Michael Nau and The Mighty Thread: « Michael Nau and The Mighty Thread »

Michael Nau and The Mighty Thread : sous ce premier album éponyme, se cache un musicien venu de Maryland qui, accompagné de son groupe, nous embarque dans des virées rétro pour les moins renversantes à mi-chemin entre folk psychédélique et Americana débridé nourrie de chamber-pop

On se laisse ainsi embarquer par des titres aux arrangements somptueux faits maison (piano dans le salon, vibraphone dans la cuisine, guitare la salle de bain, section rythmique dans la chambre…) allant de « Less Than Positive » à la pop meurtrie de « On Ice » en passant par les voluptueux « When », « What’s A Loon » et autres « Funny In Real Life ».

Michael Nau and The Mighty Thread a ralisé ici un très bel album de pop de chambre fait maison avec des grands moyens. Résolument voyageur de A à Z notamment sur « Far The Far », « Funny Wind » ainsi que l’étincelante conclusion qu’est « Smudge », ce premier opus sent l’été et le voyage vers d’autres horions et arrive à nous emmener très loin. Un road album gorgé d’émotions et de ciselures en quelque sorte.

***1/2

Chilly Gonzales: « Solo Piano III »

Le Montréalais d’origine Chilly Gonzales s’est fait connaître pour ses multiples commerces avec le jazz, le trip-hop et la pop. Il a collaboré avec Daft Punk ou Drake mais son album le plus populaire est paru 2004, Solo Piano, était loin de représenter ce qu’on connaissait de lui. Le pianiste laissait aller tout son talent en présentant des compositions rappelant beaucoup le jeu délicat des morceaux d’Erik Satie. Après avoir renoué l’exercice avec Solo Piano II en 2012, il revient avec Solo Piano III, un bel album dans la continuité des précédents.

L’inspiration de Satie reste évidente dans Solo Piano III.  Dans « Treppen  » , le premier titre, la progression et le jeu utilisé par Gonzales font beaucoup penser au travail du compositeur français. « Famous Hungarians », « Chico » et « Be Natural » ont aussi cette lenteur caractéristique alors que «  Eye » s’écoute comme une valse.

Par la suite, le rythme devient différent et mène vers d’autres univers. Il y a des rappels plus anciens encore: « in C-Sharp Major  c fait carrément référence à un autre prélude bien connu de Bach qu’on trouve dans « Le Clavier bien tempéré ». L’emprunt est plus qu’évident mais il est très emblématique de la volonté qu’a Gonzales  à jouer avec les différents courants musicaux pour en faire une autre oeuvre à part entière.

D’autres influences plus modernes sont présentes dans plusieurs mélodies. « Nimbus » emprunte la densité du son et le minimalisme qu’on trouve dans la musique de Philip Glass. « Pretenderness », lui, le rappelle dans l’utilisation de boucles mélodiques. Quant à « Blizzard », le jeu de piano est très proche du jazz et l’air évoque plutôt Steve Reich, un autre grand de la musique minimaliste.

En somme, voilà un album est bien exécuté. La surprise est moins grande que lors de la sortie des deux premiers, mais il n’en reste pas moins un produit de belle qualité.

***1/2

My Autumn Armour: « Letter To Brie »

Parfois il ne suffit que d’une guitare acoustique sonnant doucement, d’un rock construit sur une suite d’accords légers et d’un talent démoniaque pour écrire des textes intelligents. Si vous êtes capable d’y associer un esprit subtil vous êtes alors capable de réaliser un album de la trempe de ce Letters To Brie, méfait commis par My Autumn Armour l’aventure solo du californien Thomas Monroe.

Ce musicien est le maître d’oeuvre d’un EP qui combine rock moderne façon Killers et manière de redonner fraîcheur à bon nombre de titres qu’on estampillerait volontiers comme classiques du genre.

« In a Scene » est sans équivoque un morceau irrésistible : rythmiques fracassantes, synthés à vous rendre pantois et inflexion vocale à la Cheap Trick. Les lyriques de Monroe sont hyper descriptifs et pointent au récit d’une histoire qui se veut grandiose et alimentée par une attaque musicale hachée façon new wave.

« Gabrielle” » ouvre l’album sur un mode joliment sensible avec des tonalités luxuriantes et désuètes en collision avec une mélodie pleine d’allant. La voix de Monroe est soyeuse et lisse mais suinte de passion, chose permise par le large spectre du chanteur où la plaidoirie pour La Dame est, ici, emprunte de vulnérabilité et de dépendance.

Être un redoutable artisan de la chose dite est une chose, créer un univers où honnêteté et sensibilité est une autre gageure. C’est pourtant ce que réussit à faire Letters To Brie. Les portes sont grande ouvertes au potentiel émotionnel sans doute parce que le matériel est encore délié. Arriver ainsi au coeur des choses rend essentielle l’arrivée d’un véritable dont on se doit de jurer qu’il est voué à déchirer.

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The Divine Comedy: « Foreverland »

In 2010, Neil Hannon le leader de The Divine Comedy enregistra la bande son de la comédie musicale Swallows and Amazons. Il avait fallu attendre longtemps avant que cette entreprise ne puisse enfin voir le jour et, à ce titre,  il a fallu un temps certain pour que ce nouvel effort de Divine Comedy n’opte pour une mise en scène plus théâtrale.Hannon avait été marqué par cette expérience scénique et il a donc oeuvré inlassablement sur un concept de doux titres servis par une narration appuyée.

Foreverland vise à la grandeur et il n’est pas éloigné du grandiose en maintes moments. Hannon dipose d’un orchestrre de chambre apportant un scintillement aux compositions; les cordes sont mises à contribution mais interviennnt comme des coups de poignards plutôt que comme des veloutés porteurs de floraison. On trouvera même un banjo utilisé avec justesse sur « My Happy Place »  ainsi que « The One Who LOves You ».grand, managing to fall just short enough of grandiose-by a hair. Hannon has a chamber orchestra twinkling in these compositions, as well as strings, which stab effectively rather than flourish messily. Even a banjo finds its way in, on « My Happy Place, » and is picked up again on « The One Who Loves You, un morceau oùil se pomène avec nonchalance au milieu d’une instrumentation à cordes des plus dramatique. Ces cordes sous tendent l’intégralité de Foreverland ce qui est une autre cartactéritioue qu’il partage avec le théêtre.



Que ce soit en partant de « Catherine the Great, » et de ses interrogations sur la notion de souveraineté grâce à une orchestration qui trouverait sa place en plein milieu de l’ère baroque, que l’on examine les mêmes thématiques avec la « vibe » flamenco couronnant « A Desperate Man », Foreverland  va parcourir toutes sortes d’aires.

« Funny Peculier » emprunte le ton de la conversation pour un dialogue flirtant avec le théâtre classique, « Other People » va s’embrancher sur un même style de narrativité et des cordes sorties de l’univers de Disney pointeront vers une dramatisation intensifiée par une surabondance d’effets et de « blah blah blah ».

 Il sera peu surprenant que le morceau s’arrête abruptement tant il sait donner sa place à lune flamboyance qui jaillit comme une formula magique, aussitôt écoulée, aussitôt disparue.

***1/2

 

Giorgio Tuma: « This Life Denied Me Your Love »

Auteur d’un merveilleux album de « chamber pop » (In The Morning We’ll Meet), Gogio Tuma s’était mis à expérimenter au moyen de « singles », de diverses collaborations et d’incursions dans le cabaret et le reggae.

This Life Denied Me Your Love voit l’Italien renouer avec les tonalités rtiches de la chamber pop. Comme à l’origine on retrouve un son hérité des High Llamas et de Broadcast et évocateur de ces randonnées en solitaire la nuit dans les rues de Rome.

Si on ajoute un peu de soft rock («  Foxes Don’t Lie ») et une production plutôt vaporeuse aux confins de la dream pop on obtiendra un opus qui parvient toutefois à déchirer le voile qui l’enrobait grâce à des plages de « reverb » donnant à l’ensemble un son plus brouillé qu’éthéré. La ballade country, « Mountain Elia K » aura ainsi un climat cinématographique et « Maude Hope », lui, nous rappellera des groupes comme Stereolab.

Le résultat est un bel album fait de sophistication pour amateurs de bonne « easy listening ».

***1/2

 

Ra Ra Riot: « Need Your Light »

L’énergie de Ra Ra Riot a toujours été indéniable ; elle l’est encore plus sur ce quatrième album. Précédemment, elle se voulait porteuse d’impacts (les titres de Beta Love ne dépassaient pas 4 minutes), sur Need Your Light , le combo éprouve le besoin de s’étendre un peu plus dans l’electronica tout en conservant une approche chamber ou baroque pop.

Cette nouvelle approche n’est pourtant pas prédominante, Need Tour Light se veut un « partry album » mais elle n’est qu’un des éléments de l’équation.

S’il y a des synthés, ils sont constitués de riffs qui louchent vers la mouvance « heavy » et le groove qui aurait pu être « dance » va plutôt voir du côté du honky-tonk que de l’electro. Le résultat en est un opus qui balance mais qui va plutôt voir dans ce qui se faisait il y a une dizaine d’années que d’une échappée sans retour.

Le travail rythmique est, ici, fondamental et le « single, » « Water », exemplifie à merveille la fusion de tous ces styles pour atteindre un sommet « symphonico électronique » et célébratoire.

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The Sun Harmonic: « After We Fly »

Kales Nathaniel Hikele a choisi un pseudo assez judicieux, The Sun Harmonic, pour nous délivrer une musique élégiaque, légère et endeuillée.

Pour cela il semble avoir puisé dans les plus belles ballades des Beatles pour y trouver inspiration, chose relativement aisé pour un jeune homme qui a pris des cours de paino classique depuis l’âge de cinq ans.

After We Fly est pétri de ces jolis maniérismes que l’on trouve dans la chamber pop sous-entendant un extérieur pastoral et traversé par les lueurs d’un soleil couchant.

 

Tout est donc dans la tempérance et la délicatesse, même quand, de-ci de-là, une instrumentation discrète encadre les morceaux mais ce sera surtout quand il parvient à joindre cette délicatesse à une véritable intimité (« As I Go Away », « Where Your Beauty Lies ») qu’il est le plus impérial.

Avoir commencé comme chanteur punk mène à tout ; Hikele s’en est sorti avec majesté.

***1/2

The Granite Shore: « Once More From The Top »

Il aura fallu attendre cinq ans et deux « singles » (dont un fantastique « Flood of Fortune ») pour que Nick Halliwell ne sorte, toujours sous le nom de The Granite Shore, son premier album Once More From The Top.

Du granit, le disque n’a bi la pesanteur ni la masse ; pour cet opus Halliwell a su s’entourer de ce qui se fait de plus beau en matière de pop anglaise tendance baroque. On aura donc droit àaux participations de Phil Wilson (June Brides), Mike Kellie (Only Ones), Steve Perrin et Mike Finney (Distractions) et Martin Bramah (Blue Orchids, The Fall).

Ce qui sera de mise sera par conséquent cette légèreté sans âge qui évoquera The Divine Comedy, Shack (les membres de Pale Fountains qui ont servi de backing-band à Arthur Lee) ou Wild Swans qui ont participé au premier « single » de Halliwell.

On ne feindra pas d’oublier une influence primordiale celle de Eric Matthews qui semble avoir été ici responsable des arrangements étincelants et chamarrés (les trompettes par exemple) accompagnant les guitares éthérées de cette pop arcboutée à la douce brise d’un vent délicat.

Les vocaux sont comme des caresses de crooners et les compositions de véritables tours de force même si le disque aurait pu utiliser des titres plus enlevés de la tremp ede « Windows and Orphans » ou « Flood ».

Si on ajoute que Once More From The Top est une sorte de concept album relatant la vie et la carrière d’un groupe, face publique puis face cachée respectivement sur un microsillon numéroté 1 et 2, on pourra sans exagérer placer cet opus aux côtés du légendaire Odessey & Oracle des Zombies autre figure tutélaire de cette pop aussi éternelle que peut l’être la beauté interprétée par des musiciens habités par cet amour obstiné de la musique qui gouverne la trame de l’album.

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Chilly Gonzales: « Chambers »

Après le succès de Solo Piano II en 2012, John Beck, plus connu sous le nom de Chilly Gonzales, est de retour avec  Chambers. Ce natif de Montréal traîne une réputation d’enfante terrible et de personnage arrogant (ne dit-il pas de lui qu’il est un génie?) mais on ne peut nier son jeu de piano inventif et, ici, une addition bienvenue, celle d’un quatuor à cordes.

Son approche demeure, à sa décharge, teintée d’humour et elle permet de rendre accessible à beaucouo une forme d’art, ici la musique de chambre de la période romantique, réputée difficile. Sous ses doigts habiles il est capable de mettre en valeur son intimité chaleureuse et ses mélodies doucement flottantes ; c’est à cet exercice que Chambers s‘attelle et avec un certain succès.

Soutenu par le Kaiser Quartett de Hambourg les compositions se succèdent de façon harmonieuse (« Green’s Leaves », «  Freudian Slippers » par exemple, certaines même comme « Switchcraft » nous proposent des incursions plus sombres dans des mouvements alternant passages furtifs et élémets plus spacieux. Comme pour touts ces compositions, Gonzales a le chic pour nous ramener au motif initial et à son léger et tintant frappé de touches.

La rythmique n’est pas absente, « Solitaire » se veut même désinvolte tout comme l’élan qui dictera l’urgence véhiculée par les cordes sur « Sample This ». Enfin, le sens du jeu n’est pas non plus négligé avec « Cello Gonzales », une conversation entre le pianiste et son violoncelliste ou « Myth Me » calembour sur « miss me » (me manquer) et son faux statut d’artiste mythique .

Artiste, Gonzales l’est absolument ; il n’est que de de considérer son va et vient entre modes mineurs et majeurs sur « Advantae Points » ou la fluidité de « Burden This » ; capable ainsi de donner une tournure évocatrice à ses compositions, il nous offre un pont inattendu entre le sérieux du classique et l’enthousiasme de la pop.

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Belle & Sebastien: « Girls In Peacetime Want To Dance « 

Avec la sortie, attrayante et calmement aventureuse, de ce disque, toute crainte qu’on aurait pu avoir que Belle & Sebastien aient perdu leur élan en raison des distractions de Stuart Murdoch générées par le projet God Help the Girl ainsi que par l’enregistrement de seulement deux albums en neuf ans, doit être aujourd’hui évacuée. Si le groupe n’a pas percé comme leurs disques des années 90 auraient pu le faire espérer, il ne s’est pas non plus séparé et la faconde créative de ce nouvel opus suggère , au contraire, qu’un processus de jouvence est à l’oeuvre ici.

Les compositions sont subtiles, modernes dans la mesure où elles ménagent un mélange générique de ce qui se fait de nos jours mais lui apportent une touche artisanale old school aussi bien dans la musique que dans les textes. De ce fait, le spectre des chansons est plus large que ce à quoi les fans peuvent être habitués et avec l’érudition et le poli qui émanent des paroles on a droit à un équilibre efficace entre humour et réflexions sentencieuses. « Nobody’s Empire » est ainsi une exploration à la première personne des expériences du narrateur, combinant résilience et vulnérabilité, et riche de détails. « Enter Sylvia Plath » et « Play For Today » sont atteints de changements d’humeur et ponctués d’une synth disco alerte, anthémique et enlevée qui dément le sujet de ces deux drames issus de la BBC.

« Everlasting Muse » affichera un parfum gitan plein de swing et le tout sera enrobé dans un son cristallin du plus bel effet que l’on peut sans doute attribuer au producteur Ben Allen. Celui-ci parvient on ne peut mieux à mettre en évidence la pureté vocale de Sarah Martin en particulier quand elle chante en harmonie dans des duos et qu’elle est épaulée par une délicate reverb lustrée.

Belle & Sebastien valent mieux que le rock respectable et feutré dans lequel ils ont été enfermés. Si on cherche quelque chose d’hédoniste ou de psychotique, Girls In Peacetime Want To Dance sera trop aimable pour vous. En revanche , quand on aime que la musique soit mélodiques pleine d’esprit, diverse et dansante, il sera difficile de déceler une faille dans une écoute qui prodiguera joies et découvertes.

***1/2