No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Alessandro Cortini: « Volume Massimo »

Cela fait quelques années maintenant qu’Alessandro Cortini fait son chemin dans ce genre si particulier qu’est la musique électronique de type ambient et/ou drone. Grand amateur de synthétiseurs modulaires il explore depuis les possibilités offertes par ses nombreuses machines.

Volume Massimo est un bon album, solide et cohérent. LIitalien y décline, en huit pistes, un univers très évocateur, visuel même. Riche en émotions, la musique de Cortini prend son temps pour amener l’auditeur là ou il le souhaite.

Malgré un début de disque un peu inégal et qui souffre de quelques longueurs, la fin de l’album, elle, commencée avec « Momenti », sera plus inspirée et elle récompensera notre patience avec de longues montées en puissance sonore, entrecoupées de silence.

S’il n’est pas le meilleur opus de Cortini, Volume Massimo trouve sa place aisément dans une discographie bien étoffée. Il contient d’excellent morceaux (« La Storia », « « Batticuore » » propres à satisfaire les fans du genre et du compositeur.

***1/2

10 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

The Touchables: « The Noise Is Rest »

Le terme de « heavy in music » a été repris et approprié par certains rockers à la fin des années 60 et il est resté, jusqu’à aujourd’hui, le symbole d’ une musique chargée de guitare. Par sa définition, on se devait de succomber au poids des sons bruyants garants de source de plaisir. Encore un autre terme, cérébral, a été désigné et délégué à la musique à laquelle on n’attribuait que cette rdestination.

Mais alors, que se passerait-il si le lourd et le cérébral devaient être désignés sur une musique à laquelle vous êtes censés penser et apprécier à la fois sa « lourdeur » de son, encore d’une toute autre variété. C’est l’impression que me donne le duo norvégien à cordes The Touchables. Ole-Henrik Moe et Guro Skumsnes Moe semblent, en effet, être après cette dualité sur de pensée sur leur album avec un titre aussi parlant que The Noise Is Rest.

Qu’est-ce qui se passe ici ? Les deux Moe utilisent deux instruments à cordes qui établissent des registres sonores complètement différents – un violon d’octobre et un picoletto – afin de créer à la fois des basses et des hautes fréquences pour pouvoir faire sentir (tant par eux-mêmes que par les auditeurs) les limites de la hauteur et de la tonalité.

Cela semble compliqué et peut-être un peu trop cérébral, et si the Touchables s’étaient limités à une expérience pure, ils se seraient retrouvés avec un maillage de sons inaudible. Heureusement, pour tous les auditeurs qui veulent penser et ressentir en même temps, le duo a trouvé ici les bonnes fréquences tonales pour vous faire faire les deux.

Oui, c’est à la fois une musique lourde dans un autre sens du terme et cérébrale en même temps. Ils ont évidemment une connaissance et une expérience musicale abondante pour faire fonctionner cette expérience sonore. Après tout, ils ont étudié et travaillé avec Iannis Xenakis, Arditti Quartet, sur le spectre de la musique classique, le pionnier de l’électronique Todd Terje et les rockers (lourds) Motorpsycho, ainsi que composé pour le cinéma et le théâtre de marionnettes français Plexus Solaire et pour le groupe vocal Oslo 14.

Et aussi improbable que cela puisse paraître, tout est entendu (et ressenti) sur The Noise Is Rest, transformant quelque chose qui est censé être le bruit lui-même en une véritable musique sur laquelle on peut réfléchir mais aussi prpre à nous faire ressentir des frissons.

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22 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Rafael Anton Irisarri: « Solastalgia »

Ils ne sont qu’une poignée, à posséder le talent de faire résonner les émotions avec une musique qui parait si simple en apparence mais qui ne l’est pas, bien au contraire. Rafael Anton Isarri est de ceux là. Ceux qui captent l’ambiance avec un brio incroyable, surfant bien au delà du reste de la vague. La musique ambient et drone peut paraitre chiante, et à bien des titres, elles peut  l’être. Un simple tour sur bandcamp suffira à vous faire détester une majorité de disques fait par des poseurs qui se contente de copier de vielle recettes. Ce disque n’est pas de ceux ci, de même que son auteur.

Ce disque est quasiment parfait, équilibré, c’est un cas d’école du genre. Il n’est ni trop long ni trop court, il brasse de nombreuses ambiances, il favorise l’imagination : allez vous vous imaginez au milieu d’une  lande brumeuse, ou bien dans un vaisseau à destination des lunes de Jupiter ?

La musique se fait discrète, mélodique, puis puissante dans une explosion de lumière selon l’instant, elle à en elle de la majesté, et de cette impression qu’on à quand on entre dans une église, qu’il faut se taire et écouter, chuchoter, pour entendre, qui sait ?

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13 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

PBK: « Thinking Of Eternity »

Jusqu’où l’obsession peut-elle aller ? C’est à cette question que répond en partie Phillip B. Klingler alias PBK, avec Thinking Of Eternity, composé en hommage à l’album de Cluster, intitulé Sowiesoso, et tout particulièrement par le titre « In Ewigkeit » qui aura si fortement impressionné l’artiste, qu’il en donnera une suite en forme de variation personnelle. 

Thinking Of Eternity est une plongée abyssale dans la lenteur et la répétition, auréolées de subtiles nuances, où le temps semble s’étirer sur des nappes à l’élasticité planante, drones captivants de par leur instabilité mobile et leur évolution sur des territoires recouverts de débris fragiles. On a droit ici à une résurrection de ce trésor inconnu. C’est beau, intriguant, magique, hors du temps. Un must.

***1/2

1 juillet 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Mariska Baars / Rutger Zuydervelt : « Eau »

Bien que collaborant régulièrement tous les deux au sein du quartet Piiptsjilling, Mariska Baars alias Soccer CommitteeSoccer Committee et l’ultra prolifique Rutger Zuydervelt alias Machinefabriek, unissent à nouveau leur talent sur le très lumineux Eau, opus qui nous transporte à travers des paysages à la beauté diaphane.

Tout en douceur, le duo conjugue voix féminines et stries incandescentes, poussant l’auditeur à se pauser, histoire de profiter pleinement de cette narration chargée de fantômes et d’esprits, de temporalité et d’éphémérité, de profondeur et de perte des sens. 

Les ombres mélodiques caressent sans discontinuer des amas de poussière magnétique, poésie abstraite aux vers infinis, pause liquide en mode flou, où les mots et les syllabes arpentent les douces rives de rêves sur le point de s’évanouir.

***1/2

21 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Efrim Manuel Menuck & Kevin Doria: « are SING, SINCK, SING »

Le second album d’Efrim Manuel Menuck intitulé Pissing Stars avait, peu ou prou, été mis en valeur. Le membre de Godspeed You! Black Emperor et de Silver Mount Zion avait exploré son talent jusqu’ici inexploité. Il ne compte pas se reposer sur ses lauriers cependant car le voilà qu’il revient avec un album collaboratif en compagnie de Kevin Doria, tête pensante de Total Life intitulé are SING, SINCK, SING.

Le « superduo » s’est envolé au Mexique pour mettre en boîte cinq morceaux à mi-chemin entre ambient, drone et folk psychédélique pour un contenu aussi bien musical et politique. Résolument engagé, Efrim Manuel Menuck & Kevin Doria arrivent à balancer leurs messages que ce soit l’introduction hypnotique de huit minutes nommée « Do the Police Embrace? » riches en loops électroniques menaçants ou encore « Fight the Good Fight » et « We Will » qui sont placés sous le signe de la persévérance.

are SING SINCK, SING arrive à distiller ces influences musicales pour une écoute plus que religieuse. Avec des titres magnétiques comme « A Humming Void an Emptied Place » et les hommages à l’héritage juif d’Efrim Manuel Menuck du somptueux « Joy Is on Her Mount and Death Is on Her Side », l’album entre les deux artistes arrive à nous emporter au loin et à faire revivre et entrer dans leurs univers respectifs.

***1/2

21 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Martijn Comes: « Interrogation Of The Crystalline Sublime »

Martijn Comes est un artiste néerlandais né en 1979, diplômé notamment en composition pour film au Conservatoire d’Amsterdam en 2010. Ses productions sont éditées par des labels tels que Clinical Archives ou IO Sound avant d’arriver chez Moving Furniture Records et de collaborer avec les artistes du label néerlandais.

C’est le format de Interrogation Of The Crystalline Sublime qui a d’abord retenu notre attention. Ce double album est composé d’un premier volet écrit et interprété par Martijn Comes, une pièce unique, un drone puissant et mouvant d’une durée de 1h précise. L’originalité provient du second CD, composé de 8 remixes, alors que ce genre musical ne nous semble pas a priori le plus adapté à la relecture. C’est en tout cas suffisamment rare pour être noté.
Bien que Martijn Comes soit l’artiste principal de cette production, nous passerons rapidement sur son unique pièce, tout simplement envoûtante. Un démarrage timide qui semble formé par un mélange de drone et de nappes, un son étouffé, retenu, qui prend progressivement son envol, en particulier avec l’arrivée de souffles au bout de 5-6mn. Les éléments fusionnent petit à petit, les souffles vont et viennent, tandis que les tonalités oscillent imperceptiblement, formant une ambient minimale mais habitée.

Les remixes quant à eux sont bien sûr contraints par le temps et s’étalent en moyenne sur 6 à 7mn avec, et c’est ce que l’on appréciera aussi, une variété de ton en fonction des partis pris par chacun des protagonistes. D’un côté, on trouve des artistes qui restent fidèles au genre, comme par exemple Scant Intone qui ouvre la marche avec un son très clair, limpide, faisant abstraction des souffles de la version originale. On aura plaisir à retrouver ici Mitchell Akiyama qui reste sur des drones d’abord timides, puis malmenés en jouant sur des variations de niveau sonore ou incorporant, un peu à la manière de Haarvöl, sifflements stridents et textures bruitistes. On remarque chez ces artistes une tendance à introduire la pièce dans un style qui leur est cher, pour intégrer progressivement les drones de Martijn Comes. Giulio Aldinucci et Orphax n’échappent pas à cette approche que l’on pourrait qualifier de facile, même si le résultat reste au final tout à fait pertinent, que ce soit par l’adjonction de craquements de vinyles ou de bruitages d’insectes.
Dans les versions les plus surprenantes, on notera d’abord le travail de Zeno van den Broek qui prend le parti de transformer les drones de Martijn Comes entre raclements granuleux et textures fracturées. Plus classique dans son style, mais avec là encore une approche atypique, Alberto Boccardi semble avoir samplé les drones d’origine pour les balancer sous forme de tonalités abruptes, de claquements fracturés d’un son très « laptop ». Un tout autre style enfin avec l’Espagnol Juan Antonio Nieto qui se sert des drones de Martijn Comes pour habiller ses improvisations électroacoustiques.

On l’ara compris, on a affaire à une production surprenante de part sa richesse, mais cohérente de part le choix des artistes ici impliqués.

***1/2

19 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Echo Lake: « Wild Peace »

Qui a dit que le « shoegazing » était à base de guitares saturées et de mur sonore ? Qui a pensé, aussi, que s’il invitait à une forme de méditation, celle si ne se traduisait qu’au travers d’une approche bruitiste ? À l’écoute du titre d’ouverture de Wild Peace, premier album du duo londonien qui forme Echo Lake on se demande si il va être capable de maintenir un tel effet de réverbération lumineuse et éthérée sur une durée de près d’une heure. « Further Down » commence en une spirale polyphonique dans laquelle se mêlent vocaux nimbés de délicatesse androgyne (la chanteuse Linda Jarvis), synthétiseurs traficotés dont les nappes semblent croître et décroître et d’une instrumentation classique (guitare, basse, boîte à rythme) qui semblent comme distante. Le résultat en est curieux car c’est précisément cette quasi-absence, cette incapacité à appuyer ce « drone » délicat qui rend ce contre-emploi savoureux car venu d’un ensemble qui se réclame de My Bloody Valentine.

Les mélodies sont simples, comme ramassées, mais efficaces ; « Another Day » par exemple ne déparerait pas une chanson « pop » tant elle est immédiate et entêtante et tant elle invite celui qui l’entend à se laisser engloutir par les harmonies ajourées qui la compose et qui donnent texture organique à ce mantra fugacement électronique officiant en toile de fond.

Les climats vont ainsi passer du presque estival « Another Day » au brumeux (un « Wild Peace » qui vouloir poser un volie sur le soleil enchanteur qui l’a précédé) pour changer brusquement de vitesse avec un « Even the Blind ». Là, le multi-tracking sur la voix de Jarvis fait merveille, extrayant le morceau d’une couche remplie de réverbération pour transformer ce halo presque opaque en force qui déchire.

C’est toute la qualité de la chanteuse que de pouvoir suivre les modulations des morceaux et de passer de chuchotements spectraux à stridulations éthérées ou ponctuations presque enfantines et naïves (« Just Kids »). Parfois elle roucoule, à d’autres moments elle semble se couler dans les flots, à l’image de la pochette du disque, ce paysage qu’on ne peut situer et qui est tout sauf témoignage de quiétude.

Au fond Echo Lake se situe dans un monde post-My Bloody Valentine. L’instrumental « Monday 5AM » ou « In Dreams » ont plus à voir avec des schémas expérimentaux rapprochant le groupe, qui de Beach House, qui des Cocteau Twins.

La force de Echo Lake est, on l’aura compris, de parvenir à manier l’oxymore et à rendre sauvage la paix comme le revendique le titre de l’album. Le « groove » débutant « Swimmers » cohabite harmonieusement avec une entrée progressive dans le royaume de l’onirisme électronique.

Du « shoegazing » on a trop considéré qu’il consistait à regarder avec entêtement ses chaussures, notre duo semble en prendre le contre-pied et vouloir prouver qu’il permet aussi d’avoir les yeux fixés vers le haut.

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22 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire