H.C. McEntire: « Eno Axis »

26 août 2020

Le nouveau disque de H.C. McEntire, Eno Axis, commence, non pas avec les guitares country de ses débuts, l’excellent Lionheart datant de 2018, mais avec les douces pulsations d’un orgue à tuyaux. Et ici, l’orgue est accompagné non pas d’une guitare acoustique (choix trop évident) mais du chant chargé de lamentation de McEntire et de ce chant seul. C’est un détail dévastateur qui dément la dette de McEntire envers le gospel (ses parents étaient des évangélistes travaillant en tandem avec Billy Graham). Si l’enchaînement de l’ouverture est un révélateur de la direction du disque, c’est que McEntire puise dans son sac de malices pour déployer quelque chose de moins attendu – et moins fidèle au genre – que les ballades country chantées avec une voix caractéristique. Au fil de dix morceaux béatifiques, McEntire, qui a déjà fait fi des conventions, lance à maintes reprises des balles courbes à l’auditeur qui s’attend à des plats de country organiques. Le résultat est une collection assez fascinante de spirituals soul, produits avec amour.

McEntire tire beaucoup de profit de la réverbération luisante et de la lenteur de la pédale d’acier sur Eno Axis, ce qui donne à des chansons comme « High Rise », d’une complexité trompeuse, ou « Hands for the Harvest », une sorte de qualité pensive, voire parfois lugubre. La clé de voûte de cette ancienne chanson doit être la slide électrique faisant fi du goulot d’étranglement magnifiquement enregistré sonne comme un harmonica. Sur le riche « One Eye Open », probablement l’un des meilleurs morceaux du disque, il est même difficile de dire où s’arrête la pedal steel et où commencent les notes de guitare électrique ; la production est aussi nuancée et aussi atmosphérique. Sur « Sunday Morning », McEntire utilise des techniques de diffusion similaires, cette fois-ci en brouillant les cordes de la guitare électrique et acoustique avec ce qui pourrait être, loin en arrière-plan, une touche de piano.

Mais ce disque est loin d’être un disque mûr avec des artifices d’enregistrement, mais léger sur le plan du contenu. Regardez « Time, On Fire », qui est une pépite pop-country bizarrement captivante qui, d’une certaine manière, ne dure que trois minutes. Ici, McEntire laisse la guitare acoustique glisser à la surface, mais elle est renforcée par des couches de guitares électriques à l’écho, une basse électrique rebondissante, mixte et juste à droite, et même un backbeat traînant. La dernière minute est impeccable, sans aucune note ou réverbération déplacée, mais se présentant toujours comme chaleureuse et instinctive. Ailleurs, par exemple sur « Final Bow », dont le rythme assez lent doit, assez curieusement, une partie de sa tonalité à Tom Petty, l’écriture des chansons brille. Ici encore, cependant, la voix de McEntire est fortement traitée avec des nuances de réverbération ; elle confère une certaine stagnation au matériel qui l’éloigne des racines de l’auteur-compositeur-interprète des Heartbrakers.

Eno Axis s’achève sur le titre bien connu de McEntire, un « Houses of the Holy » dont les détails – un Hammond bourdonnant, un solo de guitare soul rock au tempo régulier – doivent plus à des artistes comme Jolie Holland qu’à tout crooner country conventionnel. Dans compter la production de Mount Moriah), il sera difficile de dire si le nouveau LP est une apothéose ou simplement une façon de secouer le processus. Quoi qu’il en soit, c’est un axe qui vaut la peine d’être parcouru.

***1/2


Seasick Steve: « Love & Peace »

29 juillet 2020

Love and Peace sera le dixième album studio de Seasick Steve, et le vétéran du blues continue sur sa lancée. On pourrait dire que la production d’albums de blues est devenue sa raison d’être.

La chanson titre commence avec une étrange distorsion vocale et un écho lorsque Steve nous interpelle : « Hé mec, quel est le problème ici ?  (Hey man, what’s the issue here?)  Mais un authentique riff country fait bientôt son apparition. « Il faut arrêter la haine maintenant, revenir à l’amour et à la paix », chante-t-il ( Got to stop the hatred now, get back to love and peace). Le morceau est un hymne nous demandant de regarder comment nous nous traitons les uns les autres, demandant un peu plus de gentillesse et de compassion. C’est aussi une ode aux hymnes de paix dorés des années 60.

En posant ses instruments électriques pour le morceau acoustique hypnotique « Carni Days », Steve joue de la guitare slide en solo et brosse un tableau d’une époque de l’Americana longtemps perdue. « Tôt le matin, il y a de la rosée sur l’herbe », chante-t-il en plantant le décor d’un carnaval qui arrive en ville (Early in the morning, there’s dew on the grass).

« Clock Is Running » montrera parfaitement comment un morceau de musique n’a pas besoin d’être complexe pour être apprécié. La beauté est dans sa simplicité. Il met en scène ses riffs bluesy, ses solos de guitare lo-fi et ses percussions qui s’écrasent, et est une ode à la vie dans l’instant. Il se qualifie lui-même de « walkin’ man », un titre qu’il a souvent été fier de porter.

Le « single » explosif « Church of Me » est un autre morceau qui se démarque ; une ode grésillante à suivre son chemin, plutôt qu’à s’installer dans l’amour. Il se construit lentement, avant que le riche harmonica ne le transforme en rock bluesy.

Seasick Steve apporte sa bonté bluesy-soupy habituelle à l’album, une recette mixte d’américana rootsy, de rock classique et de folk twangy, qui se passe toujours bien.  Seasick Steve a beau être détenteur d’une formule, c’est une formule qu’il a réussi. Bien que de nombreux morceaux de Love and Peace ne se démarquent pas de sa discographie, il offre certainement quelques joyaux et un goût authentique de nostalgie des années soixante.

***


Larry Campbell & Teresa Williams: « Larry Campbell & Teresa Williams »

1 juillet 2015

Emmylou Harris ne croyait pas si bien dire en qualifiant la musique de Larry Campbell et Teresa Williams de « transcendantale ». Ce premier album des deux artistes va bien au-delà de leurs styles initiaux et montre à quel point ils sont capables de les transcender.

Un titre comme « Surrender to Love » n’est pas avare en éléments country mais on ne peut le définir ainsi car cet aspect est totalement occulté par les composants soul du morceau, en particulier les harmonies vocales.

On retrouvera une alliance similaire entre soul et blues sur « Bad Luck Charm » et « Another One More time », lui sonne comme si il avait été dérobé au répertoire de Emmylou Harris tant le timbre Williams parvient à évoquer le même type d’émotions que la première.

Williams et Campbell mêlent harmonieusement différents genres, par exemple une merveilleuse mandoline en arpèges avec « Everybody Loves You », sans s’enferrer dans un seul et si un seul mot devait permettre de résumer cet album, ce serait indubitablement saisissant.

****


Scott H. Biram: « Nothin’ But Blood »

11 février 2014

Scott H.  Biram est fameux à Austin (Texas) comme étant le seul « one man band » disposant d’une certaine notoriété. Quelque part on peut se dire qu’il faut avoir une personnalité plutôt dissociée pour s’orienter vers ce type de line-up et ceci se confirme avec ce 8° album qui le voit passer en un clin d’oeil du sacré, au profane ou même à l’ordurier.

Associé à ce sous genre qu’est le punk blues, le meilleur exemple en sera donné sur le batailleur « Only Whiskey », un des moments les plus hardcore d’un Nothin’ But Blood qui frise parfois le « metal ». On retrouvera la même scansion saturée sur un rap baptismal, « Gotta Get To Heaven », ajoutée d’un choeur country invoquant le Christ dans « When I Die ».

Il reprend le « Alcohol Blues » de Mance Lipscomb on une version qui semble indiquer qu’il a le feu aux fesses, mêlant à la fois une rage et une réflexion qui jalonnera tout l’album.

Cette dualité entre le Bien et le Mal pourrait sembler stéréotypée si elle ne faisait pas partie intégrante du personnage. On peut donc osciller entre un acoustique ballade intime comme « Slox & Easy » et les riffs trash et distordus d’un instrumental blues-metal comme « Around The Bend » ou une reprise effrayante du standard « Jack of Diamonds » qui voit Biram sembler faire se lever les esprits de son jeu de slide sur sa Gibson.

Nothin’ But Blood manque sans doute de morceaux phares, il demeure pourtant un disque percutant et solide ne serait-ce que par l’habileté du musicien à la six cordes et sa faculté à passer d’un registre à un autre avec une versatilité que seul un virtuose peut se permettre.

★★★☆☆