Lucy Rose: « Work It Out »

Lucy Rose est-elle juste in voix en quête de la sienne ? Elle assure les backing vocals de Bombay Bicycle Club mais, sur ce deuxième album, elle semble vouloir sortir du moule folk-pop dont ne reste que la trace sur le titre d’ouverture, « For You », qui pourrait aisément la cataloguer comme une autre de ces chanteuses véhiculant des climats endeuillé.

Cette collection de compositions est, en vérité, très éclectique et elle met en valeur la diversité d’une artiste qui a également travaillé avec The Manic Steet Preachers.

De la pop accreucheuse façon « Our Eyes » au turbluant et rtnébreux rocker qu’est « Köln » en passant par le shuffle acoustique indie de « My Life », le talent mélodique de la chanteuse dévoile ici ce qui est on atout principal.

Les choses se font même encore plus intéressante dans le dernier tiers de Work I Out avec la mélancolie électro d’un nocturne « She’ll Move » ou l’electro pop insolente et nerveuse de « Cover Up » à rendre verte de jalousie Lilly Allen.

En recherche d’une voix, certes ; mais pas loin de la trouver.

***

Giorgio Moroder: « Déjà Vu »

Depuis Sparks, Donna Summer ou autres, Giorgio Moroder a injecté les dance floors de ses rythmes passés aux synthétiseurs au point d’être devenu une des icônes de l’éléctro-pop.

Trente ans sont passés et Déja Vu est un titre représentatif pour quelqu’un chez qui la constante a toujours été la même, y compris dans sa collaboration avec Daft Punk.

Tout juste peut-on souligner, non pas une évolution vers le « mainstream » puisque Moroder en fait désormais partie mais des moments disco toujours aussi irrésistibles comme les instrumentaux que sont « 74 Is The New 24 » ou « La Disco ».

Le producteur n’a pas son pareil pour capturer des divas du genre comme Kylie et Sya et sa production autour des vocaux de Kelis sur « Back And Forth » ne peut que nous faire souhaiter qu’il se décide à produire un de ses albums dans son intégralité.

On regrettera le mièvrerie de « Tom’s Diner » où intervient Britney Spears ou le sample de Flashdance qu’est « Wilstar » et on souhaitera que l’étincelle dont il se montre ici si peu prolixes soit suffisamment forte pour l’entraîner vers une vraie electro-pop du 21° siècle.

***

Braids: « Deep in the Iris »

Après le départ de de leur claviériste Katie Lee en 2012, les trois membres restant de Braids durent dépoussiérer leur son électro-pop, chose à moitié faite sur Flourish // Perish qui était plus une réflexion sur ce désastre et aujourd’hui Deep in the Iris celui-ci est enfin assumé.

Le résultat est un mélange d’influences acoustiques et éclectiques ou le climat se fait encore vulnérable mais aussi plus prospectif et joyeux. Les textes sont très crus (« Miniskirt », « Taste » farouchement anti-sexisme) mais Raphaelle Standell-Preston, Taylor Smith et Austin Tufts dévoilent aussi cette faculté à réconforter et à véhiculer de la positivité. Ainsi, sur « Happy When » son désir se fait tout simple et touchant et donne la sensation que la survie du groupe est désormais assurée artistiquement.

Deep in the Iris marque à bien des égards cette transition et rend impatient de connaître ce qui suivra par la suite.

***

Say Lou Lou: « Lucid Dream »

Lucid Dreaming est le « debut album » d’un duo constitué des sœurs Miranda et Elektra Kilbey-Jansson ifilles de Steve Kilbey (Church) et Karim Jansson (Pink Champagne). Si on ajoute qu’elles sont jumelles on comprendra qu’elles ont hérité des gènes musicaux de leurs parents et que, toutes deux, se montrent assez cohésives dans ce disque de dream-pop mâtiné d’électro-pop.

IL n’y aura pourtant pas grand-chose à retenir de cet opus si ce n’est une production fastueuse et claire grâce, essentiellement, à des artifices de studio. Lucid Dream n’a en fait pour seul critère que l’esthétique comme le résume très bien « Glitter » : « What you get is what you see ».

Les synthés scintillent et la basse rebondit comme ils se doivent et les compositions accumulent les nappes sonores (« Games For Girls »). Produit par l’artstse norvégien Lindstrøm, le disque sera parcouru par la même et unique vibe dont les seules choses à retenirseront l’envolée de « Beloved », le naturalisme de « Skylights » et le fait que Say Lou Lou s’agrémente de deux lead singers.

**

Stanger Cat: « In The Wilderness »

Ce « debut album » des new yorkais de Stranger Cat, un duo qui comprend le singer-songwriter de Brooklyn Cat Martino et le producteur/multi-instrumentiste Sven Britt, nous offre une luxuriance sonique émotionnellement chargée de indie-pop couturée d’electronica et de R&B.

Conçu durant une période où l’acolyte de Sufjan Stevens,, traversait des bouleversements dans sa vie qui l’avaient fait prendre retraite dans la Sierra Nevada pour pratiquer un peu d’introspection il ne sera pas étonnant que In The Wilderness porte bien son titre tant il semble consumé par un sentiment d’introspection désir et frustrations sont fortement ancrés.



Stylistiquement les choses sont relativement débridées ; une collection d’expérimentations soniques assez froides unies par une approche patiente et sophistiquée et le principal atout de Martino, sa voix . La plupart des morceaux seront structurés autour de son impressionnant spectre vocal allant du grognement au roucoulement. Voix et instrumentation sont en osmose pour un disque qui se veut cohérent et y parvient.

***

Korallreven: « Second Comin' »

Ce « sophomore album » du duo electropop suédois Korallreven est opportunément appelé Second Comin’ tout comme l’était le premier (An Album). Ce dernier avait été cherché ses influences tropicales du côté des Îles Samoa, mélodies venteuses, harmonies alertes évoquant celles de leurs compatriotes The Tough Alliance, atmosphères emplies de cette légère brume propre aux voyages aériens ; mais il y aa

vait aussi dans les rythmes bucoliques de Marcus Joons et Daniel Tjäder quelque chose qui ne ressemblait pas à de l’évasion et qui nous laissait franchement campés sur le sol.

La production de Second Comin’ va, à nouveau, voyager, vers l’Asie et surtout le Japon cette fois, et elle va y rencontrer une pop à haute énergie beaucoup moins « laidback » que précédemment. Le son va être constamment à cheval entre deux pôles : béatitude estivale et mélancolie automnale. La première va même d’ailleurs être souvent envahie par des nuages de reverb qui vont obscurcir les mélodies les plus ensoleillées. Le dance floor sera aussi de la partie, « Death Is Not For Us », enfermant l’atmosphère dans un climat moins ouvert, chose que l’on retrouvera même dans un « Try Anything Once » pourtant bâti sur une infusion de tonalités tropicales.

Les moments les plus intéressants seront, en fait, ceux où la mélancolie peut se donner libre cours. Sur « Mantras », la participation de Maria Lindén (I Break Horses) est fondamentale et sur le « closer » de huit minutes qu’est « Ki » son soprano est merveilleusement épaulée par la marée sonique concoctée par Korallreven. À écouter attentivement ce morceau il ne sera pas difficile de vouloir être emporté par la vague et de se dire que, maintenant que cet autre duo scandinave qu’est Röyskopp a, semble-t-il décidé d’arrêter sa carrière, Korallreven pourrait très bien prétendre être son successeur.

***1/2

Broods: « Broods »

Il- y a environ un an un groupe composé de d’un frère et d’une sœur et surgi de nulle part est survenu sur la scène musicale et l’Internet en sortant un « single » electro-pop lustré, « Bridges ».

Des contrats aux USA et en Angleterre arrivèrent très vite et aujourd’hui, avec moins d’une douzaine de concerts au compteur et une deuxième « single », lun « Never Gonna Change » au rythme pulsé et aux accroches lancinantes, Georgia et Caleb Nott ajoutent un E.P. de six plages à leur CV.

Sous l’influence du compositeur de Lorde, nominé aux Grammy Awards, Joel Little, le disque comprend les deux « singles » mentionnés précédemment et deux autres plages mettant en évidence cette production pop minimaliste et légèrement déjantée qui est rapidement devenue la marque de fabrique de Little.

Les vocaux de Georgia sont captivants et angéliques, et ils véhiculent un climat de nostalgie qui ne peut rendre insensible. Les nappes d’arrangements de Caleb, sont douces et presque onctueuses sauf quand il faut laisser place à une voix plus vive. Elle s’élève alors au-dessus de lignes de synthés plus craquantes et erratiques et de rythmiques frissonnantes.

La mélodie presque chuchotée qu’est « Pretty Thing » fonctionne sur le mode appel/réponse et elle pourrait fort bien être comparée au travail de groupes indie comme The XX. À l’inverse, le « closer », « Coattails », emprunte une approche pop plus conventionnelle ce qui pourrait lui permettre de figurer dur les « playlists » des radios « mainstream ».

Il ne faut pas pour autant tirer des conclusions hâtives, Broods n’est pas un E.P. Doté d’un véritable ciment. Chaque titre emprunte à différents aspects de la pop atmosphérique et on aurait mauvaise grâce de s’en plaindre.

**1/2

The Dø: « Shake Shook Shaken »

Troisième album pour notre duo franco-finlandais qui, d’après son titre, semble vouloir s’éloigner d’une certaine douce folie pour nous offrir quelque chose ayant plus trait à l’énergie.

Il ne faut toutefois s’attendre à une disque plus rock car c’est plutôt dans le domaine de la pop synthétique que The Dø a choisi de nous faire pénétrer.

Les synthés ont un rôle primordial car ils ne se résument pas à servir d’accompagnement. Tout se fait comme si chaque composition se fait sur cette base ; ainsi le titre d’ouverture « Keep Your Lips Sealed » nous renvoie à cette pop 80’s à la fois solennelles et electro.

La recette trouvée est efficace (« Trustful Hands ») d’autant qu’elle est doublée d’arrangements éthérés bien léchés ou d’une synth-pop qui lorgne du côté de Beach House comme « Miracles (Back In Time ») où, la encore, la voix Olivia Merilahti fait le job et accentue l’analogie avec ces derniers.

La signification de Shake Shook Shaken sera, au final, bien aisée à circonscrire : il sera question de pop sautillante et dansante (« Going Through Walls » ainsi que « Despair, Hangover & Ectasy ») mais cela n’empêchera pas le duo de s’embarquer ailleurs que dans ce type d’insignifiance.

On trouve, en effet, des moments de solennité, de nostalgie et d’un souffle romanesque qui voisine avec l’électro-pop standardisée dont il cherche à s’extraire.

C’est un effort qui mérite d’être pris en compte tout comme la voix de Olivia Merilahti dont on ne souligne jamais assez le timbre. Plutôt que ronronner The Dø ont choisi la bravade : ne serait-ce que pour cela Shake Shook Shaken rend légitime attention et intérêt.

***1/2

Lemonade: « Minus Tide »

Lemonade n’a jamais eu de chance avec le timing. Leur excellent premier album, éponyme, est passé inaperçu début 2009 en raison d’une sortie trop proche du disque qui a permis à Animal Collective de se faire connaître, Merriweather Post Pavillion, bien qu’il proposât des exemples prometteurs de ce qu’il aurait pu devenir, un groupe dont la psychedelia se mêlait à la dance-pop et à des compositions plus « ambient » et contemplatives.

Son « follow-up », Diver, avait laissé tomber les tendances psychédéliques et opté pour une approche plus tropicale et apaisante avec, occasionnellement, des titres de dance plus appuyés.

Sur Minus Tide, il semble que le son pour lequel Lemonade avait opté dans le disque précédent soit définitivement adopté. Le groupe semble être également plus concentré ce qui lui a permis d’affiner ses compositions et de donner au chanteur Callan Clendenin une excellente plateforme pour lui permettre d’exercer ses talents vocaux hypnotiques.

Les premiers morceaux voient le groupe véhiculer cette sensation estivale qu’on ressent quand on danse sur une plage grâce à un assortiment impressionnant de percussions. Plus loin, le « single » « Orchid Bloom » permet à la fête de continuer après qu’elle ait trempé dans le sublime morceau central qu’est « Awake ».

Curieusement c’est quand le groupe semble vouloir s’adonner à des tempos plus lents qu’il semble le plus à l’aise. Le fait que le groupe soit obsédé par ce qui a trait à l’aquatique et l’émollient y est sans doute pour quelque chose, à l’image du morceau « Neptune » qui figurait sur Diver.

On pourra, finalement donc dire qu’à nouveau il est dommage que Minus Tide sorte en une période automnale ou à marée descendante si on s’appuie sur son titre au égard aux ambiances qu’il souhaite créer. Une fois de plus le timing aura été féroce.

**1/2

La Roux: « Trouble In Paradise »

Le «  revival  » eighties a duré bien plus longtemps que les eighties elles-même et Elly «  La Roux  » Jackson en est une des figures vitales pour sa durabilité. Son album éponyme, une électro-pop qui avait résonné comme un coup de canon, par ses arrangements de synthés extrêmes et des vocaux qui vociféraient des futurs de dystopies, augurant ainsi de ce nouveau millénaire.

Forte de cette percée, et après le départ de ses collaborateurs la chanteuse a attendu le temps qu’il fallait pour peaufiner un Trouble In Paradise, manière de trouver un peu plus de substance et de profondeur.

On retrouve le même style froid, tout comme la même attitude glaciale mais aussi une voix plus riche et des compositions et des arrangements plus sophistiquées. Si on devait se référer aux eighties on pourrait voir les influences de Grace Jones produite par Trevor Horn, Nile Rodegrs et son travail avec Madonna, Bowie (le fabuleux «  Tropical Chancer  ») ou Carly Simon.

L’électro-pop va se teinter de pop-soul et malgré des titres plutôt «  trash  » («  Sexotheque  », «  Kiss and not Tell  ») ceux-ci sont plutôt des démentis car ils nous emmènent dans un univers où la virulence est plus luxuriante que débridée.

Jackson n’a aucunement perdu sa férocité ni la maladresse qui l’accompagnait parfois mais elle a trouvé le moyen d’assumer et même de es complaire dans l’inconfort et de le transformer en un élément vers lequel on aurait hâte de plonger.

Trouvant confiance dans une variété de styles, l’album nous apporte paradoxalement une certaine chaleur  ; celle d’une artiste qui sait s’éloigner des schémas pop ou dance traditionnels et nous proposer quelque chose où le vindicatif et le glorieux ne sont jamais dissociés, une enivrante margarita ou autre nectar propices au mélange des genres.

***1/2