Taylor Swift: « Folklore »

29 juillet 2020

Tout au long de sa carrière, Taylor Swift a respecté un cycle strict de deux ans pour la sortie de ses albums. Son dernier, Folklore, est le premier à briser ce cycle. Annoncé un jour et sorti le lendemain, ce cycle rapide semblait approprié pour un monde qui a été jeté dans une réalité alternative inconnue et intimidante. 

Dans un post sur Instagram Swift, elle écrit : « Avant cette année, j’aurais probablement trop réfléchi au moment où il fallait sortir cette musique au moment « parfait », mais l’époque dans laquelle nous vivons me rappelle sans cesse que rien n’est garanti. Mon instinct me dit que si vous faites quelque chose que vous aimez, vous devriez simplement le mettre au monde ». L’isolement de l’enfermement a permis à beaucoup de gens de réévaluer leurs priorités et d’explorer des débouchés créatifs sans être dérangés par les distractions de la vie ordinaire. Comme tout le monde, Swift n’a pas été à l’abri de ce réajustement de style de vie, et avec cette libération, il semble clair qu’elle a pu prendre du recul et se prélasser dans l’intimité, et cela a permis de couronner sa carrière.

Le folklore baigne dans cette paix retrouvée, avec 16 titres délicats et obsédants qui obligent à reconsidérer Swift. Si la star de la pop country n’est pas étrangère aux albums qui redéfinissent les genres, aucun ne l’a fait avec autant de douceur et de fluidité que son huitième effort. Sa sortie opportune offre aux auditeurs une couverture de confort de délicat indie-folk avec une légère dentelle de la pop de Swift. Le morceau d’ouverture « the 1 » plante le décor de l’album avec un doux mélange des genres. Il s’agit d’une réintroduction de Swift en tant qu’artiste plus mature, qui a achevé son évolution d’une jeune starlette de la country-pop à un auteur-compositeur-interprète sûr de lui. 

Les collaborations de Swift sur l’album sont tout aussi peu conventionnelles. Aaron Dessner du groupe indépendant The National a produit l’album, le qualifiant de magique, et Justin Vernon de Bon Iver apparaît sur le spectre de « l’exil ». Leurs influences sont évidentes tout au long de l’album, particulièrement perceptibles sur les morceaux « cardigan », « peace », et en particulier « seven » qui est un exemple remarquable de l’étreinte de Swift sur le folk américain qui fait rêver d’une randonnée dans les bois et du calme d’un porche de cabane.  

Le folklore dépasse largement les attentes et redéfinit son créateur. C’est le genre d’album qui devrait être consommé avec tout le soin et l’appréciation d’un paquet de papier brun de biscuits aux pépites de chocolat faits maison. Dans une période d’incertitude et de conflits, Swift a créé un album parfait pour les moments difficiles, qui évoque sans effort des images de partage d’histoires de feu de camp et de l’assise sous un ciel laiteux éclairé par les étoiles, ce dont nous avons tous eu envie pendant que nous étions enfermés à l’intérieur.

***1/2


Steven Tyler: « We’re All Somebody From Somewhere »

14 août 2016

We’re All Somebody From Somewhere est, pour le chanteur de Aerosmith, un essai à se faire sa place dans un marché plus lucratif, celui de la country. La chose est surprenant tant il n’a montré beaucoup d’intérêt à ce genre et, sur l’album, ce manque d’affinité est plus qu’évident.

Malgré les efforts de T-Bone Burnett et d’autres à la production, Tyler demeure incapable de modifier sa manière de chanter et de nous proposer quelque chose de sensible, acoustique et discret.

La mandoline de la chanson titres ou l’accordéon sur « My Worst Enemy » se distingueront avant que Tyler ne revienne à sa nature profonde, qui est celle d’une scansion aux accents heavy. On retiendra alors rien de plus que « Rad, White & You », « Sweet Louisiana » et, même une tentative à évoquer les violences domestiques, (« Janie’s Got A Gun »), sombrera dans le mélo et le larmoyant.

**


The Carousels: « Love Changes Like The Seasons »

16 décembre 2014

The Carousels est un groupe écossais plutôt sympa qui manie une pop carillonnante teintée de country sans doute peu originale mais qui le fait mieux que beaucoup d’autres combos.

À la première écoute, on pourrait penser à Gram Parsons et aux Byrds mais leur son est, en définitif, plus ample et varié, et, surtout, très moderne. On évolue alors vers d’autres évocations qui seraient un patchwork musical où l’on trouverait, pêle-mêle, The La’s et les mythiques Long Ryders, un des groupes cultes du « Paisley Underground ».

Toute cette mouvance a tracé le chemin pour que le spectre musical de la pop s’élargisse vers quelque chose de plus vaste et filmique, à l’instar de la musique western et de ses tonalités panoramiques.

Il n’est que d’écouter « My Beating Heart » pour penser aux groupes de la West Coast d’autant que The Carousels chantent sans aucun accent et que leurs compositions sont si intemporelles qu’elles pourraient les placer plusieurs décennies en arrière s’il n’y avait pas cette production très propre et cinématographique.

Le disque, un peu trop bref, s’écoule agilement comme une brise chaude (« par exemple « Don’t Get Me Wrong »), avec parfois un zeste de Everly Nrothers dans les vocaux (« Marianne ») tout en piochant avec habileté dans ce qu’un groupe comme The Chrch nous avait fait savourer à ses débuts (« Drifting Back »).

Le meilleur sera quand le groupe nous infusera cette mélancolie inhérente au genre ‘(« My Beating Heart » et « Sound of My Own ») ; bref Love Changes Like The Seasons nous montrera si, effectivement, certaines chose changent, il en est d’autres qui n’oublieront jamais de nous rappeler The Byrds.

***


Laura Cantrell: « No Way There From Here »

6 février 2014

Au début des années 2000, Laura Cantrell, sur la force de certains albums (When The Roses Bloom again, Humming By The Flowered Vine), une tournée avec Elvis Costello et une collaboration avec Calexico, semblait être promise à un assez grand succès.

Elle décida pourtant de laisser sa carrière de côté pour élever son enfant et No Way There From Here est , fait, son premier album original depuis 9 ans si on ne compte pas son disque de reprises, Kitty Wells Dresses.

On retrouvera pourtant un territoire familier, intimiste et gorgé d’orchestrations alt-country toujours aussi fouillées. Sa voix demeure chaleureuse, « All The Girls Are Complicated » s’orne d »une délicieuse guitare Rickenbacker façon Byrds et introduit immédiatement un climat confortable, en particulier sur des titres où prédominent des claviers lourds et légers à la fois (« Starry Skies ») ou sur la composition folk teinté de bluegrass qu’est « Beg or Borrow ».

Ce hiatus de neuf ans a pourtant révélé une autre Cantrell  qui sonne étrangement comme Nancy Griffin par moments.No Way From There To Here est en effet un presque road album retraçant la maturation de la chanteuse par ses observations amusées et adultes sur la vie quotidienne. Le rythme se fera même militaire sur « Driving Down Your Secret », un titre qui évoque un amour non partagé qui aboutit sur une traque et le même climat incertain et mélancolique avec « Letter She Sent ». La chanson titre reprendra la même thématique amoureuse avec une mandoline ponctuant les chorus, la transformant ainsi en une dramatique chanson d’amour.

Ces sujets, récurrents chez elle, sont abordés avec plus de réalisme ; il est évident qu’elle n’aurait pas pu écrire « Washday Blues » plus jeune car elle n’avait jamais été dans la position d’avoir à mener de front les rôles de mère, d’épouse et de femme qui travaille.

On peut être surpris du fait que la chanteuse ait apparemment effectué un retour en arrière musical aprèsKitty Wells Dresses, on doit néanmoins se dire que ces neuf ans lui permettent de faire un énorme bond en avant.

★★★☆☆

The Avett Brothers: « Magpie and the Dandelion »

12 novembre 2013

Magpie and the Dandelion, le 8° album des Avete Brothers est aussi le 3° sous la direction de Rick Rubin. Il est également le contrepoint idéal à The Carpenter enregistré durant les mêmes sessions et il arbore un son roots-pop assez semblable.

Selon le grouope il s’agit d’un exercice sur « l’émerveillement juvénile » et il se définit pas une tonalité assez cabotine par rapport à son prédécesseur qui, lui, versait sur des thèmes comme le vieillissement et la mortalité. Le problème est que le fonctionnement, tout similaire qu’il soit (banjo et lignes de guitares bien ficelés, cordes et harmonies à la Beatles), voit les Avette Brothers délaisser un songwriting solide et se montrer bien moins ionspirés.

Le disque s’ouvre pourtant avec force, « Open Ended Life » est une réflexion sur le fait de s’engager et aussi un « rocker » dont la puissance en fera la chanson phare de Magpie. C’est ce titre qui permet de surmonter le malaise général qui accompagne l’écoute de l’album grâce, en particulier au gémissement de son harmonica, son violon et ses riffs rockabilly. « Morning Song » parvient à cultiver ironie sous sa lamentation mais, après que le groove folk rock de « Another Is Waiting se termine, ce qui nous attend est un disque si posé qu’il en devient banal.

Les textes du groupe étaient souvent peu moralisateurs et accompagnés d’une touche d’esprit qui nous maintenait attentif, mais ici la thématique choisie ne leur permet pas de conserver ce sebns de la nuance et tombe dans un sentimentalisme larmoyant.

Il faudra donc trier pour trouver une certaine énergie. « Vanity » revisite le style rock des Avette avec créativité (un superbe solioo de guitare métallique) et « Souls Like Wheels », enregistré « live, est plein d’une agréable atmosphère «ragtime. Malheureusement ces moments sont bien rares et embourbés au milieu de compositions de remplissage qui ont sapé toute la virulence que possédaient The Avett Brothers. De cela, Rick Rubin porte une responsabilité assez importante, c’est  dommage pour un groupe et un producteur qu’on a connu plus inspirés.

★★½☆☆