Mansion: « First Death of the Lutheran »

Le « revival » est chose cyclique et, sine de la versatilité des temps, le doom-rock est, lui aussi, atteint par ce phénomène. En l’occurrence ici il s’agit de Mansion, un combo finlandais qui mélange rock gothique, doom et heavy rock dans une atmosphère, comme il se doit, lugubre et menaçante.

Il faut dire que le sujet dont s’inspire Mansion est particulier ; celui d’une secte chrétienne (le Katarnoïsme) attendant une apocalypse proche, usant de transes et autres expériences de conscience altérée, s’interdisant toute forme de sexualité et utilisant des enfants prédicateurs.

Il suffit d’écouter « Lutheran », la perle de cet album, pour vous s’en sentir imprégné : sept minutes 15 dont le metal est totalement exclu, mais qui s’avèrent plus flippantes et sombres que le reste de l’album. « Wretched hope » débute par une mise en condition : quarante secondes d’intro horrifique, et continue avec un riff doom bien troussé répété à l’envi. Un titre classique et efficace, sans grande surprise mais qui nous fait pénétrer l’univers de Mansion en douceur.

« Lutheran » sera, par conséquent, l’apothéose. De discrètes touches électro, un chant rampant et maléfique, des cordes lancinantes, un piano glacial, bref une chanson à la magie noire contagieuse. Sur « The eternal », c’est le chant masculin qui l’emporte, pour une mélopée tout aussi maussade et répétitive mais ô combien réussie. « 1933 » débute par une sorte de sabbat délicieusement folk et tribal, puis poursuit et termine de façon chorale et plus doom. Enfin « First death » est le titre le plus progressif et long de l’album, accueillant un saxophone et alternant parties doom metal ou plus atmosphériques, pour un final chaotique et « spatial ».Un premier album qui parvient à marquer l’auditeur par sa personnalité unique et un potentiel qui n’est pas encore pleinement exploité. A suivre, donc.

***1/2

Mark Lanegan & Duke Garwood : « With Animals »

Le tandem Mark Lanegan et Duke Garwood est un des duos qui possèdent une alchimie indéniable, complémentarité qui dure depuis 2013 et Black Puddin . C’est ce que l’on a pensé en 2013 lorsque le duo a publié un premier album intitulé Black Pudding. Cinq ans plus tard, le couple anglo-américain refait des siennes avec leur successeur intitulé With Animals.

Après Gargoyle en 2017, Mark Lanegan avait repris du service un an plus tard avec son fidèle collaborateur. Voici donc douze nouveaux morceaux sombres et minimalistes que le tandem Lanegan/Garwood nous concocte avec en ligne de mire des titres bien lancinants comme « Save Me », « Feast To Mine » et le plus douloureux « My Shadow Life ».

Sur With Animals, on assiste à une cérémonie solennelle où les deux complices nous entraînent dans leur univers bien brumeux. Malgré quelques éclaircies que sont « Upon Doing Something Wrong », Mark Lanegan et Duke Garwood brisent les frontières entre folk et ambient sur la majorité des morceaux comme « Ghost Stories » tout en restant mélancoliques avec par exemple « Desert Song » en guise de conclusion.

Une fois de plus, le couple anglo-américain prouve qu’ils font la paire avec ce nouvel opus torturé et mélancolique. With Animals est ce genre de disque à écouter religieusement en raison de sa mysticité prononcée digne d’artistes comme Leonard Cohen ou Nick Caven.

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Uncle Acid And The Deadbeats : « Wasteland »

En l’espace de quelques années, Uncle Acid And The Deadbeats est devenu un groupe iconique de la scène stoner / doom / psyché grâce à la qualité constante de ses productions. Wasteland, le cinquième effort de la formation de Cambridge, prolonge ses innovations stylistiques empruntées aux années 70, plongeant l’auditeur dans un paysage brumeux où seuls les élans mélodiques réussissent à percer la morosité ambiante.

De prime abord, La production peut paraitre perturbante par sa dimension « lo-fi » assumée, et, grésillant de toutes parts, c’est sur le malaisant « I See Through You » que débute la découverte de ce nouvel effort. Ouverture à grand coups de butoirs, sur des guitares qui semblent déclencher des arcs électriques jusqu’aux amplis Orange, Uncle Acid And The Deadbeats assène un véritable mur de son cradingue dont les chœurs illuminent le refrain. L’orgue renforce le ressenti d’une mélodie à la spiritualité décadente, alors que tout le reste ne semble qu’abrasion. Wasteland est un album qui s’écoute fort, très fort.

Plus le son crépite, plus on apprécie l’âpreté des morceaux. Les envolées à la six cordes de « Shockwave City », inscrivent le single directement dans la lignée d’un Black Sabbath survitaminé et corrosif. Il faut dire que la formation emmenée par Kevin Starrs a tendance à jouer plus rapidement que sur les opus précédents, à l’instar de « Blood Runner », un morceau cadencé par une batterie binaire, ou du sulfureux « Stranger Tonight », aux lignes de chants caustiques.

Pour un bref instant, Uncle Acid And The Deadbeats débranche les amplis, pour nous submerger dans une étrange mélancolie, en s’improvisant sur un jam progressif le morceau qui donne son titre à l’album). Plus surprenant encore, on notera des arrangements audacieux, que ce soit avec des claviers qui s’immiscent subtilement, où mieux encore des cuivres, comme sur l’étonnant « Bedouin », véritable ovni dans la discographie des anglais, à l’opposé de titres tels que « No Return » ou « Exodus », qui nous enterrent à coups de pioche, dans un doom-rock d’une morbidité absolue, où semble régner un futur sans espoir de lendemain, si ce n’est celui d’un ultime solo de six cordes qui s’éteindra dans le déraillement d’une ligne d’orgue, ponctuée d’une marche militaire.

Avec brio, Uncle Acid And The Deadbeats met en harmonie une musique profondément contrastée, entre lumière et noirceur, entre crasse et élégance, et cela s’appelle une terre en friches nommée Wasteland.

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Wreimeister Harmonies: « Then It All Came Down »

Wreimeister Harmonies est le projet de JR Robinson, artiste de doom rock dont le deuxième album, Then It All Came Down, a la particularité de ne se constituer qu’une seule plage. Les chorus fantomatiques, les cloches qui sonnent comme des glas, les arpèges à la guitare acoustique ou les cordes énergiques devraient ravir ceux qui sont fans de compositions d’avant-garde ou de post-rock expressionniste dans la veine de Godspeed You ! Black Emperor mais non avons affaire ici un type qui se produit une fois par an dans un cimetière à Chicago et qui a de connexions sérieuses avec le black metal Son registre est donc sombre, vecteur de morosité et de concepts qui ne sont jamais éloignés de la punition.

Cela ne surprendra pas ceux qui ont connaissance de son opus précédent, l’excellent You’ve Always Meant So Much to Me ni ceux qui ont jeté un coup d’oeil aux collaborateurs qui sont tous des figures du métal. C’est pourquoi ce qui peut sonner calmant à l’origine se révèle très vite une oasis pour des grognements démoniaques servis par un drone de basse particulièrement perturbant.

Pour atténuer le cliché, Robinson a la bonne idée de donner plus d’importance aux cordes mêmee si celles-ci se révèlent une préfiguration des ténèbres qui vont englober l’auditeur.

Then It All Came Down prend, en effet,  son nom d’une histoire de Bobby Beausoleil, un associé de Charles LManson dont les rapports avec l’occulte furent chroniqués dans un essai de Truman Capote. « Beautiful Sun » sera d’ailleurs une élégie chantée en son hommage ; un mouvement qui se révèle un message adressé au Mal à l’état pur.

Les compostions de Robinson laissent d’ailleurs derrière tout climat de paix pour laisser place à un doom pastoral dans lequel tout est englouti dans le néant et laisse place à la destruction. Then It All Came Down est, par conséquent, un titre de 34 minutes qui va être témoin d’une descente dans la folie et la possession. Avec un contrôle omniprésent à chaque mesure.

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Earth: « Primitive and Deadly »

On peut essentiellement définir Earth comme un groupe ayant eu deux carrières. La première va de 1989 à 1997 où ce qui était à l’époque un trio basé à Washington a très vite été reconnu comme un des pionniers de «  drone metal  », un ensemble qui avait toutes les qualités musicales possibles et inimaginables et à qui rien ne pouvait arriver artistiquement.

Un succession d’évènement tragiques comme l’addiction à l’héroïne, la mort de Kurt Cobain (camarade de chambrée du leader de Earth, Dylan Carson) et, enfin du temps passé en prison ont donné la sensation que le groupe avait vécu et était irrémédiablement passé aux oubliettes.

La deuxième période commença véritablement en 2003 quand un nouveau line-up réinventa le style initial en y incorporant des éléments de de jazz, de folk et des influences country dans le son pré-existant.

Aujourd’hui, Primitive and Deadly est le cinquième album de Earth depuis leur renaissance et il est conforme à l’esprit Léviathan qu’on était en droit d’attendre d’eux. Le morceau d’ouverture, « Torn By The Fox Of The Crescent Moon » est une composition instrumentale combinant des harmonies vocales qui vous hantent  avec des riffs rythmiques monolithiques. C’est un procédé connu chez eux mais on y est toujours sensible. Le mur sonique n’est pas aussi ample mais il est plus dense. « There Is A Serpent Coming » suivra, titre rock ‘n’ roll débridé mais dont la vitesse est soigneusement contrôlé pour qu’on puisse en savourer chaque instant. Voilà du blues épais comme on les aime, à savoir terriblement sexy.

« From The Zodiacal Light » empruntera le climat psychédélique de Bees Made Honey (2008) et étouffe le tout sous des harmonies à trois parties presque occultes. L’ensemble crée une atmosphère sombre et pénétrante nous enveloppant dans une obscurité qui nous dérange tout autant qu’elle nous rend extatique. Le morceau trouve son rythme grâce à un tocsin contribuant un peu plus à nous entraîner dans une béatitude relaxante.

Pour terminer ce béhémoth, « Rooks Across TheGates » prendra les éléments de guitare inspirés du folk des deux derniers opus de Earth mais va les utiliser d’une manière elliptique et presque sous-entendue afin d’augmenter encore le travail vocal mélancolique et poignant de Mark Lannegan. Cette cinquième et monstrueuse plage finale met un terme à un disque peut-être trop opaque pour certains mais totalement captivant dans sa démarche. Il serait dommage de passer à côté sous prétexte que l’on n’est pas un fan absolu de l’étiquette, trop souvent perçue comme un sous genre, de ce doom metal dont il se réclame.

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The Ukiah Drag: « In The Reapers Quarters »

La pochette du premier album de ce groupe d’adoption new yorkaise via la Floride tout comme son titre ont tout pour être menaçants. In The Reapers Quarters signifie dans les quartiers de la Grande Faucheuse, ce qui s’accorde très bien avec la couverture du disque.

Le titre d’ouverture, « Intro », semble confirmer cette tendance mais The Ukiah Drag ne matraquent et n’assaillent pas celui qui écoute comme beaucoup de ces disques se réclamant de façon ostentatoire du « heavy » rock. Les parties de guitares ne sont pas cinglantes mais elles sont comme bouillonnantes et sur le point d’éclater et l’album se déroule de façon insidieuse, réveillant une atmosphère boueuse où l’effroi se manifeste lentement mais délibérément. La Faucheuse n’est pas chez elle mais, même si on attend son retour de façon tendue, la pièce est suffisamment confortable pour qu’on s’y installe.

Bien qu’ils aient sorti une cassette en 2013 sur le label Ascetic House qui se proclame le représentant du « New American Heavy Underground » ce sont plutôt les origines du groupe à Tampa en Floride qui sont un meilleur point de référence. Leur leader, ZZ Ramirez, guitariste et chanteur avait sorti un album en 2012, Turquoise for Hello, avec American Snakeskin un combo qui avait traversé des territoires grinçants identiques à ceux de Ukiah Drag. Les pairs de Ramirez avaient, eux-mêmes, construit le même univers imposant au sein de Diet Cokeheads et Neon Blud ; Ukiah Drag délivre le tout hérité de ce régionalisme.

Mais le groupe sait aussi rappeler des artistes comme Giant Sand et Charlie Pickett sur un « Night Of Immaculacy » avec des percussions semblable à une locomotive et un rumine sur la guitare en drone, le tout faisant penser à la traversée d’une vaste plaine déserte. Ramirez rumine et évoque la haine et la drogue alors que le groupe brode sur ce motif statique pendant plus de huit minutes. Ses vocaux, traînants comme dans les états du Sud, semble émerger de lèvres desséchées. « Her Royal Grip » accentue l’étrange atmosphère désertique grâce à cette voix croassante alors que le tonnerre instrumental va sembler surgir d’un plateau et emplir une gorge rouillée et poussiéreuse.

On le voit, le doom rock du groupe n’est pas envahi par l’obscurité et en cela il se singularise dans le genre. Tout y coule au ralenti semblant étendre des passages où le destin funeste est toujours prêt à s’abattre. Qu’il paraisse imminent nous habitue à sa présence au point que le menace qu’il véhicule nous paraît si familière que les quartiers de la faucheuse auxquels nous sommes conviés peuvent sembler représenter un chez soi.

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The Wytches: « Annabel Dream Reader »

Brighton est devenu a désormais une scène musicale bourdonnante à l’exemple de Rpyal Blood, un groupe qui a fait rerentrer le rock dans la conscience publique mais c’est surtout The Wytches, un trio surf-doom, et leur premier album, Annabel Dream Reader, qui risque de s’imposer dans la longévité.

Leurs premiers « singles » ont fait qu’ils ont été comparés à Jack White , The Arctic Monkets, Nirvana et Black Sabbath et, dans le prolongement, l’écoute de leur premier opus démontre en quoi celle-ci est une expérience unique.

Les moments phares sont légion, par exemple sur « In Wire Frame Mattress » le travail à la guitare de leur ledaer Kristian Bell est exemplaire dans la manière sont il passe d’un craqauement émotif à l’autre. Il incorpore des accords pentatoniques égyptiens avec des effets de pédale haut-perchés, apportant comme des crissements sans cesse renouvelés et divers.

« Weight And Ties » sera une surprise par son tempo de valse, geste musical aussi plaisant qu’il est étonnant et un morceau comme « Summer Again » so,nera comme une lamentation aux proportions énormes se terminant sur ce refrain déchirant : « Dead love is all we are, throw me on the floor, show me to the door. » .

C’est d’ailleurs le lyrisme sans faille de Bell qui, ajouté aux lignes de basses de Daniel Rumsey et aux percussions funèbres de Gianni Joney, maintient une cohésion et propulse The Wytches bien au-delà des ses « rivaux ». Ils vont plus loin que Temple en imagination et abordent sans fard une thématique faite de désir frustré et d’appréciations tordues de l’existence (l’éloquant« Wide At Midnight »).

Bell avait décrit ce disque comme leur « entrée dans le monde musical ». On peut y voir une analogie avec la naissance : coups de pieds, cris et férocité. Mais Annabel Dream Reader va bien au-delà de cela car lui aussi nous introduit dans un autre univers ; celuyi où les sons et les sentiments se font volatiles, témoins de l’inconstance qui est propre à nous tous, et qu’il est un défi pour chacun de relever et d’assumer.

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The Horrors: « Luminous »

The Horrors ont toujours fait preuve de détermination ; jusqu’à présent ils ont hurlé, joué fort, expérimenté et avaient toujours pour objectif de percer et devenir fameux. On peut leur prochocher cela dans la mesure où cette intention a toujours généré une musique de qualité, chose que, sur Luminous, ils semblent avoir réussi encore mieux en amalgamant toutes et en rendant cohérent tout ce qui faisait leur singularité. Si leur musique avait un but auparavant : celui-ci est désormais au premier rang.

Chaque détail de l’album est abordé avec minutie, que le mode soit ludique, que les instrumentaux s’avèrent grandioses ou que les guitares ait cette tonalité coupante datant de l’ère du rock « baggy », et tout cela cache une raison derrière.

Quand « I See You » déferle en crescendo et bouscule tout ce qui est autour de lui, il ne cesse que quand plus aucune place ne nous est donnée pour bouger ou respirer. On aurait beau envoyer des signaux d’avertissement ou faire part de certaines limites, le groupe ne semble pas en avoir cure et la cavalcade continue sans relâche. « I See You » est une chanson monstrueuse, démoniaque même, toute cela parce que le groupe va au-delà de ses limitations et est au bord de la rupture. C’est juste ce qu’ils dont, mais c’est aussi ce qu’ils veulent que nous fassions !

Tout commence en douceur pourtant ; « Chasing Shadows » prend son temps avant de se mettre en surmultipliée. Quand c’est la cas alors il sonnera de manière aussi colossale que sur les moments les plus vicieux de Primary Colours. Ailleurs, la violence des titres émerge de manière moins abrupte : « So Now You Know » adope l’allure d’un hymne que l’on chanterait lors d’un festival dont on a hâte qu’il se manifeste, « Change Your Mind » titubera comme en état d’ébriété et se heurtera à l’électronique de « Luminous » Le morceau titre sera d’ailleurs une des rares instances où le songwriting sera dépouillé mais toujours aussi désolé.

Quand les synthés se manifestent, ils sont exécutés d’une manière que même la guitare la plus bestiale ne pourrait assurer. Ils travaillent inlassablement en arrière fond et jamais ne semblent intrusifs. « In And Out » est lisse, estampillé Giorgio Moroder est c’est peut-être la chose la plus inventive de The Horrors depuis « Sea Within A Sea ». L’électronique nous fait battre du pied irrésistiblement et l’influence d’un groupe comme Factory Floor la nimbe d’un perçant noir tout en restant raffiné.

Le céleste « Jealous For The Sun » rappellera le passé de ces champions du Nouveau ; il ne sera qu’un écho d’une carrière qui avance infatigablement, aux antipodes de groupes qui se contentent de survivre musicalement. Luminous est l’album qu’ils ne pouvaient pas ne pas faire !

****1/2

Barn Owl: « V »

Une couverture qui est à l’image du disque, une obscurité d’où n’émergent que formes indistinctes et ombres qui nous entraînent dans un périple qui, dès le départ, semble celui d’un être condamné à la désolation. Avec V, la palette de Barn Owl s’est épaissie, accumulant couches sonores sur couches sonores et guitares introverties qui errent dans un brouillard dense fait de noirceur « ambient » et de mélopées que rythment et créent la six cordes.

Il ne sera pas surprenant que le morceau d’introduction, « Void Redux », donne la sensation d’être issu d’un cauchemar de Vangelis par son utilisation d’un tapotement rythmique et ses orchestrations de nappes musicales qui font comme nous emmener, patiemment et inéluctablement, vers une destination inconnue et terrifiante Vaux rebords d’un abîme. V est, ainsi, un album qui n’offre aucun compromis, aucune pause restauratrice ou éclaircie sonique.

Plus loin, les guitares carillonnant es,accentuées dans les aigus de « The Long Shadow » résonnent comme un glas dont le tempo de métronome rend d’autant plus inexorable, nous guidant lentement vers des orgues dont les nappes vont submerger le paysage auditif du morceau.

On le voit, la démarche de Barn Owl s’échafaude sur le crescendo, la mutation pour que chaque titre devienne une journée en soi. Ça n’en est pas pour autant une musique d’atmosphère dans laquelle on pourrait se plonger puis sortir à volonté. Elle coule de façon trop profonde pour cela pour déboucher sur une conclusion aux allures épiques, « The Opulent Decline », dix-sept minutes de détresse éthérée et suffocante.

Il y a peu de doute que Barn Owl ont réalisé ici leur album le plus accompli ; V est un disque qui ne peut que nous affecter et nous troubler si on accepte de s’y tremper, il est la concrétisation d’une démarche pleinement assumée et vitale, et d’une méthode tout autant assurée et réussie.

★★★½☆