PlanetDamage: « Relapse Protocol »

20 novembre 2020

Le premier album de Planetdamage, Relapse Protocol, suit en grande partie une formule électro-cyberpunk qui est, du moins en apparence, très familière. Des lignes de synthétiseurs et des motifs de batterie pulsés sont le lit sur lequel sont posés des monologues angoissants, à demi criés et légèrement déformés sur la politique et l’état du monde, infusés de frustration et de détermination. Ce sont les paroles qui sont placées au centre de la scène, tandis que l’électronique est surtout là pour fournir un cadre et un sentiment d’urgence.

L’affirmation de « Kompromat » selon laquelle l’histoire est truquée, « Hi Rez Lo Life » qui s’intéresse à l’Internet et aux médias sociaux, parle de « pay per click » ou « Vex » qui a recours à la désignation d’une sélection de multinationales à considérer avec suspicion en sont des exemples alors que ‘The Mark » utilise le chant de questionner l’autorité, un message qui atteindra que ceux qui le font déjà. On n’est pas forcément en désaccord avec de telles affirmations mais on les voudrait moins maniérées.

Aussi, bien qu’il soit relativement court (40 minutes), l’album finit par être un peu dramatique et d’une seule ntonalité. Le fait que les pistes soient enchaînées de manière fluide crée parfois un mouvement intéressant mais il ne sert malheureusement qu’à mettre en évidence les similitudes excessives de ton et de rythme entre chacune des plages. La voix y est, en outre, toujours la même, a tendance à banaliser le message qu’elle tente de transmettre. Ajoutons un manque flagrant de drame dans le discours, tant au niveau des paroles que de la musique : les synthés sont légèrement agressifs mais n’ont jamais vraiment fait parler d’eux, et les remplissages et les chutes sont clairsemés, secs et simples. Ainsi, l‘ouverture de « Regret Gunner » est prometteuse, puis s’aplatit très vite. Sans vouloir se plier à la culture populaire dominante, quelques riffs plus forts n’auraient pas été de trop, en particulier quand des bribes de techno sont à l’honneur (« Firewalls »ou les tons légèrement acides de « The Mark »)qui manquent trop caractère distinct et perspicacité lyrique pour pouvoir gagner en écoute et popularité..

**1/2


Lebanon Hanover: « Sci-Fi Sky »

6 novembre 2020

Lebanon Hanover ont toujours suivi une ligne en termes de genres, s’adonnant à la fois à la richesse de la darkwave et à l’austérité de la vague minimale selon leurs caprices. Le sixième album de Larissa Georgiou et William Maybelline, Sci-Fi Sky, ne s’écarte pas de ce modèle, même s’il s’agit de loin de leur disque le plus riche sur le plan sonore, avec une grande partie de la tempérance de leurs albums précédents, subsumée dans une indulgence veloutée et puissante.

En effet, les synthés rugueux, les coups de pieds sourds et les vagues de distorsion qui introduisent le morceau d’ouverture « Living on the Edge » font que le morceau est déjà un classique de la darkwave bien avant que la ligne de basse et le chant profond et mesuré de Larissa n’entrent dans le mix. « Garden Gnome » s’enfonce dans la basse électrique et la guitare, alternativement retardée et floue, qui rappellent un certain nombre de groupes de rock gothique classique, bien qu’avec quelques breaks mesurés qui rappellent leurs compositions plus sobres. Ils donnent même un coup de pied bien ciblé à l’éthéré sur le morceau « Angel Face », une chanson qui aurait facilement pu figurer sur un certain nombre de sorties de Projekt Records dans les années 90.

Le fait que le duo puisse aborder autant de styles de chansons différents dans son dernier album est également l’une des caractéristiques les plus remarquables du LP. J’ai du mal à imaginer qu’ils puissent enregistrer « Digital Ocean », un titre aussi salace et chaotique, à un autre moment de leur carrière. Maybelline a une voix emphatique et rythmée sur ce morceau qui rappelle son récent travail en solo dans le projet industriel Qual, mais avec un ton plus dramatique pour s’adapter aux tendances gothiques de la chanson. Tout aussi inattendue est l’approche en couches de « Come Kali Come », où les percussions et les couches de synthés, de guitare et de chant s’entrechoquent pour atteindre une conclusion démesurée. Il s’agit simplement d’une chanson beaucoup plus grande que ce que leur catalogue permettait normalement, à la fois en termes de portée et de sentiment brut.

Même ceux qui ont suivi de près le développement de Lebanon Hanover en tant que projet pourraient ne pas anticiper l’excès et la grandeur de Sci-Fi Sky. Sans renoncer complètement aux repères sonores de leur célèbre catalogue, Maybelline et Georgiou ont émergé dans une sphère musicale beaucoup plus vaste. Parfois enivrant, parfois même ébouriffant, c’est un moment qui n’est pas dans notre zone de confort, mais qui fait partie de l’évolution musicale d’un groupe bien établi.

***1/2