No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Tindersticks: « No Treasure But Hope »

Depuis The Waiting Room paru en 2015, Stuart Staples, en groupe ou en solo, n’a pas chômé. Après la bande son du documentaire Minute Bodies – The Intimate World Of F. Percy Smith, l’album solo Arrhythmia et plus récemment, toujours fidèle à la réalisatrice Claire Denis, la bande originale du film High Life, le voici de retour avec un « véritable » album des Tindersticks : No Treasure But Hope, treizième disque studio du groupe.
D’entrée, ce qui frappe à l’écoute de ce comeback, c’est l’atmosphère qui règne sur l’ensemble de l’album. On ressent une véritable osmose, comme une libération tout au long des dix compositions. A commencer par cette ouverture joliment intitulée « 
For The Beauty », qui vous pénètre avec ce piano majestueux et cette voix toujours aussi parfaitement posée. Dès l’entame, on sent déjà la grâce qui pointe le bout de son nez. Le premier single qui avait annoncé l’album en septembre dernier, « The Amputees », était une véritable surprise de par le côté enjoué que la chanson dégage malgré une thématique loin d’être amusante.
La musique des Tindersticks n’a jamais connu de côté facétieux et le reste de l’album est là pour l’attester une fois encore. Car à l’exception de ce titre, les musiciens de Nottingham délivrent tout au long des quarante-six minutes de
No Treasure But Hope une harmonie musicale posée, très subtile qui n’a nullement à voir avec un quelconque amusement.
« 
Trees Fall », tragédie à la beauté immense, en est une parfaite illustration pendant ses trois cent cinq secondes divines. A ce moment de l’album, on se dit que cela fait tellement longtemps qu’on n’a pas entendu les Tindersticks à un tel niveau. D’autant qu’ils n’ont pas fini de nous émouvoir sur ce disque.
« 
Pinky In The Daylight » et son coté ensoleillé vient à son tour illuminer le disque. Le fait que Stuart Staples soit parti vivre en Grèce ne doit pas y être étranger. « Carousel » possède pour sa part plutôt une atmosphère feutrée et s’associerait à merveille en musique de fin de soirée. Tout est magnifique dans cet album, on a le sentiment que les Tindersticks sont peut-être en passe d’avoir sorti là un des plus beaux voire le plus beau disque de leur discographie.


Si la mélancolie du somptueux « 
Take Care In Your Dreams » ou la délicatesse « The Old Mans Gait « confirment ce sentiment, il n’en demeure pas moins que le choc de No Treasure But Hope figure bien dans « See My Girls, » chanson incroyablement folle avec ce piano qui la débute, sur lequel une basse vient s’accoupler avant que Stuart Staples ne s’aventure dans un chant presque chamanique lui-même renforcé par cette guitare parfaitement immiscée avant que les chœurs des autres membres du groupe ainsi qu’une une série de cordes la remplissent également. En 1993, « Jism » venait marquer à jamais le premier album du groupe. En 2019, « See My Girls » lui rend la pareille. Comment se remettre d’une telle gifle ? Eh bien avec des moments apaisés et apaisants, tels que « Tough Love » ou le superbe final, No Treasure But Hope, comparable à un au revoir ou un adieu.
Vous l’avez compris, les Tindersticks signent là un des très grands disques de cette fin d’année, et probablement l’un des tous meilleurs de leur carrière. Superbe de bout en bout
No Treasure But Hope est un monument d’une grande intensité vocale et musicale. On n’espérait plus connaître un tel bonheur de la part d’un groupe qu’on suit et aime pourtant depuis plus de vingt-cinq maintenant. Et pourtant, s’accrocher à cet espoir nous a permis de trouver un trésor, un joyau qu’on se devra de chérir longtemps.

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14 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Girl In Red: « Beginnings »

Girl In Red a, jusqu’à présent, un parcours fulgurant. Il y a un an et demi quasiment personne n’avait entendu parler de cette jeune norvégienne qui enchaîne désormais les concerts à guichets fermés dans des salles de plus en plus grandes. Avec ses chansons composées dans sa chambre, elle a séduit à une vitesse fulgurante grâce aux réseaux sociaux un public de grands ados qui se sont retrouvés dans ses textes, mais pas seulement.

Beginnings est la synthèse de ses deux premiers EPs ; on remarque d’ailleurs une évolution sonore dans la seconde moitié du disque, mais aussi des titres de plus en plus forts, « Dead Girl In The Pool » et « I’ll Die Anyway » en tête. Comme quoi parfois l’authenticité ça paie.

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2 novembre 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Belle and Sebastian:  » Days Of The Bagnold Summer »

Juste avant d’embarquer pour leur croisière en Méditerranée avec Yo La Tengo, Alvvays ou encore Camera Obscura, les Belle & Sebastian avaient donc bouclé en catimini un disque « B.O » pour un long-métrage intitulé Days of The Bagnold Summer. Réalisée par Simon Bird, cette adaptation d’un roman graphique de Joff Winterhart met notamment en scène Earl Cave, qui n’est autre que le fils de Nick Cave. Si le teen movie britannique ne sortira en salles que dans le courant de l’année 2020, Matador Records a décidé d’anticiper la chose en publiant le disque bien en amont. Il faut dire que les Écossais s’apprêtent à partir en tournée – ils seront notamment au Pitchfork Festival à Paris au début du mois de novembre – et c’est toujours mieux lorsqu’il y a un peu d’actu. Là-dedans, il y a aussi une certaine habileté dans le sens où ce Days of The Bagnold Summer peut – du coup – être abordé comme un album à part entière.

L’exercice de la bande originale n’est en tout cas pas totalement nouveau pour Belle & Sebastian. On se souvient notamment de Storytelling en 2002. Même si – finalement – seuls quelques passages n’apparaîtront dans le film de Todd Solondz. Plus marquant : le travail de Stuart Murdoch pour God Help The Girl, long-métrage qu’il a aussi co-réalisé en 2014. Enfin, on ne compte plus les emprunts au répertoire de la troupe de Glasgow. « Soundtrack-isées » à merveille dans « Juno » (Piazza New-York Catcher), ou encore High Fidelity (« Seymour Stein»), les chansons de Belle & Sebastian apparaissent aujourd’hui dans des tas de séries. Ceux qui ont vu la dernière saison de Casa Del Papel auront forcément reconnu « Another Sunny Day ». Voilà pour la petite histoire. Les liens entre les Belle & Seb’ (depuis le temps, on se permet quelques familiarités) et les écrans – qu’ils soient grands, moyens ou petits – apparaissent aujourd’hui comme une évidence.

Concernant Days of The Bagnold Summer, on passera rapidement sur les reprises d’ « I Kwow Where The Summer Goes » (face B de This is Just a Modern Rock Song, 1998) et de « Get Me Away From Here, I’m Dying » (If You’re Feeling Sinister, 1996). D’abord parce qu’on les connaît par cœur, mais surtout parce que ces coups de lifting n’apportent pas grand chose. Bien au contraire. À la décharge des Écossais, c’est le réalisateur Simon Bird – grand fan parmi les fans du groupe – qui a insisté. Il fallait que ces deux chansons apparaissent dans la B.O. Pourquoi ? Parce qu’elles font tout simplement partie de ses « préférées » de Belle & Sebastian. Ça peut se comprendre. On plaidera donc « non-coupable ».

En revanche, partout ailleurs – et alors que beaucoup en doutaient au regard d’une discographie devenue moins passionnante depuis la fin de l’époque «Jeepster» – Stuart Murdoch montre qu’il en a encore sous son petit chapeau noir. À commencer par le « lead single »…« Sister Buddha » est une peinture sociale, conquérante et quasi militante, portée par un groupe qui a envie d’en découdre la fleur entre les dents. Ici, tout n’est qu’évidence aussi, et on se retrouve avec l’une des meilleures choses que Belle & Sebastian ait pu proposer depuis les quelques fulgurances de Girls In Peacetime Want To Dance (2015).  « Sister Buddha « en a d’ailleurs conservé quelques traits « europop ».

Ce qui marque, c’est surtout le retour aux premiers amours, à cet acoustique qui aura coloré aux crayons pastels nos vies d’adolescents insouciants entre 1996 et 1998 (la trilogie TigermilkIf You’re Feeling SinisterThe Boy With The Arab Strap). Et dans le genre, « Did The Day Go Just Like You Wanted ?, I’ll Keep It Inside » et son histoire de lèvres trop humides pour cette première cigarette, ainsi que Safety Valve (une chanson vieille de 25 ans, mais encore jamais sortie) sont des petites merveilles de délicatesse folk. Parfois, la dentelle cousue main par nos écossais prend la forme d’une carte postale, notamment le temps d’une (soft) bossa nova –«  This Letter » – qui vient presque conclure un disque où les cuivres discrets des grands débuts font également leur retour.

Days Of The Bagnold Summer contient aussi quelques histoires sans paroles. Elles sont pastorales (« Jill Pole »), nous embarquent pour un « Moon Safari (The Colour’s Gonna Run) » ou renvoient directement aux dialogues du film (We Were Never Glorious)… Ces parties instrumentales sont assez remarquables, et ne sont certainement pas l’œuvre d’un groupe en roue libre et ou fin de parcours. Pour Belle & Sebastian, Days Of The Bagnold Summer est ce que l’on pourrait appeler une « Acoustic Renaissance ».

***1/2

21 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Ra Ra Riot: « Superbloom »

Métaphore d’un monde qui part à la dérive, la pochette de l’album, ce bouquet de fleur qui se pixelise, qui devient  flou par endroit, est à l’image de la musique qu’il contient. Certaines fois, il s’écoute tout seul, un genre de ballet électro pop à peu près dans le spectre émotionnel normal. Et puis les autres fois, souvent, disons qu’on est plus dans le dur, à causer de guerre, de famine, de malheur divers sur l’échelle de la douleur. Globalement, il s’agit bien d’un disque triste, ce qui ne l’empêche pas d’avoir toute ses qualité intrinsèque.

On remarquera déjà à l’écoute que ce mélange de pop et d’électro fonctionne parfaitement, qu’aucune chanson ne pompe honteusement une autre, tout en ayant un disque d’une grande cohérence  musicale. C’est d’ailleur la diversité de sa musique qui en fait sa force, avec force d’éclectisme, avec cet esprit pop indéniable, celui qui vous fait bouger tout seul sur la chaise du bureau. Mention pour le chant, tout en énergie mais aussi en retenu,e ainsi que pour les chœurs, très réussis.

Peut être pas un album indispensable, mais, sans conteste, un disque à écouter.

***1/2

28 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Emma Russack: « Winter Blues »

Beaucoup de questions sont posées par Emma Russack sur Winter Blues son cinquième album, un disque où elle passe beaucoup de temps à s’interroger sur ses motivations sans, pour autant, recueillir de réponses.

Mais c’est, au fond, le but ; Russack a trop de jugeote pour ne pas savoir qu’une interrogation telle que celle posée sur le titre « What Is Love » n’est inéressante que pour les raponses que chacun peut y donner.

En encadrant ces problématiques dans un support musical où domine une chamber pop au ralenti, Russell apporte à la fois ruminations et évite de s’emparer d’un processus de travail sur soi douloureux mais aussi fastidieux pour qui l’écoutera.

La chanteuse a choisi la crête fine qui est celle sise entre dramaturgie et facétie, une approche beaucoup plus organique que celle qui précédait sur son compagnon précédent, un Permanent Vacation ancré dans la quête extatique et idéalisée.

Ainsi, « Be Real » s’ancrera dans un schéma «  riot grrrl » agressif, du moins autant que la chanteuse peut l’être. Nul beaoin de faire démonqtration de dorce pour affirmer son point de vue. Chacun pourra, ici, y trouver sa propre identité ; ouvrer sur son passé ou ses vulnérabilités n’a de sens que si volume et textures ne sont pas mises en avant pour le plaisir de l’être. La chanson-titre est, à cet égard, faite de cette résignation endeuillée où l’artiste s’emploie à traiter avec humour et second degré notre humeur de découragement dans laquelle il est si facile de se complaire en blâmant le temps qu’il fait , ou une chose aussi bien qu’une autre.

Ce disque est, au contraire, une réussite pour cet artiste idiosyncratique et atypique d’explorer ses frustrations et colères sans en faire étalage. Cette approche minimaliste est saisissante tant elle permet de créer une fragilité de toute beauté au sein de cette manière qu’a Russack de s’ouvrir en toute sincérité comme si Winter Blues était un acte de confiance.

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21 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Hilang Child: « Years »

Hilang Child fait parti de ces nouveaux noms à retenir dans la scène indépendante. L’artiste, mi-indonésien mi-gallois, a, indubitablement, de quoi faire parler de lui avec un univers musical qui laisse pantois sur son premier album intitulé Years.

De son vrai nom Ed Riman, il nous offre un parfait condensé de pop baroque et de post-rock aérien pour un résultat bluffant. Imaginez un peu une fusion entre Sigur Ros et Fleet Foxes et bien vous obtiendrez des morceaux aux incroyables arrangements. On peut citer le titre d’introduction nommé « I Wrote A Letter Home » avec ses envolées vocales et lyriques ou bien même des sonorités dignes d’Imogen Heap sur le titre suivant « Growing Things » comme quoi le bonhomme n’a pas froid aux yeux.

C’est avec des chœurs célestes, des ambiances atmosphériques et des refrains envoûtants qu’Hilang Child tire son épingle du jeu. Que ce soit à l’écoute des perles comme « Boy », « Rot » ou bien de « Oh, We’re Getting Along » ou des moments bluffants comme la cascade de synthés sur « Starlight, Tender Blue » et le crescendo instrumental de « Endless String », Years regorge d’innombrables trouvailles inventives qui nous font frissonner. Et il est clair que le musicien a tout appris de ses influences en plus de Beach Boys qui plane tout au long avec le sublime « Crow » et met la barre déjà haute pour ce premier disque constant et homogène qui brille par sa beauté cristalline.

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13 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Kishi Bashi: « Omoiyari »

On n’avait plus de signe de vie de la part de Kishi Bashi et son troisième album Sonderlust paru il y a maintenant deux ans et demi. Il est fort dommage que le musicien américain d’origine japonaise soit soit sous-estimé de la sorte car à travers ses récits personnels, il ressort toujours des œuvres d’exception. Une fois de plus, il nous le prouve avec l’incroyable Omoiyari.

Moins personnel thématiquement parlant et plus sociopolitique dans les discours, Kishi Bashi donne son avis sur la montée de la white supremacy aux Etats-Unis suite aux élections américaines de 2016 ayant plongé le pays dans le chaos. Profondément affecté par le sort des Américains ainsi que des personnes étrangères vivant sur le sol, il décide de cicatriser cette douleur et ce malaise général en musique. Et pour ce faire, il revient aux sources en nous offrant ses compositions les plus touchantes avec « Penny Rabbit and Summer Bear » qui ouvre le bal ou bien même « Marigold » et « Angeline ».

Omoiyari le verra emprunter des influences plus baroques et moins audacieux qu’auparavant. Un peu comme si Sufjan Stevens de la période Illinois et Fleet Foxes ou bien même Other Lives fusionnait sur des titres aux allures dramaturgiques comme « F Delano » et « Summer of ’42 » où il nous plonge dans des récits dignes des plus grandes épopées de l’histoire de son pays d’origine. Qu’il chante en japonais sur le théâtral « Theme From Jerome (Forgotten Words) » ou que ce soit en instrumental sur le frémissant « A Meal For Leaves », Kishi Bashi ne laissera personne indifférent. Excepté la conclusion country-folk un peu trop légère nommée « Annie, Heart Thief of the Sea » en revanche.

Avec Omoiyari, Kishi Bashi revient aux sources et nous offre son disque le plus touchant et le plus engagé de sa carrière. En ouvrant les grandes pages de l’histoire et en remettant le contexte dans la société d’aujourd’hui, le musicien arrive enfin à faire ouvrir les yeux de son auditeur et nos oreilles avec.

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6 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Pearlfishers: « Love and Other Hopeless Things »

David Scott, leader de The Pearlfishers, sort son neuvième et peut-être ultime album sous le nom du groupe puisque le label pour qui il enregistrait a mis la clef sous la porte.

Rien, toutefois, ne ressemble plus à un album de The Pearlfishers qu’un nouvel album des Pearlfishers. L’Écossais maîtrise sur le bout de ses agiles petits doigts l’abécédaire de la pop de chambre, signé d’or aux côtés de ses contemporains Neil Hannon, Sean O’Hagan, Paddy McAloon et bien sûr le collègue Brent Cash. Love and Other Hopeless Things en est sa plus éclatante démonstration en date : élégance innée dans les arrangements de cordes et de cuivres, allégeance prêtée à Brian Wilson, Burt Bacharach, une certaine patine jazzy aussi.

C’est un disque d’un raffinement absolu, aux mélodies délicates, irradiées de romantisme, mais relevant d’une science de l’orchestration précise qui n’est pas à la portée du premier venu.

Cinq ans après Open Up Your Coloruring Book, ce nouvel album approfondit encore cette quête vouée par Scott de la chanson pop parfaite… Peut-être l’a-t-il bien atteinte sur « Sometimes It Rains In Glasgow », somptueuse ballade hommage à sa ville, qui nous transporte instantanément dans ces trottoirs perlés de pluie.. L’album laisse pourtant encore quelques splendeurs à découvrir, tel « Once I Lived In London », co-écrit avec Bill DeMain (membre du duo américain Swan Dive), aux doux arpèges folk et ses harmonies enchanteresses élaborées sous l’égide de Jimmy Webb. On remarquera aussi un instantané pop « One For The Bairns » ou uelques sensibilités latines plus prononcées en version cinémascope, Nino Rota et Ennio Morricone sur le splendide instrumental « A Woman On The Verge Of Becoming A Cyclist ». Une ballade nocturne aussi, superbe, « A Walk Into The Blue Night », seul titre véritablement poignant accompagnera ce disque taillé pour fédérer la lumière, symptome que ces chansons sur L’amour et ses choses désespérées renouent avec cet art perdu et précieux de la pop orchestrale de bon goût.

***1/2

17 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Lawrence Arabia:  » Lawrence Arabia’s Singles Club »

Le Néo-Zélandais James Milne est un fervent défenseur de la cause « chamber pop ». La vraie, celle avec clavecin, violons ou autre autoharp. La sienne est, certe,s bercée au son 70’s de la côte ouest américaine, mais – tout en restant de facture classique – elle est surtout confectionnée de mille et une textures qui lui permettent d’élargir les frontières. Ou du moins, de les rendre perméables à des incursions indie, voire britpop (dans ce qu’elle avait de plus orchestrée).

Apparu en 2007 au sein de formations comme The Brunettes ou encore The Reduction Agents, James Milne a aussi accompagné Feist, Okkervill River ou encore Connan Mockasin, avant de se faire connaître sous le nom de Lawrence Arabia. Sous ce patronyme, il a sorti quatre albums. Et ce Lawrence Arabia’s Singles Club est le cinquième de la série. Mélodies pop de hautes volées, arrangements d’une classe folle, joli casting… Voilà un disque qui porte bien son nom, tant chacune de ces douze chansons pourrait justement faire office de « singles ».

D’ailleurs, c’est ainsi que le disque a été conçu. Comme une compilation rassemblant le fruit de douze mois de travail. En effet, durant un an, James Milne a composé un titre par mois, qu’il se devait de livrer à tous ceux qui avaient bien voulu contribuer à son projet lancé sur Kickstarter. Le tout, sur la base de trente esquisses de chansons tracées à partir de 2016 (après la sortie d’Absolute Truth), et avec cet objectif d’en faire « douze splendides singles ». Un travail – deadline mensuelle oblige – mené dans une urgence qui a permis à James Milne de faire ressortir le meilleur de Lawrence Arabia.

L’entrée en matière qu’est « Solitary Guys » est à tomber par terre et rappelle l’habileté déconcertante qu’à James Milne pour tailler et habiller la chanson pop parfaite. Tout en falsetto. C’est lumineux, ça laisse rêveur, et le pire c’est que le miracle se reproduit sur « One Unique Creature », « Everybody Wants Something » et surtout sur « Everything’s Minimal ». Lawrence Arabia y dépeint les couples Instagram qui montrent tout et qui – finalement – trompent tout le monde à commencer par eux-mêmes (« And now we lie, lie, lie »). Pour ça, il est accompagné par Hollie Fulbrook (Tiny Ruins) et tous deux forment une romance qui déchante à merveille.

Tant que nous y sommes, évoquons aussi l’autre invité de marque du Singles Club de Lawrence Arabia. On le retrouve en fin de parcours, le temps d’un « Just Sleep (Your Shame Will Keep) », et il s’agit ni plus ni moins que de Van Dyke Parks, l’arrangeur préféré de Brian – Beach Boys – Wilson. Tout cela, en sachant que Lawrence Arabia est ici épaulé par tous ceux qui ont jalonné son parcours. C’est le cas de l’homme au masque blanc Jonathan Bree, ou encore de Liam Finn.

Ailleurs, Grandaddy fait de la twee-pop (« A Little Hate »), la britpop classieuse se voit ressuscitée (« Oppositional Democracy »), Syd Barrett pastiché (« Cecily ») et « La Femme d’Argent » de Air rappelée à nos souvenirs adolescents (cette basse ronde 70’s que l’on retrouve régulièrement ici et là). Dit comme ça, on pourrait croire que ça part dans tous les sens, mais pas du tout. Tout est cohérent, sans emphase et mené avec une ironie propre à tout bon « faiseur » de chamber pop. Dans le texte, on pense notamment à Neil Hannon et à sa Divine Comedy. C’est toujours juste, drôle, et cela faisait bien longtemps qu’un disque de ce genre n’avait été aussi brillant.

****1/2

3 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

The Opelias: « Almost »

Almost sent bon le printemps et ce quatuor venu de Cincinnati nous apporte un rayon de soleil parfumé d’une douce mélancolie. Ce deuxième album commence par quelques onomatopées (« pom pom pom pom pom »). Tel un joli conte, « Fog » ouvre le bal d’un univers qui dépeint le quotidien des jeunes filles actuelles, amours perdues, premiers rapports et petits tracas avec la force et le pouvoir de maîtriser son destin face à des mecs qui ont oublié que les nanas avaient repris leur destin en main, comme sur la superbe « General Electric ».

Tout l’album va résonner au son du piano et du violon (un fil rouge qui se trouve être l’épine dorsale de ce projet), parfaitement maîtrisés par Andrea Gutmann-Fuentes. La rythmique, menée à la baguette par Micaela Adams (batterie) et Grace Weir (basse); le chant et les compositions sont assurés par Spencer Peppet, une voix douce, un timbre apaisant. On s’abandonne pendant trente minutes dans un univers sans pareil, d’une rare élégance.

Avec Almost, ces musiciennes poussent le curseur un peu plus loin dans le détail des arrangements, chaque chanson dégage sa propre atmosphère comme le passage en boucle inconscient de « Night Signs ».

Les chansons s’enchaînent, brèves et efficaces, des mots éveillent nos sens ou des souvenirs d’enfance, entre un rêve doux et un cauchemar récurent. Avec Almost, The Ophelias atteignent presque l’équilibre parfait. Elles ont su magnifier l’intime en allant jusqu’au bout de leur créativité. Un disque qui pourrait peut-être devenir une référence.

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4 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire