Mariana Semkina: « Sleepwalking »

15 mars 2020

Mariana Semkina s’éloigne du son duo, le très acclamé iamthemorning, pour faire flotter son drapeau en solo avec un décor typiquement éthéré de somnambulisme.  Bien sûr, ce n’est pas la première sortie de iamthemorning ; le claviériste Gleb Kolyadin a déjà utilisé la voie du solo comme exutoire pour son jeu remarquable. Pour être juste, il ne faut pas non plus y voir quelque chose d’inédit. En effet, il n’y a pas de concessions aux licornes ; Dieu nous en préserve,-et il est réconfortant de savoir que nous sommes en terrain raisonnablement familier avec une pochette au goût préraphaélite.

Elle a parlé du somnambulisme comme étant « un accomplissement personnel important parce que cela signifie que j’ai réussi à surmonter beaucoup de doutes et d’insécurités ». Cette fragilité que nous connaissons depuis iamthemorning se retrouve dans les chansons qui voient Grigoriy Losenkov fournir l’essentiel du support musical. Son piano, ses touches et ses talents généraux d’arrangeur sont le fondement de l’album, tandis que Mariana jette sa poussière magique par-dessus. Non sans un soupçon des comparaisons avec Tori Amos ou Kate Bush avec lesquelles elle semble destinée à souffrir.

Parmi les musiciens invités, Nick Beggs et Craig Blundell sont de la partie sur « Turn Back Time » et « Skin », offrant un groove profond sur le premier, qui est aussi fort et audacieux qu’un morceau de musique que vous attendez de cette combinaison, tandis que le second s’appuie sur un motif percussif et rampantr, comme on peut en trouver sur le travail solo de Beggs.

Cependant, la piste la plus marquante est peut-être celle où Jordan Rudess de Dream Theater apporte une touche classique et habile à « Still Life ». Il est intéressant d’entendre le contraste entre son accompagnement et celui de Gleb Kolyadin, plus familier, qui n’a que rarement eu l’occasion de s’exprimer dans l’éclat de l’œuvre de Dream Theater.

Une guitare douce et des cordes profondes caractérisent « Ars Longa Vita Brevis », » Lost At Sea » et « Invisible » et elles offrent un contraste avec la délicatesse des paroles. Ce dernier gronde lentement, le sentiment d’un maelström imminent se construisant jusqu’à ce que la menace de la tempête passe. Ce n’est pas toujours le cas lorsqu’elle chante « I will teach you how to be alone » et trouve du réconfort dans la solitude, mais l’injection massive de bravade lui donne une confiance inattendue, reflétée par les cordes écrasantes de « Mermaid Song ».

Elle donne à ses visions une nouvelle direction, sans l’étiquette « Chamber prog ». Le somnambulisme permet à Mariana Semkina de flirter avec de nouveaux domaines tout en conservant le charme qui fait sa carte de visite du mélodrame gothique. N’ayant jamais peur d’exposer son âme, ses espoirs et ses craintes, ses nouvelles chansons sublimes touchent et ouvrent une nouvelle voie.

***1/2


Wilsen: « Ruiner »

25 février 2020

En deux albums et deux EP, le trio de Brooklyn, Wilsen, a généré une impression captivante et étonnante par son agencement de dream-pop, alt-pop et dream-folk. Il n’est pas surprenant qu’une fois qu’ils ont annoncé leur troisième LP, l’attente s’est faite impatience.

La curiosité est désormais satisfaite et, dès le premier titre, « Ruiner », la capacité inégalée de Wilsen à exploiter les grands moments pour s’opposer aux moments de calme es tà nouveau révélée avec un morceau capable d’altrener avec fluidité climats tempêtueux et simple chant adossé à une guitare tranquille. « Align » mettra à nouveau en scène un magnifique travail à la six cordes avec une construction lente et une apogée progressive et explosive.« NTOO » commencera également avec une guitare modeste, mais au fur et à mesure qu’elle se façonne, elle devient presque écrasante voire plaisamment envahissante.

Il ne s’agit pas seulement de la construction de chansons individuelles, l’album est structuré de manière à ce que chaque morceau ait un punch incroyable et le passage de « Birds » à « Wedding » et à « Birds II » est un véritabletur de force. « Birds » est un morceau choisi avec soin ; il n’est pas très long, mais il a une construction abrupte et discordante. « Wedding » suit immédiatement, et c’est une autre piste luxuriante et somptueuse, avec la voix de Wilson au premier plan. Lorsqu’il plonge dans « Birds II », il relie toute cette partie de l’album de façon magnifique, mais avec une déclaration forte.

Viendra ensuite un morceau comme « Down », qui comporte un rythme de batterie étonnant et un refrain contagieux. Il y aura aussi l’excellent groove de « Feeling Fancy », sans aucun doute le morceau le plus optimiste de Ruiner. Il est accompagné d’une guitare au son lourd, qui s’apparente aux vastes paysages sonores de la Beach House et d’Azure Ray. C’est un titre qui se démarque et qui arrive au bon moment, au moment où l’album se termine. Le disque se terminera avec le saisissant « Moon », qui ne comporte que la guitare et la voix de Wilson.

Ruiner est un immense album comporte des moments de calme, des temps forts, des passages de tristesse et de joie. C’est un disque qui défie beaucoup de conventions si on considère les artistes auxquels ils sont généralement comparés. Au final, Ruiner est leur album le plus complet et le plus mature à ce jour.

***1/2


Widowspeak: « All Yours »

8 septembre 2015

Quand on considère la formule des duos, Widowspeak ont tout le potentiel qu’il faut et la sagacité nécessaire. Leur son très intimiste fonctionnait très bien sur Almanac et leur approche de la dream pop les dirige paisiblement sur une trajectoire où l’onirisme fait table de loi, encore plus ici sur All Yours.

C’est un trajet fluide qui les guide, qui a sa juste dose d’équilibre mais qui, comme la chanson titre le révèle, c’est aussi un au revoir qui vous indique que ce chemin et désormais derrière nous.

En effet, le glissé est ici agréable et fluide ; « Dead Love (So Still )») est si affirmatif qu’il en sonne ironique, comme si affirmer sa vitalité devait s’effacer derrière des accords joviaux et le révélation que tout est voué à la stagnation.

« Girls » reprendra cette antienne sous forme d’harmonica blues interprété sous un porche ; on pourrait y retrouver Jenny Lewis et avouons qu’il est peu de si bonnes compagnies.

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