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Magna Pia: « Daiauna »

À l’image d’autres musiciens, Hüseyin Evirgen opte pour un pseudonyme lorsqu’il propose des sorties dans un registre différent. Ainsi, celui qui officie d’habitude dans une veine techno conserve le nom de Magna Pia pour ses publications électroacoustiques, à l’image de cet album, paraissant en vinyle et version numérique, dans lequel des composantes synthétiques, aux teintes minérales, croisent un piano.

Mais le clavier intervient, en réalité, aux côtés des souffles, frottements, grondements et mini-explosions qui occupent une bonne partie du terrain. Mettant en place une atmosphère un peu inquiétante et tourmentée, ces éléments trouvent alors, dans le piano, un compagnon capable de proposer aussi bien des notes graves et tenues, utiles relais des sons caverneux (« Dionysus », « Tocharian Love »), que des interventions plus syncopées, à même de rebondir sur les rythmiques installées précédemment (« Sacred Ibis »).

Si le propos peut sembler alors un peu tautologique, se déployant trop « ton sur ton », il faut néanmoins saluer la belle cohérence d’ensemble du disque et relever qu’avec le long Ianna (près de huit minutes), Hüseyin Evirgen sait aussi livrer un titre sur lequel les notes de piano se font plus claires, apportant lumière et sérénité au tapis opaque et granuleux. Enfin, sur le caudal « And So We Crumble », le musicien turc superpose deux lignes mélodiques de clavier, l’une au piano, l’autre avec un clavier sonnant comme un clavecin ; naturellement, le tout est enrobé d’une texture un peu sombre, bien dans la lignée d’un disque vraiment intéressant.

***1/2

10 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Zeno dan den Broek: « Breach »

Breach est le  nouveau projet de Zeno dan Den Broak  un artiste travaillant sur la notion d’espace et d’acousmatique afain de nous proposer une vision urbaine de la modernité, qui se manifeste en concassant les sons pour les libérer d’une certaine forme d’oppression et en inventer d’autres.

Breach aborde la radicalité en souplesse, bâtissant des surfaces glissantes recouvertes de moisissure et de crasse électronique. Il en faut peu pour que cet amas de titres flirtant avec une certaine idée du chaos, ne se transforme en tracks dancefloor pour mutants en perte de contrôle.

Zeno dan Den Broak broie les sons pour en ressortir un suc vicieux aux émanations mortelles, disséminant dans l’espace un poison sonique, capable de faire exploser nos perturbateurs endocriniens et faire de nous les esclaves de boucles drones à l’acidité brulante. Épatant.

***1/2

9 mai 2019 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

The Star Pillow: « Music For Sad Headbangers »

The Star Pillow est projet d’un musicien toscan de la scène post-rock, électronique et électro-acoustique qui a publié une dizaine d’albums depuis 2012. Il s’agit du dernier disque de l’Italien sous ce nom, une plongée d’une petite quarantaine de minutes dans une belle noirceur, marquée par une guitare électrique naviguant entre ambient et accroches plus rageuses.

Avec son intitulé assez ironique, l’album invite, de fait, par endroits, à remuer la tête au gré des accords plaqués, soit lourdement dans un registre quasi-stoner (« Bruno Martino Is My Tom Araya »), soit de manière plus acoustique et tout aussi régulière, en prélude à des déluges d’électricité (« Moving Grey « ou « Sad Headbanger »).

Alternant avec des moments nettement moins saturés,Paolo Monti sait ainsi maintenir l’intérêt de l’auditeur en l’emportant sur des tapis plus lumineux et accueillants, tout juste mordorés (« Departures ») ou bien en combinant couches de six-cordes (accords pincés, arpèges) et Glockenspiel (le délicat « Circle Of Events) ».

La confrontation entre la clarté presque mélancolique des parties mélodiques et l’allure nerveuse et malaisante des distorsions grésillantes génère des frottements tout à fait prenants, capables de faire assurément naître de belles émotions contrastées. Avec cette belle découverte, on éprouvera toutefois deux regrets : qu’il s’agisse donc du dernier disque de The Star Pillow et qu’il n’ait aucune chance de voir l’intéressé se produire sur scène.

***1/2

1 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

James Andean: « Assemblance(s) »

James Andean navigue sur les eaux d’une électro-acoustique nourrie de field recordings, puisés dans notre environnement direct et assemblés de manière à transformer cette matière première en narrations émotionnelles passées par un prisme déformant.

Assemblance(s) enchevêtre les éléments pour créer des atmosphères chancelantes aux allures de sketches étranges, où tout prend des allures grossissantes ou rapetissantes, selon que l’on soit grand ou petit, doté d’une ouïe fine ou équipé d’un sonotone.

L’artiste déplace les bribes sonores sur d’autres espaces, leur offrant le loisir de devenir quelque chose de différent, d’endosser un habit de lumière sur un plateau de cinéma, de jouer la comédie sur une scène de théâtre, se rapprochant sans équivoque de l’esprit d’un Bernard Parmegiani. On est happé par ces histoires à l’approche cosmologique, projection dans un espace bousculé par les incertitudes et les faux-semblants. Très fortement recommandé.

***1/2

30 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Eno & Hyde: « Someday World »

Sur quel terrain qui leur serait commun pourraient se rencontrer Karl Hyde, conny pour son travail avec le mgroupe de musique électronique Underworld, et Brian Eno dont le C.V. Laisse entrevoir une myriade de possibilités en matière de collaboration artistique ? Pour leur premier album ensemble, il sera nécessaire de s’ affranchir de toutes les préconceptions esthétiques qu’on pourrait avoir.

Les « beats » sont l’élément clef d’un grand nombre de plages et le duo a décidé de prendre ici une approche extrêmement variée en ce qui a trait aux structures rythmiques. Celles-ci sont assez infectieuse et les inventions mélodiques sont construites à partir d’elles sans que l’une ou l’autre ne prenne le pas sur l’autre. Pour « A Man Wakes Up », qui rappelle le travail de Eno avec The Talkings Heads par exemple, le tempo donne le la menant au chorus mais la chanson demeure l’élément primordial.

Eno et Hyde ont composé et interprété les neuf plages et ils sont bénéficié de la présence de Will Champion de Coldplay et de Andy Mackay, l’ex Roxy Music. Quelques titres seront assez rudimentaires avec une instrumentation aussi basique que les « backing vocals » ; ainsi l’esprit folk de « Who Rings The Bell » pourrait parfaitement s’intégrer à l’univers de Mumford & Sons. Le final, « To Us All » , sera même quasiment un instrumental mené par une guitare acoustique et une touche de claviers avant que des harmonies ne viennent brièvement le couronner dans ses dernières mesures.

Là où les choses sont plus intéressantes est quand el duo s’éloigne de son chemin avec un virage à angle droit, jazzy et proggy, pris sur « When I Bulit This World » ou même dans un « Daddy’s Car » qui révèle à quel point ils sont conservé un esprit « pop » et « fun » grâce à sa rythmique introduisant un interlude de cuivres du plus bel effet funk. Enfin, alors que « Satellites » sonne en son entame comme s’il voulait émuler des passages répétitifs à la Philip Glasse, la progression mène insensiblement la chanson vers des vocaux bilieux partageant la scène avec des soubresauts électroniques insistants.

Someday World est donc un album axé sur les chansons où Eno & Hyde semble se sentir dans une zone de confort. Si on prend comme archétype de l’opus un « Witness » qui parvient, de façon intrigante, à concilier structure directe et éléments expérimentaux qui taquine les fondations du morceau, il ne serait pas impossible que , si prochaine coopération il y a, elle s’annonce particulièrement fructueuse.

***1/2

24 mai 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire