Sarah Davachi: « Cantus, Descant »

13 septembre 2020

Le mot latin « cantus » fait référence au chant, et l’expression qui en descend signifie une mélodie dans le registre aigu, généralement chantée ou jouée sur une mélodie de base. Il s’agit d’un procédé polyphonique à deux voix développé en France et en Italie il y a près de mille ans. Inspirée par ce concept ancien, Sarah Davachi propose 17 pistes qui sont contemplatives, méditatives, sensuelles, propices à la méditation et à la relaxation. À quelques exceptions près, le nouveau projet de la Californienne évoque la musique sacrée des époques baroque et pré-baroque… ou peut-être pas, à y regarder de plus près. L’utilisation fréquente d’orgues à tuyaux conduit à cette perception, mais il apparaît rapidement que la linéarité minimaliste des propositions, la nature de leurs structures harmoniques et la superposition d’autres sources électroniques ou instrumentales (mellotron, piano, synthétiseur modulaire, voix) témoignent d’une pensée compositionnelle véritablement contemporaine.

Cela dit, ces œuvres ne sont pas très dissonantes, s’inscrivant généralement dans des gammes mélodiques pré-contemporaines. Leur traitement textural n’a cependant pas grand-chose à voir avec le Moyen Âge ou la Renaissance. En outre, ces dernières années, il est devenu évident que l’orgue fait un retour en force dans le monde de la musique contemporaine (instrumentale ou électronique), et Sarah Davachi fait certainement partie de ce mouvement, tout comme le compositeur canadien Kara-Lis Coverdale, par exemple. Une fois de plus, nous pouvons constater l’étonnante affinité entre la musique ancienne et la musique contemporaine, et Sarah Davachi en fournit une preuve lumineuse.

***1/2


Gabríel Ólafs: « Piano Works »

13 juin 2020

Piano Works est une sélection tendre et magnifiquement composée de pièces pour piano du pianiste islandais Gabríel Ólafs. Son premier album, Absent Minded, a été écrit à l’âge de 14 ans, et sur Piano Works, l’adolescent continue faire montre d’ une telle excellence que vous trouverez dans ce disque un niveau de maturité et de profondeur musicale étonnamment avancé.

Sur Piano Works, Ólafs présente des « arrangements réimaginés », qui sont publiés dans le cadre d’un ambitieux projet de déconstruction du label One Little Indian Records. Ólafs a commencé à jouer du piano à l’âge de cinq ans, en étudiant d’abord le piano classique et le piano jazz, mais il s’est toujours penché sur les cercles plus larges de l’improvisation et du jeu à l’oreille et leur a préféré. Cela a donné à sa musique une belle liberté et une grande fluidité, et l’improvisation influence fortement son son. Les compositions semblent avoir une structure concrète, mais il y a de l’espace à l’intérieur, ainsi qu’un son plus flexible.

L’improvisation aide également à élargir les horizons, et c’est là que l’on peut entendre les heures et les heures de pratique ; elle développe à la fois l’oreille et le cœur.

Ses études prolongées ont porté leurs fruits, car les huit pièces qui en résultent sont sensibles, ludiques et pleinement étoffées. Tout en s’épanouissant et en brillant, les compositions sont imprégnées d’autre chose – du cœur, et c’est une qualité audible. Les mélodies complexes et les phrases qui coulent sont cinématographiques, et une touche habile ouvre beaucoup d’espace pour un son plus ambiant, qui à son tour glisse sur les notes du piano et crée une atmosphère hypnotique et rêveuse. Regardez cet espace et souvenez-vous de ce nom.

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Ecovillage: « Hold My Hand »

21 juillet 2019

Après six albums, Ecovillage (Emil Holmstrom et Peter Wikstrom) considère,qu’aveHold My Hand, il enfin trouvé ce qu’il cherchait. Un voyage an Asie du Sud-Est aurait influencé le duo ce qui se manfeste sur la pochette du disque mais ce nouveau son s’avère, dès la première écoute, délicat à identifier.

Le titre d’ouverture commence sur une guitare douce et des chants d’oiseau comme si ces deux seuls éléments étaient suffisants pour se distinguer. Mais, au fur et à mesure que le décor se dévoile, de nombreux invités apportent leurs effluves au mix au point d’aboutir aux frontières de la compsotions moderne. Le piano ert les cordes de la chanson-titre sont les premiers signes de ce confort calculé, la phrase en leitmotiv reprenant le titre de l’album ayant alors une fonction protectrice et attendrissante.

Le timbre va devenir plus profond sur « Heaven In Your Eyes » quand un violoncelle et un piano interviennent subrepticement, donnant à l’auditeur l’impression qu’aucun danger ne le guette.  « Fields » va augmenter le volume et permettre depourquivre sa rêverie. C’est alors que la trompette de Kryshe va nous amner à un niveau encore plus élévé avec un « Sacrificial Love » où l’électronique le dispute à l’organique , le réel à l’imaginaire, le sacré au profane. Des carillons feront, par moments, retentir des tonalités asiaatique laint ainsi fond et forme, décor et émotion.

Avec « Novus Lux » l’album va prendre une nouvelle vie au moyen d’effets stéréo tet bruits de grillons envahissant le paysage sonore. Puis, une paix profonde va s’installer, comme un brouillard s’apesantissant sur l’auditeur et, pour rester dans le domaine asiatique, la répétition des carillons sear alors évocatrice de ce que peut être un templs personnel.

L’apparition de la harpe sur le dernier morceau ne pourra alors que suggérer le survol d’anges vêtus de leurs atours sur terre et se tenant les mains. «  Sometimes I Hear Your Voice » implique en effet la possisbilité d’une vie au-dalà de celle-ci, une existance où la paix déborde de son lit pour nous submerger. Si on en est suffisamment imprégné, ce surplus de tranquilité va mprégner notre monde ; Ecovillage suggère que nous ne devoans pas vivre avec la peur du trépas et que, même si nous avons fait nos adieus, ceux que nous avons quittés connaiessent notre coeur, notre âme, nos regrets et savent que le Paradis n’est pas, si on considère cette oeuvre, perdu.

***1/2


Eyolf Dale & André Roligheten: « Departure »

16 juillet 2019

Après trois albums sous le nom d’Albatrosh, Eyolf Dale et André Roligheten prennent un nouveau départ, comme l’indique l’intitulé de cet albumt. De fait, c’est sous leurs noms propres que les Norvégiens s’avancent ici, conservant toutefois la combinaison de leurs précédents efforts, à savoir un dialogue entre piano et instruments à vent (saxophone ténor et clarinette).

Comme sur leurs autres disques, les deux musiciens savent livrer des propositions amples, suaves et assez calmes (« First Clue », « Crystalline) », ou bien des travaux plus expérimentaux, marqués par des interruptions intempestives, des mini-envolées de clarinette, d’accords plaqués de piano et de simili-improvisations (« Take Me Home »), en passant par des morceaux sur lesquels André Roligheten agit en solo, sur un tapis de notes rapides pourvues par Eyolf Dale (« Moon Jogger »).

Parfois, cependant, les deux compères ne parviennent pas tellement à se partager la première place pour des soli successifs, ils en arrivent alors à opérer quasiment en même temps dans cet exercice, frisant ainsi une forme de micro-cacophonie (« Reflection »).

Une nouvelle fois, le point fort du duo se trouve donc dans sa configuration et sa capacité à œuvrer dans des registres différents, bien que les bonheurs y soient variables et les résultats mitigés.

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SDEM: « IIRC »

15 juillet 2019

Le label Opal Tapes, mené de main de maitre par Stephen Bishop, alias Basic House, est épatant de par sa diversité et la qualité des artistes qu’il met en avant, véritable plaque tournante des musiques actuelles, dans toute leur complexité et leur richesse.

Avec SDEM, Opal Tapes tape une fois encore dans le mille, IIRC s’immisçant dans les recoins de la musique concrète, de l’électro-acoustique, le tout traversé de sursauts IDM.

IIRC est un six titres complexe dans son approche, mélangeant field recordings crispants, envolées trépidantes et déséquilibres mélodiques chargés de crissements et de pistes déviantes, de rythmiques drill et de déstabilisation atmosphérique, conjuguant les profondeurs obscures d’Autechre à l’expérimental du grim Un album qui incarne parfaitement la politique d’Opal Tapes. Captivant.

***1/2


The London Sound Survey: « Thames »

24 mai 2019

Membre du Langham Research Centre, Ian Raws est l’homme derrière l’incroyable projet The London Sound Survey, plongée abyssale dans le coeur de la capitale anglaise, qu’elle soit géographique ou temporelle, qui voit la ville prendre vie à travers des centaines d’enregistrements effectués dans différents lieux à des moments distincts, témoignages ethno-musicaux de sonorités qui disparaitront un jour de l’oreille des londoniens.

The London Sound Survey est un travail colossal, allez sur son site pour vous faire une idée de l’amplitude du labeur, avec ses cartes et ses informations historiques, ses enregistrements et ses différentes catégories, des field recordings enveloppant ses rues et ses monuments, ses rites religieux et ses changements climatiques, sa faune et son urbanité, révélant une musicalité insoupçonnée.

Thames n’est que l’esquisse de The London Sound Survey, voyage sur les bords de la Tamise, avec ses ponts qui coulissent et ses ascenseurs qui montent et descendent, les sirènes de bateaux naviguant sur ses eaux troubles, oiseaux et grenouilles rompant la monotonie mécanique d’une ville aux bruits incessants.

Thames est une virée de l’intérieur, focus d’un instant donné à jamais dissous et avalé par des temps qui changent, laissant derrière eux l’empreinte et le souvenir d’instants éphémères, captés remarquablement par les micros de The London Sound Survey.

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