Zach Phillips: « The Wine of Youth »

31 août 2020

Véritable forme d’art musical diversifiée et éclectique, le country-rock peut parfois être tout aussi orchestral et majestueux que le rock progressif. C’est le cas de The Wine Of Youth, le CD de 2020 du chanteur-compositeur californien Zach Phillips. Les 13 titres de ce CD sont centrés sur les chansons accrocheuses et rapides de Zach, qui sont agrémentées par sa voix douce et sincère ainsi que par ses nombreuses guitares électriques et acoustiques. Philips s’occupe de la voix et des guitares, The Wine Of Youth met également en avant les performances bien enregistrées de Gregg Montante (basse, batterie, guitares) et de Bobby Cressey (claviers) avec Gloria Taylor aux chœurs.

Un country-rock à l’atmosphère parfaite, mais au goût américain prononcé, introduit dans le 21e siècle, The Wine Of Youth est cela et bien plus encore. Dans l’esprit des légendes du country-rock comme Bruce Hornsby, The Eagles et New Riders Of The Purple Sage, la musique de Zach Phillips est un mélange bien rodé de rock folk et de country-rock électrique, avec des guitares électriques amples et souvent flamboyantes. Joué à plein volume pour un effet maximum, The Wine Of Youth est un presque chef-d’œuvre intemporel mais contemporain du futur Zach Phillip.

***1/2

 


Margo Price : « That’s How Rumors Get Started »

12 juillet 2020

Le parcours de Margo Price jusqu’à la sortie de son très attendu troisième album, That’s How Rumors Get Started, a été semé d’embûches. Elle a enregistré l’album au milieu de sa grossesse avec sa fille Ramona. Sa maison de Nashville, a à peine échappé aux tornades meurtrières, bien qu’elle et son mari, le chanteur-compositeur Jeremy Ivey, aient eu de nombreux amis qui ont été touchés. Ils viennent de quitter un bar d’East Nashville lorsque la tornade a littéralement frappé l’endroit où ils étaient assis vingt trente minutes plus tôt. En outre, ils ne savent pas si Ivey a jamais contracté le Covid-19, mais il a été profondément malade pendant un mois. Si l’on ajoute à tous ces facteurs la perte de John Prine, l’apparition du virus et le confinement, on obtient une montée en puissance particulièrement étrange pour la sortie d’un album, retardée au début, mais qui est maintenant là.

L’album a été produit par Sturgill Simpson, un ami de Price, et coproduit par Price et David Ferguson. Les dix originaux ont été enregistrés en tant que pistes de base à East/West à L.A. pendant la semaine où Price a reçu sa nomination au Grammy du meilleur nouvel artiste. Le groupe est composé d’un groupe de haut niveau comprenant le guitariste Matt Sweeny (Adele, Iggy Pop), le bassiste Pino Palladino (D’Angelo, John Mayer), le batteur James Gadson (Aretha Franklin, Marvin Gaye) et Benmont Tench (Tom Petty & The Heartbreakers). Des chœurs ont été ajoutés par Simpson sur « Letting Me Down » et du Nashville Friends Gospel Choir sur « What Happened to Our Love » et « Hey Child » »

Elle était loin de se douter que les paroles de « Letting Me Down », également sorties en vidéo, allaient se révéler si prémonitoires à notre époque : « Everybody’s lonely, oh babe, just look around. » La chanson a été écrite par Price et Ivey pour deux amis de lycée, à propos de deux adolescents fugueurs qui tentent d’échapper à une vie de travail.

Price propose cette perspective : « Ramenez-moi au jour où j’ai commencé à essayer de peindre mon chef-d’œuvre pour pouvoir m’avertir de ce qui m’attendait. Le temps s’est réarrangé, il a ralenti, il a manipulé les choses comme il le fait toujours… les paroles de certaines de ces chansons ont changé de sens, elles ont maintenant un poids plus lourd. J’ai vu les rues s’embraser, le ciel s’enflammer. J’ai été maniaque, le cœur brisé pour le monde, le cœur brisé pour le pays, le cœur brisé d’être brisé encore et encore. Cet album est une carte postale d’un paysage d’un moment dans le temps. Ce n’est pas politique, mais il offrira peut-être une évasion ou un soulagement à quelqu’un qui en a besoin ».

Le titre d’ouverture laisse entendre que l’album parle de relations et qu’elle vante une ex-amie qui brûle les étapes. « Twinkle » est un bruyant coup de pied de l’âne alors que Price chante les illusions de la célébrité. Il est basé sur une courte conversation avec Marty Stuart, mais commence par un instantané de Price grandissant dans une petite ville de l’Illinois, avant d’entamer une sorte de voyage autobiographique où, dans les coulisses d’un festival, Price explique qu’elle voulait être une star ; une Twinkle twinkle. « Stone Me » est un autre des « singles » sortis, une réponse provocante à la perception du public et à la gestion des attentes. C’est le côté insolent de Price, un ingrédient clé de son immense popularité.

«  Hey Child » déborde du piano et de l’orgue de Tench et sa voix s’élève à de grandes proportions lorsque le chœur se joint à lui. Il a apparemment été écrit à une époque où beaucoup de ses amis de East Nashville traversaient des périodes déprimantes, ne prenant pas soin d’eux.  Elle essaie de leur offrir des encouragements audacieux. « Heartless Mind » est la quintessence de la chanson pop avec ses nombreuses textures, ses couches et ses synthés qui s’envolent dans des directions folles et quelques pistes de guitare jouées à l’envers. D’une certaine manière, les immenses tuyaux de Price s’envolent au-dessus du tourbillon sonore. Vous ne devinerez jamais que Price est devenu un soi-disant chanteur de country en l’écoutant. Nous avons déjà entendu des productions inventives similaires de Simpson, mais jamais avec une voix aussi forte que celle de Price. Et, fait remarquable, sa voix gémit encore plus fort sur « What Happened to Our Love ? »

« Gone to Stay » est une autre des chansons de Tench pilotées par le clavier, une chanson qui passe à la radio et qui se glisse tout simplement. Elle a été écrite pour son fils de neuf ans, une reconnaissance du temps perdu, des erreurs commises – une perspective mature avec la phrase : « la rivière ne coule que dans un seul sens, et quand elle est partie, elle est partie pour rester » (the river it runs only one way , and when it’s gone , it’s gone to stay). «Prisoner of the Highway » est une autre réflexion personnelle écrite dans un avion peu après avoir appris qu’elle était enceinte et qu’elle envisageait de trouver un équilibre entre sa vie de famille et sa carrière en déplacement.

Plus proche, « I’d Die for You », écrit avec Ivey, comme beaucoup d’autres, est le morceau le plus puissant d’un album de plusieurs. Son chant mural résonne encore dans cette tête une demi-heure plus tard. Pourtant, le sujet, une fois de plus, est assez sérieux. Non seulement elle exprime son désintéressement pour son mari, mais à d’autres niveaux, elle parle de l’embourgeoisement de Nashville et de la crise nationale des soins de santé. Vous voudrez peut-être dire que c’est aussi à propos du virus, mais il a été enregistré bien avant que nous soyons dans cet état.

C’est un disque à fort indice d’octane, rempli d’accroches et de riffs, de solides qualités musicales et peut-être juste un peu trop de production. À travers tout cela, Price a des réflexions intéressantes sur la maternité et la façon de faire face à sa célébrité croissante. L’élément décisif, comme vous pouvez le deviner, est la puissance implacable de sa voix qui continue à étonner.

***1/2


Arbouretum: « Let It All In »

22 mars 2020

Arbouretum, le combo de Dave Heumann, n’a pas beaucoup changé depuis qu’il a été mis hors service au début dea années 80. Fortement ancrée dans le country rock de Neil Young, bien que hantée par le psychisme et le blues, sa musique semble avoir toujours été là, comme si elle avait été dans une grotte de montagne quelque part, attendant que Heumann y enroule ses lignes de guitare souples, attendant que sa voix sincère et chercheuse fasse entendre ses schémas mystiques.

Ce 12ème long-métrage album ne surprendra pas les auditeurs de longue ou de courte date. Il peut néanmoins être éclairant, car il puise dans un courant de conscience profond, une forme de folk rock qui semble familière même si vous l’entendez pour la première fois.

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Son Volt: « Union »

5 avril 2019

Les fractures sociales et économiques qui lézardent la société américaine nourrissent Union, le nouvel album de Son Volt, infatigables emblèmes de la scène alt-country.

Jay Farrar tient fermement les rênes du groupe depuis 1994, l’année de l’implosion des mythiques Uncle Tupelo. Co-fondé à la fin des années 80 avec Jeff Tweedy, un camarade de lycée qui comme lui refusait de choisir son camp entre tradition country et frénésie punk-rock, Uncle Tupelo a été à la country alternative ce que les Beatles ou les Kinks ont été à la pop anglaise. En quatre albums, le groupe de Belleville, dans l’Illinois, a en effet posé les fondations d’un courant dans lequel se sont ensuite illustrés des gens aussi importants que The Jayhawks, Ryan Adams ou Richmond Fontaine. Tweedy, devenu le leader de Wilco, s’est progressivement affranchi de l’orthodoxie country-rock pour finir par la faire voler en éclats, Jay Farrar continuant de son côté à incarner une ligne moins réformatrice.

Tout au long d’une discographie démarrée sur les chapeaux de roues avec le classique Trace (1995), Son Volt n’a cessé de puiser son inspiration dans la grande histoire de la musique et de la littérature américaines. Farrar, qui mit en musique des textes de Jack Kerouac en compagnie de Ben Gibbard (One Fast Move or I’m Gone, 2009) et qui consacra par ailleurs un album entier à Woody Guthrie (New Multitudes, 2012) s’est rendu dans le musée consacré à ce dernier dans l’Oklahoma, afin d’enregistrer quatre des treize titres de ce nouvel album. Trois autres morceaux ont par ailleurs été gravés au Mother Jones Museum de Mount Olive, un lieu dédié à la mémoire de la célèbre activiste syndicale Mary Harris Jones.

De là est venue cette envie de reprendre le fameux « Rebel Girl, » grande chanson militante composée par Joe Hill, le père spirituel de tous les « protest singers » Mais Jay Farrar, qui a grandi au son des Rolling Stones, des Who et des Replacements, en connaît néanmoins un rayon sur les vertus libératrices du rock ‘n’ roll. Ce neuvième album studio, majoritairement constitué de chansons au ton grave et aux accents engagés (« Lady Liberty », « The 99 », « Reality Winner », « The Symbol »), s’offre donc aussi quelques moments de respiration aux ambiances moins plombées (« Devil May Care », « The Reason » et ses arpèges de douze-cordes entre Byrds et Heartbreakers).

Deux ans après le bien nommé Notes of Blue, qui voyait le groupe s’essayer aux accordages « delta blues » caractéristiques des œuvres de Mississippi Fred McDowell et Skip James , Son Volt rempile avec un disque parfaitement cohérent, aussi solide et sincère que les meilleurs chapitres de son répertoire. Jay Farrar et ses hommes nous rappellent au passage qu’en des temps aussi incertains que ceux que traverse actuellement l’Amérique, l’Union fait plus que jamais la force.

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Francis Rossi & Hannah Rickard: « We Talk Too Much »

22 mars 2019

En 2014, Status Quo livrait un 31eme effort baptisé Acoustic (Stripped Bare) (suivi d’un II 2 ans plus tard). Lors de ce premier opus de reprises acoustiques des plus grands hits de son groupe, le cofondateur, guitariste et vocaliste Francis Rossi travailla avec enthousiasme avec Hannah Rickard (qui officiait aux choeurs et au violon). Fort de cette rencontre artistique, Rossi décida de pousser plus avant la collaboration avec la chanteuse de The Relatives. We Talk Too Much est donc le fruit de ce rapprochement musical.
Les 12 chansons ont donc été écrits par nos deux protagonistes avec le concours de Robert Young (ami de longue date et « 
5eme membre » du Quo en tant que compositeur, harmoniciste et manager) sur 4 pistes.

Les voix de Rickard et de Rossi se mélangent et se complètent à merveille. Tous ces duos (car il s’agit bien de morceaux chantés à deux ou presque) se veulent d’inspiration country et l‘humeur y est des plus festive (l’« opener » bien accrocheur « I’ll Take You Home »). Les pistes plutôt énergiques s’enchaînent (« I’ve Tried Letting It Go », « Oughta Know By Now »). A l’évidence les deux artistes ont pris un énorme plaisir à nous concocter des mélodies qui rentrent directes dans nos têtes (l’endiablé « But I Just Said Goodbye », l’entraînant » « ‘m Only Happy », l’excellent et groovy « I Talk Too Much » dont le titre sert également de nom à l’autobiographie de Rossi à paraître ces jours-ci).
L’alchimie entre deux complices est palpable
et, malgré des moment plus posés « Waiting For Jesus », « Good Times Bad Times ») ces 40 minutes filent tranquillement. On se laissera embarquer par ce souffle country rock, ces rythmes enjoués et la joie communicative du binôme (« Rearrange » et son léger coté Beatles, « Heartbreaker » et ses accents folk).
Visiblement, Francis Rossi & Hannah Rickard ont mis tout leurs coeurs dans ce country boogie sans prétention.
We Talk Too Much est un disque léger, frais et plaisant qui n’agressera pas vos tympans et les couvriront  plutôt de miel.

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Cass McCombs: « Tip of the Sphere »

9 février 2019

Cass McCombs est l’un des songwriters américains parmi les plus mésestimés qui soient. Préférant les chemins de traverse aux écueils de la popularité, McCombs s’évertue depuis plus de 15 ans à écrire des chansons mélangeant habilement le psychédélisme, le soft-rock et plus récemment la country.

C’est en 2011, avec l’album Wit’s End, que le compositeur a pointé le bout de son nez hors des cercles d’initiés. En 2013, il a fait paraître l’ambitieux Big Wheels and Others ; un disque d’une durée de 95 minutes qui demandait un effort d’écoute de tous les instants et qui ne permettait pas d’apprécier le travail du musicien à sa juste valeur. Trois ans plus tard, McCombs récidivait avec le très sensuel Mangy Love qui s’éloignait du rock ténébreux auquel il nous avait habitués.

L’artiste est de retour avec un 9e album : Tip of the Sphere. Réalisé par Sam Owens, alias Sam Evian (meneur de la formation Celestial Shore), cette production a été enregistrée au réputé studio new-yorkais Figure 8. Et ses fidèles accompagnateurs font bien sûr partie de l’aventure : Dan Horne (basse), Otto Hauser (batterie) et Frank LoCrasto (piano, orgue, synthés, etc.).

Cette fois-ci, McCombs plonge dans une sorte soft-rock feutré et indolent, aux influences americana, qui remémorent parfois les Grateful Dead. Tip of the Sphere est un disque plus cohérent que Mangy Love, même si en fin de parcours le bonhomme nous surprend avec « American Canyon Sutra », un spoken-word étrange dans lequel il y enchasse des petites perles littéraires.

Avec Mangy Love, le créateur nous a prouvé qu’il faisait partie du groupe réduitt de compositeurs de talent ; sur Tip of the Sphere, il confirme hors de tout doute que son relatif anonymat pourrait tirer à sa fin. L’Américain nous propose un album intemporel qui vise la durée plutôt que l’esbroufe et l’effet de toge. McCombs crée et joue selon ses propres règles, présentant des chansons calmes et sereines en apparence, mais renferment quelques critiques sociales bien tournées, comme sur le premier « single » tiré de l’album, « Sleeping Volcanoes ».

Même si Tip of the Sphere ne contient aucune surprise majeure, la facilité déconcertante avec laquelle ces petits bijoux de chansons sont interprétés font de ce disque une totale réussite, décapante et intemprelle comme Neil Young et son Crazy Horse pouvaient s’en rendre coupables.

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Jimmy Rankin: « Moving East »

19 janvier 2019

Célébrée, essentielle est la famille Rankin dans le paysage folk). Être un Rankin tient du privilège et du devoir de mémoire. Pas facile quand la famille nous y rappelle tout le temps. C’est le lot de Jimmy Rankin, qui a trimé dur pour s’établir à Nashville, sans pour autant rompre les liens du sang et de la tradition. Cela s’entend sur ce disque, le septième du fils Jimmy depuis 2001.

Entre la 12-cordes électrique façon Byrds de « Thin Ice » et le violon dansant du « Cape Breton Fiddle », il y a des années de chemin parcouru dans les deux sens, une longue valse-hésitation. Ce qui s’entend plus fort, c’est que le cinquantenaire a fini par trouver sa bonne place : son country-folk urbain, dans l’air salin, sert mieux que jamais les histoires des h


Ben Harper & Charlie Musselwhite : « No Mercy In This Land »

8 janvier 2019

Inutile de rappeler qui est Ben Harper et encore moins qui est Charlie Musselwhite. Juste rappeler que les deux bonhommes se sont retrouvés en 2013 avec un premier album intitulé Get Up! où le chanteur et guitariste et le joueur d’harmonica nous ont épaté avec leur blues vintage et voyageur. Cinq ans plus tard, ils remettent le couvert avec No Mercy In This Land.

Voici donc dix nouveaux morceaux où Ben Harper & Charlie Musselwhite continuent leurs escapades au fin fond de l’Amérique avec leurs sonorités blues, country-folk et rock’n’roll et leur alchimie fonctionne une fois de plus avec l’introduction « When I Go » qui donne le ton à ce voyage musical.

La voix si charismatique et reconnaissable entre mille de Ben Harper se mêle bien aux guitares rugueuses et des solos d’harmonica de Charlie Musselwhite qui donnent une certaine profondeur sur des morceaux comme « Love And Trust », « Found The One » et le plus mélancolique « When Love Is Not Enough ».

Tantôt rythmé (« Trust You To Dig My Grave ») tantôt dansant (« The Bottle Wins Again »), le tandem nous délivre une énergie beaucoup moins rock qu’auparavant mais reste toujours entraînant comme il se doit. Le morceau-titre ira retrouver nos deux compères tous les deux au micro pour prouver qu’ils sont au top de leur forme. No Mercy In This Land ne révolutionnera pas grand chose dans la grande discographie de Ben Harper mais nous réservera une petite surprise en forme de parenthèse bien agréable.

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Chris Stapleton: « From A Room: Vol. 1 »

12 mai 2017

From A Room: Vol. 1 est le premier des deux albums prévus en 2017 par Chris Stapleton qui a bien raison de vouloir capitaliser sur sa récompense aux Grammy Awards obtenue pour son premier disque, Traveller.

Celui-ci avait était construit sur un judicieux mélange de compositions bâties sur le mode country et interprétées avec un engagement à l’intensité soul, éloigné de l’interprétation distanciée qui peut parfois caractériser le genre

C’est ce dernier élément qui se fait à nouveau jour dans la voix de Stapleton, un phrasé traînant et écorché et sur lequel chaque titre semble être le véhicule à un cri de souffrance.

Le chorus de « Either Way » en est la représentation emblématique si tant est su’on s’intéresse aux affres que peuvent susciter la prise en compte qu’une relation affective est en train de s’écrouler.

Quand l’interprétation est moins accentuée, l’emphase porte alors sur un sentiment de lassitude comme sur « Up To No Good Livin’ » où Stapleton prend conscience que, de révolté, il est désormais en proie à cune solitude à laquelle il est irrémédiablement condamné.

Musicalement on passera d’un country rock haletant mais solide (« Second One To Know ») à une stylisation plus « Southern rock » sur « I Was Wrong » et à des ruminations funéraires avec « Death Row ».

From A Room: Vol. 1 se terminera sur cette image signifiante, celle d’un destin porteur d’infortune tout droit sorti d’un manuel dont Tony Joe White aurait été l’initiateur.

***1/2


Iron And Wine & Ben Bridwell: « Sing Into My Mouth »

16 juillet 2015

Sign Into My Mouth c’est comme une discussion de deux vieux copains. Sauf que les copains sont des musiciens se connaissant et s’appréciant (Sam Beam de Iron & Wine et Ben Bridwell de Band of Horses) et que, plutôt que de refaire le monde ils refont la musique puisque cet album est un disque de covers et que, à l’instar des conversations qui peuvent tourner autour de tous les sujets, les artistes repris (Pete Seeger, Sade, Spiritualized, Talking Heads, etc.) sont de tous les horizons.

Le climat y est détendu et convivial, sur fond de bières !à l’image des deux bouteilles qui figurent sur la pochette) et, si le choix est surprenant, l’enregistrement, lui, ne l’est pas.

Les sons qui dominent sont la steel guitar, le piano ; un country-rock mâtiné de lo-fi du plus bel effet. On sent que les esprits des deux potes sont en phase et que la volonté de nous livrer un album sympathique et sans prétention est un stimulant assez puissant pour que les interprétations ne souffrent aucun heurt.

Sign Into My Mouth est peut-être un album dans lequel les deux compères se font plaisir, mais on sent que, si on souhaitait les rejoindre au coin d’un bar, on y serait cordialement convié. Santé !

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