Withering of Light: « Reliquary »

7 janvier 2021

Il fut un temps où l’expression « concept album était une sorte de plaisanterie, un terme qui indiquait un certain égocentrique, trop souvent de persuasion prog rock, avec des connotations de pompeux et de grandiose, sans parler de l’excessive et immensément indulgente. Les temps ont changé, les choses ont évolué, et il n’est plus jugé prétentieux de parler d’art, du moins dans de nombreux milieux, lorsqu’il s’agit de faire de la musique. En dehors du courant dominant, au moins, le mouvement contre l’intellectualisme et la guerre contre l’intelligence s’est ralenti.

Il va sans dire qu’il y aurait un concept derrière une exploration tentaculaire de quarante-trois minutes de l’obscurité lunatique, qui est la dernière offre (brûlée) de Todd Janeczek via son véhicule d’ambiance sombre, le flétrissement de la lumière, au nom évocateur. Comme l’explique Janeczek, « Le concept derrière cet album est devenu la façon dont chacun des mots qui constituent les titres m’a sorti du quotidien et a mis mon esprit dans un état quelque peu différent… Par exemple, le reliquaire est un récipient qui contient une relique sacrée ou sainte d’une certaine sorte. En tant qu’humains, nous fétichions les objets, les moments, les souvenirs. Même votre esprit peut devenir un reliquaire abritant le sacré, le profane ou autre. Chacun de ces mots trouvés ici avait une sorte de poids, une résonance spectrale (d’où ce titre) et les sons ici en sont l’incarnation sonore.

Le milieu ambient « dark » a toujours fonctionné dans le domaine de l’évocation, et bien que les pièces naissent des processus de pensée et des réflexions internes de l’artiste, la plupart des réactions à de telles œuvres sont dictées par la mentalité, l’état d’esprit et l’expérience de chacun. La question est donc moins « que dit cet album » que « que me dit cet album ».

Il poursuit: « Je suis resté longtemps coincé à la maison avec seulement ma famille proche – femme, enfant de neuf ans, chat domestique dément – et beaucoup de musique pour la compagnie. Je ne suis donc pas particulièrement attentif aux nuances de la signification des titres des chansons, et je suis plus à même de ressentir la physicalité des grondements et des tensions des sombres courants sous-jacents qui parcourent les six compositions qui composent Reliquary. Pour l’essentiel, elle suscite un sentiment de malaise et une morosité sépulcrale qui correspond à mon désir inné d’hiberner. L’atmosphère est sombre et lourde et elle plane, s’attardant dans l’air épais. Et pourtant… qu’est-ce que ça dit ? Votre dos s’incline, et vous voulez vous éloigner. Vous voulez la paix. Mais tout comme cela n’a pas de mots, vous n’avez pas de mots.« 

« Hive » voit l’arrivée des percussions sous la forme de cymbales qui s’écrasent lentement et se distingue ainsi de l’épais brouillard sonore du reste de l’album. À part cela, rien ne se passe, il n’y a pas de ponctuation ni d’autre décalage qui ajoute à l’attrait ou attire l’auditeur.

Reliquary n’offre guère plus qu’une obscurité humide et dégoulinante, une condensation de morosité qui s’accroche à toutes les surfaces de l’esprit. Il n’offre que peu d’attrait, si ce n’est la possibilité de s’asseoir dans l’obscurité et de fixer le mur. Et parfois, c’est la bande-son dont nous avons besoin et ce mur peut parfois nous convenir.

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Kat de Ville: « Four Plus »

29 octobre 2020

L’automne, surtout la fin de l’automne, qui se transforme en premier crépuscule glacial, exige une bande sonore pour toutes les douleurs et les peines, l’anxiété et le désespoir, tout ce qu’on appelle maintenant tristement et de façon neutre la mélancolie. En tout cas, l’album Four Plus, une autre incarnation créative deK at de Ville, sort juste à temps.

La descente vers les tunnels du dark ambient commence avec « Ice Cold ». Le percement des clés ici se dissout dans l’atmosphère, l’humeur et les pensées désordonnées. Détachement, froideur et rien d’autre, de rares débordements et carillons dans l’esprit d’horreur des bandes sons de films. Le thème mystique se développe évidemment sur « Between the Shadow and the Soul » et avec « Underworld », qui est plus vivant dans sa « non vie ». Des morceaux extrêmement contemplatifs, imprégnés d’un certain pressentiment de quelque chose d’imminent, de fatal et donc capable de faire prendre conscience de son impuissance, de son insignifiance et de sa solitude.

« Mankind Solution » fera la transition vers des domaines plus compréhensibles, plus proche de la lumière qui résonne, « Aurora » , en sa grande échelle frappe l’auditeur avec des tonnes de tristesse. Et puis viendra le contraste – le laconique « Sleepless », qui forme un ornement sonore cyclique et sans fin, suivi d’un « Rethinking », qui sera l’aboutissement logique de tout.

Avec l’attention nécessaire, Four Plus pourra être relié à d’autres œuvres de Kat dans différents projets. Mais ce qui est captivant, c’est que dans ce cas, l’écriture ne recoupe pas l’intention artistique générale et le contexte émotionnel de l’album. Nous avons donc obtenu une œuvre complète et holistique qui correspond pleinement au concept déclaré.

***1/2