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Ben Gibbard: « Former LIves »

On ne peut nier la puissance et la grâce de chanteur-compositeur Benjamin Gibbard. Que ce soit les contes tissés dans le projet electro-pop The Postal Service, les récits dont il nous régale avec Death Cab for Cutie, All Time Quarterback ou les ballade inspirées de Kerouac One Fast Move Or I’m Gone, Gibbard a un don certain à écrire des chansons qui ont un fort impact et mais qui disent pourtant quelque chose de durable et de profond. Il suffit, pour en être convaincu, d’écouter Former Lives son premier et tant attendu album solo.

Composé de nombreuses chansons qu’il a laissé macérer pendant des années,il est emblématique de tout ce qu’on peut espérer de lui tant il véhicule audace, délicatesse et intelligence.
Le morceau d’ouverture, « Lullaby Shepherds Bush », est un effort a cappella qui serait comme le prologue d’une chanson impeccable pop, servie comme sur un plateau . Un « Dream Song », folk rock de la plus belle nature, suit et apporte une touche dynamique, mélodique et enjouée.Grand pas en avant donc que cette équipée aux guitares carillonnantes et jubilatoires.

Apportant un contrepoint aux deux titres précédents, « Teardrop Windows » est lui, un effort plus exacerbé qui sonne comme une prière poignante et auto-destructrice, un schéma dans lequel il n’était pas entré depuis un certain temps. Certes, nous avons déjà entendu Gibbard parler de « trop ​​de postes vacants » et dire « se sentir trop vide », mais n’a jamais semblé plus il découragé, plus vulnérable et, de ce fait, plus vivant.
Le piano délicat qui entre en lice sur « Bigger Than Love » permet peu à peu la chanson de se transformer en une façon de se débouler exubérante et sans effort et se montre un choix évident pour un premier « single ». « Bigger Than Love », raconte l’histoire d’un jeune couple aux prises avec les difficultés à élever une famille ; ce sujet lourd s’ajuste parfaitement à la voix de ténor Gibbard et offre un résultat rien de moins qu’éclatant et brillant. Ici, le vocaliste épouse la densité du thème de manière lyrique et et harmonieuse et en fait quelque chose délivrant une profonde empathie. Le chef d’oeuvre du disque, peut-être même un « classique » à venir.
Pas du genre à reculer devant un chant d’amour, Gibbard dévoile ensuite sur un intime et chaleureux « Lily qu’on pourrait presque jouer  lors de mariages, d’anniversaires ou à la Saint Valentin. Le titre qui suit, « Something’s Rattling (Cowpoke) », est sans doute la chanson la plus audacieuse que Gibbard ait composée et aussi une de ses meilleures. Elle débute sur une atmosphère de vaudeville comme si on mettait en musique le Paris des années 1940. Mais le meilleur est encore à venir avec une ballade intemporelle au piano « Duncan, Where Have You Gone? » C’est sans aucun doute un sommet de l’album avec ses riches nappes qui balaient la mélodie, une incursion dans cet univers Beatles-esque qui est peut-être l’auto-affirmation de Gibbard en tant que artiste osant s’attaquer à de telles icônes.
« Oh, Woe », oscille entre déception, doute et l’espoir avec des textes acides que le chanteur parvient à faire sonner apaisants et sympathiques. C’est d’ailleurs là que réside le charme et la grâce de Gibbard ; il est capable d’évoquer sur un rythme accrocheur et plein d’entrain («  A Hard One To Know ») ce qu’on ressentà aimer une femme qu’il est impossible d’aimer et à qui il est également impossible de résister.
Former Lives se termine sur une trilogie, la placidité tranquille de « Lady Adelaide » a une qualité aérienne et intime qui pousse à l’affection envers une personne traversée par angoisse et désespoir « Broken Yolk in Western Sky » utilisera un lap steel nous conduisant peu à peu vers un alt rock poussiéreux puis à une tonalité très Big Sur,. À bien des égards, pourrait être comme un présage de choses à venir.
Le disque s’immobilisera sur le folky et « old school » « I’m Building a Fire ». Ici, Giibbard cumule talents de troubadour et évocation qui fleure bon le Roy Orbison et dont on se dit que l’incendie qu’il allume est éradication d’un passé et témoignage de belles choses en devenir.
Former Lives porte alors bien son titre puisque, offrant un panorama de tout ce dont il a été capable, Ben Gibbard nous fait miroiter le fait qu’il est encore porteur d’une inspiration non encore tarie.

30 novembre 2012 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Interview de Ben Gibbard: En une Autre Vie.

Le leader de Death Cab for Cutie, Ben Gibbard est connu pour façonner une musique mélodieuse et mélancolique aux dorures délicates et feutrées. Il s’est aussi aventuré dans une pop électro en compagnie de Jimmy Tamborello avec The Postal Service, tout comme des musiques de films aux côtés de Steve Fisk. Ne manquait plus qu’un album solo ; le voici avec un Former Lives dont les compositions, réalisées ici et là sur une période de près de 10 ans, datent, effectivement, d’une autre vie.

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Quelle différence y-a-t-il entre cet album et votre autre disque All-Time Quarterback?
Il s’agissait du concept d’homme-orchestre, quelque chose de totalement différent différent. À cette époque, il y avait une sorte de mode de faire des bandes lo-fi ainsi que d’avoir des projets parallèles sous des noms différents. « Quaterback » était le mien.

Après avoir écouté l’album, on peut se demander dans quelle mesure il est autobiographique et dans quelle mesure il est simplement une narration.
Dans tout ce que j’écris, il y a une partie de moi. Je n’ai jamais vu l’intérêt d’essayer de faire une feuille de route dans chansons. Être un écrivain implique beaucoup de choses : vous devez tordre la réalité, créer des résultats et des scénarios, et puis vous commencez à vous éloigner de la version initiale. Dans chaque histoire, il y a plusieurs facettes et j’essaie de les voir toutes. À mon sens ce n’est pas trop grave si elles sont des moments de ma vie réelle. Je ne suis même pas sûres que ces chansons le soient d’ailleurs.
Vous avez pourtant dit que ce matériel recouvrait huit ans, trois relations, deux villes, la boisson. Vous avez également déclaré: « Je pense que les gens seraient surpris quand ces chansons ont été écrites et pour qui elles l’ont été. »
Les chansons sont très rarement ce que les gens pensent. Je n’ai jamais fixé un objectif quant à ce qu’elles racontent. D’ailleurs je ne vois pas en quoi ça intéresse celui qui les écoute. Le fait qu’elle ait un écho n’est pas nécessairement lié au fait que sa trame soit précise.

Pourquoi faire un album solo maintenant en comparaison de vos autres activités ?
Je sentais que j’avais enfin assez de matière et que ça pourrait marcher. Je travaillais sur un nouveau disque de DCFC à Los Angeles et je me suis accordé quelques pauses.J’ai réalisé que j’avais un tas de nouvelles chansons, mais elles n’existaient que sous forme de démos. Je me suis dit pourquoi ne pas aller en studio et voir ce qui se passe. Je ne l’ai annoncé à personne, pas même mon manager, d’autant que je n’avais pas trouvé de label. Après toutes ces années, tout le monde sait que vous préparez un disque ; il y a donc une certaine attente. C’était agréable de travailler sur quelque chose que personne ne connaissait, quelque chose que je faisais pour moi-même.

Comment alors pensez-vous que les fans de Death Cab for Cutie vont réagir ?
Nous avons la chance d’avoir des fans très fidèles. Ce disque ne sonne pas radicalement de ce que je faisais avec le groupe mais les gens sont très versatiles. Je crois que chacun va se fixer sur sa période favorite de notre répertoire. Je n’ai pas de réelle ambition par rapport à Former Lives.

Il paraît que certains de vos textes sont basés sur des lettres d’amour entre F. Scott et Zelda Fitzgerald.
C
‘est un détail important pour la connaissance et la compréhension de la chanson. Elle a été pensée en fonction de la situation et d’une connaissance très profonde du travail de F. Scott Fitzgerald,. J’ai toujours été friand de ces lettres qu’ils se sont écrites pendant une longue période. On y trouve de fort jolies choses et je voulais les lier ensemble pour faire une chanson, romantique et tragique à la fois.
« Oh Woe » semble être sur l’amour et le mariage. Est-ce lié à votre expérience personnelle?
C’est une façon de percevoir chanson. Il n’y a rien qui fait référence au mariage de façon flagrante. C’est un peu mon point sur la façon dont un événement se rapporte directement à la vie des gens, pas nécessairement moi. Des événements dema vie qui ont été très public et beaucoup de gens essaient de les relier ; Je ne dis jamais si c’est correct ou incorrect… je trouve ce schéma plus amusant qu’autre chose. (Rires)

Certaines de ces chansons existent de façon incomplète depuis des années. Vous avez déjà joué « Broken Yolk in Western Sky » par exemple. Qu’est-ce qui vous a incité à terminer le projet?
Il y a toujours des morceaux qui ne cadrent pas avec le contexte de mes enregistrements pour Death Cab. C’est comme une scène qu’on aurait supprimée d’un film. Un album essaie de raconter une histoire et de garder un ton particulier tout au long. Parfois, vous pouvez vous retrouver avec une grande scène qui doit être coupée parce qu’elle ne fait pas avancer l’histoire ; c’est ce que je ressentais à propos de ces chansons.
Et comment cela fonctionne-t-il avec le groupe ?
En tant que compositeur, je suis toujours trop près de la matière après que je l’ai écrite. Le groupe a toujours été très bon pour les lier ensemble. Mais il y a des titres qui n’appartiennent à rien parfois. Ce fut certainement le cas avec cette chanson. Je me suis retrouvé avec un peu de temps alors que je travaillais sur Codes and Keys et je me suis dit que le pire ne pouvait qu’en sortir. Ça a donc été une séance de studio avortée. Ça aurait pu être un B-side, ou figurer dans une compilation mais
comme je continuais à type d’enregistrement, certaines ont commencé à s’assembler dans mon esprit et à faire germer l’idée d’un disque.
L’album m’a rappelé votre collaboration avec Jay Farrar. On y entend une légère influence « country ». Était-ce une direction que vous tentiez de prendre?
En tournée avec Jay, le groupe que nous avons mis en place était composé de moi-même, Jay, Jon Wurster, qui jouait de la batterie avec The Mountain Goats, Mark Spencer à la steel-guitar et Nick Harmer, de Death Cab for Cutie, qui jouait de la basse. J’ai adoré le son de la « steel » et Jon a contribué à l’écritude de Broken Yolk in Western Sky » tout comme à « Lady Adelaide. » J’ai aussi beaucoup apprécié la « franchise » classique du « country songwriting ». Ce sont vraiment des pros, et si il y a une chose à laquelle je m’identifie de moins en moins dans la musique moderne, c’est cette surabondance de sons, la sur-production dur les plages et tout ce genre de trucs.
Les notes de pochette d’album indiquent que « Shepherds Bush Lullaby » a été enregistré sur iPhone. Était-ce une nécessité ou une expérience? Je sais, pour en revenir à All-Time Quarterback, que vous avez enregistré certaines de ses pistes sur un vieux Walkman.
Nous étions en tournée, et je jouais à Shepherds Bush. Je me suis retrouvé à tirer parti de lcette technologie qui était dans ma poche. C’étaitt comme une « chanson androïde », un sketch,l ‘ébauche d’une composition. J’ai juste trouvé que ce serait marrant de commencer l’enregistrement avec. C’est un côté espiègle et pas très en accord avec ce que les gens savent ou pensent savoir de moi. Dire que c’était une nécessité est sans doute un peu extrême, mais c’est la version que j’ai enregistrée à Shepherds Bushet il n’y avait vraiment aucune raison d’essayer d’en faire une autre.

Et qu’en est-il « Teardrop Windows » qui a été utilisée pour la pochette de l’album ?
J’ai vu ce tableau et j’ai vraiment beaucoup aimé ça. C’est une peinture très impressionniste avec beaucoup de couches et beaucoup de textures. On peut en dire plein de chose sans qu’aune ne soit explicite ou distincte. C’est ce que je ressentais à propos de mon enregistrement.

Et quid de la participation de Aimee Mann?
Nous sommes amis depuis des années. J’ai pensé que ce serait cheeutte qu’elle vienne chanter quelque chose.. Je me sentais si honorée que, quand j’ai entendu sa voix via le haut-parleur, je me suis dit : « Oh mon Dieu, c’est elle! » C’est une merveilleuse et gracieuse personne.
Une dernière question ; le nom de « Death Cab for Cutie » vient-il de la chanson du Bonzo Dog Band ?
Ils étaient dans Magical Mystery Tour et ils y jouaient ce morceau. C’est comme ça que je me suis branché sur eux. Les Beatles et surtout Paul McCartney étaient très amis avec eux. J’ai pensé alors que si je devais démarrer un groupe, il fallait l’appeler « Death Cab for Cutie ».

30 novembre 2012 Posted by | Conversations | , , | Laisser un commentaire