No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

The Prodigy: « The Day Is My Enemy »

Depuis leurs débuts en 91 avec leur « single » « Charly » The Prodigy a toujours été un groupe qui visait à déstabiliser et à ne jamais faire de compromis. Depuis, leurs albums sont devenus plus sporadiques mais toujours imprégnés de défi et de confrontation et The Day Is My Enemy sonne précisément comme si il était le résultat de toute la tension accumulée par le combo et que ce sixième album leur servait d’exutoire.

Il est, en effet, leur disque peut-être le plus viscéral et incendiaire et on ne pourrait trouver définition plus pertinente que ce « violent et en colère » que qualifie leur producteur Liam Howlett pour le décrire. L’opus est par conséquent traversé par cette bile industrielle et rageuse coutumière chez eux avec, peut-être, ce désir supplémentaire de vous assommer et de vous contraindre à la soumission.

Le « single » « Nasty » est, à cet égard, juste comme ce à quoi on s’attendrait sauf qu’il est délivré avec une puissance exponentielle par rapport à ce qui fait The Prodigy : des tonalités insensées et débridées avec un maelström de frénésie électronique pour les faire sortir de leurs gonds.

Même menaçante est sombre la musique du groupe a cependant conservé un esprit « fun ». Les beats ont toujours quelque chose de rafraichissant et les rythmiques les plus enlevées conservent cette énergie qui vous booste et non pas qui vous cloue au sol à l’instar de « Destroy , « Rhythm Bomb » ou « Get Your Fight On » . C’est cela qui permet à The Day Is My Enemy de rester accessible même si dénué de tout artifice pop ; la seule concession en étant un « Ibiza » qu’on pourrait qualifier de chanson anti pop et où figurent des textes en écriture automatique de Sleaford Mods.

Loin de s’assagir, The Prodigy se montre toujours aussi virulent, et The Day Is My Enemy représente la quintessence de ce qu’il a été et est encore aujourd’hui.

***1/2

7 avril 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Indiana: « No Romeo »

Indiana s’est fait remarquer voilà quelques temps avec un « single », « Solo Dancing », une escapade électronique troublante de par ses jeux de mots ingénieux et subtils et évoquant un désir de voir la « dance music » sortir de son atmosphère festive et de l’emmener en des endroits plus sombres. Avec son « debut album », No Romeo, il est évident que cette envie manifeste s’est déplacée vers une réalité tordue.

Voilà un disque profondément atmosphérique mais il l’est de manière inconstante. Il refuse délibérément de s’aventurer dans tout ce qui est prévisible et chaque fragment de la torture que s’est infligée la chanteuse dans son art est chargé de ce punch où se dévoile une intention : subvertir toute définition concrète qu’on peut avoir de son maquillage musical.

S’ouvrant avec un « Never Born » qui boullonne et nous mijote une recette passant d’un climat se consumant lentement à un hybride electro-rock grandiose, les morceaux présentés explorent tous ce concept général de l’amour, mais d’un amour difforme dont chaque apparition est une autre exprience de la façon dont il convient de présenter la décrépitude.

« Shadow Flash » saupoudre une ballade au piano délicate de trompettes joyeuses et de samples où les mots sont récités, « Only The Lonely » nous offre un aréopage de synthés euphoriques qui contraste avec un thème lugubre et même sous les éléments effrontés d’un hip-hop conquérant est tapi un conte parlant d’amour dangereux où le péril est toujours de mise, (« Bound »).

Avec un album aussi chargé il y avait des risques de voir la voix de Lauren Henson disparaître sous le chaos, sa présence est pourtant toujours appuyée tant elle est pénétrée par une conviction qui s’exemplifie sur un « Heart On Fire » à l’essor triomphal.

No Romeo parvient à soutenir un intérêt constant tout au long de ses plages en allant a-delà des limites d’un genre et aussi en justifiant intelligemment la problématique de la vocaliste articulant le fait que, effectivement, Roméo n’existe pas.

****

4 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Jape: « This Chemical Sea »

Ritchie Egan, Jape si on préfère, a toujours essayé de juxtaposer un songwriting traditionnel basé sur la guitare et des textures électroniques. En 2011, avec Ocean of Frequency, il était parvenu à mêler ses deux penchants, l’un vers le folk l’autre vers l’electronica avant de partir en Suède où This Chemical Sea a été conçu et enregistré.

Entretemps un décès familial est intervenu, chose qui a sans doute contribué à donner à ce cinquième album un son cohérent dans le malaise qui y est véhiculé. Dès l’ouverture, sur « Seance of Light » puis avec « The Heart’s Desire », l’humeur est établie et elle ne laisse aucun doute sur le territoire sonique que l’artiste a décidé d’explorer.

Au travers de compositions qui ne bouleversent jamais le son général de l’album on a droit à des climats où l’introspection s’impose (« I Go » ou « Without Life In The Way ») tout en ne laissant pas en jachère la nature infectieuse qu’il souhaite donner à sa musique (« Absolutely Animals », « Ribbon Ribbon Ribbon »).

Tout cela n’est pas fait au hasard mais est, au contraire, extrêmement structuré : Jape vise à la complexité indéniablement mais il le fait comme si il peignait une toile à laquelle il ajouterait des coups de pinceaux qui tiendraient lieu de palette sonore. Chaque mesure est ainsi occupée d’enjolivures ce qui pourrait, dans d’autres mains, donner une impression de surabondance.

Pour y remédier, Egan ne perd jamais de vue son focus en faisant de chaque moment une expérience musicale en constante évolution. This Chemical Sea est, à cet égard, un album exemplaire de ce que se doit être un album. Il est parfaitement formé et construit, il déambule tout au long d’un fil directeur qui permet une fluidité qui autorise les morceaux à se mêler les uns aux autres.

On pourrait même dire que c’est une célébration du mal être dans la mesure où il se fait mantra édifié sur un rythme hypnotique et syncopé où tous les instruments ont leur place (y compris les synthés). C’est une collection d’hymnes composés pour aboutir à une forme de sérénité, de ce point de vue il sera une expérience qui apportera lucidité et affranchissement.

***1/2

3 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Kasabian: « 48:13 »

48:13 est-il la durée d’un show de Kasabian tout autant que celle de son cinquième album ? Il est difficile de dissocier les couleurs « arena rock » des compositions de cet opus avec ce que le groupe sait produire de plus efficace en concert : grooves infectieux, rythmes aux énormes palpitations cardiaques et riffs hyperactifs.

Cette familiarité n’a rien de rebattue, on sent même le groupe prêt à affronter la saison des festivals d’été (Glastonbury déjà) et on retrouve ici toute la ribambelle de tonalités qui a entouré Wesst Ryder Pauper Lunatic Asylum et Velociraptor !. Le disque s’ouvre sur un fuzzy (« shiva ») plein de confiance ou, plus loin, un « dommsday » qui voit Meigham hurler « Ce que vous voyez et ce que vous allez obtenir. »

Ce zèle tapageur leur a déjà donné cette réputation d’être les successeurs naturels de Oasis et tout l’album sera comme une évocation/invocation àla performance « live ». «  bumblebee » résonnera de ce cri de guerre n’appartenant qu’aux grands rassemblements : « We’re in ecstasy. » alors que « eez-eh », « treat » ou « stevie » sont tout bonnement irréprochables.

Les qualités demeurent donc tout comme pourtant les lacunes, en particulier cette inaptitude à faire des commentaires sociaux qui ne passent pas pour des questions pseudo-philosophiques. On retrouve cette inclinaison sur « glass » interprété avec le rappeur Suli Breaks (« nous sommes nés avec des ailes mais n’avons jamais appris à voler ») ou sur un « explodes » qui réitère cette antienne qu’il vaut mieux mourier sur ses pieds qu’à genoux.

C’rest un album qui ne parle que pour lui-même ; même les noms des morceaux ne peuvent être lus que sur iTUnes ou Spotify et la couverture est d’un rose prononcé tout simple. Le combo explore ici les limites de son éducation musicale et s’il le fait avec aisance c’est parce qu’il est moins audacieux que Lunatic ou moins frénétique que Velociraptor!. Cela reste un catalogue de tout ce que Kasabian sait si bien faire ; des scènes plus grandes les attendent, ils en sont conscients et y semblent prêts.

***

14 juin 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Gardens & Villa: « Dunes »

Après la sortie de leur « debut E.P. » éponyme en 2011, Gardens & Villa auraient très bien pu continuer à faire de l’électro-pop laidback comme leurs origines californiennes auraient pu les y encourager.

Ils ont, au contraire, opté pour quelque chose de totalement différent en décidant de partir enregistrer Dunes dans le Michigan, état légendaire par une histoire musicale qui inclut l’électro. À lieu différent, résultat différent dans leur cas puisque, ici, la pop immédiate a été sacrifiée au bénéfice de l’émotion.

On ne retrouvera pas, par conséquent, un recyclage sonique des années 80 mais une électronique plus « ambient » permettant au vocaliste de ce quintet, Chris Lynch, de s’absorber plus profondément dans une atmosphère où des flûtes tremblantes, des chorus angéliques, la palpitation d’un chaos soigneusement contrôlé nous délivrent ce qui est une toute nouvelle esthétique pour le groupe.

L’exemple le plus frappant en est le titre d’ouverture, « Domino », avec son alliage guitare synthé, cette capacité qu’a le groupe de coucher plage après plages d’instruments à vent passés au filtre du synthétiseur. « Bullet Train », le premier « single », est un titre où chaque membre du groupe a l’opportunité de développer sa propre habileté sans que la cohésion de l’ensemble en souffre tout comme « Purple Mesas » étayé par la pulsation de sa ligne de basse puissante et agissant comme un métronome.

On ajoutera une bien jolie composition teintée de piano, « Chrysanthmuums », un « Avalanche » rythmé par les synthétiseurs et une omniprésente et remarquable ligne de basse sur un « Echosassy » devant beaucoup au post-punk de Cure et on conclura que Gardens & Villa ont su délaisser avec bonheur les climats lénifiants de la Californie du Sud pour s’immerger dans ceux, plus âpres et vivaces, ce la région de Detroit.

★★★½☆

7 février 2014 Posted by | Quickies | , | Un commentaire

Jagwar Ma: « Howlin »

Ce duo s’est rencontré à Sidney et ils partageaient,tous deux, un amour commun pour les beats expérimentaux et la recherche de mélodies attractives. On pourrait les comparer à leurs compatriote de Tame Impala ou de Unknow Mortal Orchestra sauf qu’ils sont moins axés sur la psychedelia qui défrise. Reste à leur crédit une même qualité, la facilité de confectionner une pop infectieuse et ensoleillée.

Leur premier album était attendu et Howlin se complaît à écrabouiller et détourner à peu près tous les composantes de la musique populaire datant des soixante dernières années. La ligne de basse et les rythmes des percussions du titre d’ouverture, « What Love », résonnent comme s’ils étaient issus du Primal Scream de la période Screamadelica avec un crescendo constant dont on ne pourrait pas discerner vers quoi il veut aboutir.

Sa versatilité constitue, en tous cas, une entrée en matières idéale pour le disque de la même manière que « Uncertainty » va bous transporter dans une « rave » acid house période 1989 et que le « single » « The Throw » nous ramènera à une époque où Manchester était surnommé « Madchester » avec pour seule différence une météo plus clémente.

Les choses vont évoluer quelque peu sur « The Loneliness ». La batterie se fait plus rapide et les à-coups de guitares plus audibles pour qu’une image Tamla Motown qui, curieusement ne déparera pas l’ensemble s’incruste en nous. « Man I Need » voit un retour à des lignes de basses plus envahissantes et possède un riff qui ne devrait pas avoir de mal à faire un « hit » si Jagwar Ma le sortait en « single ».

Howlin est un disque connoté certes mais il est suffisamment varié pour apporter ce souffle que nous proposent des mélodies attrayantes, légères et incitant à une douce euphorie.

★★★☆☆

10 juin 2013 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Duologue: « Song & Dance »

On ne peut pas dire que Duologue soient complexés à démarrer leur premier album par un titre, « Machine Stop », qui pourrait être la copie conforme d’une composition de Radiohead, en particulier les vocaux de Tim Digby Bell. Song & Dance a eu une conception très longue et c’est sans doutepour cela que sa méticulosité lui permet de se montrer capable de transcender ses influences. L’option prise est de mêler rock et electronica mais le groupe londonien a su donner une tonalité qui lui était propre à sa musique.

Le falsetto hanté de Digby Belle apporte une couche supplémentaire de dramaturgie à leurs morceaux, en particulier sur « Cut And Run » qui pourrait très bien être leur titre emblématique.

C’est d’ailleurs à partir de ce moment que la palette sonique du combo se déploie de manière plus conséquente. Le tempo crépitant de « Gift Horse » étaye alors une ballade presque essentiellement acoustique dans laquelle le groupe multiplie vertigineusement son instrumentation (cordes orchestrales). Le résultat est risque et surprenant mais pleinement effectif.

À l’opposé de ce spectre sonore, « Snap Out Of It », conduit par une guitare mordante, se voit donner une ampleur cinématographique par ces mêmes arrangements.

Dans toutes ces démonstrations de puissance, Duologue se montre ainsi à l’aise dans cette faculté à ne pas tout lâcher ; « Endless Limitation » par exemple est une parfaite instance de la façon dont on peut dépouiller les choses au maximum tout en se montrant poignant.

Le groupe avait, à l’origine une approche plus « rock ». Y mêler de l’électronique était donc un défi pour lui. Qu’avec l’aide du producteur Jim Abbiss, ils aient pu maintenir cette constance, y compris dans les titres les plus « dance » (« Talk Shop » et « Push It ») montrent qu’ils sont capables de s’élever au dessus de cette ligne de démarcation et ne peut que nous rendre plus impatient dans la perspective d’un nouvel album…

★★★½☆

29 mars 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire