Travis Linville: « Up Ahead »

Bien que relativement peu connu aux USA, Travis Linville est une figure importante de la scène musicale en Oklahoma. En tant que « singer songwriter » cela plus de dix ans qu’il y enseigne, tourne, y écrit et y compose Up Ahead est son plus récent album et on retrouve ici toute son expérience à nous proposer une compilation de chansons country simples et décontractés véhiculant une atmosphère tranquille et faite de « vibes » dont le réalisme quotidien se veut prosaïque mais, avant tout, apaisant.

« Flowers in Your Hair »,” ouvre le disque, composition alerte où description est faite de l’innocence et de l’émoi qui transparaissent à l’évocation d’un premier amour. Les textes sont courts et sans fard dans une tonalité qui se veut, à l’image de tout l’album, optimiste et ouverte à l’éclat qui anime la succession des jours qui passent.

Cette essence basique se retrouve en matière d’instrumentation dans la mesure où Linville s’attache à une production naturelle et élémentaire. Loin d’être facilité, cette démarche est avant tout preuve du talent qu’il a à faire fonctionner des titres où généralité se conjugue à douceur.

On retrouve ici la joie qui peut se résumer à déguster une bonne bière, à être entouré de ses amis ou à écouter de bons petits morceaux country et folk comme ceux de Up Ahead.

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The Waifs: « Beautiful You »

Beautiful You est le septième album de ce combo habitué des festivals blues et roots. Il faut dire que The Waifs correspondent très bien à la définition mainstream qui est faite de la country/folk par Harlan Howard : « Trois accords et la vérité. »

Quand Vicky Thorn prend le micro, par exemple sur « February », l’impression qui est donnée est celle d’un train se frayant un long chemin sans hâte au travers de vastes étendues ; c’est peut-être ce qui charme avec The Waifs mais c’est aussi, sans doute, ce qui rend l’écoute de l’album rapidement fastidieuse.

Beautiful You est un disque à qui il manque terriblement la notion d’urgence. Les textes, littéraires et soignées, amplifient encore cette impulsion d’album que l’on écoute mais sur lequel on n’éprouve nul besoin de fredonner.

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The Good Graces: « Close to the Sun »

L’ancienne directrice du label Eskimo Kiss, également ex percussioniste de Pacer, Kim Wire est la force derrière ce collectif folk dont Close to the Sun est le troisième album. Tout comme sur Drawn to You en 2013, elle est accompagnée d’une armada de musiciens assez efficace, dont les deux ingénieurs du son de ses deux précédents disques, Jay Manley et Rob Dyson qui assurent une instrumentation inventive.

Même si ce nouvel opus conserve certaines caractéristiques du précédent, Close to the Sun parvient à l’éclipser grâce à une production pleine d’entrain et des arrangements plus diversifiés. Hormis la berceuse fragmentée qu’est «  A Gain, Again » et un « Shear » miroitant proche de Lz Phair, chaque composition est ponctuée par des percussions comme sur un « Cold in California » et son souffle country à l’harmonica proche de Johnny Cash, l’agité et perçant « Standing in Line » qui se distingue par une atmosphère proche du noise-rock et le presque chuchoté « Parts > Sum » et son climat torride de western spaghetti qui rendrait heureux Ennio Morricone.

Comme d’habitude Ware peaufine son parallèle entre peine de coeur et honnêteté ou espoir. Elle se montre perplexe quant aux relations humaines avec des partenaires incompatibles et pourtant aspire à des changements qui lui semblent hors d’atteinte. Cet élusif désir de changement se manifeste sur le titre d’ouverture rêveur et apaisant, « I Don’t Know Where To Start », mais il se révèle rempli d’amertume sur un « Curb Appeal » qui dresse l’histoire d’une romance devenue délétère.

De ces états d’âme émergera une constante musicale ; un ton country nasillard délicieux rappelant Juliane Hatfield. Comme su ses précédentes sorties, Ware parvient ainsi à marier désillusions amoureuses et encouragements à ne pas céder au découragement. Ce sera, au fond, le propre de la résilience que de s’exemplifier ici dans ce joli album.

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Robert Plant: « lullaby and… The Ceaseless Roar »

Excentrique mystique, prince pastoral ou Béhémoth du rock, Robert Plant a transcendé les multiples niveaux de la renommée et du respect et, à ce titre, il lui serait facile de se reposer sur les lauriers posés sur sa tête léonine.

À la place de cela, il continue d’enregistrer inlassablement du métériel dont la plus grande partie est engageante (ce qui est d’ailleurs un euphémisme). lullaby and… The Ceaseless Roar voit notre protagoniste aborder une nouvelle route faite d’exploration et d’expérimentation qui le voit réaliser ici un de ses meilleurs albums solos.

Il s’ouvre sur une reprise digitale et au banjo de « Little Maggie », terrifiante car l’instrument ne fera que vous mettre dans l’inconfort, un peu comme si Led Zep avait souhaité composer la bande original de Délivrance. L’électronique qui le sous-tend est une pure merveille et lui donne un étrange parfum d’avant-garde.

« Rainbow » suivra, autre alliage déroutant entre Tom Waits et des percussions à la Neubauten s’infiltrant dans une tendre ballade où le tintement des guitares se mélange aux lamentations du chanteur. Le titre véhicule un climat de désolation, proche de Cure ou de Low dont il a récemment fait des reprises mais demeurera paisible néanmoins grâce à la densité atmosphérique qu’il dilue. On est loin ici du vocaliste de rock ou de blues acrobatique et plus en phase avec le révolutionnaire sonique qu’il aspire à être.

Malgré ses nombres de disque en solo, parviendra encore à nous surprendre, en particulier dans, et c’est une première, il aborde la pop sur un « Pocketful of Golden » kaléidoscope psychédélique encadré par le murmure séducteur émanant de sa voix.

Toujours dans le même registre « cosmopolite » une ballad tendre et trouble, « A Stolen Kiss » précèderai une incursion dans l’Americana sur « Somebody There » montrant à quel point Plant sait transformer une forme d’expression pour l’ajuster à sa propre expérience. Le « Poor Howard » de Lead Billy en est preuve supplémentaire tant si le violon était remplacé par une guitare on pourrait penser à au Led Zeppelin période Presence.

En fait, chaque morceau semble être une interpolation avec un genre passé à la propre moulinette de Plant. Il peut aussi bien apaiser sur un « House of Love » légèrement gothique ou, a contrario, dérouler un climat scintillant sur « Up On The Hollow Hill (Understanding Arthur) », travaillant avec aisance sur les contrastes, ou sa tendance à alterner tendresse et sauvagerie.

Le dernier morceau de l’album, « Arbaden (Maggie’s Babby) » sera un écho de la première plage avec une intensification de ce qui a été précédemment suscité, une menace véhiculée par de l’electronica façon Moroder.

On peut féliciter l’inspiration mais on peut également louer l’interprétation (Justin Adams, Skin Tyson, John Baggot, Billy Fuller, Dave Smith et Juldeh Camara) ainsi que les arrangements (Tchad Blake) ; tout concourt à ce que lullaby and… The Ceaseless Roar soit un disque fascinant, berceuse et rugissement à la fois, une manière un fois de plus exemplaire la world music au rock (à moins que ce ne soit le contraire) un Houses of the Holy à lui tout seul, bref une fragiilté émotive couplée d’une endurance vocale (ceaseless roar) qui sait faire fi du temps qui passe et que, comparaison extrême, on pourrait assimiler à la vulnérabilité dont Bowie a fait preuve dans son dernier album.

****1/2

Billie Joe + Norah: « Foreverly »

Que le leader de Green Day, Billie Joe Armstrong, s’acoquine avec Norah Jones pour ré-enregistrer des chansons originales datant de 58 des Everly Brothers ne peut que soulever certaines questions. La première serait : Comment se sont-ils connus ? Réponse : En ayant boss avec Stevie Wonder. Armstrong n’est-il pas un punk ? Pas vraiment. Finalement : Pourquoi ? Ce dernier a toujours aimé le disque a a voulu le recréer.

Réponses simples finalement qui surmontent les réticences initiale et qui donnent un résultat charmant et digne de l’hommage que The Everly Brothers avaient enregistré comme hommage à la folk traditionnelle sous le nom de Songs Our Daddy Taught Us.

Mis en place et mixé en seulement neuf jours, le disque est solide ; un retour en arrière efficace vers une période où régnaient harmonies simples et instrumentation dépouillée.

Armstong et Jones s’approprient avec talent des standards comme « Long Time Gone » (une chanson rendue fameuse par Tex Twitter) ou « Who’s Gonna Shoe Your Pretty Little Feet ? » Les harmonies du duo s’imbriquent parfaitement sans que l’un des artistes ne prenne le pas sur l’autre et certains titres, comme le morceau d’ouverture « Roving Gambler » utilisent à merveille ce format de chant et contre chant dans ce récit de deux parents demandant à leur fille de ne pas partir avec un joueur. « Lightning Express », lui, mettra en valeur les textes plutôt que les harmonies grâce aux arrangements tout simples et plaintifs d’une pedal-steel.

Le disque va pourtant traîner un peu en longueur vers la fin, ceci étant du au tempo similaire des morceaux. Même s’il n’est pas ouvertement long (12 titres) chaque composition se fait un peu laborieuse. Ceci dit, si Jones et Armstrong avaient fait des efforts pour les accélérer, les résultats auraient sans doute été désastreux et n’auraient pas rendu service à l’orginal.

Tel qu’il est, Foreverly est un disque hommage charmant et intelligent. Il peut sonner aux antipodes de ce que Jones et Armstrong ont fait de plus « rootsy » mais on ne peut s’empêcher de penser que leur travail n’a pas été exécuté à contre-emploi.

★★★☆☆

The Candles: « La Candeleria »

Un bref coup d’oeil au C.V. de Josh Lattanzi, leader des new-yorkais The Candles révèle une histoire impressionnante :sur les dix dernières années il a joué de la basse pour The Lemonheads, Ben Kweller et Albert Hammond Jr., et avec The Candles, il faisait partie de l’ensemble « live » de Norah Jones.

Malgré ces, relatifs, seconds rôles, ce second album, La Candeleria, (nommé d’après un faubourg de Bogota) il lui a pas semblé difficile d’entrer dans le rôle d’auteur-compositeur et, surtout, de la faire avec la confiance et l’habileté d’une artiste émérite. Le disque se compose de dix plages nimbées dans des mélodies power pop chatoyantes et riches d’arrangements qui, plutôt de s’ancrer dans le fracas de « power riffs » à la guitare, font à la part belle à un schéma « Americana » judicieusement divisé entre The Byrds et Big Star.

« Hello Blue » est ainsi construit sur de foisonnantes couches de guitares électriques aux tonalités carillonnantes et un clavier Rhodes, alors qu’un morceau comme « Blind Light » va, lui, présenter d’épais strates de percussions caressantes, de slide guitar et de piano. Le titre phare sera « As Far As I Know », il le sera autant pour sa qualité mélodique que pour la manière dont il opère une transition fluide entre une ballade acoustique dépouillée bâtie sur de légers arpèges de six cordes au climat tapageur d’un groupe de country-rock lancé à pleine allure.

On pourrait au chapitre des influences Wilco, Jackson Browne ou The Grateful Dead, mais The Candles ont le mérite de bien s’en habiller et de nous livrer avec The Candeleria un album ficelé de sa propre personnalité et plein de surprises.

★★★½☆

The Staves: « Dead & Born & Grown »

Trois soeurs originaires de Watford Emily, Camilla et Jessica Steveley-Taylor produisent ici un album, Dead & Born & Grown sur la foulée d’un EP assez bien reçu dans les cercles folk et d’une tournée où elles ouvraient pour Bon Iver.Il est aisé de comprendre en quoi la musique de The Staves plait dans ce cadre précis car, elle pourrait sans jurer, côtoyer celle de Sandy Denny ou Laura Marling. On y trouve ainsi des guitares acoustiques à peine accompagnée de légères percussions et surtout ces harmonies vocales, ici prises à trois voix, qui à elles seules parviennent à remplir un espace bucolique et tranquille. Climat rupestre et verdoyant donc mais le trio sait aussi se faire plus incisif, sur des titres comme « Snow » guère éloigné d’un country rock à la Gram Parsons où plutôt à la Joni Mitchell.

L’impression d’ensemble est alors celle d’un album respirant la confiance et la dsérénité, confiance en ces harmonies sur lesquelles s’appuient les trois jeunes filles (un « Wisely & Slow » qui ouvre le disque sur un passage a capella de près de deux minutes), sérénité puisque tout concourt à évoquer ce que le folk est le plus apte à véhiculer , à savoir espaces de fraîcheur inoffensive.

On sent l’instrumentation calibrée pour se mettre au service de des envolées vocales ; peut-être l’est-ce un peu trop, peut-être aussi refrains plus attachants et moins monocordes pourraient parvenir à susciter émotion. Peut-être sera-t-on, alors, à même d’évoquer un folk du 21° siècle.

★★½☆☆

Beachwood Sparks: « The Tarnished Gold »

Il est des choses qui sont du domaine du subliminal et et entendre parler d’un groupe nommé Beachwood Sparks rappelle immanquablement le merveilleux « Beachwood Park » du non moins merveilleux album de chamber pop des Zombies Odeyssey & Oracle. De ce point de vue on se plaît à rêver que, sous ce patronyme, le combo va nous délivrer une musique faite de cette délicatesse nuancée et de ces climats automnaux en demi-teinte.

Mais ceci n’est, bien sûr, qu’un voeu pieux et ne présage en rien de ce que ce The Tarnished Gold (nouvel album après, apprend-on, un hiatus de 10 ans ) va révéler. La surprise, pour un groupe qui se dit influencé par la pop façon Teenage Fanclub et le country-rock à la Gram Parsons où à la Poco est d’entendre une country-pop élégiaque, parfois douce amère, parfois bienheureuse et le plus souvent ensoleillée, chose qui ne surprend pas si on sait que Beachwood Sparks est originaire de Californie.

Les compositions sont mélodieuses, tamisées et douceâtres, Neal Casal y joint ici et là sa six cordes, et les quelques « road songs » qui parsèment Tarnished Gold sont aimablement chaloupés, sans emphase et avec retenue. C’est également une même approche qui préside au façonnage d’harmonies chamarrées mais étouffées comme un bruissement non éloigné de la dream-pop de Goldrush. On a droit donc à un curieux mélange de country-rock rural qui pourrait venir du Mid-West et d’une folk-pop West Coast héritée des 6o’s et 70’s (« Sparks Fly Again » ou « Nature’s Light » sonnent comme voulant distiller en notre mémoire certains climats épiques et cinématographiques hérités des Byrds).

The Tarnished Gold n’en est pas pour autant un album passéiste. Dès l’ouverture, en effet, Chris Gunst, leur chanteur et bassiste, énonce cette phrase explicite : « Forget the song that I’ve been singing » qui, même dans le contexte d’une chanson amoureuse, prend toute sa signification. « Forget the Song » ou le joliment cadencé « Leave That Light » bénéficient d’ailleurs d’une production pleine et chaleureuse et, comme sur presque tout l’album, délivrent des mélodies qu’on ne peut qu’avoir plaisir à fredonner.

Revient alors cette analogie avec Odeyssey & Oracle dont on se dit qu’elle n’est pas si forcée que ça. Quelque part, la délicatesse champêtre de cet album apparaît en filigrane sur The Tarnished Gold : les deux recèlent des univers bucoliques et presque oniriques. Légère brume là-bas et rais de soleil faiblement voilés ici ; on se dit que peut-être que Beachwood Sparks a hérité d’un nom qui était déjà dans ses gènes ou son ADN.