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Rafael Anton Irisarri: « Solastalgia »

Rafael Anton Irisarri est l’un des noms les plus remarquables de la scène ambient depuis les années 2000. Chantre d’une musique sobre et cinématique, l’Américain, par ailleurs boss du studio new-yorkais Black Knoll, nous propose ici un opus fidèle à son art exigeant.

Irisarri découpe cet album en six plages puissantes, au son extrêmement intense. Solastalgia porte pleinment le concept éponyme développé par le philosophe Glenn Albrecht, à savoir un sentiment de détresse face aux changements climatiques et au désastre environnemental. Ode à la nature sauvage et aux grands espaces, Solastalgia est un opus profond, brillamment illustré par le clip de « Coastal Trapped Disturbance », tourné en Islande par Sean Curtis Patrick. La musique nous entraîne dans un monde organique mystérieux et déroutant, à la fois lumineux et sombre. La clarté s’impose, mais se heurte à des incursions noisy maîtrisées, renforçant le sentiment d’être confronté aux éléments bruts.

Quelques motifs dark surgissent donc (« Decay Waves »), mais s’envolent assez rapidement, car l’ensemble reste néanmoins résolument optimiste. Sans forcer son talent, Irisarri propage une certaine quiétude grâce à des nappes élégantes, émaillées de drones denses, tout en conservant un schéma crescendo/decrescendo jouissif (« Black Pitch »). Il nous alerte sur la catastrophe écologique en jouant avec nos émotions et, par l’intermédiaire d’une production solide, nous implique totalement dans le processus d’écoute, une forme de deep listening abouti (« Kiss all the Pretty Skies Godbye », évoquant Alio Die). Les sources sonores étant traitées avec soin pour tisser des textures fortes et dynamiques, le musicien nous fait quitter notre morne quotidien en diffusant une magie hypnotique. Irisarri prouve une nouvelle fois que l’ambient peut être une musique habitée, malgré un propos foncièrement minimaliste. Une beauté pure émerge de ces trente-huit minutes de sonorités délicates, et on aurait tort de s’en priver.

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25 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Kevin Richard Martin: « Sirens »

Il fait partie de ces rares artistes qui surprennent à chaque nouveau projet, que ce soit avec King Midas Sound, The Bug, Techno Animal, God, etc… Kevin Richard Martin est un producteur capable de mettre en musique les émotions et l’énergie qu’il veut transmettre.

Avec ce projet, Sirens, signé pour la première sous son propre nom, Kevin Richard Martin nous entraine avec lui dans les affres d’une paternité en devenir, traversée de difficultés et de tensions pour la future mère et d’impuissance masculine face à la douleur et la peur de sa partenaire.

On est constamment bousculé par des nappes échappées de profondeurs plasma et de battements cardiaques, de liquide amniotique et de décharges émotionnelles flottant sur des résidus de crainte. Sirens se balance en permanence sur des parois chargées de viscéralité granuleuse, mettant en lumière l’incapacité de réagir face à la souffrance d’une grossesse difficile lorsqu’on est un homme. A travers chaque titre de l’opus, on vit et partage la densité affective de ces neuf mois de doute et d’angoisse, dont le dénouement heureux vient clore l’album, à coups de résonances subtiles et de beauté fragile.

***1/2

10 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Anatoly Grinberg & Mark Spybey: « 123 m »

La rencontre entre Anatoly Grinberg alias Tokee et Mark Spybey (ex Zoviet France / Dead Voices On Air), ne pouvait faire que des étincelles, embrasant tout sur son passage, à l’image du sublime album 123 m, plongée en apnée dans une ambient funèbre, qui peint de noir les paysages sur lesquels elle se déplace.

Le russe et l’anglais proposent un album aux ambiances cinématographiques, où les field recordings forment une matière première enrobant les machines, disparaissant derrière des mélodies sombres et suintantes, glissant sur des tapis recouverts de matière organique souvent méconnaissable.

La production chirurgicale est d’une efficacité phénoménale, véritable sound design aux sursauts imprévisibles. Les vociférations gutturales semées avec parcimonie, tendent à ajouter un coté horrifique à la musique, à rapprocher de bandes son de films gore.

123 m est un objet sonore profondément bouleversant, de par sa tribalité sophistiquée et l’obscurité qui s’en dégage, envolée vers des terres défigurées par la violence de l’âme humaine, trou noir sans fond à la désolation irrévocable. Envoûtant.

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30 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Adam Coney: « Pavilion »

Il y a quelque chose de touchant dans la musique d’Adam Coney, de par sa capacité à créer des ambiances ondoyantes et nuageuses traversées de dangers grondants.

Son deuxième album, Pavilion, développe une écriture et un langage qui lui sont proches, pris entre dark ambient orageux et accalmies circulaires. Adam Coney compose des titres aux allures de mantra pris de spasmes, toussant et crachant des mélodies s’arrachant d’une terre labourée à la force des mains, pour atteindre des cieux entrouverts par la tourmente d’une âme perdue dans le monde des hommes.

Adam Coney livre un opus surprenant, alternant vacillements et affirmation de soi, sauts dans le vide et escalade vers des cimes vertigineuses, donnant naissance à des titres chargés d’émotions à fleur de peau et d’émerveillement devant l’inattendu, croisant le chemin d’Arthur Russell et certaines oeuvres de Bill Frisell. Délicieusement audacieux.

***1/2

9 mai 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Rune Clausen: « Tones Jul »

Le Norvégien Rune Clausen crée un monde qui doit lui ressembler, habité de spectres et de fantômes, de contes et de légendes sombres. Un monde issu d’une nature inquiétante, mais accueillante pour qui sait naviguer entre ses branches et ses ramures, armatures boisées laissant pénétrer les lumières de solstices lunaires.

Tones Jul résonne comme la bande-son de citoyens déchus mis au ban de nos villes, écorchés par la vie et blessés par l’existence. Un album qui ne ressemble à rien d’autre qu’à un visage sans reflet devant un miroir sans tain.

Les drones et les voix forment un ensemble harmonieux aux pulsations envoutantes, sorts jetés à ceux qui prennent le temps de s’immerger sous des couches de terre pour devenir à nouveau, des animaux guidés par leur seul instinct.

Dark ambient aux allures de sortilège, l’album de Rune Clausen est avant tout une oeuvre majuscule, un opéra cosmique dédié à ce qui fait de nous ce que nous sommes: des êtres de chair et de sang, dotés d’émotion et de perception. Un opus naturaliste à l’attraction physique sereine. Sublime !

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3 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

David Terry & Eye Spirit: « The White Horse Of The Sun »

The White Horse Of The Sun est une échappée céleste vers des terres embrasées par une chaleur suffocante, un combat entre forces obscures et guerriers lumineux.

En quatre titres, de presque 30 minutes chacun, David Terry armé de son accordéon, croise ses notes avec le violoncelle et les vocaux de Eye Spirit, pour une communion de forces drones dévalant sur les pentes d’une musique folklorique échappée des entrailles de mondes en fusion.

Les titres ressemblent à de longues liturgies, odes aux temps qui s’effondrent et laissent un vide immense derrière eux. Les voix apportent une impression de fugacité délétère et de flottement étrange, invocation fragile à l’existence prise dans des limbes nuageuses et recouverte d’un voile mortuaire.

The White Horse Of The Sun est un album à la beauté romantique, emprunt de mélancolie fragile et de tristesse profonde. Très chaudement recommandé.

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14 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Siavash Amini & Matt Finney: « Second Shift »

Pour leur troisième album collaboratif continuent leur exploration d’un dark ambient gorgé de saturations noise. Second Shift est un opus hanté de résonances post-apocalyptiques et de beauté vouée à disparaitre, de violence crue et de douceur vaporeuse cachée dans des profondeurs indicibles.

Oppressant tout en restant évanescent, Second Shift est le messager de la tourmente en approche, quatre titres à l’intensité cannibale, prenant nos sens en otage pour les laminer de mélancolie future et de présent à venir.

Siavash Amini et Matt Finney flirtent avec une certaine idée de Dieu et de la mystique, d’un divin impalpable à l’immédiateté trépidante. Peu d’album réussissent la prouesse de manier avec une telle force, des éléments aux forces contradictoires, capables de donner vie à une entité musicale proche de l’expérience surnaturelle.

Le duo enflamme l’espace pour virer quantique, broyant ses ailes pour renaitre de ses cendres. Un album aux allures de chakra, composé par des shamans connectés avec le cosmique. Transcendantal.

***1/12

25 janvier 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire