No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Belle & Sebastien: « Girls In Peacetime Want To Dance « 

Avec la sortie, attrayante et calmement aventureuse, de ce disque, toute crainte qu’on aurait pu avoir que Belle & Sebastien aient perdu leur élan en raison des distractions de Stuart Murdoch générées par le projet God Help the Girl ainsi que par l’enregistrement de seulement deux albums en neuf ans, doit être aujourd’hui évacuée. Si le groupe n’a pas percé comme leurs disques des années 90 auraient pu le faire espérer, il ne s’est pas non plus séparé et la faconde créative de ce nouvel opus suggère , au contraire, qu’un processus de jouvence est à l’oeuvre ici.

Les compositions sont subtiles, modernes dans la mesure où elles ménagent un mélange générique de ce qui se fait de nos jours mais lui apportent une touche artisanale old school aussi bien dans la musique que dans les textes. De ce fait, le spectre des chansons est plus large que ce à quoi les fans peuvent être habitués et avec l’érudition et le poli qui émanent des paroles on a droit à un équilibre efficace entre humour et réflexions sentencieuses. « Nobody’s Empire » est ainsi une exploration à la première personne des expériences du narrateur, combinant résilience et vulnérabilité, et riche de détails. « Enter Sylvia Plath » et « Play For Today » sont atteints de changements d’humeur et ponctués d’une synth disco alerte, anthémique et enlevée qui dément le sujet de ces deux drames issus de la BBC.

« Everlasting Muse » affichera un parfum gitan plein de swing et le tout sera enrobé dans un son cristallin du plus bel effet que l’on peut sans doute attribuer au producteur Ben Allen. Celui-ci parvient on ne peut mieux à mettre en évidence la pureté vocale de Sarah Martin en particulier quand elle chante en harmonie dans des duos et qu’elle est épaulée par une délicate reverb lustrée.

Belle & Sebastien valent mieux que le rock respectable et feutré dans lequel ils ont été enfermés. Si on cherche quelque chose d’hédoniste ou de psychotique, Girls In Peacetime Want To Dance sera trop aimable pour vous. En revanche , quand on aime que la musique soit mélodiques pleine d’esprit, diverse et dansante, il sera difficile de déceler une faille dans une écoute qui prodiguera joies et découvertes.

***1/2

15 janvier 2015 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Alexander Von Mehren : « Aéropop Revisited »

Voilà environ un an, Alexander Von Mehren a sorti un « debut album » de chamber pop et d’indie pop formidablement construit, Aéropop. Il y chantait, en avait composé les titres et l’avait, bien sûr, produit.

Aujourd’hui il a décidé de nous le présenter à nouveau sous forme de remixes, Aéropop Revisited, avec un concept tout simple : faire parvenir le résultat de six ans de travail méticuleux à des artistes ayant le même esprit avec l’espàoir qu’ils traiteraient ses bien jolis joyaux pop avec le respect qui leur était dû.

Il n’aurait sans doute pas pu choisir des artistes aussi dans le ton que Sean O’ Hagen des High Llamas, Any Ramsey et Joe Watson (tous deux anciens de Streolab) ou le musicien de « chamber pop » français, Orwell.

Chacun d’entre eux va donner aux compositions originales deVon Mehren une petite et douce tournure spacey qui vont enjoliver les morceaux de la plus belle manière. Le groupe norvégien Young Dreams, Dave LeBleu (Mercury Program) et le producteur « downtempo » Crookram traitent ce répertoire avec des gants et, si certains, remixes s’éloignent quelque peu des originaux ils n’en trahissent pas le climat. Young Dreams par exemple élargissent les « vibes » laid back de la musique de Von Merhen, LeBleu, lui, va aller jusqu’au bout des jams post-rock et Crookram plongera un doigt dans la mare du hip-hop.

Alors que de nombreux projets de cette nature se terminent sur une note chaotique, Aéropop Revisited reste fidèle à l’éthique perfectionniste de Von Mehren. En ce sens cet album n’est pas un doublon mais un compagnon à un original qui montre ainsi à quel point il était vecteur de richesse.

***1/2

3 décembre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Jenn Ghetto, ancien membre de Clarrisa’s Wierd, a eu relation avec la musique faite d’implication et de rupture. Après que chacun des musiciens du groupe ait poursuivi ses propres envies (Ben Bridwell et Mat Brooke format Band of Horses), elle se dirigea vers une sorte de pop faite c »at home » pour enregistrer sous le patronyme de S.

Après son deuxième album, Puking and Crying, en 2004, elle décida quelle en avait fini avec la musique aussi parler d’elle aujourd’hui indique qu’elle n’en a pas totalement fait son deuil. En 2010 elle sortit I’m not as good at it as you et, les joies des tournées aidant peut-être, la voici de retour avec Cool Choices.

Aux antipodes d’un enregistrement fait chez soi, ce dernier album est extrêmement travaillé ce qui doit être mis au crédit de la production de Chris Walla que Ghetto a persuadé d’être aux manettes. Choix cool donc, qui pourrait même être reproduit plus tard mais dépendant de l’évolution qu’a la chanteuse avec ses relations. Cool Choices a été, en effet, nommé ainsi sarcastiquement durant une rupture amoureuse survenue en 2012 et cela une conséquence directe sur la fixation qu’on note sur les textes.Si la chanteuse a durci un peu sa voix, ces événements en sont sans doute la conséquence et l’album semble être le produit d’une expérience gutturale si on s’en tient à son phrasé.

« Brunch » fait ainsi montre d’une colère pleine de ressentiment qu’on pourrait apparenter à Alanis Morisette plutôt qu’à Taylor Swift. Pourtant Cool Choices est plus fait de lamentations que de fractures car Ghetto est plus à l’aise dans la contemplation de ses blessures (sortir avec la mauvaise personne) que dans la vindicte. L’humeur demeure sombre mais, une fois que le titre d’ouverture « Losers » se développe avec sa mélodie accompagnée au piano et ses accords de guitare dépouillés, déploie une humeur zen douloureuse à laquelle n’importe qui peut s’identifier sans, toutefois, vouloir en faire l’expérience.

Il y aura néanmoins une lumière à la fin du tunnel ; le disque se termine sur une note optimiste, « Let The Light In ». Est-ce une ébauche de réconciliation avec soi-même et de purge des émotions létales ? Une suite, si elle a lieu, nous apportera peut-être un fragment de réponse.

***1/2

25 octobre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Kevin Drew: « Darlings »

En 2007, le groupe indie canadien Broken Social Scene avait présenté et accompagné son leader Kevin Drew pour son premier album solo, Spirit If….

Cette fois, Drew se présente sans personne sur ce Darlings, deuxième disque qui était destiné à sortir même si ce combo de pop baroque ne s’était pas, hélas, séparé. Ici libre cours lui est donné pour nous monter ses divers talents, en tant qu’interprète mais aussi comme compositeur capable de créer un opus éthéré tout en restant évocateur.

À chaque sortie d’un dique, on se demande ce qu’un artiste va nous proposer par la suite. S’éloigner e ses tonalités originelles peut être source de déception surtout si c’est cette originalité qui nous a fait les apprécier au départ. Drew ne va pas s’égarer loin de son aptitude habituelle à nous délivrer des climats subtils et euphoriques. Sur Darlings , les guitares brumeuses et en distorsion sont remplacées par une ambiance intime permettant à l’auditeur de ne pas faire qu’admirer les multiples nappes sonores.

Le « songwriting », lui aussi, a évolué. Le « single » « Good Sex » accumule des couches de guitares harmonieuses sur un tempo de valse et des percussions où ce qui compte est la délicatesse de l’éclat. Les textes se veulent réalistes insistant sur le fait que le bon sexe n’est pas simplement une affaire de cœur mais aussi de corps.

La même atmosphère plaisamment mesurée se retrouvera sur l’album, avec par exemple « BullshIt Ballad » optant pour une beat organisé et un synthé semblable à une vague accompagnant opportunité des accords de guitare au son clair et estival. Une atmosphère de gravité s’infiltrera alors grâce à des guitares délavées, preuve que Dreaw sait avec faconde glisser d’une ambiance à une autre.

Vouloir s’affranchir de ses racines peut être parfois une rude épreuve. Drew a choisi de rester proche du registre de Broken Social Scene et il a pu mettre un peu plus vant sa personnalité et ce en quoi il croit. En restant fidèle à lui_même et à la musique qu’il souhaite produire, il fera de Darlings l’exemple idéal d’album capable de capter son audience émotivement pas ses compositions et sa leste musicalité.

guitareguitareguitare1/2

24 mars 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Gem Club: « In Roses »

Gem Club veut dire « club du joyau » et c’est un terme qui va merveilleusement bien à ce trio de « chamber pop » originaire de Boston et dont In Roses est le deuxième album.

Le groupe se veit minimaliste pourtant mais il présente sa musique avec une telle finesse et un si grand sens de la beauté que sa mélancolie semble suinter d’une émotion et d’une douleur si fortes qu’elles sont parfois dures à supporter. Il est vrai que la voix de Christopher Barnes exige d’être suivie sur ce registre même si In Roses montre un raffinement de leur son qui lui donne une plus grande ampleur et s’avère plus saisissante que sur leur « debut album ».

L’arrière plan thématique de Barnes demeure élégiaque mais moins emphatique qu’auparavant. Ceci est apparent sur « Speech for Foxes » où l’instrumentation (frappés de piano éloquents, cordes comme abandonnées) n’a pas à se battre pour rivaliser avec la voix et maintient un précieux équilibre entre punch et légèreté où tout est dit sans être véritablement énoncé.

L’intérêt de In Roses réside en effet dans cet amalgame où l’émotion est présente, honnête et même mise en avant mais qu’elle demeure élusive comme une feuille, évitant tout molleton pour atteindre directement le cœur. Le titre fermant le disque, « Polly », est, à cet égard, poignant, dramatique et désenchanté procurant un sens de l’horreur tant il semble être agressivement à l’affût de toute faiblesse émotive, le tout accentué par une beauté qui fait mal. En ce sens il est difficile de ne pas s’immerger dans ce disque et d’en déguster les fragrances toutes dangereuses qu’elles soient. Ces ballades sont intimes, trop peut-être, elles incarnent à merveille un univers qui mérite qu’on y plonge. On en ressortira peut-être pas indemne, mais revenu d’un abysse, au final, apaisant et éminemment cathartique.

★★★½☆

3 février 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

The Hidden Cameras: « AGE »

En tant que porte-parole de The Hidden Cameras, Joel Gibb a toujours abordé les sujets controversés. La vidéo de « Gay Goth Scen » où un enfant se faisait malmener a ainsi annoncé la teneur sulfureuse de ce sixième album.

AGE contient les éléments qui ont fait des Canadiens un ensemble aussi séduisant : parties orchestrées apportant une certaine grandeur aux prouesses vocales de Gibb et un line-up toujours changeant avec, ici, le pianiste Chilly Gonzales et Mary Margaret O’Hara dont la voix avait participé à des efforts de REM, Morrissey et Tom Waits.

Gibb habitant désormais à Berlin, la réputation de terre d’electro de la ville a rejailli sur lui. L’ouverture de AGE, « Skin & Leather », l’hymne au bondage le plus élégant qui soit, en est l’exemple flagrant. « Bread For Brat » s’en tient à la même formule, avec un chorus répétitif mettant en valeur la sensibilité pop du groupe de façon dramatique.

AGE n’est pas pour autant une célébration éthérée, « Gay Goth Scene » est une profession de foi poignante, qui vise à la fois àn ous hanter et à nous soulager, « Afterparty » est un reggae dub de six minutes au climat « downbeat » et « Carpe Jugular » fusionne house et disco avec un chorus dont le climat lancinant accentue l’inquiétude qui s’y fait jour.

Ce sera le titre de fin, l’épique « Year Of The Spawn », également « single » extrait de l’album, qui se révélera le plus limpide avec son piano lumineux, confirmant la réputation qu’a Hidden Cameras comme tenants de la plus belle chamber pop.

Accompli et policé, AGE n’est peut-être pas aussi consistant que ses prédécesseurs (en particulier The Smell Of Our Own ou Awoo)mais c’est quand même un retour plus que réussi d’un des compositeurs les plus doués de sa génération.


27 janvier 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

The Sharp Things: « The Truth Is Like The Sun »

The Sharp Things est un collectif de « chamber pop » basé à Brooklyn , dirigé par Perry Sherpa et dont The Truth Is Like The Sun est le deuxième opus, après Green Is Good, de ce qui devrait être une série de quatre albums.

Son leader a, depuis 10 ans, étoffé son line-up et a agrandi une instrumentation qui n’a rien à voir avec le « mainstream » ou l’indie pop-rock. On trouvera donc des cuivres, des cordes, des vents et des claviers, le tout résultant en un son baroque et unique, texturé par le densité des compositions. Celles-ci sont plutôt ébouriffantes, comme sur l’ouverture « Can’t Get Started » avec un chorus surpuissant épaulant le piano, débouchant ensuite sur la douce ballade mélancolique qu’est « Lulubelle ».

Ces moments passés, The Truth va empoigner un répertoire plus enlevé et aux chansons toujours aussi impérieuses : « Flesh And Bone » pourrait faire partie d’une chute de studio de Pet Sounds et « Talk To Me » aurait très bien pu être un nouveau titre de Harry Nilsson si ce dernier, n’était pas déjà mort.

Les arrangements sont amples et multiples, flugelhorn et glockenspiel apportant cette touche supplémentaire de charme à l’élégance de l’album. Cet attrait est un tantinet rétro car il semble puiser dans les fifties et sixties, époque où les temps étaient plus simples et aussi plus avenants et où la sophistication mélodique était le but ultime. Il ne sera donc pas malaisé pour ceux qui apprécient cette époque d’identifier les influences de Carole King, de Left Banke ou des Zombies, des Beach Boys, des Byrds, de Burt Bacharach, de Phil Spector et, bien évidemment, des Beatles.

Les identifier ne nous empêche pas non plus de nous identifier à ces quelques dix titres qui font de The Truth Is Like The Sun un album pop strident et bénéfique dans lequel la seule concession au rock sera « Playing The Benelex ». Tant que l’on saura être un véritable amoureux ainsi qu’un érudit de la musique appréciant les compositions mémorables et tout aussi érudites on ne pourra que savourer cette beauté positive qui volette tout au long de ses plages.

★★★★☆

9 janvier 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

San Fermin: « San Fermin »

Ellis Ludwig Leone est diplômé de musique de l’Université de Yale et compte maintes et maintes années d’éducation classique. On a beau vouloir éviter les a priori ce background ne peut qu’attirer des conceptions préétablies quand on entre dans l’univers de San Fermin ; la plus évidente étant de se dire qu’on allait avoir à faire à un album de la plus grande ampleur, ambitieux au point de sonner pompeux voire pompier.

Pour étayer cette préconception, il faut savoir que San Fermin a été crée dans un environnement, certes solitaire mais au Banff Center, un centre culturel situé à Alberta au Canada qui se décrit comme « le plus grand incubateur d’art et de créativité au monde ». La genèse et la conception du disque en ont donc été le reflet et cette profondeur est évidente tout au long de ses 17 plages qui regorgent d’idées et d’imagination qui, dans la plupart des cas, vont s’amalgamer avec fluidité.

Les vocalistes que Ludwig Leone a invités permettent de lier entre elles ses compositions d’essence classique dans un mode « new folk » où se mettent en place des chansons d’amour. Cela donne une humeur plus pop, enjouée et accrocheuse, aux antipodes de l’abstraction que la « Grande Musique » véhicule souvent.

Concrètement cela se traduit par un entremêlement où folk-pop et classique se fondent en créant deux mondes : l’un est chaleureux, accueillant et nous conte une histoire d’amour, l’autre est fait d’interludes qui nous focalisent ailleurs en évoquant la violence et, ce faisant, nous éloignent du conte qui est ici narré.

Ces contrepoints font de San Fermin un disque à écouter avec circonspection tant ils semblent parfois superflus et même sans cohérence avec l’ensemble mais ça ne devrait pas surprendre quand on considère qu’il s’agit d’un premier album.

Jess Wolfe et Holly Laessig, du groupe indie pop Lucius, alternent les parties vocales, tenant la barre l’une après l’autre et engageant une conversation avec le somptueux baryton de Allen Tate. Ainsi se noue une relation qui sera la nœud du disque et qui se poursuivra sur toute la durée de l’opus. « Methuselah » abrite ce triumvirat de voix de façon magnifique et sert de vitrine à la vision de Ludwig Leone. Wolfe et Laessig fournissent de somptueux vocaux incitant à la rêverie et Tate sonne comme la synthèse de ce que Matt Berninger (The National) et Zach Condon (Beirut) créeraient si ils travaillaient ensemble.

Ces inclusions font de San Fermin beaucoup plus que la plupart des albums de Classique. Grâce à elles, l’histoire d’amour apparaît particulièrement solide, même si elle ne semble pas avoir d’épilogue discernable tant le dernier titre, « Altogether Changed », fait partie de ces interludes qui ne mènent nulle part ou nous interpellent réellement. L’important sera la puissance de l’émotion, angle sur lequel tout San Firmin se construit permettant au disque d’être autre chose qu’un album relativement plaisant à écouter mais ne nous touchant pas profondément.

« The Count » parviendra à réunir sous la même bannière pop étincelante, rock ardent et bouleversante composition classique sur une durée de quatre minutes, synthétisant à merveille de quoi est faite la vision constamment mouvante de Ludwig Leone. On y trouvera ballades de trouvère (« Casanova »), choeur (« Torero ») et déchirement sentimental (« In The Morning ») le tout avec le même niveau de talent.

San Firmin est donc un album de musique classique accompagné d’une histoire d’amour et de peine de cœur ; c’est aussi un disque de folk-pop servi par de merveilleuses compositions classiques et des arrangements exceptionnels. Il s’insère parfaitement dans ces deux univers et son audace à nous offrir une œuvre de pop baroque est tout bonnement irrésistible…

9 décembre 2013 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Polyphonic Spree: « Yes, It’s True »

Le mot « big » a toujours fait partie du mode opératoire de The Polyphonic Spree. Que ce soit à partir des arrangements flottants ou flamboyants jusqu’au le nombre de membres qui a fait partie de ce collectif (22 musiciens), tout ce qui tourne autour du groupe est marqué du sceau de l’emphase, une qualité qui l’a aidé à émerger comme étant un des groupes les plus curieux placé en orbite de la stratosphère pop.

Yes It’s True voit pourtant l’ensemble confronté à une réalité ; le fait que les vagues son élargissement sonique ne pouvaient aller que jusqu’à un stade où elles seraient amenées à reculer. Ce disque, le premier depuis 2007, les voit donc redescendre un peu sur terre ; bien sûr la « chamber pop » opulente est toujours présente tout comme ses assertions positives mais cette fois-ci le spectacle proposé a un moule beaucoup plus palpable et facile à digérer.

« You Don’t Know Me » ouvre l’album sur une guitare pop très aérienne secondée par une flûte pendant que Tim DeLaughter, le leader, semble prêcher du haut d’un piédestal les vertus d’être fidèle à soi-même et conscient de ses capacités. La plupart des compositions seront d’ailleurs comme embaumées dans dans un paquetage ramassé et concis, que ce soit la « chamber pop » éthérée de baroque de « You’re Golden » à la power pop lustrée de « What Would You Do ? ».

Il ne faut pourtant pas s’attendre à ce que le groupe penche un peu trop la barque du côté de la pop conventionnelle. Même dans ses incursions plus traditionnelles, il n’oublie pas de sacrifier au culte du grandiose. « Popular By Demand » sait à merveille utiliser les chorus expansifs des « background singers » alors que les timpanis et les orchestrations luxueuses de « Carefully Try » apportent au morceau une climat évanescent. Au niveau des textes, DeLaughter reste dans une abstraction familière (« Let Them Be » et son imagerie aquatique) tout en systématisant souvent ses visions musicales parfois décalées et déclamatoires.

La démarchede Yes It’s True se révèle ainsi beaucoup plus auto-centrée mais The Polyphonic Spree est toujours aussi attiré par l’excentrique, même si celui-ci est cultivé avec modération. Il demeure un groupe incapable d’approcher les choses de manière simple ; c’est ce petit grain écervelé et ses ambitions qui lui donne les moyens de surnager au-dessus des flots.

★★★½☆

5 septembre 2013 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

The Duckworth Lewis Method: « Sticky Wickets »

Avant toute autre chose The Duckworth Lewis Method était une formule qui était censée déterminer le résultat final d’un match de cricket quand il avait été interrompu par la pluie.

Sport on ne peut plus insulaire, il était étonnant qu’aucun artiste de Grande Bretagne n’ait songé à le célébrer. Cela a été fait en 2009 par un premier album du duo Neil Hannon (Divine Comedy) Thomas Walsh (autre excentrique, cette fois Irlandais du groupe Pugwash).

Quatre ans plus tard, ils récidivent avec Sticky Wickets, nouveau « concept album » consacré au cricket. On pourrait apparenter cette démarche à celle du Village Green des Kinks avec qui ce disque partage la même tonalité bucolique.

Point de nostalgie trop mélancolique pourtant ici mais des refrains plutôt enlevés et joyeux, une « chamber pop » rutilante de références obscures à un jeu qui échappe à la plus grande partie de la planète, un soft rock évocateur des années 70 et une forte influence « music hall » et vaudeville.

L’ambiance sera donc champêtre et surannée (l’élégiaque et contemplatif « Out In The Middle «  en étant le plus bel exemple), avec des synthétiseurs vintage ouvrant l’album, parfois quelques touches hip-hop et, en toile de fond, une réflexion sur comment la technologie a pu changer, non seulement les règles d’un jeu, mais aussi la marche du monde (« It’s Just Not Cricket », « The Umpire »).

Beaucoup d’esprit et d’ironie donc dans cet album et, de ce point de vue, on peut à nouveau évoquer Ray Davies, une « britishness » qui va jusqu’au pastiche d’elle-même avec ce clin d’oeil à ELO constitué par « Third Man », titre le plus accrocheur de Sticky Wickets. On y retrouvera en oute, comme dans une grande partie du disque quelques commentaires parlés. Ici ce ne sera ni plus ni moins que Daniel Radcliffe, l’ex Harry Potter comme pour donner une touche encore plus idiosyncrasique à l’ensemble.

Sticky Wickets est un disque « fun » auquel on aurait donbc tort de reprocher son côté inoffensif. Il s’écoutera avec la lassitude irrémédiable qui saisira le spectateur béotien d’un match de cricket mais rendra bienheureux l’infime minorité qui s’exstasie sur les « wickets » et le « innings ».

★★★½☆

3 juillet 2013 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire