Babeheaven: « Home For Now »

24 novembre 2020

Plus de quatre ans après avoir présenté un premier projet musical plein d’âme et flirtant entre trip-hop et dream-pop sous la forme du « single »  « Friday Sky », Babeheaven nous présente enfin un « debut album »,Home For Now,foncièrement honnête et personnel.

Après avoir vu leur tournée américaine reportée au début de l’année en raison de la pandémie de coronavirus, le duo de l’ouest de Londres, composé de Nancy Andersen au chant et de Jamie Travis aux instruments et à la production, s’est recentré et s’est retrouvé à consacrer son énergie à l’enregistrement et au perfectionnement de son premier album très attendu. Après nous avoir taquinés avec des « singles » tels que « Craziest Things » et « Cassette Beat » pendant l’été et l’automne, le duo a continué à nous présenter une palette musicale à la fois variée et cohérente dont le but avoué était de nous tenir en haleine

Bien qu’il ait été terminé à un moment où beaucoup d’entre nous étaient plus ou moins confinés chez eux dans un avenir prévisible, Home For Now n’est pas, selon les propres termes de Nancy Andersen, « un album entier sur le fait que nous sommes restés coincés à l’intérieur pendant quatre mois ». Ayant été conçu pour quatre ans plutôt que pour quatre mois, l’album est très vivant et peut être décrit comme un patchwork des relations, bonnes ou mauvaises, qui sont entrées, ont accompagné, sont sorties et ont façonné la vie de Nancy Andersen et de Jamie Travis.

Les cordes d’introduction du morceau d’ouverture « November » peignent des couches qui capturent l’auditeur dans un paysage sonore chaleureux et accueillant. Le morceau, initialement sorti en 2019 sur le EP Circles du duo, semblera familier aux fans, mais accueillera aussi avec gentillesse toute personne qui pourrait se mettre en travers de son chemin. Poursuivant le voyage musical avec « Human Nature », une chanson sur les luttes personnelles de Nancy Andersen avec la comparaison Instagram, vient l’introduction de la combinaison caractéristique du groupe de battements de batterie doux mais proéminents, de guitares mélodiques et de voix brumeuses. Combiné à des thèmes lyriques francs et réfléchis du début à la fin de l’album, Home For Now est un équilibre parfait, tant au niveau des paroles que de la sonorité, entre le personnel et la relation.

L’album se poursuit d’une manière qui donne l’impression de flotter à travers des couches de coton pelucheux, il vous fait avancer et reculer doucement et vous berce parfois d’un côté à l’autre. Les 14 titres qui composent l’album s’assemblent et se fondent les uns dans les autres, avec des éléments contrastants d’une clarté pure qui brillent parfois, comme les harmonies vocales du titre « How Deep (Love) » ou la production optimiste Massive Attack sur « Jalisco ».

En ces temps de turbulence et d’incertitude, le premier album de Babeheaven, Home For Now, offre un sentiment de calme et de chaleur bien nécessaire. Le groupe a déclaré qu’il « voulait vraiment que l’auditeur puisse ressentir le monde qui l’entoure, même s’il n’était que dans son salon », et en écoutant le disque au travers de haut-parleurs, on ne peut que souligner que la missions est accomple.

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The Jacques: « The Four Five Three »

6 novembre 2020

Après la mort tragique de Will J Hicks qui, depuis longtemps, était leur bassiste ainsi que quelques changements de personnel, les Jacques se sont installés sur un line up stable comprenant Finn O’Brien (voix, guitare), Elliot O’Brien (batterie), Harry Thomas (claviers) et James Lay (basse). Venant de Bristol et de Londres (le guitariste, et chanteur/compositeur, Finn O’Brien et son frère Elliot O’Brien aux percussions) sont tous deux nés dans la capitale anglaise et ont été élevés et scolarisés à Bristol, avant de revenir à Londres. Leur premier album, The Four Five Three, oscille entre des influences punk abrasives et déformées, une instrumentation chaotique et une luxuriante dream-pop.

L’album s’ouvre sur « Born Sore », un morceau de musique assez sombre sur la naissance, la fertilité et le péché originel. Une batterie, des synthés déformés et une ligne de basse lancinante nous mettent sur la voie avant que la voix discrète de Finn O’Brien ne donne à ce morceau un air plutôt menaçant. Les chansons se construisent au fur et à mesure de leur progression avant de se terminer presque abruptement. « Kiss the Pharaoh » était une proposition intéressante qui semblait parfois avoir un léger accent égyptie, mais, une fois de plus, c’e sera une composition intense et sombre, avec un chant plus profond presque obscurci tout au long.

« Swift Martin » arborera un vrai rythme électronique avec des accords de guitare qui s’écrasent et une batterie qui suit le rythme. C’est une autre chanson qui encourage l’interprétation religieuse, car le chant de Finn O’Brien semble se dissimuler dans la cacophonie du bruit et qui rappelle par moments Gang Of Four. « Do Me For A Fool », lui, évoquera The Libertines à première écoute ; un air joyeux qui semble être un éloge de l’amour et qui est très différent de ce qui s’est passé auparavant sur le plan musical.

« The Ugliest Look » se moque des cercles sociaux prétentieux qui entouraient l’époque de Finn au Goldsmiths College et où les paroles complexes sont partagées rapidement sur une toile de fond musicale merveilleusement animée. « Count On Me Pt 1 » et « Count On Me Pt 2 » bien que séparés sur le disque sont presque des images miroir l’un de l’autre, toutes deux des compositions floues, grunge et décontractées avec une voix déformée et des paroles indéchiffrables.

« Tiny Fuzzy Parasite » et « Cradle My Heart » sont pris en sandwich entre les deux parties de « Count On Me » et « Tiny » était censé être écrit comme une parodie assez effrayante, mais véhiculant un charme doux et sirupeux. Le sujet concerne le fait que nous avons chacun notre propre version de Dieu. Bien qu’il ne soit pas un prêcheur, on peut lui trouver un attrait sous-jacent et une vibe musicale plus lourde.

Mamacita est un mot utilisé pour désigner ou décrire une belle femme ou une belle fille et « Holy Mamacita » est une chanson d’amour avec une petite pirouette où il sera question de laisser tomber quelqu’un. C’est un titre qui transmet doucement le message, avec des voix délicatement partagées. « Hendrik » est le plus ancien morceau de l’album et a été renommé pour célébrer l’un des amis les plus proches de Finn qui avait toujours aimé cette chanson avant sa mort. L’interprétation y assez rapide, jouée de façon complexe, verbeuse mais extrêmement agréable.

« Taste The Mexican Sun » est tiré d’une légende apparemment dénuée de sens que Finn et Will ont remarqué sur un gobelet en plastique alors qu’ils traînaient dans un festival de musique. Il s’agit d’une autre balle courbe avec une légère touche mexicaine due à ce qui semble être une trompette jouée tout au long du numéro. La voix de Finn se fond presque dans le mixage, ce qui lui donne un charme envoûtant.

L’album se termine avec « God’s Lick » qui évoque des souvenirs doux-amers de sessions de jam sans fin lorsque Will était dans le groupe. C’est un morceau partagé en toute tranquillité qui semble flâner avec peu de direction ; un choix intéressant pour clore l’album.

Le groupe a été décrit comme granuleux, déformé, luxuriant, rêveur, discordant, infectieux, inventif, évocateur, romantique et ridicule. Une évaluation juste et la plupart de ces descriptions sont reprises dans The Four Five Three. Il y a, certes, beaucoup à apprécier avec cet album, mais jil donne parfois l’impressiond’avoir été réalisé pour plaire à toute le monde. Il sera, par conséquent, intéressant de voir comment et vers où le groupe va s’acheminer.

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Loma: « Don’t Shy Away »

27 octobre 2020

Ce deuxième album de Loma poursuit son incursion dans le son indie rock impressionniste et spectral qu’ils ont d’abord défini sur leur premier album éponyme de 2018 – un son approuvé par le seul et unique Brian Eno. Il s’avère qu’un ami a informé la chanteuse Emily Cross qu’Eno avait été entendu sur la radio de la BBC faire l’éloge de « Black Willow » sur son « debut album », le groupe a donc décidé de l’inviter à participer à un nouveau titre plus proche, « Homing », auquel Eno a répondu.

« Homing », ainsi que les 11morceaux qui le précèdent, sont une excursion à travers diverses itérations de rock indé mystique, qui s’écoule avec un ventre luxuriant de sons intrigants et la belle voix de Cross. Les pierres de touche sonores comprennent la pop fraîche et texturée de Karen O et Danger Mouse et le rock indie ornemental et lunatique de Bat For Lashes et Goldfrapp.

Si « Homing » porte les empreintes méditatives d’Eno, ce sont les morceaux les plus entraînants qui rendent Don’t Shy Away si agréable. Les rythmes glissants et les battements trippants de chansons telles que « Ocotillo », « Half Silences » et « Given a Sign » sont les points forts de l’album qui transforment des paysages sonores rêveurs en chansons space-pop luxueuses et glissantes. D’autres titres comme « I Fix My Gaze », « Thorn » et « Jenny » changent de vitesse et se promènent dans une direction moins captivante avec des arrangements plus durs.

Utilisant une panoplie d’instruments et de styles musicaux, et une approche particulière de l’écriture de chansons, Loma colle ensemble des fragments mélodiques avec une mystérieuse vapeur de sons intrigants. Mais ce qui les distingue et leur donne une certaine originalité, c’est le style vocal cabaretier de Cross. Sa poésie sensuelle ajoute un étrange savoir faire qui rappelle Twin Peaks (la série télévisée, pas le groupe). Le groupe comprend également Dan Duszynski et le chanteur de Shearwater, Jonathan Meiburg.  

Don’t Shy Away est peut-être un peu moins enchanteur que le premier album hypnotique de Loma, mais il s’avère être un disque agréable à la première écoute et mérite d’être joué à plusieurs reprises malgré ses quelques défauts mineurs.

***1/2