Alison Krauss: « Windy City »

Windy Ctiy est le premier album solo de Alison Krauss depuis dix-sept ans et il s’abstient de toutes références et interprétations tapageuses aquxquelles nous étions habitués dans ses disques précédents pour mettre en valeur des standards country vénérables choisis avec Buddy Cannon, le producteur préféré de Willie Nelson.

Hormis l’insouciant «  It’s Goodbye And So Long To You », le répertoire privilégie des climats mélancoliques dans lesquels la voix de Krauss déniche infailliblement le désespoir que peuvent évoquer des titres comme « Losing You », « All Alone Am I » (Brenda Lee)  ou le déchirant « You Don’t Know Me » de Ray Charles.

On notera également ses harmonies en overdub sur « I Never Cared For You » de Willie Nelson qui exemplifient à merveille un morceau où jamais les thèmes de l’abnégation et du déni n’ont été aussi merveilleusement saisis.

***1/2

Larry Campbell & Teresa Williams: « Larry Campbell & Teresa Williams »

Emmylou Harris ne croyait pas si bien dire en qualifiant la musique de Larry Campbell et Teresa Williams de « transcendantale ». Ce premier album des deux artistes va bien au-delà de leurs styles initiaux et montre à quel point ils sont capables de les transcender.

Un titre comme « Surrender to Love » n’est pas avare en éléments country mais on ne peut le définir ainsi car cet aspect est totalement occulté par les composants soul du morceau, en particulier les harmonies vocales.

On retrouvera une alliance similaire entre soul et blues sur « Bad Luck Charm » et « Another One More time », lui sonne comme si il avait été dérobé au répertoire de Emmylou Harris tant le timbre Williams parvient à évoquer le même type d’émotions que la première.

Williams et Campbell mêlent harmonieusement différents genres, par exemple une merveilleuse mandoline en arpèges avec « Everybody Loves You », sans s’enferrer dans un seul et si un seul mot devait permettre de résumer cet album, ce serait indubitablement saisissant.

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The Deslondes: « The Deslondes »

Cet album éponyme de The Deslondes est un disque aux tonalités presque « old school » dans lequel le combo mélange soul et country dans un style « crossover » familier évoquant le type de morceaux qu’on reprend dans les bars US.

C’est un opus assez downtempo pourtant, propice aux heures tardives, aux lignes de contrebasses et aux riffs de claviers acoustiques qui roulent doucement comme seule une « vibe » R&B d’antan pouvait nous en offrir.

Le climat y est assez fédérateur, un peu comme lors de gospels, ce qui est plutôt positif quand le groupe infuse ses composions mélancoliques d’un esprit indiquant qu’il ne renonce à rien un peu dans la veine des Felice Brothers.

On pourrait y voir une influence de Hooray For The Riff Raff puisque les deux combo viennent de New Orleans et jouent parfois ensemble mais The Deslondes sonnent plus traditionnels, ce qui explique pourquoi le disque est si laidback et relaxant.

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Natalie Prass: « Natalie Prass »

Natalie Prass est avant tout connue comme membre du groupe accompagnant Jenny Lewis mais c’est aussi un auteur/compositeur qui sort, enfin, son premier album, éponyme, marquant son arrivée talentueuse dans une soul injectant un parfum particulier dans la country mélancolique de l’artiste.

Stylistiquement en effet, Natalie Prass est une création intéressante mais aussi familière. La patine qui le définit a cet éclat soul qui apporte un support soyeux à une voix délicate et à des compositions aux arrangements parfois exagérés.Ceux-ci sont l àpour donner un peu plus d’ampleur à ces « torch songs » que sont ses récits d’amours brisés ou de romances non abouties y compris dans un trompeusement enlevé « Bird of Prey ».

La voix de Prass n’est pas de celle qu’on associerait immédiatement à ce type de répertoire car elle est plutôt cadencée et profonde mais son lyrisme est contrebalancé par un refus d’occuper trop de place et il permet d’offrir un contrepoint harmonieux aux éclats de cuivres brillants et colorés et aux shuffles lancinants du piano.

Sur la chanson phare, « Why Don’t You Believe In Me », Prass se montre à l’aise dans le soupir tout comme dans l’exaltation. Le résultat est cathartique plutôt qu’imprégné de nostalgie ce qui la rend plus proche de Rita Coolidge que de Dusty Springfield.

Le « closer », « Is It You », marque un tournant abrupt dans le territoire du théâtre musical ; ici les cordes sont explosives et enthousiastes et les flutes ont des trilles plaines de pétulance ; comme personnification de Judy Garland on est pas loin de la perfection mais le climax de l’album sera atteint par un « Violently » dont le titre capture à merveille la ferveur des cordes. C’est cet élément de regret asséné avec force qui donnera toute sa saveur à ce qu’une romance douloureuse peut véhiculer de douceur.

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The Delines: « Colfax »

 

Voilà trois ans, le progression du « songwriting » de Willy Vlautin a atteint sa conclusion logique avec son ambitieux roman musical », The High Country. Il s’agissait d’une concept album dans lequel l’artiste essayait de combiner une carrière littéraire rencontrant un succès grandissant à son premier amour, la musique.

Le disque fut plutôt bien accueilli mais il marqua pour Vautlin une certaine lassitude des concepts albums et le projet de faire quelque chose de plus éclaté et psychédélique, voire un « desert album ».

Coldfax n’est rien de cela mais il ne s’en éloigne pas trop à divers degrés. Après des années à cultiver des idées complexes, Vlautin est revenu à une approche plus dépouillée et élémentaire, comme pour capter la source de ce qui est la beauté de la musique.

Pour cela, il a formé un nouveau groupe avec sa collaboratrice sur The High Country (Amy Boone de The Damnation) augmentée, entre autres, de Tucker kackson à la pedal stell et de Jerry Conlee des Decemberists aux claviers.

On retrouve bien sûr certaines choses familières héritées de Richmond Fontaine son autre combo mais, avec la voix de Boone et un esprit plus soul, le son s’est orienté plus vers l’est, dans la direction de Memphis ou de Nashville donnant cette impression d’un disque sortie de l’écurie Stax agrémentée d’une pedal steel.

La vois de Boone est toujours aussi emplie de douleur et elle est mixée de manière prééminente par Vautlin. N’étant plus obérés par une nécessité narrative, les morceaux se distinguent pour ce qu’ils sont et, en conséquence, sonnent de façon plus déterminante. Le « single » « The Oil Rigs At Night » se détachera du lot tout comme le mélancolique « State Line » ou la dérive de « Flight 31 ». On retrouve ici l’esprit « bar room band »qui n’a jamsi quitté The Delines, simplement, ici, il se situe aux heures les plus tardives.

The Delines ne signifient pas la fin de Richmond Fontaine qui travaillent sur un nouvel album, psychédélique lui, ils marquent simplement le fait que The Delines ne sont pas qu’un projet secondaire.

***1/2