The Ruby Suns: « Christopher »

Sous la houlette de Ryan McPhun, The Ruby Suns combinaient éléments de world music à pop psychédélique. Peu à peu ils s’aventuraient de plus en plus vers l’electro-pop et, sur ce quatrième album, la tendance est encore plus prononcée avec, pour la première fois, le producteur « chaud » du moment, Chris Coady (Beach House, TV On The Radio).

Dès l’ouverture, « Desert of Pop » nous entraîne dans un univers qui dément son titre. De la pop, c’en est certes mais celle-ci est pétillante et criarde, très proche de la disco sans toutefois en faire partie. On pourrait comparer cela à une brusque montée d’adrénaline involontaire, ces émois adolescents qui se veulent adultes mais qui ne font pas encore partie de ce monde. Il s’agit pour McPhun d’un thème consistant que ce dernier, et il l’accompagne de panoramas sonores hyper propres et translucides comme pour souligner cette impréparation candide, à l’image de cette pochette de jeune homme entre deux âges, à entrer dans un univers qui n’est pas encore le sien.

Le climat du disque est donc quasiment illusoire et c’est peut-être ce manque de synchronicité qui nous empêche d’entrer véritablement dedans. Il y a en effet comme un décalage entre immaturité d’une musique hésitant entre la limpidité et le « glitter » qui rend une partie du disque dépourvu d’âme. Même quand il s’efforce d’être plus acide, le chatoiement des orchestrations synth-pop ôte toute rugosité aux compositions.

Ça ne sera que quand les plages seront plus minimalistes et les vocaux moins traficotés (« Dramatikk », « Rush ») qu’on semble aborder un domaine exempt d’artifices. Sans doute est-ce en suivant cette direction, à l’image d’un « Starlight » dont le funky se révèle ecstatique, que McPhun se rapprochera du tangible et du réel.

★★☆☆☆

Passion Pit: « Gossamer »

Passion Pit est un projet par Michael Angelakos, auteur-compositeur originaire de Boston. Sa première production, un EP nommé Chunks of Change, était en fait un cadeau de Saint Valentin pour sa petite amie. On ne sera donc pas étonné que Gossamer son second effort soit le véhicule de ses préoccupations personnelles (il est bipolaire ; alcoolique et cet album a failli ne jamais voir le jour en raison d’une tentative de suicide).

La musique peut servir d’expression de ses hantises (le premier titre répète à satiété : « We all have problems »), il n’en demeure pas moins qu’elle a aussi pour but d’enrichir nos oreilles. Angelakos a choisi une voie assez connotée ; une sorte de soul-funk mâtinée d’une électronique omniprésente et servie par des vocaux dont, et c’est un euphémisme, on peut dire qu’ils sont très expressifs.

L’album s’ouvre sur une sorte de fanfare aux synthés pour « Gossamer » embraie sur une voix emphatique et presque féminine dans une composition qui demeure encore assez pop.

C’est ensuite que tout dérape, les choeurs deviennent non seulement envahissants mais aussi limite hystérie. Les titres se succèdent sur un mode où alternent morceaux disco partant dans tous les sens (un « I’ll be Alrignt » chaotique à souhait et semi-ballades néo-soul (« Constant Conversations  où synth-pop (« Take a Walk »).

Le problème avec ce disque est que, indépendamment des problématiques et du mode musical choisi, les exhortations de Angelakos sonnent souvent comme qui des vociférations paranoïaques, qui de vaines tentatives à émuler David Bowie ou Freddy Mercury. Les arrangements épousent également cette option, envahisseurs, heurtés et excessifs dans l’utilisation de l’électronique.

« Gossamer » signifie « gaze » en Anglais. Il s’agit donc d’un pansement, et on peut comprendre ce qu’il y a de thérapeutique dans l’approche de l’artiste. Mais elle a également pour nécessité la fonction de dresser un voile vaporeux et apaisant sur les plaies. Ici, hélas, nous sommes sur le registre d’un suraigu permanent et, par conséquent, d’une hystérisation constante qui soulage sans doute son auteur mais à laquelle on n’est pas obligé d’adhérer. Gossamer en tous cas ne remplit pas sa deuxième fonction qui est celle de partage d’émotions. C’est un album nombriliste et auto-centré, une remise à jour d’une musique que l’on qualifiait autrefois de « pompier ».

Pop Levi: « Medicine »

Selon ses propres dires, Pop Levi n’est ni de la terre ni de notre dimension dimension. Il est vrai que ce multi-instrumentiste de Liverpool avait, sur son premier opus, The Return to Form Black Magick Party vagabondé avec bonheur dans une pop « sixties » et glam façon T. Rex et que sur le suivant, Never Never Love, il avait adopté un son plus « funky » à la Prince pour un disque enregistré à Los Angeles.

Ici, il explique que son dernier effort a été « enregistré par une autre version de moi dans une autre dimension, puis transmis à cette version de moi pendant de longues séances de caisson d’isolation sensorielle. »

Foin de théorisation ou d’élucubrations pour Medicine qui, lui, plonge dans le glam rock, electro funk, et ce qui Levi nomme « future rock ». Cette étiquette à elle seule suffit à caractériser une genre qui ne signifie strictement rien, un peu comme si Levi voulait se proclamer roi des D.J.s (le disque est inondé d’electronica) tout en n’ayant aucune idée de la façon de faire tourner les platines.
C’est en réalité dommage, parce que sous tous ces « loops » et ces refrains saccadés propres surtout avant tout à vous donner la migraine (sons égaux et aigus, murs soniques d’où ne s’échappe aucune couche, diction hoquetée) on peut réellement se dire que Levi possède encore les talents musicaux qui nous avaient si enthousiasmés sur son premier album .

Le premier « single », « Strawberry Shake », est effilé comme un rasoir et une voix haut perchée est à mi-chemin entre Bowie et le heavy metal. Le titre, malheureusement lasse rapidement par des chorus refrains d’où n’émerge qu’un funk robotique et presque lobotomisé.

Sur bien des titres d’ailleurs, les riffs dégoulinant de sueur à la Marc Bolan se dégonflent rapidement comme sur « Police $ ign » ou « Runaround Midnite », vaines tentatives à émuler The Strokes.
En fait, Levi a conçu un disque « venu d’ailleurs » pour reprendre sa terminologie, objet hybride où se côtoient rock traditionnel (« Motorcycle 666 », « Rock Solid ») et incursions dans des tripatouillages électroniques qui génèrent une impression d’hystérie non maîtrisée mais dont, la résultante est, hélas, plus chaotique que’entraînante.

Ça n’est finalement que quand Levi se pique de ballades qu’il est le plus convaincant : « Coming Down » est preuve que l’artiste sait encore écrire des mélodies et « Bye Byes » qu’il sait mettre à nu ses émotions.

C’est peu, bien trop peu, pour quelqu’un qui donnait l’impression d’énormes potentialités. On n’est jamais plus déçu que par les gens dont on attend, à tort en l’occurrence ici, le meilleur.