Menace Beach: « Black Rainbow Sound »

Black Rainbow Sound est le cinquième album de ce quintette de Leeds et il marque un changement radical par rapport au précédent, Lemon Memory.

Les compositions indie-pop font montre de la même intensité viscérale mais celle-ci est agrémentée aujourd’hui de quelques déclinaisons funky. mais les orchestrations sont, ici, faites de boîtes à rythme, synthétiseurs, loops et guitares bruitistes.

Le line-up du groupe est toujours le même, toutefois le disque est ici produit par Matt Peel (Eagulls) et sur la chanson titre s’enrichit de la participation de Brix Simith (The Extricated, The Fall). Cette collaboration atypique donne vie à un opus qui explore encore plus loin l’univers unique qui était le leur, à savoir une no-wave, bizarroïde, des synthés analogiques et une electronica instable.

« Tongue » empruntera une approche vocale plus mélodique malgré des guitares tendues grâce au phrasé subtil de Liza Violet dont le voix chevauche le chaos avec aisance.

Il y aura d’ailleurs une constante dans tout l’album ; une l’électronique discordante et inhumaine ouvrant la voix à des textes aux tonalités iconoclastes. L’esthétique étrange ne se démentira alors pas ce qui fait que Black Rainbow Sound pourrait presque être considéré comme un exercice d’exploration de l’inconnu.

En maintenant ce contraste entre riffs de guitares et beats electro Black Rainbow Sound se révèle ainsi comme un solide album electro-indie.

***

Fryars: « Power »

Power est, pour ce second album de Ben Garrett, alias Fryars, un titre trompeur car ce qui était au départ une projet de concept album rebattu certes (la bande-son d’un film qui n’existe pas) s’est transformé en une longue attente (2 ans) et à des déconvenues avec le music business pour un artiste qui, au bout du compte, doit constater que du pouvoir il n’en a pas.

Le disque est donc un assemblage de compositions qui sont tout sauf fluides, la plupart ayant déjà été exposées sous formes de bandes annonces. Power c’est, en fait, comme regarder à l’intérieur d’un cerveau troublé et à l’esprit disséminé.

Interrompu par des interludes et des instrumentaux se voulant chocs culturels (par exemple la première partie d’un grandiose « China Voyage ») le disque parvient toutefois, à travers ces ingrédients variés, à nous montrer une partie du travail de Fryars inconnue jusqu’à présent.

On trouve toujours ce mélange de indie, d’electro et de R&B mais on y découvre également une manière d’entrer dans une dramatisation qui correspond très bien au projet initial du musicien. « In My Arms » et « Love So Cold » nous empoignent et nous transportent déboulonnant ainsi le confort de la formule pop.

De ces plages associées ensemble on parviendra ainsi à saisir une cohérence car ce qui était le propre de Fryars n’a pas disparu : élégance, vocaux plus affirmés (le falsetto robotique sur «  Can’t Stop Loving You » ou le chuchoté et tordu « Prettiest Ones Fly Highest »), bref une façon bien à lui de tirer partie d’un projet inaccompli.

De part cet éclectisme subi, Power nous donne , en fait, l’impression de regarder à l’intérieur d’un cerveau troublé et à l’esprit disséminé, restera pourtant une attention aux détails qui est la preuve d’un artiste construit. On regrettera le manque de structure qui lui aurait permis d’étayer son art;la troisième fois sera peut-être la bonne.

***1/2

-/+: « Jumping The Tracks »

En 2002, James Balyut quitta Versus le groupe de indie-rock fondé par ses frères et sortit un projet di’ndietronic sous le nom de +/- nommé Self-Titled Longplaying Debut Album. Patrick Ramos de Versus se joignit à lui tout comme leur batteur, Chris Deaner. Quelques disques suivirent et Jumping The Tracks marque leur premier véritable album depuis plus de cinq ans. Alors que leurs premières productions était comme un éventail de tous les effets discordants possibles, ils avaient peu à peu perdu de leur tranchant. Ce nouvel opus ne parvient pas à regagner complètement cet élément de surprise initial mais il nous propose néanmoins bien plus qu’une écoute superficielle.

https://api.soundcloud.com/tracks/131181239

On trouve, sur Jumping The Tracks, un élément de familiarité qui le rend facilement abordable. Au départ, cela ne nous permet pas de capter un son particulièrement définitif ; pour résumer il y a des choses qu’on peut ne pas trop aimer et d’autres qui ne sont pas foncièrement accrocheuses. « Young Once » démarre le disque de façon solide construit qu’il est sur une plage énergique à la batterie. En fait, c’est la batterie de Deaner qui servira de colonne vertébrale à tout l’album. Il y a quelques mois, Deaner avait d’ailleurs publié les enregistrements de percussions réalisés pour le groupe Blend de façon à les laisser à la disposition d’autres musiciens. L’intérêt du concept était de voir comment les mêmes parties de batteries pouvaient être employées de manières totalement différentes. C’est d’autant plus le cas dans Jumping The Tracks où l’instrumentation infiltre l’album à un niveau nettement plus élevé que les vocaux rêveurs qu’ils accompagnent et les nappes de synthés spatiaux. On se retrouve alors en terrain connu, mélange d’indie rock énergique et de dream pop (pop onirique).

Quelques écoutes nous autorisent alors à se glisser dans un album qui, même s’il n’est pas consistent, est capable de nous absorber. Les choses se font insidieusement et nous transportent dans un climat proche de l’hypnose avec un titre comme « What Lies Ahead » ou, a contrario, le break soudain de « Toe In LIne » qui nous sort de notre rêverie et, enfin, l’amertume mélancolique d’un « No One Can Touch You Now » qui se termine en réverbération, un peu comme tout cet album qui demeure semblable à un point d’orgue même quand il s’est achevé.

★★★☆☆

Passion Pit: « Gossamer »

Passion Pit est un projet par Michael Angelakos, auteur-compositeur originaire de Boston. Sa première production, un EP nommé Chunks of Change, était en fait un cadeau de Saint Valentin pour sa petite amie. On ne sera donc pas étonné que Gossamer son second effort soit le véhicule de ses préoccupations personnelles (il est bipolaire ; alcoolique et cet album a failli ne jamais voir le jour en raison d’une tentative de suicide).

La musique peut servir d’expression de ses hantises (le premier titre répète à satiété : « We all have problems »), il n’en demeure pas moins qu’elle a aussi pour but d’enrichir nos oreilles. Angelakos a choisi une voie assez connotée ; une sorte de soul-funk mâtinée d’une électronique omniprésente et servie par des vocaux dont, et c’est un euphémisme, on peut dire qu’ils sont très expressifs.

L’album s’ouvre sur une sorte de fanfare aux synthés pour « Gossamer » embraie sur une voix emphatique et presque féminine dans une composition qui demeure encore assez pop.

C’est ensuite que tout dérape, les choeurs deviennent non seulement envahissants mais aussi limite hystérie. Les titres se succèdent sur un mode où alternent morceaux disco partant dans tous les sens (un « I’ll be Alrignt » chaotique à souhait et semi-ballades néo-soul (« Constant Conversations  où synth-pop (« Take a Walk »).

Le problème avec ce disque est que, indépendamment des problématiques et du mode musical choisi, les exhortations de Angelakos sonnent souvent comme qui des vociférations paranoïaques, qui de vaines tentatives à émuler David Bowie ou Freddy Mercury. Les arrangements épousent également cette option, envahisseurs, heurtés et excessifs dans l’utilisation de l’électronique.

« Gossamer » signifie « gaze » en Anglais. Il s’agit donc d’un pansement, et on peut comprendre ce qu’il y a de thérapeutique dans l’approche de l’artiste. Mais elle a également pour nécessité la fonction de dresser un voile vaporeux et apaisant sur les plaies. Ici, hélas, nous sommes sur le registre d’un suraigu permanent et, par conséquent, d’une hystérisation constante qui soulage sans doute son auteur mais à laquelle on n’est pas obligé d’adhérer. Gossamer en tous cas ne remplit pas sa deuxième fonction qui est celle de partage d’émotions. C’est un album nombriliste et auto-centré, une remise à jour d’une musique que l’on qualifiait autrefois de « pompier ».