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Peter Bjärgö: « Structures And Downfall »

Le Suédois Peter Bjärgö – bien connu des amateurs de darkwave neo-classique en tant que tête pensante de la formation Arcana (sous le nom de Peter Pettersson) – mais également du projet plus industriel Sophia, propose un nouvel album solo : le troisième à paraître sur le label allemand spécialisé en musiques ambiantes Cyclic Law.
Cet album, intégralement écrit, mixé et masterisé par Peter Bjärgö est une œuvre d’une grande sensibilité. Dès la première écoute, et cette sensation est confirmée lors des suivantes, un sentiment d’apaisement saisit l’auditeur. Les amateurs d’Arcana vont évidemment être comblés par cette nouvelle sortie, mais il n’en paraît pas moins impératif que les non initiés tentent l’aventure.
Peter nous emmène avec lui dans un monde parallèle, fait de quiétude et de sérénité. Le chemin quasi sacré qu’il nous fait emprunter n’est pas pour autant apathique. Certes, l’ensemble est extrêmement retenu et les rares apports percussifs ne viennent guère troubler la quiétude de ces quarante minutes de pureté.


Le chant de Bjärgö est lui aussi parcimonieux et distillé par bribes. Beaucoup de réserve. Cela ne signifie en rien qu’il soit mal assumé ou assuré et que son utilité soit relative : le chant est définitivement vecteur d’émotion supplémentaire et la voix sereine et profonde de Peter convainc pleinement.
Beaucoup de clarté, de spiritualité dans cet album même si les textes, certes peu abondants, apportent des nuances sombres : il est ici question de la beauté des mondes intérieurs, de victoires sur la médiocrité mais aussi de trahison, d’effondrement de l’esprit. L’intention générale diaphane vient cependant, in fine, clôturer l’album
arguant du fait que les plaies sont cicatrisées.
Il est des œuvres dont la modération cache le manque d’inspiration, la pauvreté dans le propos.
Structures And Downfall reflète tout l’inverse : puissance en filigrane, intensité contenue, acmé d’une expression artistique pour un embrasement émotionnel assuré.

***1/2

6 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Kevin Martin: « Sirens »

Sirens est un album hautement introspectif dont l’ambiance générale est malaisante, voire carrément malfaisante. Cette collection de climats sonores parfois horrifique s’articule sur quatorze pistes. Dont il sera impossible de ne pas ressentir les atmosphères opressives qu’elle génèrent.C’est très sombre, très contemplatif, profond. Ça peut évoquer littérature de Lovecraft et tout ce qui a trait à cette même palette d’émotions. Dans cet univers gris foncé, on à quand même pensé  à mettre un peu de lumière, certaine pistes s’eforceront de susciter une aube fugace, comme un moment de répit dans un cauchemar d’une heure.

A l’image de la dernière et  éloquente plage,un  « A Bright Future » qui se permet de porter  à la fois un peu d’espoir et en même temps le doute sur l’existence d’une telle chose et nous renvoie à nos vanités et nos leurres de croire aux chants des sirènes.

Le talent du compositeur sera alors de faire partager c’est cette sensation qu’au bout d’une heure, on n’a pas vu le temps passer, qu’on le ré écouterait volontiers et ce malgré cette angoisse qui semble toujours à la frontière du tangible.

***1/2

22 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Bobby Krlic: « Midsommar »

Après avoir confié son premier long-métrage d’épouvante, le remarqué Hereditary, aux bons soins du saxophoniste multi-bricoleur Colin Stetson, Ari Aster a choisi un autre jeune crack, qu’il a invité à s’impliquer jusque dans le tournage de Midsommar, film où la musique tient à certains moments clefs une place privilégiée. Bobby Krlic est un compositeur britannique que l’on connait à travers le fascinant projet de dark ambient The Haxan Cloak, mais aussi pour sa collaboration avec Björk sur l’album Vulnicura. Sa mission ici était d’épouser une cinématographie surréaliste, inondée de couleurs florales et de lumière aveuglante ; une symphonie du trompe l’œil agrégeant la blancheur inquiétante des garde-robes et la douceur hors du temps du soleil de minuit. A cet effet, la zone de confort définie par les deux albums de The Haxan Cloak se dilate par le renoncement, pour l’essentiel, aux effets d’angoisse et à l’électronique. À la manière de certains travaux pour l’écran du regretté Jóhann Jóhannsson, Krlic s’appuie sur un éventail d’instruments à cordes qu’il habille d’ouvrages atmosphériques. Cela lui permet d’explorer le contexte médiéval/scandinave prescrit par le film, tout en jouant d’une échelle d’émotions contemporaine ‒ quoique brillamment déroutante.


Après un très court éveil du printemps en mode Disney d’avant-guerre, l’ambiance se voile instantanément pour introduire la première tragédie. Elle est annoncée par les pleurs de Dani, l’héroïne, et révélée par une progression de cordes grinçantes, rejointes au bout de quelques minutes par les sourdes pulsations d’un tambourin qu’on devine annonciateur des rituels à venir. S’ensuit « Hålsingland », seule pièce complètement ambient de cette B.O., puis Krlic nous plonge dans le décor pastoral qui sera à la fois éblouissement, transe, ambiguïté et bascule. Ses compositions, bâties sur des harmonies de cordes très simples et envoûtantes, s’étirent à la façon d’un brouillard, qui parfois se rétracte violemment lorsque s’insinue une dissonance, signal qu’il est l’heure de perdre pied. Sans voir d’où vient le danger ni comprendre sa nature profonde, réservée aux cultistes, l’on est réduit à des peurs animales, jusqu’au point du rituel  ‒ à l’écran, une double-scène pour le moins insolite qui a alimenté bon nombre de discussions ‒ où les dernières digues raccrochant les protagonistes à la normalité se rompent, et où s’accomplit la transition vers leurs (in)fortunes respectives.
« Fire Temple », belle apathie à cinq temps, parachève le voyage en forme de travelling arrière, où l’œil découvre, comme dans les soleils de J.M.W. Turner, une dissolution des formes et des sens au cœur d’une commotion de lumière. Au-delà des excentricités néo-païennes du protocole, la véritable tentation de Midsommar se révèle alors : la joie communiée de se confier corps et âme à un usage rassurant car immuable et imperméable au monde extérieur. Retourner à la source de tout jusqu’à, un jour, n’en plus revenir.

***1/2

20 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

World War Two: « The Dead End »

Avec un tel patronyme et un album dont le titre évolue dans un registre similaire, la bande-son d’un tel opus ne pouvait qu’évoluer dans un registre anxoigène. L’atmosphère y est étouffante à souhait ou à loisir avec des étendues désolées parcourues par des drones ambient.

Climat propre aux méditations introspectives et dystopiques résumées par cette sensation d’impasse qui justifié allègrement l’intitulé de cet opus. L’écoute de cette album sera dérangeante mais on se devra de lui concéder une certaine beauté.

***

6 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Muur: « Bod »

Muur étant un projet rituel / dark ambient il ne sera pas étonnant que le groupe cultive une image énigmatique, coire même pas d’ilmage du tout puisque le combo n’a pas de pages officielles autres que les espaces informatifs créés par son label .Le combo présente donc avec Bod un rituel ambiant d’une durée se rapprochant de l’heure et constitué d’une plage unique. L’écoute peut se faire en ligne, sur support physique ou immatériel (sur YouTube on ne dicerbe quasiment rien).
Bod offre une expérience immersive intense, un procédé et une mise en condition quie requièrent une écoute en situation d’isolation. Le mode opératoire peut éventuellement s’inspirer de la vidéo dédiée au rituel. Une pièce sans beaucoup de lumière, si possible pour qu’une résonance ambrée et sourde formalise ce que le projet anonyme.

La démarche, elle, est presque claire dans son exemplification : « une nouvelle tradition d’arts rituels et occultes issus de diverses bases antiques. Pour cela, une nouvelle culture avec sa propre histoire, y compris une nouvelle langue, a été construite. La signification créée par Muur n’est qu’une interprétation de la nouvelle tradition. Il importe que chaque auditeur construise son propre sens à partir de son expérience. »

Une fois passé ce verbiage, la base musicale abstraite, ainsi, est un livre ouvert : ses pages sont vierges, vous y écrirez vos lignes. Autosuggestion, introspection, catharsis : principes de fond des enregistrements de type dark ambient et qui se doublent en l’occurrence d’un plaisir auditif certain. On n’a pas affaire ici à de vagues collages superposés mais bel et bien à une cathédrale sonore, construction pleine de détails et d’épaisseurs différentes. La progression, lente, gagne une dimension percussive nourrie de saturations cousines du drone doom, la prise d’épaisseur s’opérant sur deux grandes phases successives. C’est une masse noire à conquérir, et le chemin pris peut être réinventé à chaque expérience. Pas de scénario, un voyage en même temps qu’une réclusion ou une séclusion.

***1/2

5 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Rafael Anton Irisarri: « Solastalgia »

Rafael Anton Irisarri est l’un des noms les plus remarquables de la scène ambient depuis les années 2000. Chantre d’une musique sobre et cinématique, l’Américain, par ailleurs boss du studio new-yorkais Black Knoll, nous propose ici un opus fidèle à son art exigeant.

Irisarri découpe cet album en six plages puissantes, au son extrêmement intense. Solastalgia porte pleinment le concept éponyme développé par le philosophe Glenn Albrecht, à savoir un sentiment de détresse face aux changements climatiques et au désastre environnemental. Ode à la nature sauvage et aux grands espaces, Solastalgia est un opus profond, brillamment illustré par le clip de « Coastal Trapped Disturbance », tourné en Islande par Sean Curtis Patrick. La musique nous entraîne dans un monde organique mystérieux et déroutant, à la fois lumineux et sombre. La clarté s’impose, mais se heurte à des incursions noisy maîtrisées, renforçant le sentiment d’être confronté aux éléments bruts.

Quelques motifs dark surgissent donc (« Decay Waves »), mais s’envolent assez rapidement, car l’ensemble reste néanmoins résolument optimiste. Sans forcer son talent, Irisarri propage une certaine quiétude grâce à des nappes élégantes, émaillées de drones denses, tout en conservant un schéma crescendo/decrescendo jouissif (« Black Pitch »). Il nous alerte sur la catastrophe écologique en jouant avec nos émotions et, par l’intermédiaire d’une production solide, nous implique totalement dans le processus d’écoute, une forme de deep listening abouti (« Kiss all the Pretty Skies Godbye », évoquant Alio Die). Les sources sonores étant traitées avec soin pour tisser des textures fortes et dynamiques, le musicien nous fait quitter notre morne quotidien en diffusant une magie hypnotique. Irisarri prouve une nouvelle fois que l’ambient peut être une musique habitée, malgré un propos foncièrement minimaliste. Une beauté pure émerge de ces trente-huit minutes de sonorités délicates, et on aurait tort de s’en priver.

****

 

25 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Kevin Richard Martin: « Sirens »

Il fait partie de ces rares artistes qui surprennent à chaque nouveau projet, que ce soit avec King Midas Sound, The Bug, Techno Animal, God, etc… Kevin Richard Martin est un producteur capable de mettre en musique les émotions et l’énergie qu’il veut transmettre.

Avec ce projet, Sirens, signé pour la première sous son propre nom, Kevin Richard Martin nous entraine avec lui dans les affres d’une paternité en devenir, traversée de difficultés et de tensions pour la future mère et d’impuissance masculine face à la douleur et la peur de sa partenaire.

On est constamment bousculé par des nappes échappées de profondeurs plasma et de battements cardiaques, de liquide amniotique et de décharges émotionnelles flottant sur des résidus de crainte. Sirens se balance en permanence sur des parois chargées de viscéralité granuleuse, mettant en lumière l’incapacité de réagir face à la souffrance d’une grossesse difficile lorsqu’on est un homme. A travers chaque titre de l’opus, on vit et partage la densité affective de ces neuf mois de doute et d’angoisse, dont le dénouement heureux vient clore l’album, à coups de résonances subtiles et de beauté fragile.

***1/2

10 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Anatoly Grinberg & Mark Spybey: « 123 m »

La rencontre entre Anatoly Grinberg alias Tokee et Mark Spybey (ex Zoviet France / Dead Voices On Air), ne pouvait faire que des étincelles, embrasant tout sur son passage, à l’image du sublime album 123 m, plongée en apnée dans une ambient funèbre, qui peint de noir les paysages sur lesquels elle se déplace.

Le russe et l’anglais proposent un album aux ambiances cinématographiques, où les field recordings forment une matière première enrobant les machines, disparaissant derrière des mélodies sombres et suintantes, glissant sur des tapis recouverts de matière organique souvent méconnaissable.

La production chirurgicale est d’une efficacité phénoménale, véritable sound design aux sursauts imprévisibles. Les vociférations gutturales semées avec parcimonie, tendent à ajouter un coté horrifique à la musique, à rapprocher de bandes son de films gore.

123 m est un objet sonore profondément bouleversant, de par sa tribalité sophistiquée et l’obscurité qui s’en dégage, envolée vers des terres défigurées par la violence de l’âme humaine, trou noir sans fond à la désolation irrévocable. Envoûtant.

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30 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Adam Coney: « Pavilion »

Il y a quelque chose de touchant dans la musique d’Adam Coney, de par sa capacité à créer des ambiances ondoyantes et nuageuses traversées de dangers grondants.

Son deuxième album, Pavilion, développe une écriture et un langage qui lui sont proches, pris entre dark ambient orageux et accalmies circulaires. Adam Coney compose des titres aux allures de mantra pris de spasmes, toussant et crachant des mélodies s’arrachant d’une terre labourée à la force des mains, pour atteindre des cieux entrouverts par la tourmente d’une âme perdue dans le monde des hommes.

Adam Coney livre un opus surprenant, alternant vacillements et affirmation de soi, sauts dans le vide et escalade vers des cimes vertigineuses, donnant naissance à des titres chargés d’émotions à fleur de peau et d’émerveillement devant l’inattendu, croisant le chemin d’Arthur Russell et certaines oeuvres de Bill Frisell. Délicieusement audacieux.

***1/2

9 mai 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Rune Clausen: « Tones Jul »

Le Norvégien Rune Clausen crée un monde qui doit lui ressembler, habité de spectres et de fantômes, de contes et de légendes sombres. Un monde issu d’une nature inquiétante, mais accueillante pour qui sait naviguer entre ses branches et ses ramures, armatures boisées laissant pénétrer les lumières de solstices lunaires.

Tones Jul résonne comme la bande-son de citoyens déchus mis au ban de nos villes, écorchés par la vie et blessés par l’existence. Un album qui ne ressemble à rien d’autre qu’à un visage sans reflet devant un miroir sans tain.

Les drones et les voix forment un ensemble harmonieux aux pulsations envoutantes, sorts jetés à ceux qui prennent le temps de s’immerger sous des couches de terre pour devenir à nouveau, des animaux guidés par leur seul instinct.

Dark ambient aux allures de sortilège, l’album de Rune Clausen est avant tout une oeuvre majuscule, un opéra cosmique dédié à ce qui fait de nous ce que nous sommes: des êtres de chair et de sang, dotés d’émotion et de perception. Un opus naturaliste à l’attraction physique sereine. Sublime !

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3 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire