No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Rhiannon Giddens: « There Is No Other »

Il n’y en a pas d’autre… qu’elle. Rhiannon Giddens est non seulement la plus grande interprète de notre monde, elle gagne en pertinence et en audace à chaque extraordinaire projet. Après avoir brandi avec d’autres auteures-compositrices de nouvelles chansons folk pour dénoncer les iniquités d’hier et d’aujourd’hui,  la voilà forte d’une autre alliance qui permet à la chanteuse d’opéra (qu’elle est encore) de pousser son gospel-blues avec une puissance inouïe.

À son cher banjo s’ajoute la multitude des instruments que joue l’improvisateur jazz Francesco Turrisi, et si le résultat nous souffle, rien n’est déraciné. Bien au contraire : tous poumons dehors, Rhiannon fait voyager dans le monde entier son héritage. Ses relectures des traditionnelles « Wayfaring Stranger » et « Ten Thousand Voices » qui devient une sorte d’opéra africain) sont plus qu’épatantes : elles donnent du courage pour changer le cours des choses.

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11 mai 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , , , | Laisser un commentaire

Ben Harper & Charlie Musselwhite : « No Mercy In This Land »

Inutile de rappeler qui est Ben Harper et encore moins qui est Charlie Musselwhite. Juste rappeler que les deux bonhommes se sont retrouvés en 2013 avec un premier album intitulé Get Up! où le chanteur et guitariste et le joueur d’harmonica nous ont épaté avec leur blues vintage et voyageur. Cinq ans plus tard, ils remettent le couvert avec No Mercy In This Land.

Voici donc dix nouveaux morceaux où Ben Harper & Charlie Musselwhite continuent leurs escapades au fin fond de l’Amérique avec leurs sonorités blues, country-folk et rock’n’roll et leur alchimie fonctionne une fois de plus avec l’introduction « When I Go » qui donne le ton à ce voyage musical.

La voix si charismatique et reconnaissable entre mille de Ben Harper se mêle bien aux guitares rugueuses et des solos d’harmonica de Charlie Musselwhite qui donnent une certaine profondeur sur des morceaux comme « Love And Trust », « Found The One » et le plus mélancolique « When Love Is Not Enough ».

Tantôt rythmé (« Trust You To Dig My Grave ») tantôt dansant (« The Bottle Wins Again »), le tandem nous délivre une énergie beaucoup moins rock qu’auparavant mais reste toujours entraînant comme il se doit. Le morceau-titre ira retrouver nos deux compères tous les deux au micro pour prouver qu’ils sont au top de leur forme. No Mercy In This Land ne révolutionnera pas grand chose dans la grande discographie de Ben Harper mais nous réservera une petite surprise en forme de parenthèse bien agréable.

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8 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

of Arrowe Hill: « A Conspiracy of Clocks »

L’originalité de of Arrowe Hill n’est pas dans leur nom ou le fait qu’ils viennent de Liverpool mais qu’ils définissent leur musique comme du blues folk injecté de psychedelia et d’acide. Leur nouvel opus, A Conspiracy of Clocks, répond on ne peut mieux à cette définition insensée après quelques album lo-fi et à moitié acoustiques.

Après 14 années d’existence ce collectif sait allonger la sauce et les 13 titres du disque sont pratiquement parfaites. « These Owls Of Mine » ouvre la danse sur une tonalité de guitares skiffle en bataille dans lequel virages et dérapages se succèdent à une vitesse vertigineuse, le tout en un peu plus d’une minute. « …& That’s What Really Happened Blues » et « Around the Corner » sont les « lead singles » qui vont consolider l’affaire mettant en avant les talents de compositeur et de vocaliste de Adam Easterbrook. La musique y est variée, le faux calypso du deuxième titre, et malgré son côté entraînant parvient à véhiculer un climat où mélancolie et lyrisme cohabitent. Expert dans l’art du contrepied Easterbrook est ainsi capable d’y amalgamer différents univers, kafkaïen, par exemple, qu’il ajuste ici d’un délicieux solo de flute.

On aura ,bien sûr, l’instrumental de rigueur pour un groupe se réclamant de la psychedelia ; il permet assez curieusement d’étendre les muscles musicaux du combo et de sonner comme si il émanait d’un enregistrement du Beat Club. « Whatever That Means » combinera riffs en légers carillons et harmonies tendues et malgré la thématique parfois morbide de A Conspiracy of Clocks celui-ci sur une note finale plus enlevée avec des plaisanteries dont on pourra ou non savourer la pertinence et la viabilité.

A Conspiracy of Clocks est un disque qui montre qu’il suffit de quelques idées pour que tout soit possible. Alors que la production est plutôt lo-fi, les nappes et les textures subtiles donnent aux compositions quelque chose de plus que si les arrangements avaient été plus ouatés Avec ce nouveau disque Easterbrook nous gratifie de rythmes accrocheurs en contraste avec les thèmes du macabre ; voilà une écoute idéale pour quelqu’un avide de pouvoir se plonger dedans.

***1/2

2 janvier 2015 Posted by | Quickies | , , | Laisser un commentaire

Neil Young: « Storytone »

On connait la prolixité artistique de Neil Young, figure tutélaire et éclectique du rock, avec ses chefs d’oeuvre mais aussi quelques albums décevants. C’est chose presque logique quand on considère une abondante discographie couplée à une longue carrière dont on ne peut qu’admirer la sincérité et la probité.

Chose étant dite, environ un an après la sortie d’un étrange A Letter Home, un disque de reprises sixties réalisées dans la vieille cabine d’enregistrement de Jack White, la Voice-O-Graph vinyl recording booth, Neil Young est de retour avec un projet totalement différent mais toujours aussi idiosyncratique.

Storytone est une collection de dix nouvelles compositions du Loner présentées de deux manière : l’un en solo, l’autre de façon symphonique. La première partie n’est pas qu’acoustique;on y trouve piano, harmonica, guitare électrique et quelque chose qui sonne comme un ukulélé et une six cordes à résonance dans le mix. « Symphonique » n’est peut-être pas non plus le terme approprié car les arrangements de éSay Hello To CHicago » et « Like You Used To Do » (qui rappelle sa toute première « cover » du « Baby What You Want Me To Do » de Jimmy Reed sur Broken Arrow) bénéficient d’arrangements propres aux « big bands ».

Si on prend en compte également sa séparation récente de Pegi Young (sa femme depuis 36 ans) et sa nouvelle romance plutôt affichée avec Daryl Hannah, Storytone peut être lu comme une juxtaposition de vulnérabilité et de grandeur, de rudesse et de sentimentalisme excessif. C’est un instantané assez intéressant d’un homme en transition, ne se sentant plus épris, redécouvrant l’amour à nouveau, méditant sur les relations humaines, sur les rraports qu’on peu avoir avec la nature et nous apostrophant pour prendre sa défense.

Il ne semble pas toujours avoir raison,mais toujours aussi vital. Sur les versions solo faites en mode demo les chansons sont, sans surprises, plus nues ; Young au piano en sustain chante des récits d’amour tristes, « Plastic Flowers » ou « Glimmer » ; le tranquille blues électrique de « I Want To Drive My Car » chuchoté d’une façon emprunte de lassitude.

Quand il fait appel à l’orchestre de 92musiciens, les résultats sont variables. « Who’s Gonna Stand Up ? » en est la chanson phare, complète avec un coda et des lignes de basses étonnantes. En tant qu’appel aux armes pour protéger l’environnement ce sera l’occasion appropriée pour lancer un choeur immense mais, ailleurs, le côté symphonique et les compositions ne partagent qu’une connexion ténue. Ainsi «  When I Watch You Sleepin » affiche des percussions brinquebalantes, une guitare grattouillée et un harmonica qui coexistent plutôt qu’ils ne s’harmonisent et fusionnent avec la section à cordes.

Comme sur A Letter Home, Storytone est un recul sonique. Dans ce cas pourtant, il s’agit d’un retour vers le temps où les symphonies étaient omniprésentes, dans les bandes sons tout comme dans les morceaux country. Il suffit alors de ne pas être rebuté par certains choix esthétiques (carillons sur « Tumbleweed » par exemple) pour entendre un Neil Young toujours aussi honnête et mémorable dans ce qu’il entreprend, à l’image de ce « I’m Glad I Found You ».

***1/2

4 novembre 2014 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire