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Siavash Amini: « Serus »

La scène électronique iranienne est assez peu connue chez nous, mais un nom ressort depuis le début des années deux mille dix : Siavash Amini. Le guitariste ébouriffé de Téhéran a su construire une solide carrière au gré d’albums solo audacieux et de collaborations fructueuses dans un registre ambient/expérimental hors normes.
Serus est inspiré par la nuit et les écrits de Maurice Blanchot. Pour le musicien qui a souffert d’insomnies et de moments de trouble qui l’ont conduit à faire une dépression nerveuse, « nous résistons à la nuit dans le sommeil, par la voie du rêve ». Cet attrait pour l’obscurité et l’onirisme est très prégnant dans cet opus. Dès les premiers instants le ton est donné. Les sonorités sont dark, menaçantes : une vision cauchemardesque renforcée par des drones et divers bruits agressifs. Néanmoins, « A Recollection of the Disappeared » s’avère plus complexe, l’angoisse cède la place à la rêverie, un brin mélancolique quand le violon de Nima Aghiani apparaît en contrepoint d’une ambient lumineuse.

« Semblance » poursuit sur cette ligne positive. Peu événementiel au départ, ce titre s’impose sobrement, tout en cordes longilignes, avant de s’enfoncer dans une forme expérimentale. Les divers effets sonores perturbent ainsi l’équilibre précédent, le brouillard s’épaissit progressivement, et malgré une accalmie, les grondements clôturent la pièce de façon inquiétante.
« All that remaine» est sans doute le morceau le plus démoniaque. Il se vautre dans une débauche de bruitages farouches, impliquant l’auditeur dans un sabbat noir violent, tissé par des crépitements tendus et autres vrombissements macabres. Enfin, Serus se termine sur une note sereine avec « All that remained Pt. 2 », gorgé de cordes mélancoliques, témoignage de l’amour que porte le musicien au modern classical.

***1/2

12 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Stubbleman: « Mountains and Plains »

Producteur et ingénieur du son ayant notamment travaillé pour S’Express et Bomb The Bass à la fin des années 80, mai aussi avec The Wire ou Erasure, le Belge Pascal Gabriel compose désormais sous le nom de Stubbleman, pseudo sous lequel il sort un premier album fort séduisant.
Avec sa pochette évocatrice d’une certaine Amérique,
Mountains and Plains dévoile des musiques électroniques ambient avec quelques touches post-rock ici ou là.
On songe à
Tangerine Dream, Harold Budd ou Bian Eno avec ce mélange de minimalisme associé à de douces mélodies répétitives.


Un travail de composition inspiré par un long voyage de dix semaines à travers les Etats-Unis durant lequel le musicien a capté des images et surtout des sons divers qui resurgissent dans ses musiques… chaque titre renvoyant à un endroit spécial, à un souvenir précis de son périple.
Piano jouet, synthés modulaires, ARP 2600, Korg 700 et piano serviront également de matériau pour construire
un superbe album empli de nuances et de jolies réminiscences.

***1/2

8 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Beat Movement: « Black Gardenia Vol.1 »

Formé par Mattia Prete et Simone Scardino, le duo Beat Movement offre un opus, Black Gardenia Vol.1, qui conjugue subtilement, électronique expérimentale et touches jazz, invitant le saxophoniste Giani Mimmo sur « Silent Rain » et la formation Gamapawa sur « Untitled Reconstruction », à venir étoffer les salves sombres de leur techno poisseuse, aux rythmiques denses et profondes.

Les titres forment un ensemble aux mouvements continus, dont la montée en puissance prend effet avec le remix de « Silent Rain » par Sunil Sharpe, plongeant l’auditeur dans un dancefloor étouffant aux kicks binaires flirtant parfois avec l’indus.

Les ambiances composées par Beat Movement sont chargées de tensions électriques et de sources grésillantes, offrant l’espace nécessaire pour que puissent s’exprimer les artistes invités. Black Gardenia Vol.1 revient aux origines d’une techno qui aime marier les genres tout en déviances et en bascules atmosphériques, où boucles électroniques et décharges instrumentales, débroussaillent jusqu’à l’usure la membrane de nos enceintes. Très fortement recommandé.

***1/2

14 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Död: « Arbetets Ära »

Statue conçue par l’artiste Axel Ebbe et placée au centre de Malmö, Arbetets Ära est aussi le titre qu’a choisi le duo Död pour leur nouvel album, en forme d’hommage à la troisième ville suédoise.

Les titres forment un ensemble compact dévoilant les facettes changeantes de cette bourgade, entre atmosphères ambient chargées de noirceur latente et envolées technoïdes enrobées de plaintes industrielles.

Död développe un univers dense aux couches multiples, qui laisse à l’auditeur le loisir de s’immerger dans les rues et les artères d’une géographie nordique aux palpitations urbaines, habillées d’histoire et de mixité. A découvrir.

***

2 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Henrik Munkeby Nørstebø/Daniel Lercher/Julie Rokseth: « Off The Coast »

Le duo Henrik Munkeby Nørstebø et Daniel Lercher, s’est adjoint les services de la harpiste Julie Rokseth pour un Off The Coast plein à craquer d’infra basses enveloppantes, de field recordings évocateurs et de dépaysements sonores affolants.

Les quatre titres font souffler l’air dans des tubes thoraciques aux battements oniriques. Ici l’organique et l’électronique fusionnent en sous-sol, préparant un breuvage auditif qui fait appel aux sensations champêtres que l’on éprouve à la sortie d’un long séjour urbain.

Les stridences vrillent les neurones, perturbant et parasitant notre navigation dans l’espace, nous aidant ainsi à mieux nous focaliser sur ce qui circule autour de nous, de manière imperceptible. Off The Coast nous plonge dans un état de concentration extrême, regard intérieur vers des instants de transversalité éparpillés. Palpitant.

***1/2

3 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Emanuele Errante: « The Evanescence Of A Thousand Colors »

Quelques semaines après le disque publié en trio avec Dakota Suite et Dag Rosenqvist, Emanuele Errante reste fidèle à Karaoke Kalk pour son album solo. Poursuivant ses travaux ambient assez minimalistes, l’Italien y livre un disque courtmais empreint d’une beauté fragile, tenant par la minceur des contours mélodiques convoqués, comme par la vulnérabilité des composantes utilisées. Dans une démarche quasi-électroacoustique, Errante sollicite ainsi des apports dont on peine parfois à déterminer s’ils sont électroniques ou réels (le clavier et les cordes de « Shiver », par exemple). Cette indécision ne s’avère toutefois pas perturbante, en tant qu’elle participe du climat qu’entend mettre en place le Transalpin, jouant sur les rencontres et les mélanges, en écho aux visuels de pochette où des pigments de poudres colorées sont prêts à être amalgamés.

 

De petites granulosités ou perturbations grésillantes peuvent également venir bouleverser un peu l’ensemble, comme un nouveau composant chimique viendrait mettre du trouble dans une préparation trop lisse (« Comhaltas »). Dans un autre registre, un propos plus politique s’invite dans la musique d’Emanuele Errante avec un extrait de discours de l’universitaire Pratyusha Pilla, dans lequel la jeune femme traite de la discrimination fondée sur la couleur de peau (« Beauty »). Plus loin, c’est par une instrumentation plus riche et plus scintillante qu’un morceau peut se distinguer (« Komorebi »).

Quel que soit le vecteur choisi par le musicien, demeure pourtant une constante : le caractère chaleureux et accueillant de ses compositions, parfois peut-être un peu trop ressemblantes lorsque les spécificités précitées ne sont pas présentes, mais assurément réconfortantes.

****1/2

7 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire