, mais il la rend paradisiaque tant ce qui émane de la guitare électrique de Lipstate est fécond de gouttelettes apaisants et d’échos assourdis. Elle utilise à merveille le sustain pour y greffer des éclairs de reverb qui accompagne des synthés aux teintes écarlates et comme injectés de sang et sa musique nous emmène alors vers des mystères dissmulés par des voiles inconnus, fait de cette engeance qu’on ne veut pas lever de crainte de la perdre.

L’attirance du vide car celui-ci est teinté de tendresse, d’une rythmique chaloupée qui enveloppe avec des accents subtils et méconnus et ces drones contrôlés émergeant pour nous tenir en bride et en haleine.

Le rythme est, en effet, partout et pas seulement dans les percussions. Les mélodies ont leurs propres tempos ; par exemple dans les harmonies qui s’ouvrent et s’installent dans l’espace comme des métronomes, des rythmiques éparpillées en tous endroits de l’album comme une végétation peuplant la terre.

Des lignes ascendantes et descendantes à l’arrière plan aident à tranquilliser les tonalités, induisant un léger sommeil (« In February ») alors que la précision d’une basse profonde donne clarté et focus aux drones obscurcis qui brillent faiblement juste sous la surface. L’image est celle de vaguelettes créées par un caillou sur des eaux sereines et « ambient » avec cette mélodie dorée qui flotte aux côtés d’une percussion boueuse aux échos lointains.

Fantastic Planet est un endroit étrange et spacieux vers lequel il est aisé de se rendre pour voyager vers des mélodies pétillantes sises à distance, claires et immaculées, errant dans des allées reculées ou la lueur viendra de néons étouffés. L’une d’entre elles, parfois, se fera cristalline mais ce sera sur fond de reverb fantomatique traçant une ligne qui débouchera sur une autre mélodie, sablonneuse et empoussiérée par un désert où règne la confusion.

Dire de cette musique qu’elle est enchanteresse est un pléonasme tant elle illumine un monde où même l’obscurité suscite notre émerveillement. Noveller peint une multitude de textures et de paysages soniques sur un album qui est à la fois labyrinthique dans son spectre et contrôlé dans sa conception. Il n’est que de percevoir les synthés sur « Sisters » pour franchir cette frontière vers une musique électronique dont le mécanisme est parfaitement huilé mais la « soul » n’est jamais bien loin, y compris dans ce schéma « ambient » plus robotisé.

L’espace restera toujours celui d’une reverb qui accentuera une hantise dont on ne veut se détacher. Celle-ci sera alors distorsion ou piliers bruitistes colossaux dont le fracas résonnera, terrifiant, quand ils s’écrouleront au sol ; entrera alors en jeu une mélodie mystique épaulée par un rythme de percussion constant. Cet alliage désintègrera nuages et poussière sur un « Pulse Point » ou les synthés seront acérés comme des rasoirs pour trancher dans le flou. Nous serons alors au bout de ce périple où nous contempleront une planète fantastique dont les feux ne cesseront pas de nous fasciner.

****1/2

Museum of Love: « Museum of Love »

2014 a été une année chargée pour DFA. Elle se termine sur Museum of Love un duo composé de Pat Mahoney (LCD Soundsystem) et Dennis McNany (Run Doc). Les deux ont déjà tournée ensemble et cet album éponyme les réunit avec pour but d’échapper aux stéréotypes de la musique electro et d’en présenter une face plus chaleureuse.

Museum of Love est éclectique à souhait mais, grâce à la volonté des deux artistes, ne manque jamais de cohésion. Un bon exemple en sera le « single », « Down South » avec les vocaux d’un invité de marque, David Byrne dont le phrasé paranoïaque est accompagné d’un tempo funky mais passuuffisamment agité pour en faire ce qui serait un de ces titres « techno dance » de rigueur.

D’une manière générale, les multiples nappes de synthétiseur set de boîtes à rythme effacent la frontière entre ce qui est humain et ce qui est issu d’une programmation (« In Infancy », « Fathers » contiennent des tonalités analogues dont la chaleur est incontestable)ett en fait, la totalité de l’album s’efforce d’apporter une riche onctuosité aux climats que ce soit par les nuances de basse sur le « xloser », «  And All The Winners (Fuck You Buddy) » ou ces halètements qui semblent chercher de l’aide sur la freak-out jam qu’est un « The Large Glass » où les micros sont placés comme si ils voulaient capter toutes les possibilités de la voix humaine.

Enregistrements méticuleux, apportant donc profondeur (on ne saurait conseiller un casque), et même si une seule écoute des neuf compositions pourrait paraître succincte, Museum of Love semble être un excellent point de départ pour de futures collaborations.

***

Giana Factory: « Lemon Moon »

Giana Factory, Lisbet Fritze (guitare), Sofie Johanne (basse et synthsés) et Loui Foo (vocaux et percussions sèches), sont finalement de retour après Save My Youth retentissant en 2010 produit par Anders Trentemøller.

Les Danoises ont choisi une atmosphère plus élevée qui semble mieux leur convenir ; ainsi l’ouverture, « Rigt Or Wrong » mélange habilement boîte musicale enfantine et sons plus effrayants et légère distorsion. Les choeurs vont vers l’harmonieux et le céleste élevant ainsi les tonalités sinistres de la basse vers le soleil.

Cette ambiance aura cours tout au long de Lemon Moon avec un Trentemøller dont les beats se font à la fois calmes et « dancey ». Le son-même est élaboré avec lui, ce qui donne une fluidité dynamique à l’ensemble, schéma où il n’occulte rien de ce qui est l’ouvrage de nos musiciennes.

La manières dont les compositions sont construites ne varie effectivement pas : un peu de basse, un peu de guitare et de légers vocaux qui vont se mêler pour créer un style à la fois grandiose, sentimental et propice à une certaine frénésie « dance ».

« Walking Mirror » se distinguera par son contraste entre beats électronique appuyés et vois mesurée, il en sera de même avec « Don’t Fall In Love » , « Head Up High » et « It’s Your LIfe ». Ce sont des morceaux essentiels pour comprendre comment faire fonctionner ensemble des contraires : un passage « dance friendly » se muant tout à coup en ballade qui vous plonge dans la tristesse.

La chanson titre semble être, quant à elle, la préfiguration d’une orientation vers une musique plus industrielle tout en conservant cette ambiance « spacey » ; pour un « sophomore albim » celui-ci est excellemment bien troussé et saurait agrémenter ces moments où se se sent à la fois agité et porteur de vague à l’âme.

***1/2

L’Éternel Nouvel Homme: Interview de Gary Numan

Chroniquer le dernier album de Gary Numan, Splinter (Songs from a Broken Mind) a été une occasion de revenir sur sa carrière ainsi que sur ses particularités qui le mettaient en marge du courant «  electro  ». Il réside depuis un an à Los Angeles ayant pu obtenir, grâce à de nombreux témoignages se portant garant de lui, un visa des autorités américaines sous la classification suivante  : alien of extraordinary ability (sic!) ce qui, quelque part, n’est pas totalement erroné. Il faut aussi ajouter que le nombre d’artistes ayant fait état de leur admiration pour lui (Bowie, Pince, Trent Reznor, Damon Albarn ou Tricky) a sans douté également aidé sa cause. Ajoutons qu’il va être le sujet d’un documentaire de Steve Read intitulé Gary Numan  : An Android in La La Land et on comprendra qu’il est fin prêt à faire le point sur ce qu’il en est pour lui.

Ce nouvel album est assez ravageur. On pourrait très bien imaginer un titre comme «  Here In The Black  » devenir un hit si il restait encore une infrastructure pour que des choses plus pointues trouvent leur place dans le «  mainstream  ». Est-ce que vous regrettez cette époque  ?

Merci beaucoup, je suis , en effet,plutôt content du disque. Je trouve lamentable que la musique qui se situe hors du «  grand public  » doivent batailler pour passer à la radio. Mais ça a été le cas durant toute ma carrière et je pense qu’il en a toujours été de même depuis qu’on a commencé à en jouer sur les ondes.

On donne au public un choix assez limité en termes de musique. La radio n’assure pas son rôle de service hormis quelques exceptions comme BBC 6 Music. Ce serait bien qu’il y ait plus de variations dans ce qui nous est offert pour élargir un peu les « charts » mais il faut se contenter de ce qu’on a. Ce qui serait bien surtout c’est d’avoir des diffusions de choses plus sombres et lourdes mais je ne pense pas que ça arrivera.

Il paraît que la genèse de cet album est vieille de sept ans. Cela veut-il dire qu’il a été fait enconjonction avec Jagged et Dead Son Risg ? Si c’est la cas, tout était-il clairement défini dans vote tête à l’époque ou avez-vous tout écrit puis décidé de réaliser ces trois disques plus tard ?

En vérité, après Jagged j’ai été victime d’une assez longue dépression. J’ai été sous traitement médical plusieurs années et je ne pense pas avoir écrit quoi que ce soit durant trois ans. Peu à peu, j’ai pu me défaire des médicaments et reprendre mes esprit. Je suis parvenu à réaliser quelques sessions mais elles étaient courtes et sporadiques. Je n’étais pas redevenu vraiment compositeur mais au moins je parvenais à faire quelque chose.

Progressivement, durant la deuxième partie de 2011, j’ai pu recommencer à travailler, grâce surtout aux efforts de Ade Fenton (manager de Numan), et à mener à bien le projet Dead Son Rising et à le sortir. Au début 2012, j’ai pu retravailler normalement et c’est à ce moment-là que Splinter a commencé à vraiment prendre forme.

J’en avais fait à peu près la moitié vers Octobre quand j’ai émigré à Los Angeles. C’était un pas énorme que je venais d’accomplir et ça représentait un nouveau départ dans la vie. J’étais très excité et j’ai travaillé avec beaucoup de tonus. J’ai pu ainsi terminer la dernière partie de l’album dans ma nouvelle résidence à L.A.

Ces trois albums ont une tonalité sombre et cinématographique : vous avez déjà émis l’idée de composer des B.O.s. Y-at-il eu quelque chose de concret par rapport à ça ?

Oui, j’ai commencé à travailler sur ma première musique de film avec Ade en décembre. Il s’agit d’une version spéciale d’un film animé nommé From Inside. Il s’agit d’un voyage en train cauchemardesque à travers un monde apocalyptique. C’est un truc très sombre.

J’ai vraiment hâte de mener cela à bien. C’est pour moi quelque chose de tranquille, sans stress et un premier essai dans ce domaine. Je suis très reconnaissant à son metteur en scène, John Bergin ainsi qu’à Brian McNelis de Lakeshore de nous fournir cette opportunité.

« Lost » est assez frappant par l’impression de vulnérabilité qu’il dégage. Ce titre traite-t-il de quelqu’un ou de quelque chose en particulier ?

C’est exact. Quand j’étais en dépression, ma femme Gemma en subissait une aussi, post natale. Elle en a été victime pendant sa seconde grossesse et ça a duré jusqu’à la troième et même un peu après. Ce fut un cauchemar pour elle et, malheureusement, comme j’étais moi-même en dépression, on a commencé à perdre notre proximité en nous disputant pour des choses dérisoires.

C’est arrivé à un point tel que j’ai même songer partir et c’est pendant cette période que j’ai écrit « Lost ». J’ai réfléchi sérieusement à quoi ressemblerait mon univers sans elle. J’ai été capable de laisser derrière moi tous les mauvais moments et de me souvenir de ce qu’elle représentait de spécial pour moi.

Je crois que quand vous commencez à vous disputer, toute l’amertume que vous ressentez occulte les sentiments que vous aviez, les choses qui sont fabuleuses chez l’autre. Vous oubliez pourquoi vous l’aimez. Écrire « Lost » m’a permis de m’en souvenir. J’ai terminé le morceau, suis rentré, lui ai montré ma tendresse et, à partir de ce moment, nous avons pu redémarrer.

Je ne peux pas dire qu’écrire « Lost » a sauvé mon mariage mais ça a servi à le reconstruire. C’est peut-être la chanson la plus importante que j’ai jamais écrite.

Cette phrase : « An Alien of Extraordinary Abilities » sonne comme le titre de votre prochain film. Avez-vous utilisé des témoignages de Bowie, Prince, Beck, Afrika Bambaata, Damon Albarn, J Dilla, Tricky etc. pour votre demande de visa ? Combien en avez-vous rencontré et de qui êtes-vous fan ?

Il est certain qu’on a eu toutes les recommandations qu’on a cherchées pour mon immigration. Quelques lettres ont été écrites par des gens extraordinaires comme Trent Reznor, Dave Navarro ou Alan Wilder. Comment ne pourrais-je pas leur en être reconnaissant ?

J’ai rencontré quelques uns des artistes que vous mentionnez, mais pas tous. C’est assez extraordinaire pour moi d’avoir des gens d’un tel calibre dire des choses élogieuses sur moi, mes influences et ma contribution à la musique. J’en suis très fier et ça a eu un impact positif sur moi et ma carrière.

Êtes-vous surpris que votre musique soit encore d’actualité, que tant de jeunes spectateurs viennent à vos concerts et que beaucoup d’artistes aujourd’hui vous citent comme source d’inspiration ?

Très surpris ; je n’avais jamais prévu d’écrire de la musique qui puisse être durable. J’ai toujours estimé que j’étais aussi « jetable » que tout autre artiste de musique populaire. Au fond, je m’amusais et essayais de trouver quelque chose qui me faisait plaisir sans chercher plus loin.

J’ai toujours considéré que, si j’aimais ce que je faisais, il y avait de bonnes chances que ça plaise aussi à d’autres. Franchement, je ne voyais pas au-delà. Êtres là où je suiset avoir un tel niveau de crédibilité me surprend plutôt, tout comme savoir que des musiciens me mentionnent comme influence.

Ma carrière a connu des hauts et des bas et je suis passé par de longues périodes où je pensais vraiment que j’étais mort et enterré. J’ai donc connu ces moments où tout n’était pas positif aussi j’apprécie d’autant plus le fait d’être arrivé là où je suis aujourd’hui et la façon dont les choses se sont développées.

Êtes-vous satisfait de votre film et êtes-vous parvenu à vous habituer à vous voir à l’écran ?

Android In La la Land est encore une œuvre inaboutie mais je suis très content de ce que j’ai pu voir pour le moment. Il est bien filmé, bien monté et je crois comprendre qu’ils m’ont filmé jusqu’à la fin de ma tournée anglaise en Novembre 2012. Puis s’est déroulé se déroule le long processus de la mise en place des séquences. Il devrait sortir bientôt. Je ne sais pas de quoi il sera fait mais j’en ai vu des passages assez incroyables

Vous avez ouvertement critiqué certaines de vos eovres de la fin des 80’s et du début des 90’s. Est-ce une période que vous ne pouvez plus écouter ou vous arrive-t-il de le faire et d’’en avoir une autre opinion ?

J’écoute rarement ma musique. En fait je n’écoute presque jamais de musique de qui que ce soit. Je ne pense pas pouvoir un jour reconsidérer certaines de mes opinions. Ce qui se passe est que, en ce moment, ce que je fais appartient à une certaine mouvance et qu’il y a eu des moments où c’était complètement différent. Je ne pense pas que vous pouvez mélanger tous ces éléments dans un seul spectacle et leur donner du sens.

Je choisis minutieusement ce que je vais jouer de façon à ce que le concert ait une « vibe » qui soit consistante. Certains vieux trucs fonctionnent, mais pas d’autres et je ne pense pas que j’étais au sommet de ma période artistique à la fin des 80’s. Pourquoi aurais-je donc le désir de les rejouer alors que je peux en choisir parmi plein d’autres qui sont excellents ?

Que pensez-vous de l’évolution de Nine Inch Nails sur leur dernier album ?

Je le trouve excellent, courageux et inattendu. Mais Trent Reznor est coutumier de cela, n’est-ce-pas ? Je suis intéressé par la façon dont ses fans de base vont réagir une fois le choc passé. Il y a peu de gens qui aient autant de bons sens que Reznor, remarquez aussi je suis parfaitement certain qu’il sait où il va.

Pourriez-vous rejouer ensemble si vous en aviez l’occasion ?

C’est à lui de le suggérer, honnêtement. Je lui suis déjà très reconnaissant de m’avoir permis de le faire à certains de ses spectacles. Si ça se produisait, ce serait la cerise sur le gâteau. J’ai un très fort rapport avec NIN mis je ne souhaite pas pousser la barre trop loin.

Vous pourriez peut-être collaborer en studio ?

Nous en avons déjà parlé aussi ça pourrait bien être possible. Quant à savoir quand,c’est une autre histoire. Trent est extraordinairement occupé la plupart du temps et je ne passe pas non plus mon temps à ne rien faire. Trouver le bon moment sera délicat pour nous surtout dans un proche avenir. Si cela peut se faire, je n’hésiterai pas à changer mes plans.

Quelques unes de vos compositions ont fait l’objet de reprises. En avez-vous des préférées ?

Je trouve que le version de « Cars » par NIN était assez spéciale, mais j’ai bien aimé aussi celle de Fear Factory. Les Foo Fighters et Marilyn Manson ont, tous deus, fait d’excellents choses de leur côté avec « Down In The Park » et Pop Will Eat Itself ont fait également un bon truc avec « Friends » il y a quelques années. Il y en a eu tellement que j’en oublie certainement beaucoup.

Et en ce moment, qu’écoutez-vous ?

Si je devais choisir un groupe qui m’impressionne ce serait Officers. J’attends avec impatience leur deuxième album.

Gardens & Villa: « Dunes »

Après la sortie de leur « debut E.P. » éponyme en 2011, Gardens & Villa auraient très bien pu continuer à faire de l’électro-pop laidback comme leurs origines californiennes auraient pu les y encourager.

Ils ont, au contraire, opté pour quelque chose de totalement différent en décidant de partir enregistrer Dunes dans le Michigan, état légendaire par une histoire musicale qui inclut l’électro. À lieu différent, résultat différent dans leur cas puisque, ici, la pop immédiate a été sacrifiée au bénéfice de l’émotion.

On ne retrouvera pas, par conséquent, un recyclage sonique des années 80 mais une électronique plus « ambient » permettant au vocaliste de ce quintet, Chris Lynch, de s’absorber plus profondément dans une atmosphère où des flûtes tremblantes, des chorus angéliques, la palpitation d’un chaos soigneusement contrôlé nous délivrent ce qui est une toute nouvelle esthétique pour le groupe.

https://api.soundcloud.com/tracks/120303281

L’exemple le plus frappant en est le titre d’ouverture, « Domino », avec son alliage guitare synthé, cette capacité qu’a le groupe de coucher plage après plages d’instruments à vent passés au filtre du synthétiseur. « Bullet Train », le premier « single », est un titre où chaque membre du groupe a l’opportunité de développer sa propre habileté sans que la cohésion de l’ensemble en souffre tout comme « Purple Mesas » étayé par la pulsation de sa ligne de basse puissante et agissant comme un métronome.

On ajoutera une bien jolie composition teintée de piano, « Chrysanthmuums », un « Avalanche » rythmé par les synthétiseurs et une omniprésente et remarquable ligne de basse sur un « Echosassy » devant beaucoup au post-punk de Cure et on conclura que Gardens & Villa ont su délaisser avec bonheur les climats lénifiants de la Californie du Sud pour s’immerger dans ceux, plus âpres et vivaces, ce la région de Detroit.

★★★½☆

Switchfoot: « Fading West »

Comme on le sait, les États-Unis ont toujours été prégnants de religiosité, aussi il n’est guère étonnant d’y trouver des groupes de réclamant du « Christian Rock ». Switchfoot en fait partie, et ce combo alt-rock De San Diego en est un des plus populaire au point que Fading West est aussi le titre d’un documentaire narrant les exploits de ses membres dans la pratique su surf (sic!).

Le succès de Switchfoot était lié à un stadium rock attractif mais sans grande originalité, ce nouvel opus les voit s’en éloigner et essayer de se diversifier. Moins de guitares mais plus d’électronique, de pop psychédélique ou de « world music ». La tentative est « louable » mais Fading West demeure encore trop souvent noyé dans des arrangements remplis de « reverb », de choeurs qui frisent sans cesse les « alléluias » ou les chorus d’enfants, pour que, on l’a deviné, l’album pêche par des métaphores excessives (l’océan par exemple) et d’un didactisme dont on s’efforcera de faire abstraction

La production est à l’image des intentions affichées : des effets électroniques qui empruntent largement à Brian Eno alors que certains titres, « When We Come Alive » ou « Slipping Away », sonnent comme le Coldplay empli de synthétiseurs de Mylo Xyloto. Ce sera sur « Ba55 » que l’on trouvera un peu de légèreté plus sympathique avec un fuzz rock impétueux et séduisant et « Who Are We », subtile petite pièce d’electro-pop façon MGMT.

La faculté de composer des mélodies aux accroches entraînantes est toujours là, mais elle est grevée par des orchestrations trop connotées qui alourdissent encore plus les textes où il est question de foi et de rédemption (« Love Alone Is Worth The Fight »). Finalement, comme toute œuvre se voulant porteuse de message, ce dernier obère la créativité en primant sur elle de manière pesante.

★★½☆☆