Mutuel Benefit: « Thunder Follows The Light »

Cela fait deux ans que John Lee a sorti son « debut album » Skip A Sinking Stone. C’était un disque à la beauté festoyante mais une joliesse délivrée avec retenue. Lee est de retour sous le nom de Mutuel Benefit, un ensemble où il est escorté d’une flopée de musiciens et l’ambition de sortir un opus encore plus ambitieux, tout en restant dans le registre de l’intimité.

Thunder Follows The Light mêle toujours Americana folk, instrumentations orchestrales et tonalités électroniques prodiguant une toile de fond sonique. Les thèmes demeurent toujours identiques ; l’amour, la perte la mort et la renaissance. Celle-ci s’exemplifiera par le schéma typique qu’est la destruction du monde externe et sa résurgence dans un autre univers plus intérieur.

Le titres reprennent ce « road album » émotionnel ; « Waves Breaking » et « Montain Shadow ». Le premier est construit sur une guitare nonchalante qui sonne peu à peu suite à un saxophone qui s’enflera et sera accompagné d’un piano et de percussions, le tout bâti en crescendo.

C’est là que l’on s’aperçoit en quoi le travail de John Lee a pris ampleur et souveraineté. Cette emprise sur le répertoire et les arrangements lui permet d’édifier quelque chose d’impérieux rendant somme toute logique la suite d’accords accrocheurs qui nourrira un « Mountain Shadow » où la steel guitar et l’électronique en filigrane feront ménage idéal.

Thunder Follows the Light est un opus qu’il faut prendre en pleine figure dont la délicatesse a besoin d’être réévaluée. Il conviendra de creuser sous la surface éthérée pour laisser l’album prendre vie et chair et gratifier celui qui aura la patience de s’y immerger.

***1/2

Dream Police: « Hypnotized »

The Men étaient un groupe hardcore ; aujourd’hui ils se sont transformés en une sorte de combo de college-rock influencé par la alt-country et la Northern Soul. Mike Perro et Nick Chiericozzi ont décidé de créer un projet alternatif, Dream Police dont Hypnotized est le « debut album ».

Celui-ci s’empare également de quelques allusions synth-rock, pour nous présenter un paysage musicale sinistre et nu parcourant l’Ouest sauvage et l’espace au-dessus de nous.

Le duo fait appel à Kyle Keays-Hagerman pour assurer les boîtes à rythmes et un synthétiser Juno 16 pour accompagner les guitares en feedback et les vocaux tonitruants.

Le titre le plus symptomatique de cette démarche sera « Mama’s Dead » avec ses pédales à effets et ses riffs mordants. On pourrait ainsi dresser un parallèle avec Suicide ; même utilisation de l’électronique, même univers apocalyptique mais e duo n’oublie pas ses autres influences, à savoir la country.

Elle sera de facture classique sur « John » avec ses arpèges infusés de blues et un solo de guitare sec et dru, ou avec « Sandy » dans lequel Holly Overton (Juniper Rising) s’offre un duo acoustique et éthéré avec Chiericozzi. Le phrasé traînant de cette dernière nous emmène alors dans une americana qui complémentera le baryton de Ciericozzi sur «  Tonight I don’t Feel like Singin » au finger-picking délicat.

Entre ces deux pôles, on trouvera « Let It Be » une ballade intergalactique qui, malgré ses sert minutes, ne devient jamais lassante, « Iris », une autre ballade, space country cette fois ou un « Pouring Rain » morceau new wave dont le up tempo est assuré par une boîte à rythmes.

On ne peut qualifier Dream Police de projet annexe par rapport à The Men, il contient suffisamment d’inventivité et d’innovation pour tenir la route ; celle qui est appartient à un groupe à part entière.

***