She Spread Sorrow: « Huntress »

19 novembre 2021

Le quatrième album du groupe italien She Spread Sorrow (Alice Kundalini) est censé narrer l’histoire d’une chasseresse et de sa relation morbide et psychotique avec sa proie . Bien qu’il y ait six titres d’une durée totale de quarante minutes, ils s’enchaînent et ressemblent davantage à une suite unifiée. Le communiqué de presse précise qu’il est né après 3 ans d’enregistrements intenses (et) poursuit le besoin de murmurer des histoires secrètes et interdites et de stimuler les ombres les plus profondes de l’être humain, en explorant les frontières entre le délicat et le violent.

L’expérience d’écoute est tout à fait gratifiante pour celui qui trouve cette description intrigante. L’effet global est cette rare réalisation artistique où la brutalité et la beauté s’entremêlent dans un paysage hypnotique d’émotions profondes. Le son unique de Kundalini est à la fois industriel et dark ambient, avec des brosses de death metal, de noise rock et de grands espaces psychédéliques comme les premiers Pink Floyd.

Le morceau d’ouverture, « Blue » (qui est aussi le nom du protagoniste), commence par des tambours tribaux et un drone à combustion lente qui rappelle le space rock, voire le krautrock par moments. Les voix, qui restent les mêmes pour la plupart des morceaux, sont des chuchotements étouffés, souvent déformés, et si bas dans le mix que les paroles sont à peine discernables tout comme le deuxième morceau, « Get Me ».

 

Le titre suivant, « Stand », est plus industriel, de type old school, avec des synthétiseurs et une boîte à rythmes dans la veine de NIN, mais le chant continue de façon unique. « Dragonflies » commence avec des claviers en mode drone et des grognements de mort sont ajoutés au chant. Ces cinq minutes obsédantes rapprochent l’album d’une musique qui conviendrait à une bande originale de film d’horreur, troublante, tout en étant parfois simultanément luxuriante et apaisante.

« Inside », à cet égard, existe sur deux couches uniques – la même répétition minimale et un paysage de rêve rythmique Floydien, et aussi divergentes qu’elles puissent paraître, elles fonctionnent parfaitement l’une sur l’autre. Les deux se construisent lentement et sinistrement jusqu’à un crescendo et les voix réapparaissent avec les chuchotements sinistres désormais familiers, ainsi que des cris noise-rock, similaires à ceux utilisés par des groupes comme The Body.

La dernière piste, « Parasomnias », est aussi de loin la plus longue, avec 10:33. Tous les tropes utilisés jusqu’ici sont répétés avec de subtils changements de tempo et de dynamique, il y a juste plus de tout à la fois alors que l’album s’élève vers un point culminant émotionnel et sinistre.

Pour une première expérience avec She Spread Sorrow, on ne pourra pas dire comment il se compare à d’autres œuvres et jc’est pour cette raison que l’on définitivement Huntress à tout lecteur qui apprécie ces styles musicaux.

***1/2


Exsul: « Exsul »

16 janvier 2021

La chose est peut être difficile à réaliser, à savoir associer l’éthique du death metal, qui cultive le morne et abjection, à l’impulsion esthétique du genre, qui consiste à créer des atmosphères àu cohabitentcorrosion et maturité opulente. La plupart des groupes mettent l’accent sur ce dernier élément, avec des excès sonores spectaculaires et des acrobaties verbales qui limitent beaucoup de chansons de death metal (« Spoils Vultured upon Sole Deletion» et « Baptized in Boiling Phlegm » sont deux des exemples récents préférés des critique, tirés respectivement de Haunter et de Of Feather and Bone). Mais la gafferie potentielle de ces singeries linguistiques peut susciter plus d’amusement que d’horreur. Exsul a écouté attentivement et a écrit avec soin un EP éponyme, le premier disque d’un groupe,composé de deux jeunes musiciens basés en Arizona. C’est un disque impressionnant, qui reflète le profond intérêt du death metal pour la répulsion et qui contient des chansons qui suscitent beaucoup de dégoût et peu, voire pas du tout, de rires. Les deux musiciens d’Exsul ont le don d’insuffler à leurs morceaux une peur dramatique. Le morceau éponyme d’ouverture commence par deux minutes de riffs grondants et désordonnés.

C’est relativement simpliste, mais la force des riffs est convaincante. Ils créent une ambiance. Au cours des minutes suivantes, le groupe alterne des épisodes de tourbillonnement et de bruit sourd avec des reprises de l’album doomy, sur lesquelles se superposent des rafales de guitare et des grognements lointains. Et ça marche !Le deuxième morceau, « Yersinia Pestis », commence sur une fausse piste (vous pouvez prendre ce jeu de mots implicite pour ce qu’il vaut) et maintient ce rythme haletant pendant plus de deux minutes. Le reste de la compostion se construit délibérément, à partir d’une guitare solitaire, à l’air de mauvais augure, jusqu’à des intensités de médium qui s’enchaînent. Le groupe prolonge habilement les riffs midtempo jusqu’à la fin de la chanson, refusant de jouer la convention de composition en livrant un crescendo à grande vitesse. Le résultat est une série d’impacts de dents et le sentiment d’une punition soutenue, plutôt qu’une catharsis à bon marché. 

Le nom du groupe et les titres des chansons d’Exsul témoignent d’un intérêt pour la littérature latine et la culture de l’Ancien Monde. La chute de l’Eden (exsul est le terme latin pour paria, ou exil), la peste de Justinien et l’Enfer de Dante sont évoqués ou mentionnés dans les chansons. Ce ne sont pas des points de référence tout à fait originaux dans le death metal, mais ils tendent vers la fin capiteuse de son continuum symbolique. Les sourcils hauts sont compensés par l’adoption par les membres du groupe de noms de scène censés susciter l’effroie et un énergumène qui joue des cordes se fait appeler Charon, le batteur se fait appeler Phlegyas. Mais ces gestes comportent aussi des références au monde classique. Charon et Phlegyas sont tous deux des figures liminaires, Charon le passeur qui guide les âmes à travers le Styx, Phlegyas un autre psychopompe, un peu moins important, du mythe ancien. Même quand Exsul fait quelque chose de stupide, ils laissent entendre qu’ils sont sérieux. Leur musique frappe certainement certaines postures sinistres et gravides, et le résultat est un premier disque solide de death metal macabre, redoutable et funeste.

***/12