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Eko & Vinda Folio: « Therapy »

Avec Eko & Vinda Folio, surprise viennent de Géorgie, de Tbilissi plus exactement et leur Therapy est faite de noirceur mesurée et de finesse portant à l’ivresse. Appuyée comme le sont les morceaux de Motorama, la cold-wave de Temo Ezugbaia et Erekle Deisadze bénéficie de plus d’un exotisme notoire résultant du recours à leur langue. Therapy l’illustre bien par une pochette stylée qui attirera l’auditeur potentiel. « Endlessly » confirme ensuite l’attraction froide et poppy exercée par les 2 hommes. S’ils considèrent la musique comme un vecteur d’émancipation sociale, il nous font dans le même temps le plus grand bien. « Ramble Around » et ses sons en vagues faisant du trio introductif une amorce à la belle écorce, magnifiée ici par un saxo. Le charme glacé opère déjà.On succombera tout autant aux notes d’  «OutTthere », à un « Nislian »i porté par les mêmes atouts que les morceaux qui l’entourent.

Avec simplicité, en répétant des sons et climats qui nous possèdent, Eko & Vinda Folio plaît grandement. Il se fera plus lent sur «Emotionally Captive » sans y perdre en séduction. « Me as a Sound » renouera avec un format cold alerte, sombre, oui, mais fin dans ses penchants « hivernaux ». Ce groupe est une révélation, son « Lucid Thoughts » est lui aussi plus modéré mais porteur et significatif.

Sur la fin, « He was all of Them » portera plus haut encore l’étendard cold. Rude, truffé de sons qui fusent et fuzzent, il élève un disque d’ores et déjà excellent et les guitares, mordantes, feront merveille. Enfin, « Holding a Brick II » mettra en scène ces mêmes six cordes bavardes, alliées avec brio à un chant grave. La messe cold est dite et Therapy, illuminera si l’on peut dire, au vu de sa coloration à dominante grise, la rentrée musicale d’ici et d’ailleurs.

***1/2

8 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Present Moment: « Split »

Actif depuis le début des années 2010, The Present Moment reste pourtant assez énigmatique. Derrière ce projet, il y a surtout un homme : Scott Milton, originaire de Los Angeles. Très prolifique : trois albums en quatre ans, parus chez Desire Records, Mannequin et en autoproduction pour le dernier.  The Present Moment n’est pas complètement un one-man band, sur The High Road (2010) et Loyal To A Fault (2012), Milton était épaulé par Philipp Münch de The Rorschach Garden ; puis par Ross Totino sur Cruel (2014).

Il aura fallu attendre cinq ans avant que Split ne voie le jour et pour ce nouvel opus, Milton a fait appel à Münch, lequel a co-écrit et coproduit la première moitié du disque (à l’exception du titre d’ouverture, pour lequel est Totino est crédité). La seconde moitié fait intervenir Jason Dunn.
Le projet a aussi évolué musicalement, l’electro-goth des débuts a muté vers des sonorités plus coldwave voire synth-pop. Ce qui frappe aussi, c’est le timbre de voix de Scott Milton qui n’est pas sans rappeler celui de Justin Warfield de She Wants Revenge (groupe lui aussi originaire de Los Angeles) sur certains titres. The Present Moment a surtout la capacité de produire des titres dansants, ultraefficaces tout en restant sombres, à l’image de « Million to One » ,« Rejection » ou encore « Shallow ». Et ce sont ces titres-là qui manquent tant sur
Split.


Celui-ci peine à démarrer avec deux titres synth-pop (« Waiting » et « Remember You ») qui sans être mauvais, semblent un peu trop influés par Depeche Mode. Il fau
dra attendre « Running for Miles » »et « Looking in », dévoilé bien en amont de la sortie de l’album, pour retrouver ces ambiances plus ténébreuses qui réussissent si bien au groupe. « Lights go Down » est également assez efficace, même si elle pêche un peu par son manque d’originalité tant elle sonne comme un titre de She Wants Revenge.

Ce qui pêche sur Split, c’est cette cassure entre la première partie disque et la seconde. Les premiers titres n’arrivent pas complètement à convaincre et même si les compositions restent de qualité, notamment au niveau de l’instrumentation, elles ne parviennent guère à rester en tête. Le sang neuf apporté par Jason Dunn sur la seconde partie du disque est bénéfique, avec des compositions plus immédiates et des sons un peu différents.

Avec une mention spéciale au violon sur « Looking in » on pourra donc concjre que Split n’est pas un mauvais album, mais qu’il il souffre d’un défaut, le manque de cohérence.

***1/2

7 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Chabanel: « Play Queue »

Dans cet ouvrage sonore ténébreux et anxiogène ce duo  de Montréal nous concocte une dystopie quasi survivaliste à forte dose de synthés froids. Le siège en et les galeries et les tunnels d’un futur monde souterrain où les humains auront creusé pour échapper à l’apocalypse climatique. Le drone dur et métallique de Chabanel coulera alors abondamment de toutes les enceintes.

La voix frontale, inquisitrice, sans artifices et franche de Jordan Torres Bussière (« Jamais, Personne » ou « Body ») surplombe une coldwave ambiant et crue, une basse faite de distorsions de bruit blanc, accentuant un sentiment d’inconfort, comme quand on se sent épié par un inconnu. On est tour à tour en transit (« Le Vide l’attente »), en repli, avec un sentiment d’insécurité. C’est très cérébral, tout ça, mais ça n’empêche pas de sentir le cœur du truc : il bat dans chaque pièce.

***1/2

3 janvier 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Esben & The Witch: « Wash the Sins Not Only the Face »

On pourrait dire de ce deuxième album de Esben and the Witches qu’il est la bande-son d’un monde macabre et austère, plus frigorifiant encore que celui de leur premier opus Violet Skies paru en 2011.

L’impression initiale qui vient à l’écoute est celle d’un shoegaze (un « Wash the Sins » elliptique ) d’où toute euphorie serait exclue. Du moins est-ce ainsi que le trio, mené par les vocaux d’une Rachel Davies sonnant de pus en plus comme les Cocteau Twins, semble vouloir annoncer quuant à la nature du disque. Il n’est pour cela que de considérer des titres comme « Deathwaltz », « Smashed to Pieces in the Still of the Night » ou les variations complexes et élégantes qui parsèment de leur intensité « When The Heads Split ».

Esben ne s’attachent pas en effet à nous offrir des riffs mélodiques, ils puisent de la monotonie de leur cold wave façon de provoquer l’intérêt. Pour cela, presque chaque plage est parcourue de moments plus tranchants cisaillés qu’ils sont par la guitare tumultueuse de Thomas Fisher. Seule excursion maximaliste, « Despair » avec ses chorus rocailleux à la six cordes et ses percussions électroniques qui impose de manière ostentatoire une vision nocturne plutôt qu’elle ne la suggère par les procédés itératifs de la psalmodie.

« Shimmering » sera, en quelque sorte, le morceau qui exemplifiera le tout : il parfume le disque de la glaciation qui était restée sous-jacent tout au long des autres titres. Sa lueur scintillante ne sera que le reflet de ces chutes de neige intérieures, qui donnent une dimension autre et bien éloignée des clichés habituels à ce rock dit « gothique ». Un album  dont la beauté se révèle presque inaccessible tant elle semble distante, difficile à atteindre et frigide.

★★★½☆

18 janvier 2013 Posted by | Quickies | , , , , | Un commentaire