Palace Winter: « …Keep Dreaming Buddy »

14 novembre 2020

Le son élégant et jeune de Palace Winter est exactement le genre de chose qui calme les nerfs alors que la nuit approche et que la chaleur de l’air se libère pour un temps qui nécessite de se couvrir. Heureusement, le groupe a le bon nom pour correspondre à la musique de son dernier album Keep Dreaming, Buddy, sorti chez Tambourhinoceros en vinyle, CD et téléchargement.

Leur musique capture des morceaux électro trippés, apparemment assemblés de manière habile avec une production propre comme un sifflet, tout en capturant des basses profondes, des refrains colorés et de larges constructions de chansons qui plairont sans aucun doute à l’élite du rock dans la foule. « Monument Phase » se fraye un chemin jusqu’à la première place grâce aux comparaisons de Spacemen 3, alors que des claviers à décalage progressif illuminent le développement de la chanson, « Won’t Be Long » répète l’exploit posé devant lui avec un refrain hypnotique et doux tout en fredonnant des motifs de guitare floue qui ajoutent une couche supplémentaire de sophistication à la piste.

Rembobiner l’horloge avec un morceau intitulé « 1996 » pourrait faire réfléchir à des jours plus vertueux, des jours d’innocence et d’exploration. Il semblerait donc que cette année, le groupe l’ait fait avec un morceau apparemment influencé par les vibrations de l’heure d’été qui impliquent un saxophone soul. « Keep Dreaming Buddy » est un morceau électro-instrumental acoustique aux claviers lisses qui mène joliment au morceau qui tue sur l’album The Deeper End. Sonnant comme un croisement entre Primal Scream, les Spacemen 3 mentionnés ci-dessus et le chant de Jason Lyttle, le morceau se construit doucement en un crescendo de coeur, alors que des cloches d’église peuvent être entendues au milieu du masterblast qui brûle lentement.

L’un des derniers morceaux de l’album, « Rose », semble avoir été influencé par un autre groupe légendaire qui a utilisé des synthèses de moog à son avantage,  « World Of Twist » et leur délicat et mystérieux morceau « The Lights ». Il semblerait que Palace Winter soit en bonne compagnie avec leur première sortie depuis plus de deux ans. Les efforts qu’ils ont déployés pendant de longues années ont été salués par tous, ce qui devrait leur permettre de se faire une place de plus sur la carte rythmique des merveilles mélodiques de haute performance.

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Deau Eyes: « Let It Leave »

13 mai 2020

Deau Eyes, alias Ali Thibodeau, auteure-compositrice interprète basée en Virginie, pourrait suivre le même chemin que Lucy Dacus – originaire de Richmond, en Virginie elle aussi. Comme avec Lilly Hyatt, les yeux de sa musique sont ancrés dans l’Americana, mais avec un mélange parfait d’indie qui lui donne un petit grain de selptopre à gratter là où om fait.

Coproduit par Jacob Blizard (Lucy Dacus) et Collin Pastore (illuminati hotties), cet album est plein à craquer de refrains propres à chatouiller les oreilles. En ouverture, « Some Do » est comme unrendez-vous impromptu des temps modernes si le protagoniste dit « fuck this », la seule réponse est de suivre ses rêves. « Miner and Raven » est titre à retenir sur l’album, porté par un obsédant riff cryptique à la guitare.

On appréciera le séquencement de l’album, ou un rocker est suivi par un «  Parallel Time » acoustique, un morceau où le chant de Thibodeau ne eput vous empêcher de la remarquer. « The Bow » est le morceau de clôture parfaitrant, à certains moments, on a l’impression que le titre est sur le point de s’effondrer avant que Thibodeau ne le reprenne dans un grand final. Avec un tel talent, aucune pandémie n’arrêtera son ascension.

***1/2


Mapache: « From Liberty Street »

24 mars 2020

From Liberty Street, le dernier album du duo de country californien Mapache permet d’écouter 14 chansons bien conçues et interprétées avec goût dans un genre où, indépendamment des grands espaces dans lequel il propspère et qu’il professe, sait aussi révéler une part d’intimité.

Ce nouvel opus n’est pas tant une progression ou une évolution du style que Mapache a dévoilé lors de ses débuts en 2017, mais une continuation de celui-ci. Le morceau d’ouverture « Life on Fire » est un morceau de country-folk, sa mélodie et les harmonies de Sam Blasucci et de Clay Finch capturent le sentiment et le son de The Grateful Dead autour de American Beauty.

Mapache s’installe dans un groove confortable sur l’ensemble de l’album qui rassemble des morceaux du son de Bakersfield des années 50, des chansons country, du folk mexicain et des chansons de feu de camp, une musique qui semble juste destinée à être jouée et écoutée par des gens itinérants qui se promènent autour d’un feu la nuit. Cette ambiance est parfaitement illustrée par la reprise du boléro mexicain « Me Voy Pa’l Pueblo ». Son arrangement simple et sans fioritures est magnifique, les voix sont excellentes et l’ensemble de la performance fait référence à ses origines culturelles.

Un sentiment de chaleur omniprésent se dégage de From Liberty Street. Que ce soit sur une chanson comme la « Cactus Flower », ou sur la ballade country classique « I Just Steal Away and Pray » »qui clôt le LP, Mapache présente ses chansons avec sérieux et compassion.

Et en ces temps où la distance sociale est une nécessité et où notre vie acquiert unenouvelle normalité, nous pourrions tous avoir besoin d’un peu plus de chaleur, de sérieux et de compassion.

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Puss N Boots: « Sister »

14 février 2020

Le trio Puss N Boots semble avoir les bottes refaites à neuf pour marcher : on croyait son No Fools, No Fun de 2004 être une simple récréation dans le parcours pas linéaire de Norah Jones, mais non, tout est possible pour Norah lespiègle. On a d’elle des albums dissemblables et insaisissables exprès, on a eu plusieurs disques en tant que Little Willies, et puis un hommage aux Everly Brothers avec Billie Joe Armstrong, ainsi que le projet ROME avec Danger Mouse et Daniel Luppi, et la revoilà en compagnie des copines Sasha Dobson et Catherine Popper à s’échanger le micro et les instruments (toutes trois jouent guitare, basse et batterie, Norah pianote en sus).

C’est très minimal, plein d’espace et panoramique : qu’il s’agisse de leurs créations ou de reprises de Tom Petty, de Dolly Parton et cie, on ne trouvera pas d’Americana plus twangy, délinquant, libre et irrésistible. Parfait pour partir en auto nulle part sans savoir quand (et si) on va revenir.

***1/2


Ian & Sylvia: « The Lost Tapes »

27 septembre 2019

L’extraordinaire série documentaire Country Music de Ken Burns aura fait la part belle aux pairages de la scène et de la vie : amours, trahisons, pardons, ruptures, tout se vit dans les refrains partagés par les Tammy Wynette-George Jones et autres tourtereaux chantants. C’était pareil de notre bord de la frontière : un double album de performances inédites d’Ian et Sylvia Tyson, couple royal du folksong canadien, les inscrit au même hôtel des cœurs brisés.

Au-delà de leur immortelle Four Strong Winds et leurs morceaux traditionnels, le répertoire du tandem était très, très country, constate-t-on : de Jimmie Rodgers (« Jimmie’s Texas Blues) à Buck Owens (« Together Again »), de Ray Price (« Heartaches by the Number ») à Lefty Frizzell (« That’s the Way Love Goes »), leurs trémolos se prêtaient idéalement à ces flots de joies et de peines. Notez : la légendaire Lucille Starr (oui, celle du fameux album The French Song) se joint au couple pour deux chansons ; une très agréable cerise sur le gâteau.

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Rhiannon Giddens: « There Is No Other »

11 mai 2019

Il n’y en a pas d’autre… qu’elle. Rhiannon Giddens est non seulement la plus grande interprète de notre monde, elle gagne en pertinence et en audace à chaque extraordinaire projet. Après avoir brandi avec d’autres auteures-compositrices de nouvelles chansons folk pour dénoncer les iniquités d’hier et d’aujourd’hui,  la voilà forte d’une autre alliance qui permet à la chanteuse d’opéra (qu’elle est encore) de pousser son gospel-blues avec une puissance inouïe.

À son cher banjo s’ajoute la multitude des instruments que joue l’improvisateur jazz Francesco Turrisi, et si le résultat nous souffle, rien n’est déraciné. Bien au contraire : tous poumons dehors, Rhiannon fait voyager dans le monde entier son héritage. Ses relectures des traditionnelles « Wayfaring Stranger » et « Ten Thousand Voices » qui devient une sorte d’opéra africain) sont plus qu’épatantes : elles donnent du courage pour changer le cours des choses.

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Loretta Lynn: « Full Circle »

12 juin 2016
Full Circle est le premier album de Loretta Lynn depuis une bonne dizaine d’années et, comme l’indique son titre, il présente la chanteuse faisant le un point sur sa vie et sa carrière avec des versions de certains classiques,« Fist City » ou «  Everybody Wants To Go To Heaven », quelques reprises et des duos avec Willie Nelson et Elvis Costello.

La voix de Lynn demeure étonnamment sonore si on considère son âge (plus de 80 ans) et elle est encore capable d’atteindre des notes haut-perchées et ces tonalités vertueuses à même d’évoquer les douleurs les plus intimes. À cet titre, il s’agit ici d’un exercice dans lequel elle tire sa révérence et d’une manière on ne peut plus gracieuse de dire au revoir à ses fans et à la musique country.

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Ashley Monroe: « The Blade »

26 juillet 2015

Il existe toute une pléthore de musiciennes qui on renouvelé la country mainstream en portant leur focus sur ses racines et en s’efforçant de la nourrir de textes plus ptofonds qu’à l’origine.

Après Like A Rose, ce deuxième album de Ashley Monroe prouve qu’elle est capable de générer des melodies variées et néanmoins une musique qui soit honnête. Elle est aidée pour cela par une voix bien cadencée mais c’est avant tout son écriture farouche et indépendante qui la rend si différente avec sa peinture de personnages vivaces et forts un répertoire qui va du bluegrass à des tonalités plus contemporaines.

La chanson titre s’empare de la tradition sonique au moyen d’un violon, elle s’en échappe sur « Sixie » ou le honlie-tonk nostalgique de « If The Devil Don’t Want Me » et le merveilleusement léger « Wildflowers ».

On pourrait apparenter Monroe à Dolly Parton ; elle reprend sa vivacité et son excentricité et aux côtés de Angaleena Presley elle revivifie une country qui sort enfin de son moule conventionnel.


Kacey Musgraves: « Pageant Material »

1 juillet 2015

Il est emblématique que les premières lignes du cinquième album de Kacey Musgraves soient les suivantes : « It’s high time to slow my roll / let the grass just grow / and lean way back. »

Ici est une introduction vers un retour à la country classique avec des cordes, une petite vibe Tex-Mex et une tonalité estivale et détendue. C’est aussi une manière d’indiquer une attitude et, même si Pageant Material n’atteint pas les sommets de Same Trailer Different Park en 2013, il le fait en toute connaissance de cause ; évitant la pompe du disque précédent et lui préférant un son plus mature qu’excitant.

Le résultat fonctionne partiellement. « Dime Store Cowgirl » est une douce ode à ses racines, « Good Ol’ Boys Club » s’en prend au machisme de l’industrie du disque et « Die Fun » est une adresse assez rebattue à son audience de vivre vite et d’aimer fort.

On ne pourra prendre Musgraves en défaut d’habileté en termes de textes et elle sonne même beaucoup plus futée qu’auparavant ; reste qu’elle donne la sensation de moins savoir où elle va et de ne tirer que des maigres fruits de son expérience

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Dale Watson: « Call Me Insane »

10 juin 2015

Dale Watson est un artiste qui a le cran de jouer encore la musique qui lui parle ; dans son cas un son country estampillé années 70 avec le look qui va avec, à savoir chemises de cow boy, vestes en cuir et surtout coupe de cheveux permanentée à la limite de la caricature.

Le pire, ou le mieux, de tout ça est qu’il n’y a chez lui aucune ironie ou second degré et que le son qui est issu de son répertoire est, tout bonnement, énorme au point de faire oublier son image, à moins qu’il ne la rende encore plus jouissive.

Call Me Insane est un titre qui résume bien la philosophie du bonhomme et c’est aussi sa plus grande compilation. On y trouve, bien sûr, des roads sogs pour routiers (« day At A Time ») mais aussi des shuffles country, du honky-tonk, du rockabilly et du western swing. Son registre a été qualifié d’« Ameripolitan » et c’est un adjectif qui lui colle judicieusement à la peau depuis plusieurs décennies.

On pourrait ajouter, par rapport à sa faconde insubmersible, du « outlaw country » peut-être la meilleure appréhension d’un type pour qui deux mesures suffisent pour nous entrainer dans le bar le plus proche ou, mimétisme aidant, aller chez un coiffeur réclamer la même coupe de douilles.

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