Matthias Puech: « A Geography of Absence »

10 mai 2021

On ne peut qu’être heureux d’avoir l’occasion d’écouter cet opus, non pas simplement parce qu’il est excellent mais aussi dans la mesure où il devrait être sur les radars de plus de gens afin qu’ils puissent apprécier l’album entier une fois qu’il sera sorti. D’après son dossier de presse, Matthias ne semble pas étranger à la musique générée par ordinateur, puisqu’il est chercheur en informatique théorique et ingénieur chez GRM. Cela dit, A Geography of Absence ne se résume pas aux bits et aux octets de la musique informatique. Il utilise habilement des enregistrements de terrain environnementaux pour superposer (ou sous) les drones plus synthétiques qu’il fait tourner.

Cet amalgame très créatif de naturel et de machine est vraiment la sauce secrète de ce disque. Les synergies sont assez uniques et expressives et peuvent être attribuées au fait que Puech est aussi un constructeur de synthétiseurs. Sur cet album, en utilisant des technologies telles que l’Oscillator Ensemble et le Tapographic Delay… des machines qu’il a développées lui-même, il a créé quelque chose de rafraîchissant, en dehors de l’album de drone standard à la dynamique croissante.

Tout au long de cet album de 37 minutes, les 7 morceaux s’enchaînent de manière très organique. Comme dans la plupart des albums drone, l’ambiance est quelque peu sombre et A Geography of Absence ne fait pas exception. Ce qui est un peu différent ici, c’est que l’ambiance change d’un morceau à l’autre. Même si chaque chanson s’enchaîne naturellement à la suivante, on a néanmoins l’impression d’être lâché dans un paysage sonore résolument différent, mais cela s’effectue en douceur, comme si l’on passait par une porte ouverte pour arriver au tableau suivant sans aucun événement sonore gênant.

On pourra ainsi apprécier les variations des enregistrements de terrain utilisés. Des cloches de vaches qui sonnent, des sons de la faune de la forêt profonde et d’autres événements plus opaques m’ont donné l’impression d’une scène nocturne continue… rendue plus menaçante grâce à la couche électronique qui se fond sur ces sons. Comme le font la plupart des grands albums de drone, ces sons électroniques sont d’abord mélangés à des niveaux faibles pour être ensuite habilement et progressivement augmentés en volume, ce qui donne lieu à des textures et des tensions grandioses.

Enfin, il conviendra de mentionner son utilisation des beats. Ceux-ci sont utilisés très parcimonieusement sur quelques morceaux et on a pris soin de ne pas les faire sonner comme des rythmes techno standard faciles à compter. Pendant la courte période où ils sont déployés, ils ont réussi à magnifier la nature sombre et quelque peu cosmique de l’ensemble du paysage sonore. Pour notre part, on aura, à cet égard, apprécié les rythmes quelque peu saccadés de la programmation. Différents, et bien sûr inattendus.

Le dernier morceau de l’album, Homeostasis, a été préenregistré et peut être écouté sur sa page Bandcamp où vous pouvez également le précommander… ou vous pouvez le découvrir en cliquant sur le lien ci-dessus.

Cet album est plus que recommandé. Si vous êtes à la recherche d’une approche quelque peu différente de l’écoute du drone, A Geography of Absence répond parfaitement à vos attentes en vous faisant rencontrer un artiste qui suscite une seule envie: le mieux connaître.

****1/2