Tearful Moon: « Under The Red Veil »

Le duo darkwave synthétique basé à Houston, au Texas, est basé sur l’alchimie vibrante et irrésistible entre les vocalises poétiques obsédantes et sensuelles de Sky Lesco et les synthés hypnotiques et les rythmes mécaniques austères de Manuel Lozano, qui viennent de sortir leur troisième et plus mature album à ce jour, intitulé « Under The Red Veil ». Il est absolument vrai que le nouvel album de Tearful Moon est leur travail le plus mature à ce jour, et, on pourrait ajouter également, leur plus sombre et profond dans lesreprésentations de Tearful Moon. La vie elle-même a coloré leur obscurité minimaliste et Manuel Lozano s’est révélé être un compositeur en pleine évolution, tout comme Sky Lesco, qui s’est ravaré être l’un des paroliers les plus convaincants de la darkwave en général, tandis qu’en tant que chanteuse, apparaît maintenant beaucoup plus précise que dans leurs deux albums précédents.

Après la sortie de leur précédent album Evocation, le duo texan a effectué une tournée en Amérique du Sud et du Nord, ainsi qu’une tournée réussie dans l’Union européenne. Ils ont rencontré d’autres groupes, d’autres tribus, se sont fait de nouveaux amis, ont échangé des idées sur la manière de faire de la darkwave et sont retournés à leur base de Houston pour commencer à écrire de nouveaux morceaux. Et à ce moment, la vie a mis à l’épreuve la force de Lesco et les moments difficiles pour elle. Mais c’est son art et son amour mutuel pour Manuel qui ont canalisé sa psyché dans de nouvelles rêveries à travers une sérénité et une introspection nécessaires. C’est le titre phare de l’album avec la vidéo officielle créée par la formation gothique Scary Black de Louisville.

« Les mensonges font trébucher vos sourires/ La vérité coule dans vos larmes/ Les ombres vous suivent sur des kilomètres/ Et vous traquent à travers les années… Vos rêves brisés. » (Lies trip up your smiles/ Truth drips down in your tears/ Shadows follow for miles/ And stalk you through the years…Your shattered dreams)

L’album Under The Red Veil comprend dix morceaux similaires et propres à vous omprégner, « Fatherless » et « Buried In My Left Breast » en sont les exemples les plus frappants et les plus émouvants. L’album est un pur manifeste de darkwave électronique mélangé à quelques touches un peu plus lumineuses. Le duo n’a jamais caché son appétance pour les flux de synthés minimaux qui ont affecté leur musique. Il suffira d’essayer « Bar In Barcelona » et d’y retrouver un goût similaire à celui de « Pollution And Poison ». On pourra tout autant choisir « Set Me Free » comme chanson phare de l’album, avec l’ enchantement qu’apporte son mid-tempo exigeant. Maintenant que nous est donné le paysage sonore général du troisième album de Tearful Moon, ne nous restera plus qu’à plonger dans le brouillard qu’il véhicule.

***1/2

Fearing: « Shadow »

Shadow et le premier album de Fearing, groupe post-punk/darkwave d’Oakland, en Californie, combo qui a aussi sorti deux précédents EP, A Life of None, et Black Sand en 2017 et 2018 respectivement. Le groupe combine des mélodies sombres, des synthés et une atmosphère pour créer un disque ténébreux, parfois très énergique et infectieux, et globalement agréable à écouter. En écoutant Fearing, des groupes tels que Sisters of Mercy du passé et Soft Kill du présent viennent à l’esprit. Le vocaliste James Rogers est un chanteur à la réverbération et à la distorsion qui résonne sinistrement sous la panoplie d’instruments que le groupe utilise, tout comme la bande démo de ses projets parallèles pour The Dissonant et, en son ensemble, Shadow est une suite de morceaux accrocheurs et d’ondes sombres qui ne manqueront pas de divertir.

Le morceau « Intro » crée ainsi une atmosphère effrayante avec moultes formes de sons ambiants qui débouchent sur « Catacombs », l’une des chansons les plus accrocheuses de l’album. L’utilisation d’un groove profond de basse et de batterie, mélangé à une ambiance post-punk/dark/cold wave caractéristique, est le moyen idéal d’apporter de l’énergie. C’est rapide et complexe, et une fois que le chant commence, c’est là que le disque prend sa varie ampleur. « Picture Perfect » démarre, quant à lui, lentement, puis les guitares éclatent dans un style shoegaze qui ouvre le morceau et change parfois de tonalité et d’intensité, passant de la dorce et l’abrasion à la douceur. « Still Working Hard » utilise un rythme similaire, mais ce qui ressort, c’est le jeu de batterie de Mike Fenton, qui solidifie et donne l’épine dorsale dont le morceau a besoin pour avancer. « Sherbert » est mélodique, comme « Catacombs », mais en mode plus joyeux et plus fluide, comme une chanson qui pourrait être jouée dans un club de danse. Il est intense et ferme la face A de l’album d’une manière puissante.

La face B commence avec « The Push », un morceau qui utilise de vastes tonalités sombres et des paysages sonores à la fois étranges et mystérieux. Les guitares font écho et créent quelque chose de spécial. Elles sont associées à la piste vocale. « Good Talks », qui a également servi de premier « single » de l’album, est sombre mais aussi optimiste et voit le groupe joue sur les forces de chacun pour créer un morceau véritablement grandiose. « Trail of Grief » est très différent des autres titres précédents ; le ton y est plus proche de celui de certains morceaux plus optimistes et nerveux, mais une octave plus haut. Le groupe fonctionne à plein régime, les guitares retentissent au sommet d’une section rythmique qui apporte l’énergie et une piste vocale sinistre. « Glow » poursuivra cette tendance à la hausse avec un morceau plus pop de rêve. Il conserve le son de Fearing mais ajoute des sonorités plus vives qui sont agréables à l’oreille et se fondent bien avec le reste du groupe avec, en particuleir un très beau travail à la guitare et au synthé. « Nothing New » est le morceau le plus proche et se concentre sur la création d’une atmosphère globalement sombre. L’utilisation de la voix et des synthés permet de terminer le morceau avec un lent déclin. 

Le premier album de Fearing est un must pour les fans de ce genre. Le groupe est capable de capturer une ambiance que la plupart des groupes aimeraient pouvoir, et ils le font parfaitement. De l’ouverture à la fin, chaque chanson est plus addictive que la précédente. Ce que fait Fearing, c’est créer une atmosphère qui aspire l’auditeur, et chaque chanson se fond sans effort dans l’autre. Elles combinent tellement d’éléments différents comme le post punk/dark & cold wave et le shoegazing qu’il y a vraiment quelque chose pour tout le monde sur ce « debut album »

***1/2

Forever Grey: « Departed »

Le groupe darkwave Forever Grey, basé à Los Angeles, vient de sortir son nouveau disque sur un label allemand. Kevin Czarnik et Samantha Kubiak reviennent sur le projet pour apporter plus d’influence dark wave/cold wave dans ce LP de huit chansons. Les membres ont travaillé sur d’autres projets tels que Milliken Chamber, Prudence et Belladonna Grave. Cet opus est plus que bienvenu dans le genre darkwave dans la mesure où il tente vraiment de mettre le projet en place avec tous les grands artistes actuels du genre et réussit sans poser de questions. Chaque morceau, avec son instrumentation sombre, sa voix sombre et son atmosphère générale, peut être apprécié par des vétérans chevronnés du genre, mais aussi par quelqu’un qui cherche à élargir sa palette musicale. 

Forever Grey a un son qui s’inspire de la musique gothique et post punk des années 80. Ils combinent des boîtes à rythmes, des paroles vraiment sombres et introspectives, et aussi une basse entraînante. Le suo présente une image que des artistes comme Joy Division et The Sisters of Mercy ont réussi à capturer dans les années 80, cependant, le groupe est capable de faire sien ce son, et de le faire sonner frais et contemporain. Il n’y a pas non plus de pistes filtres sur cet album, chaque chanson est tout aussi irrésistible que la précédente. 

« Alone » s’ouvre sur une boîte à rythmes optimiste et une ligne de basse vraiment grosse qui sonne froide et désolée mais qui est capable de capturer une ambiance vraiment sombre qui est fixée pour l’ensemble du disque. Le chant est dramatique, mais aussi incroyablement grandiose. Le tout se fonde dans le mixage pour créer une expérience dans laquelle l’auditeur peut être aspiré. Plus grave et plus sombre, « Labor of Death » combine des éléments similaires, mais fait descendre l’ambiance jusqu’à une impasse. Il est agréable dans la mesure où il conserve un bon rythme tout au long du morceau, mais n’est pas aussi joyeux et dynamique que le morceau suivant, » »Common Coffin ». Avec une combinaison de batterie et de synthétiseur qui crée un rythme de danse et d’autres types d’instrumentation en direct, ce morceau va réveiller l’auditeur. « Downpour » est plutôt un amalgame des morceaux précédents. Il est sombre, lugubre et grave, mais il a un back beat contagieux, agréable et profond. En même temps. 

« Seasons » apporte comme un élément de vague de froid qui est à la fois bienvenu et aide le groupe à explorer différents sons et à commencer à expérimenter avec le ton et l’atmosphère. Les meilleurs aspects sont les différentes chansons aux influences électroniques et industrielles qui aident à faire ressortir les basses et le chant. « Nothing », avec son instrumentation vraiment aventureuse, et sa boîte à rythmes entraînante qui maintient l’énergie. « Lost in the Moment » est la première chanson chantée par Kubiak, qui partage son temps avec Czarnik au chant. Cela crée une belle diversité avec les changements de voix tout au long de la chanson. Kubiak crée des sonorités vocales si riches qu’elles sont très agréables sur fond d’instrumentation sombre. « Open Grave » conclut le disque de la manière la plus appropriée possible.Un titre qui se consume lentement, lourd d’atmosphère, une caisse claire à fort écho, et aussi un maillage de guitare et de basse qui complémente l’esthétique dark wave. 

Forever Grey a réussi à composer huit morceaux de musique darkwave pure qui sont à la fois agréables et addictifs. Ils combinent une atmosphère parfaite, une belle instrumentation et des chansons accrocheuses qui s’intègrent si bien ensemble. Les plus lents sont agréables à entendre et donnent une ambiance différente qui se transforme parfaitement en chansons plus optimistes et inspirées par la danse qui peuvent être jouées dans un club ou n’importe où. L’aspect le plus agréable de ce disque est cependant le fait qu’il ne se soucie pas de porter son influence sur sa pochette, mais en même temps ne copie pas les vieilles idées. Il s’inspire des groupes goth/post punk classiques des années 80, mais les transforme en pistes nouvelles et créatives. Ce disque est un must, et un très bon choix pour la playlist darkwave de n’importe qui.

***1/2

Velvet Kills: « Bodhi Labyrinth »

Le nouveau mini-album Bodhi Labyrinth des darkwavers Velvet Kills, duo basé à Lisbonne, arrive avec le soutien d’un véritable who’s who des labels darkwave underground actuels : Unknown Pleasures, Icy Cold et Manic Depression ont tous leur nom sur la version LP. C’est peut-être l’exhaustivité du coffret Velvet Kills présent qui suscite l’intérêt de tant d’entités différentes. En écoutant les six titres de l’album, vous aurez un aperçu des styles darkwave modernes, de la guitare rock gothique qui se déroule sur « In the Gold Mine » aux synthés étincelants et aux pads aériens de « Bitch Face » et aux vagues sons de clavier exotiques de « Hangover Calling ».

Tous les morceaux sont présentés comme des options raisonnables pour les pistes de danse, selon l’heure de la nuit et le style de musique que vous avez joué. La production est de bon goût et reste à l’écart des chansons. Bien que rien ici ne soit absolument époustouflant en termes de mélodie ou d’accroche, les voix jumelées sombres et menaçantes et les tempos enjoués donnent à la musique une personnalité et un peps suffisants pour s’engager. Les Velvet Kills comprennent clairement ce qu’ils veulent faire et le font avec beaucoup de souffle à défaut d’inspiration.

***

Fotocrime: « South of Heaven »

Fotocrime, c’est le psudonyme de Ryan Patterson, le leader de Coliseaum un combo punk Kentucky Sous cet alias, une nouvelle direction audacieuse est au programme : un effort post-punk à base de synthétiseurs avec des éléments teintés de goth-rock et de darkwave. Après la sortie de deux EPs et un premier album en 2018, Principle of Pain, South of Heaven va en être est la suite parfaite. Patterson ne s’éloigne pas du son de base de son premier pous, mais il poursuit la même attitude lâche et incertaine qui semble avoir mené à la création de ses précédentes aventures sonores.

« C’est un disque pour les voyages de nuit, une bande son pour les phares qui éclairent l’horizon », dit Patterson, et c’est la vérité absolue, tout simplement. Si vous plongez dans le « single » principal « Love is the Devil » ou sur le « closer » « Tough Skin », vous trouverez un peu de lumière dans toute l’obscurité que l’album a créée, guidé par le véritable refrain darkwave hook-led dans un voyage qui nous ramène dans des mondes passés (où le génie de groupes comme Depeche Mode, Sisters of Mercy et Bauhaus faisait la loi).

South of Heaven est brillamment conçu, addictif et nostalgique, avec de nouvelles dimensions et dynamiques sonores, mais c’est aussi un effort fondé sur la collaboration, avec des tâches de production de J. Robbins (Jawbox) et des sessions d’enregistrement avec Steve Albini chez Electrical Audio à Chicago, Simon Small à Londres et les Robbins susmentionnés à Baltimore. L’album comprend également une batterie d’invités, dont les magnifiques voix de Janet Morgan (Channels), Hayden Menzies (METZ), Nick Thieneman (Young Widows), Erik Denno (Kerosene 454) et Rob Moran (Unbroken).

Ce « sophomore album » est un disque captivant, dirigé par un leader charismatique, une pièce lunatique d’une mélancolie sombre avec quelques mouvements légers tout en restant menaçants ; un véritable hymne à faire venir et se poser la nuit.

***1/2

Black Marble: « Bigger Than Life »

La nostalgie est le sentiment qui prédomine à l’écoute de ce troisième album de Black Marble. Il ne s’agit pas de cette nostalgie qui rend triste, celle qui se rapporte à quelque chose qui a été et qui ne sera plus. Il s’agit plutôt de celle qui fait naître un sourire sur les lèvres, où l’on regarde le passé de manière bienveillante et attendrie. Triste donc, mais pas triste en même temps.
Tout dans ce
Bigger Than Life respire la nostalgie. L’utilisation de matériel analogique et la diminution des effets qui voilaient la voix de Chris Stewart contribuent à rendre le disque moins froid, plus organique. « Feels » est probablement le titre qui capture le mieux l’esprit de l’album, tant dans la musique qu’au niveau des paroles. Le clip qui illustre la chanson est d’ailleurs particulièrement réussi et renforce le côté mélancolique du titre grâce à l’utilisation de VHS familiales de Chris Stewart. L’ensemble fonctionne à merveille.


Avec ce disque, Black Marble s’éloigne encore un peu plus de la noirceur de son premier opus
A Different Arrangement (2012) mais gagne en profondeur. Que ce soit la rythmique 80’s ultra répétitive de « One Eye Open » qui donne au titre un aspect quasi lumineux, la douceur adolescente de « Daily Driver », la fantastique ligne de basse de « Private Show » ou encore la beauté du morceau final « Call », les bons moments sont nombreux. On peut sans doute reprocher à Bigger Than Life un aspect parfois itératif, mais l’album dégage un tel charme qu’on le lui pardonnera.

**1/2

 

She Past Away: « Disko Anksiyete »

Lorsque l’on essaie de décrire la musique de She Past Away, on pense aux paysages hivernaux, aux couleurs grisâtres, à la mélancolie. Aussi l’annonce de la sortie d’un troisième album pendant la période estivale semblait-elle quelque peu antinomique, à moins que cela ne soit synonyme de changement ? Quelques indices pouvaient le laisser penser, le départ du bassiste du groupe, une signature sur Metropolis Records pour la distribution nord-américaine et pour la première fois, de la couleur sur la pochette de ce nouvel album Disko Anksiyete.
Que les fans de la première heure se rassurent, le mélange de post-punk synthétique et de goth qui a fait le succès du groupe turc n’a pas disparu, mais l’influence de la wave s’est considérablement renforcée. Le tournant plus électronique se note dès l’ouverture entièrement instrumentale et se confirme sur « Durdu Dünya ». L’enchaînement avec « Disko Anksiyete » et Izole est imparable : She Past Away démontre sa capacité à écrire des tubes pour dancefloors goths, toujours empreints d’une tristesse presque palpable. Les machines et claviers s’imposent sans pour autant que le groupe ne perde son âme, notamment grâce à la voix caverneuse de Volkan Caner qui fait toujours son petit effet.

Malgré des qualités évidentes, ce troisième opus a le même défaut que ses prédécesseurs : un certain manque de variation qui rend parfois les morceaux difficiles à distinguer. Belirdi Gece (2012) et Narin Yalnizlik (2015) souffraient d’une certaine monotonie qui, même si elle avait son charme, pouvaient être lassante au fil des écoutes. Sur Disko Anksiyete, ce défaut se retrouve surtout sur la deuxième partie de l’album, un peu moins efficace que la première, et plus particulièrement sur les morceaux les plus lents où She Past Away ne parvient pas à emporter complètement. Malgré sa superbe ligne de guitare, « Ağit », le titre final, n’atteint pas la beauté hypnotique d’un « Hayaller? ».
Disko Anksiyete ne constitue donc pas un tournant radical pour She Past Away, il explore simplement le versant plus électronique de la musique du groupe tout en conservant sa mélancolie glacée. Nul doute qu’il sera un excellent remède à la chaleur des nuits caniculaires.

***1/2

Sólveig Matthildur: « Constantly In Love »

S’intéresser à la scène musicale islandaise, c’est savoir que celle-ci regorge de talents et ne se limite pas seulement à Björk ou Sigur Rós. Les musiques froides y sont dignement représentées par le trio féminin Kaelan Mikla, l’un des groupes les plus excitants de ces dernières années au sein de la mouvance dark wave, dont Sólveig Matthildur assure les synthés et une partie du chant. Après une première escape solo en 2016 avec son très beau premier album Unexplained Miseries & The Acceptance Of Sorrow, Sólveig revient avec Constantly In Love.

Si son premier effort était assez cinématographique et flirtait parfois avec l’ambient, ce nouvel opus se révèle plus direct dès la première écoute, avec une voix nettement mise en avant. Le premier « single » « Dystopian Boy », en est l’illustration parfaite : un morceau efficace, dansant avec un refrain qui reste en tête et l’apport incontestable de Deb Demure (Drab Majesty) : une guitare qui signe une ligne magnifique. Le morceau miroir, « Utopian Girl » est tout aussi réussi avec ses répétitions phrasées et lancinantes.

À l’image de ces deux titres, plusieurs autres morceaux sont construits à la manière d’un diptyque (« My Desperation »/ « Your Desperation » ou encore « Constantly in Love » « Constantly Heartbroken »), Matthildur y navigue entre l’anglais et l’islandais en évoquant de manière poétique des thèmes universels : l’amour perdu, le spleen, les rêves.  Musicalement, l’album contient son lot de petites bombes dark wave (« My Desperation » /« Your Desperation »,notable par son excellent remix) mais aussi des morceaux plus planants comme le titre éponyme et sa sublime ligne de synthés ou encore « My Father Taught me how to Cry », véritable crève-cœur.

Difficile de ne pas être conquis par la voix puissante et parfaitement maîtrisée de Sólveig Mathildur, utilisée comme un instrument à part entière. Écouter simplement « Constantly heartbroken » pour s’en convaincre. Le dernier titre, « The End », vient renforcer cette impression : départ en douceur avec longue introduction au synthé puis montée progressive en puissance, magistrale, grâce à la voix de l’Islandaise.  Avec ce deuxième album, Sólveig Matthildur poursuit son émancipation et s’affirme comme l’une des artistes les plus importantes de la scène dark wave et au-delà. Avec des mélodies accrocheuses, des « featuring » de qualité (elle partage le titre « I’m OK » avec Some Ember) et une authentique signature vocale, elle signe, en termes de dark wave, un des meilleurs albums de l’année.

****

Sopor Æternus: « Death and Flamingos »

Anna-Varney Cantodea, leader du combo précité, nous revient avec un disque qui va continuer à nous siurprendre ; Death and Flamingos rompt avec les habitudes de titres sombres et éthérés de Sopor Æternus en employant un vocabulaire musical beaucoup plus rock gothique old school. Bien sûr, on reconnaît pas mal d’éléments en fond (les cloches, tintements, le clavecin, une voix toujours aussi singulière…) mais c’est tout de même une sacrée transformation. Impossible de savoir pour l’instant si cette direction sera celle suivie par le projet à l’avenir, mais on se permet d’en douter. Ce disque sonne plus comme un hommage à ce que Anna-Varney Cantodea écoutait à ses débuts, une fantaisie rétro, composante du son de Sopor Æternus certes, mais plus récréative que sérieuse.

Et il faut bien avouer qu’on prend un peu de temps à se réhabituer à entendre des guitares si franches et un côté si rock (j’ai pas dit énergique, mais rock quand même) accolés à de vraies chansons. Et est-ce que ça marche ? Parfois très bien, parfois moins. Mais on ne se permettra tout de même pas de faire la fine bouche ; un magnifique « The Boy must Die », un épique « Vor dem tode träumen vir » ou un effrayant « Mephistophilia » auront tôt fait de nous convaincre du bienfondé d’une telle démarche, et que, surtout, quelle que soit la forme qu’il lui donne, Sopor Æternus est pourvoyeur de titres obsédants et uniques. Alors qu’il choisisse de revenir à son gothique neo-classique / baroque ou de rester quelques temps patauger dans la fange death rock, nul doute que ses fans sauront le soutenir !

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Dance With The Dead: « Loved To Death »

Ce que l’émergence d’un style a de bon, c’est qu’elle permet de déloger des cavités certes confortables mais cavités quand même les anciens de la scène, ceux qui ont contribué à la créer et la faire perdurer durant des années et qui souvent ne sont pas ceux qui récoltent les fruits d’un subit (re)gain de popularité. Aujourd’hui, alors que sort le huitième album studio des américains de Dance With The Dead, il est temps de se pencher sur leur cas. Nous avons donc ici un duo californien qui pratique une synthwave à large tendance dark, mélangeant rythmique synthwave / dance-pop à de grosses influences metal, à renfort de guitares hurlantes.

Ajoutez à ça l’habituelle imagerie horrifique, et vous aurez une idée assez précise de ce que je tiens entre les oreilles. A ceci près que tout ça est conçu avec une expérience certaine, même si le duo est relativement jeune (formé en 2013), et donc Dance With The Dead sait comment placer ses pions sur l’échiquier de la dark synth pour garantir à ses fans à la fois de la personnalité et des titres percutants. Etant donné les références cinématographiques, la comparaison avec un Carpenter Brut s’impose, mais les deux formations tracent des sillons différents bien que parallèles. Loved To Death est un album bien calibré, et équilibré entre titres enlevés et autres plus calmes (l’ensemble restant assez énergique). Pas le meilleur album du groupe mais un bon disque tout de même.

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