Forming the Void: « Reverie »

16 mai 2020

Forming the Void ont sorti ici leur quatrième album Reverie juste après un troisième, Rift, qui a été acclamé par la critique et a été classé en tête des Doom Charts. Non seulement le groupe dambitionne de s’appuyer sur cet exploit, mais il le fait suivre d’une pochette qui présente un mammouth sortant d’un volcan !

Pas de pression donc, et sans doute plus important encore, pour que la musique continue à progresser dans une direction ascendante, ils donnent à leur quatrième opus le nom d’un état particulier, celui d’être agréablement perdu dans ses pensées et l’accompagnent d’une couverture extrêmement lumineuse et accrocheuse d’un visage de tigre à l’intérieur d’un cube. Cela vous donne un léger indice, celui qe le combo va s’oienter vers un son rock, un peu plus cosmique et progressif.

Forming the Void a toujours eu ce potentiel d’ aller dans des endroits plus élevés que ceux dans qlesquels ils se sont aventurés jusqu’à présent. Sur Reverie, ils montent effectivement de plusieurs crans avec leur mélange de heavy doom, de riffs boueux, de métal cosmique teinté de psychédélisme et de touches de rock progressif, mais, cette fois-ci, ils volent et voient encore plus haut avec une touche adroite d’influences orientales. Bien sûr, a batterie déverse toujoursle tonnerre épais et flou de la basse l’encourage tout au long de l’album pour les ingrédients nécessaires au doom tête, mais les guitares offrent de nombreuses textures intrigantes différentes sur l’album, ce qui indique que c’est le son d’un groupe qui évolue admirablement.

C’est sur « Trace the Omens » que ce résultat est le plus efficace, car une ligne de basse roulante est la toile de fond solide, et les léchages de guitare tourbillonnants sont en effet idéaux pour vous emmener dans votre propre espace de tête. Il y a aussi la bonne quantité de fuzz pour ne pas abîmer les textures subtiles de la guitare. Un autre point fort de l’album « Manifest » aura le double effet de vous inviter à vous perdre dans leur orbite musicale alors qu’ils sont capables de maintenir un groove lourd.

Cette capacité de Forming the Void à emmener leur son dans des paysages soniques subtils et délicats pour une dérive auditive est obtenue par des changements de tempo intéressants, décalés par des riffs ciblés. Cela fonctionne comme un régal sur « Ancient Satellite », qui combine la dérive psychédélique avec un puissant hard rocking doom tandis que « Onward through the Haze » juxtapose leurs éléments plus doux avec une tempête de rock tonitruant et de fuzz en charge.

La musique qu’ils ont créée sur Reverie a atteint un nouveau niveau, tandis que la tonalité et la voix sont restées plus ou moins les mêmes. Cela empêche l’album d’atteindre des sommets stratosphériques encore plus élevés. Pourquoi le chant a-t-il été plus important pour moi cette fois-ci ? Il se pourrait qu’ils aient beaucoup écouté le nouvel album remarquable d’Elephant Tree (Habits), où ils obtiennent à la fois un son étonnant et des harmonies vocales qui vous donnent l’impression de flotter. Ou peut-être est-ce la qualité musicale accrue des musiciens sur ce présent opus, où l’ajout d’un délicat saupoudrage de guitare aux influences orientales qui a conduit à l’exigence d’une plus grande variation dans les tonalités et la voix. On pourrait se demander, à cet égard, comment ces morceaux sonneraient s’ils avaient inclus des harmonies plus étendues.

Reverie est leproduit d’un bon groupe qui déploient leurs ailes et emmènent leur son dans une direction très expansive et intéressante ; ce facteur inédit fait de Reverie le meilleur album du groupe à ce jour.

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Elder: « Omens »

26 avril 2020

N’essayez surtout pas de parler de la psychédélia lourde au 21e siècle sans mentionner Elder. Issu de l’underground stoner doom, le quatuor de Boston a utilisé des arrangements progressifs et des textures trippantes pour produire certains des meilleurs albums de la dernière décennie. Alors que les fans opposent le Lore de 2015à Reflections of a Floating World paru en 2017, le groupe est à nouveau en piste avec son cinquième album. Après une décennie et demie d’arrangements gonflés et de technicité croissante, Omens adopte une approche plus réservée. Les mélodies désespérées d’Elder, les riffs croustillants et la facilité à tout déchiquter avec le bon goût qui caractérise le combo se transforment en paysages sonores pensifs, en jams spacieuses et en chants accessibles. Les puristes du doom-metal pourront crier au « sold out », même un élitiste endurci ne pourra pas écarter la chansontitre. Les arpèges de clavier fleurant les années 70 sont accompagnés d’une guitare floue et harmonisée, mais le son plus léger de la six cordes de Michael Risberg prend immédiatement le dessus. Cette sonorité et les synthés chatoyants dégagent une atmosphère classique de prog-rock, tandis que le chant de Nick DiSalvo rappelle le post-hardcore de la vieille école.

Des musardages discrets aux solos époustouflants, le travail de guitare n’en est pas moins impressionnant. Le batteur Georg Edert change toujours de signature temporelle sur un dixième de dollar, maintenant une chimie serrée avec le bassiste Jack Donovan. Ce qui distingue vraiment Omens, c’est l’effort d’Elder pour laisser les passages respirer, plutôt que de les encombrer de riffs géniaux.

Si les deux derniers albums d’Elder comportaient pléthore de riffs à la minute, Omens s’occupe davantage de jams lents aux climax saisissants. Les touches de carillon de Risberg percent les riffs harmonieux du début de « In Procession », réalisant l’équilibre caractéristique du groupe entre polyrythmies techniques, groove collant et harmonie euphonique.

La dynamique passe sans heurt de la fusion feutrée aux refrains électrisants, mais la section centrale montre l’incroyable croissance d’Elder en tant qu’arrangeur. Les guitares et les touches de clavier commencent à superposer des motifs distincts, mais imbriqués, tandis que la section rythmique ajoute avec tact des remplissages plus bombassiers et des hits syncopés.

Le fait que DiSalvo puisse encore entremêler des accroches passionnées dans tout cela fait essentiellement de lui la version doom metal du multi-instrumentiste Mike Kinsella. Là où les chansons du passé agrémentaient la lourdeur écrasante d’idées exploratrices, ces nouveaux morceaux font de ces aventures sonores le cœur de l’écriture des chansons. Le plus grand risque était de laisser le claviériste s’occuper de plus de pistes. Beaucoup de metalheads crieront à l’injustice, mais cela renforce la qualité mélodique d’arrangements plus éthérés.

Les quatre minutes de « Halcyon » croisent ainsi les points de vue respectifs de This Will Destroy You et de Talk Talk sur le post-rock. Le rythme modeste, les « guitar licks » dansants et le grondement de basse pulsant s’enfoncent dans un bain sonore magnifique, au point que le passage suivant donne l’impression de se réveiller d’un rêve.

Les riffs de stoner élégiaques offriront également une récompense à couper le souffle. Les mélodies de synthétiseur délicieusement ringardes et les changements de rythmes math-rock rappellent peut-être The Mars Volta, mais le timbre de guitare flou et la progression plus lente font de ce titre l’un des morceaux les plus pessimistes du disque.

Le rythme propulsif, les accords brillants et le chant criard de « Embers » s’éloignent le plus du format d’Elder. Dans ce que l’on pourrait décrire comme Jawbreaker prenant du LSD avec King Crimson, le groupe fournit certains de ses breaks instrumentaux les plus hypnotiques et un chant contagieux. Le solo de clavier envoûtant est assez intense, mais le groupe prend quatre minutes de plus pour développer des mélodies époustouflantes et des progressions d’accords radicales. Ce qui lui manque en termes de lourdeur ordurière, Elder le compense largement par une puissance émotionnelle pure et simple.

« One Light Retreating » termine intelligemment le disque en entremêlant des instruments plus engagés et plus fluides à des riffs de doom qui font trembler la terre. Des drones s’écrasent sur des modulations en mouvement constant, réalisant un équilibre entre l’ancienne et la nouvelle approche du groupe. La construction de l’ambiance synthétique au riff central n’est rien de moins qu’absorbante, ce qui donne une crédibilité finale au sens du mélodisme, de l’atmosphère et de la musique rock qui fait vibrer les os d’Elder.

Il n’est pas facile de s’écarter du chemin avec succès, mais l’indéniable alchimie d’Elder mène le groupe à travers son album le moins « métal » à ce jour. En se débarrassant de ses racines punitives, le groupe apporte une nouvelle dimension à son atout le plus précieux : la musicalité. Omens devrait, sans aucuns doutes, mettre Elder dans toute conversation sur la musique rock qui compte pour cette nouvelle décennie.

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Shrooms Circle: « Asylum »

21 avril 2020

Parfois, lorsque vous voyez une pochette, cela vous rappelle quelque chose que vous avez beaucoup écouté en disque. C’est ce ne peut qu’arriver arriver avec Asylum le premier opus de Shrooms Circle combo suisse de doom-metal, qui, dès le premier regard, vous mettra en tête la couverture du « debut album » de Black Sabbath. Que cela vaille la peine d’afficher de telles références est risqué, mais, à l’écoute, ça n’est -, ni usurpé, ni illégitime.Le groupe vaudois s’est entièrement consacré aux sonorités psychédéliques-ocultes des années 70 en combinaison avec du doom metal bizarre et rétro-esthétique. Après la démo intitulée Asylum, Shrooms Circle a pu sortir une version intégrale éponyme après s’être formé autour de la chanteuse Odile Boche et avoir joué inlassablement dans des clubs underground. Avec une introduction comme la chanson-titre, nous avons doit à un album ohérent de bout en bout. En effet, sur les sons d’orgue qui animent le morceau, les Suisses indiquent déjà habilement la direction dans laquelle ils veulent aller : un stoner-doom avec beaucoup de profondeur et des voix féminines sortent des haut-parleurs. On pourrait appeler cela un mélange de grands noms de la scène comme Electric Wizard, Windhand ou Sleep associés à une pincée de Jex Thoth. Pas une production pure, mais plutôt laissée à l’état brut.

Le combo sait comment plaire et « Witches Are There! » s’appuie sur ce désir d’en savoir plus. Shrooms Circle ne se présentent pas de manière trop compliquée et n’ont pas le cerveau bien lavé et c’est peut-être pour cela qu’ils peuvent accumuler des points supplémentaires avec certains adeptes des groupes et styles mentionnés. Il est alors temps de renverser la vapeur tel que le montre un disque continue de belle manière avec « Out From The Grave ». On remarque sans cesse une légère arythmie dans les chansons, ce qui est assez agréable, car ces changements de tempo rafraîchissent un peu l’ensemble. « The Druggist » fait monter le tempo avec ses basses puissantes et peut aussi apporter un vent frais. Alors que « A House Behind The Hills » »fait ressortir le côté psychédélique de Shrooms Circle de manière impressionnante et se sent presque trop rapide dans les parties du refrain, le groupe passe sans problème à des parties plus lentes, au travers d’uen composition comme « Trapped » qui montre les forces du groupe dans sa gestion de passages plus intelligents. À cet égard, « The Island » célèbre clairement la lenteur du Doom Metal et, encore une fois, la production ne semblera pas stérile même s’il y a plutôt un peu de flou et de bruit en son timbre.

Un essai réussi pour le groupe suisse. Peut-être pas un chef-d’œuvre comme Black Sabbath, mais un début solide pour un risque pris et un obstacle franchi avec aisance.

***1/2


My Dying Bride: « The Ghost of Orion »

8 mars 2020

Bien que leur catalogue désormais impressionnant soit en grande partie immaculé, le plus grand facteur de la réputation inattaquable de My Dying Bride a été leur mystique impitoyablement soutenue. Ni sensible à l’attrait des circuits de tournée habituels ni à la moindre influence extérieure, le doom metal épique et avant-gardiste des Britanniques semble presque exister hors du temps ou du lieu reconnaissable. En conséquence, The Ghost of Orion ne peut manquer d’être un moment décisif, avec un désir honnêtement exprimé d’augmenter le niveau d’activité et d’obtenir ainsi une reconnaissance qui aurait dû être acquise depuis longtemps.

Tout cela ne compterait pour rien, bien sûr, si The Ghost of Orion était soit plus lugubre, soit une tentative cynique de transformer ce groupe irrévocablement de gauche en une brillante proposition commerciale. Mais My Dying Bride a été un groupe têtu tout au long de ses 30 ans d’existence, et bien que ce soit sans aucun doute la chose la plus polie et la plus accessible que le groupe ait produite, au moins depuis Like Gods of the Sun en1996, elle est aussi impitoyablement sombre, écrasante, d’une beauté sinistre et musicalement extraordinaire que les admirateurs de longue date en rêvent. En prime, le nouveau batteur Jeff Singer (anciennement chez Paradise Lost entre autres) a donné à My Dying Bride un élan rythmique, un groove et un swing qui contribuent énormément à la fraîcheur et à la vitalité de ce disque. S’il ne s’agit pas d’une réinvention totale – et ce n’est certainement pas le cas – c’est la preuve d’un nettoyage de printemps vraiment vigoureux, avec des résultats triomphants et revigorés.

Le premier « single », « Your Broken Shore », aura calmé tous les irréductibles inquiets : c’est le premier My Dying Bride, mais en quelque sorte plus solide et plus puissant, avec ces lignes de violon irrésistibles qui percent comme des pichenettes persistantes jusqu’aux cordes du cœur. Il n’est pas nécessaire de faire beaucoup de recherches pour savoir que le chanteur Aaron Stainthorpe a vécu des moments difficiles ces dernières années, et bien que la consternation soit depuis longtemps sa marque de fabrique, il y a une couche supplémentaire de vulnérabilité et de fureur réelle dans son interprétation. Quand il chante « J’ai vécu dans les profondeurs du temps… » (I have lived through the depths of time), on sent que c’est vrai. Mais plus que de brouiller les lignes entre les paroles abstraites et les événements de la vie réelle, ces chansons semblent représenter un épanouissement, en fin de carrière, des dons de compositeur de ce groupe.

Le guitariste Andrew Craighan est l’un des grands héros méconnus du métal, et son talent pour enflammer l’âme avec une mélodie biaisée est présenté ici en trois ou peut-être même quatre dimensions sonores éblouissantes. « To Outlive The Gods » en est un bon exemple : aussi énorme et aussi dévastateur que tout ce que My Dying Bride a écrit. C’est une grande chanson, mais aussi une classe de maître dans la production de métal moderne, avec des sons de guitare qui font trembler les murs et, avec Singer derrière le kit, une batterie qui sonne vraiment dédiée à remuer les morts. « Tired Of Tears » est encore plus étonnant. En partie un retour artistique aux malheurs glaciaires des premiers classiques comme The Angel and the Dark River de 1995, en partie une reconstruction euphorique de ces mêmes éléments sous de nouvelles formes grandioses, c’est une musique aussi majestueuse que celle que vous entendrez en 2020.

Bizarrement, elle est surpassée en taille et en somptuosité par les deux colosses de l’album, « The Long Black Lan » » et « The Old Earth ». Aussi intemporel et imparable que le broyage des plaques tectoniques, ce dernier est un tumulte particulièrement captivant de dix minutes, avec toute la dynamique attendue et la majesté du rythme de l’escargot, mais aussi un fort sentiment d’évolution continue, alors que les riffs de Craighan se déforment et serpentent à travers un territoire à la fois étranger et familier. Même sur une courte distance, cette dernière incarnation des icônes les plus obscures du doom britannique déborde de façon audible d’idées et d’enthousiasme. L’élégant et obsédant « The Solace » et le chatoiement élégiaque de la chanson titre indiquent que le plan de la MDB est toujours en pleine effervescence, et il sera fascinant de voir ce qui va se passer ensuite, en particulier si The Ghost of Orion donne à My Dying Bride l’impulsion qu’elle mérite tant. En saisissant de nouvelles opportunités et en déployant leurs muscles créatifs comme jamais auparavant, nos rois du mystère morbide ont réalisé l’un de leurs meilleurs albums à ce jour. La classe, tout comme la mort, est éternelle.

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Orthodox: « Let It Take Its Course »

19 février 2020

Sur Let It Take Its Course, lun titre comme « Leave » est, à cet agard, remarquable en raison de son style vocal. Adam Easterling fait un travail fantastique grâce à la façon dont il utilise sa voix pour raconter les ténèbres de la chanson. Tout au long du morceau, Easterling parle d’une voix basse et persuasive et vers la fin de la chanson, il commence à chuchoter les paroles et, d’une certaine manière, les chuchotements façonnent le thème du morceau.

Le titre « Let It Take Its Course » est amusant en raison de la façon dont l’instrumentation est composée. Le groupe fait un excellent travail en jouant sur un tempo plus rapide avec un son agressif. D’une certaine manière, il semble que Orthodox prouve qu’il est encore capable de jouer du métal profond et percutant.

D’autre part, « Obsinity » sera un titre exemplaire car il fait office de présentation de la nature sonique du combo, à savoir agressivité doublée de chuchotement. Entre douceur et tonalités grinçantes elle ajoutera ainsi de la puissance et de l’autorité à la folie de ce morceau et elle sera est une excellente introduction à l’album.

Le titre « Wrongs » montre un côté différent du groupe. L’instrument principal en est le piano et il a un son fantastique ; rempli d’émotion et en accord avec le chant de Easterling qui, lui, est malmené par l’angoisse.Orthox n’est orthofdoxe que suand il le veut bien ; à ce titre il fait montre de prestance, d’inventivité et d’intelligence ; c’est un album auquel on ne êput qu’adhérer dans la manière où il poursuit son chemin.

***1/2


Esoteric: « A Pyrrhic Existence »

18 février 2020

Il y a le doom rock, il y a le funeral doom-rock, et puis il y a Esoteric. Une sortie discographique du groupe a tendance à susciter l’attente (depuis la dernière livraison) et le poids (en contenu) pour s’inscrire comme un événement majeur de la vie de toute personne quivant le combo. Non content de jouer lentement et lourdement, le groupe a toujours jugé bon de draper ses expériences bruitistes dans des bain d’acide et d’accompagner es exercices de terreur sonore dans ses excursions d’un quart d’heure. A Pyrrhic Existence renoue avec cette tradition avec six morceaux s’étalant sur plus d’une heure et demie. « Descent », haché et sorti en « single », couvre tout ce à quoi on peut s’attendre : une atmosphère étouffante, un rythme sous-glaciaire, et, à travers tout cela, le frontman Greg Chandler se tordant de toutes parts dans une terreur exécrable. Il s’élève, il tombe, puis il s’évanouit dans de longs passages infusés d’ambiance à travers son traumatisme – induisant une durée de 27 minutes. Esoterice n’a jamais eu peur de cotoyer la misère; ici il la met au pemier plan.

Historiquement, il y a une autre caractéristique du groupe qui a accompagné toutes les caractéristiques susmentionnées : le rôle de la guitare principale dans la configuration d’un groupe en comprenant trois. La panique et la tristesse sont des mentalités qui se chevauchent : la guitare solo a tendance à se mettre en avant, à s’arracher, tandis que le groupe ralentit, ralentit et ralentit encore. Ces leads, combinés à l’atmosphère, tendent à définir les facettes « psychédéliques » du son du groupe – celui de la folie brute.

Aborder les chansons individuellement est un exercice de futilité : ce sont des maelströms d’horreur géants et cogneurs. Alors que le morceau (relativement) plus proche du disque 1, « Antim Yatra » est une excursion au synthétiseur qui vous donne le temps de vous remettre de l’exercice d’épuisement de l’esprit qu’est « Rotting In Dereliction », mais c’est l’exception, pas la règle. Le disque 2 n’offre pas un tel répit. A Pyrrhic Existence (Une existence à la Pyrrhus) a été conçue pour que la souffrance trouve la catharsis et elle la trouvera.

Esotéric n’a pas vraiment de contemporains, de collègues ou de comparses et ce qu’ils font n’a pas vraiment de comparaison. Il y a plusieurs groupes qui sont colossaux dans le monde du funeral doom : Evoken, Loss, Un – mais ces groupes, aussi spectaculaires soient-ils, ne travaillent pas à la même échelle. Esotericne fait pas mentir son patronyme car il se situe ailleurs, en cet endroit où certains groupes vont vers l’au-delà. Pas un endroit meilleur ou pire, mais un endroit différent – où le découragement est manifeste et tangible et où on peut presque le respirer.

A Pyrrhic Existence n’offre pas une écoute facile (quel album qui pousse à 100 minutes l’est ?) mais il est peu probable que quelqu’un qui connaît le groupe ou le genre s’attende à ce qu’il le soit. Les concepts de temps cessent d’exister quand Esoteric ose fouler le sol. Ce n’est pas de la musique décorative et elle requiert généralement toute votre attention, une grande demande dans un monde sujet à des distractions sans fin. Mais c’est l’expérience ésotérique, une montagne de misère géante et sans compromis au sommet de laquelle on peut trouver un certain soulagement. Peut-être les étoiles, peut-être le silence, peut-être la clarté pour affronter le voyage de retour sur terre.

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Naga: « Void Cult Rising »

27 novembre 2019

Naga et in trio italien qui oscille entre post black, thrashcore et doom metal, style qui ne conviendra pas à toutes les oreilles. Des riffs écrasants martelés avec cruauté, un chant déchirant à la Disbelief, une ambiance glacée de station de ski sans le fun, une menace permanente planent au-dessus de l’auditeur bien malmené au cours des six titres et 44 minutes de ce troisième album. Void Cult Rising n’est là que pour évacuer la souffrance et la noirceur de ses auteurs ; pas de happy end à l’horizon ici, on ne fait que creuser encore et encore, sans espoir de trouver quelque chose de l’autre côté ni même celui d’être enseveli et d’enfin gagner la paix éternelle.

Naga glorifie le nihilisme et ne s’en cache pas. Ici, ça sent le souffre à s’en boucher les sinus, on patauge tous dans la fange jusqu’à se confondre les uns avec les autres ; de toutes façon on est tous aussi insignifiants et méprisables. Ici on flotte tous les yeux en l’air à regarder le vide insondable de nos existences

**1/2


Monolord: « No Comfort »

14 octobre 2019

Le stoner doom de Monolord avait déjà fait des étincelles en 2017 avec le troisième album Rust, où le combo confirmait tout le bien qu’on pensait de lui et montrait une marge de progression impressionnante, notamment sur le dernier titre, tortueux et grandiose. Sans trop de surprise, « No Comfort » rempile avec peu ou prou le même genre de titres ; des titres mid-tempo tendant vers la lenteur, chargés de riffs lourds et gras, avec une voix heavy en retrait, une rythmique de plomb et quelques envolées guitaristiques sobres mais efficaces. Cet album prend, cependant, plus le temps de s’installer ; ainsi, il avance plus sagement, développant des structures plus recherchées, et s’éloignant donc un peu plus des pères fondateurs, tout en employant exactement les mêmes ingrédients. Les éléments les moins metal du disque sont quand même mieux rendus, plus discernables. Mais l’équilibre entre les deux n’est pas encore optimal.

Toutefois, Monolord a igommé les quelques imperfections qui émaillaient ses précédentes réalisations pour se concentrer sur des riffs parfois minimalistes mais toujours percutants. L’ambiance est en général un peu plus sombre, et les sonorités plus homogènes. Cela contribue à donner l’impression d’un bloc ; logique puisque No Comfort est un concept-album. Au final, et même si une bonne partie des qualités du précédant sont là, ce dique manque de particularités mémorables et force un peu trop le trait le trait sur la partie dooom.Il restera à Monolord d’amener sa musique beaucoup plus loin.

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Murmur: « Cairn »

10 octobre 2019

Associer le black metal et le doom de tradition un peu funéraire est un défi séduisant auquel certains se sont essayés, pour des résultats inégaux, où souvent les colorations s’affadissent dans la recherche périlleuse d’un équilibre. Entreprise solitaire de l’acronymique A.L.N., musicien basé à Portland, מזמור (prononcer « Mizmor) montre que ça fonctionne : il suffit de pouvoir compter sur une belle maîtrise des deux styles, sans forcément chercher à les fusionner d’ailleurs. Facile. Ce contraste est le ciment de Cairn, troisième album en date. Il lui prête son effervescence radicale et sa stature, que met généreusement en valeur le pinceau de Mariusz Lewandowski, décidément l’un des plus talentueux héritiers de Beksinski, si ce n’est son égal.
Mais ouvrir cette chronique en parlant d’alchimie de styles, fut-elle réussie, est presque un non-sens, tant à la vérité,
Cairn est livré sans étiquette. Ses quatre morceaux, aux titres suffisamment évocateurs, intimident autant qu’ils aspirent. Son imposant, guitares scarifiées, respirations acoustiques, percussions tantôt véloces, tantôt beurrées de plomb, voix résolument marquées comme appartenant à une dimension où l’on ne s’aventure pas sans bien consulter le bestiaire… A.L.N. déploie un univers sonore particulièrement dense et étudié, presque surprenant lors d’un premier contact où l’on s’attend à quelque chose de plus polarisé. On se rend néanmoins vite compte que les compositions réclament cette profondeur comme le plongeur en perdition réclame de l’oxygène.


Autre surprise relative, le côté très « européen que l’on observe dans certaines séquences. Là où les meneurs du sursaut black metal américain ont beaucoup œuvré à désapprendre les précurseurs, afin de se construire des sons légitimes, A.L.N. semble quant à lui avoir gardé une tendresse pour la Norvège des grandes années, illustrée par des blast-beats tout en sobriété et en constance, et par de belles lignes de guitare flottant par-dessus la mitraille. Ce n’est là qu’une des multiples facettes de
מזמור sur cet album, mais suffisamment originale pour être relevée. L’énergie dépensée pour animer à tout instant les points cardinaux de cette matière en mouvement impressionne. Cairn a beau être l’œuvre d’un homme seul, il est aussi censé être joué sur scène, et cela s’entend.

Lorsque le tempo redescend, parfois à la limite du surplace, l’ambiance se fait crépusculaire. Les riffs empressés d’il y a quelques secondes se figent et face à la glaciation qui menace, A.L.N. se cabre et tire de sa guitare des harmonies d’une pureté sidérante, des suspensions, des instants de cathédrale. On pense alors nécessairement à des groupes comme Mournful Congregation, et surtout Bell Witch, dont le dernier disque, également illustré par Lewandowski, est un phare du genre. Mais toutes les parties lentes ne sont pas consolation. Les seize minutes de « The Narrowing Way », jouées sur un rythme processionnaire (on peut parler de sludge pour le coup), sont habitées d’une colère noire et parcourues de dissonances réellement effrayantes. C’est dans ces moments que l’on jauge le mieux la polyvalence de l’album et à quel point, sous leurs faux airs de dédales sans issue, ces morceaux sont gorgés d’états d’âme changeants, alternés avec une remarquable souplesse.
Il y a aussi derrière
Cairn, et tout
מזמור à ce jour, un fond philosophique : l’auscultation de l’irréparable divorce entre la soif de clarté de l’Homme et l’absurdité du monde, tel que dépeint dans Le Mythe de Sisyphe de Camus, avec en filigrane le spectre omniprésent du suicide possible. Que l’on ignore, creuse ou schématise cet aspect, il est toujours intéressant qu’un album réserve une lucarne permettant de contempler les tempêtes crâniennes de son créateur. C’est même bien utile car s’attaquer à des albums-monstres comme celui-ci requiert un tel investissement que quelques indices et un brin d’empathie ne seront jamais de trop pour accrocher les bonnes dispositions.

***1/2


Besvarjelsen: « Frost »

21 septembre 2019

Besvarjelsen est un autre de ces groupes de revival heavy doom. Né sur les cendres des plus connus Dozer et Greenleaf, Besvarjelsen nous sert ici un opus qui qui n’a pas l’air de grand-chose mais qui s’avère d’une richesse et d’une justesse impressionnantes. Cinq titres se partagent la vedette, portés par la voix un peu androgyne de Lea Amling Alazam. Groovy, mid-tempo, mélodiques, bien gras, ils rivalisent de riffs classiques et efficaces.

Alors bien sûr, 26 minutes, c’est court, et on ne sait pas si le groupe saura reproduire cette magie sur un nouvel album ; mais Frost donne très envie de le savoir.

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