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Tant qu'il y aura du Rock!

Vukari: « aeveum »

Ça ne s’appelle pas « Black Metal » pour rien. A l’image de ce très bel artwork, très évocateur, écouter ce aevum revient à faire face à l’immensité. Que ce soit celle de la vie, de l’univers, ou quoi que ce soit d’intangible mais déprimant, l’expérience s’apparente à hurler face à une tempête de flammes en croyant pouvoir l’arrêter  de sa petite voix désespéré. Ce n’est pas joyeux, mais mais ce n’est pas ce que l’on a pu entendre de plus triste dans la vie. La voix se noie et se débat dans les remous permanents d’une batterie au staccato de mitraillette, de la guitare rythmique et de la  basse dans le brouillard dans le fond, quant à la rythmique, eh bien elle semble faire écho à la voix.

Immergé dans la masse, submergé par une lame de fond, elle lutte pour ne pas s’effondrer. Un bon album, que ce aevum, peut-être même très bon, expressif en diable, mais qui aurait gagné à être peut être un peut plus concis. Il faut prendre le temps de l’écouter, d’une seule traite, au calme, pour en apprécier les coins les plus sombres, et parfois y trouver un peu de lumière.

***1/2

14 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Murmur: « Cairn »

Associer le black metal et le doom de tradition un peu funéraire est un défi séduisant auquel certains se sont essayés, pour des résultats inégaux, où souvent les colorations s’affadissent dans la recherche périlleuse d’un équilibre. Entreprise solitaire de l’acronymique A.L.N., musicien basé à Portland, מזמור (prononcer « Mizmor) montre que ça fonctionne : il suffit de pouvoir compter sur une belle maîtrise des deux styles, sans forcément chercher à les fusionner d’ailleurs. Facile. Ce contraste est le ciment de Cairn, troisième album en date. Il lui prête son effervescence radicale et sa stature, que met généreusement en valeur le pinceau de Mariusz Lewandowski, décidément l’un des plus talentueux héritiers de Beksinski, si ce n’est son égal.
Mais ouvrir cette chronique en parlant d’alchimie de styles, fut-elle réussie, est presque un non-sens, tant à la vérité,
Cairn est livré sans étiquette. Ses quatre morceaux, aux titres suffisamment évocateurs, intimident autant qu’ils aspirent. Son imposant, guitares scarifiées, respirations acoustiques, percussions tantôt véloces, tantôt beurrées de plomb, voix résolument marquées comme appartenant à une dimension où l’on ne s’aventure pas sans bien consulter le bestiaire… A.L.N. déploie un univers sonore particulièrement dense et étudié, presque surprenant lors d’un premier contact où l’on s’attend à quelque chose de plus polarisé. On se rend néanmoins vite compte que les compositions réclament cette profondeur comme le plongeur en perdition réclame de l’oxygène.


Autre surprise relative, le côté très « européen que l’on observe dans certaines séquences. Là où les meneurs du sursaut black metal américain ont beaucoup œuvré à désapprendre les précurseurs, afin de se construire des sons légitimes, A.L.N. semble quant à lui avoir gardé une tendresse pour la Norvège des grandes années, illustrée par des blast-beats tout en sobriété et en constance, et par de belles lignes de guitare flottant par-dessus la mitraille. Ce n’est là qu’une des multiples facettes de
מזמור sur cet album, mais suffisamment originale pour être relevée. L’énergie dépensée pour animer à tout instant les points cardinaux de cette matière en mouvement impressionne. Cairn a beau être l’œuvre d’un homme seul, il est aussi censé être joué sur scène, et cela s’entend.

Lorsque le tempo redescend, parfois à la limite du surplace, l’ambiance se fait crépusculaire. Les riffs empressés d’il y a quelques secondes se figent et face à la glaciation qui menace, A.L.N. se cabre et tire de sa guitare des harmonies d’une pureté sidérante, des suspensions, des instants de cathédrale. On pense alors nécessairement à des groupes comme Mournful Congregation, et surtout Bell Witch, dont le dernier disque, également illustré par Lewandowski, est un phare du genre. Mais toutes les parties lentes ne sont pas consolation. Les seize minutes de « The Narrowing Way », jouées sur un rythme processionnaire (on peut parler de sludge pour le coup), sont habitées d’une colère noire et parcourues de dissonances réellement effrayantes. C’est dans ces moments que l’on jauge le mieux la polyvalence de l’album et à quel point, sous leurs faux airs de dédales sans issue, ces morceaux sont gorgés d’états d’âme changeants, alternés avec une remarquable souplesse.
Il y a aussi derrière
Cairn, et tout
מזמור à ce jour, un fond philosophique : l’auscultation de l’irréparable divorce entre la soif de clarté de l’Homme et l’absurdité du monde, tel que dépeint dans Le Mythe de Sisyphe de Camus, avec en filigrane le spectre omniprésent du suicide possible. Que l’on ignore, creuse ou schématise cet aspect, il est toujours intéressant qu’un album réserve une lucarne permettant de contempler les tempêtes crâniennes de son créateur. C’est même bien utile car s’attaquer à des albums-monstres comme celui-ci requiert un tel investissement que quelques indices et un brin d’empathie ne seront jamais de trop pour accrocher les bonnes dispositions.

***1/2

10 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Darkthrone: « Old Star »

Les vociférations du black metal ont largement été considérés comme une réponse à la vélocité somme toute punk du death metal, cette musique – dont on contournera avec véhémences les provocations – n’en demeure pas moins l’une des plus fascinantes à écouter en matière d’extrémités sonores. C’est avec cet état d’esprit qu’il convient d’aborder le dernier album de Darkthrone. Ted Skjellum, alias Nocturno Culto, et Leif Nagell, alias Fenriz, en sont déjà à 20 disques sortis avec la ferveur de ceux qui n’ont plus rien à prouver, et on peut convenir que ces joyeusetés qui puisent chez Celtic Frost ou Venomn e snt pas déplaisantes sur ce nouvel opus du combo.

Le démarrage sur un rythme en 4/4 de «  I Muffle Your Inner Choir ». motraille sur au niveau des riffs et ne peut que faire penser à Lemmy pour les vocaux. Le fait que le tempo ralentisse en sa deuxième partie invoquera les mânes du doom metal avec, en particulier, un travail à la basse assourdie.

Mais l’interlude sera de courte durée, et ça repartira à toute vitesse jusqu’à une conclusion tout en crescendo projetant « I Muffle Your Inner Choir « dans un mur de distorsions indéniablement salutaires.

Le tempo est agressif et l’hystérie sonore bat son plein. Si l’on en tient juste à la musique et qu’on fait abstraction du bazar crypto mythologique, les six morceaux de Old Star seront un excellent prétexte pour faire du bruit ; et c’est ainsi qu’il convient de l’aborder pour quelque usage qu’on a décidé de donner à cette fonction.

***1/2

26 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Blut Aus Nord: « Hallucinogen »

Il y a quelque chose très évocateur chez Blut Aus Nord, peut être ces structures de chansons assez classique, longue, progressive, mélodique. Des guitares saturées à l’extrême en brouillard noisy dans le fond, une batterie qui se la donne double pédale et rythmiquement en arythmie, quelques claviers cold wave et un chant fantomatique qui véhicule malaise. Sans compter une guitare soliste en roue libre qui donne le meilleurs d’elle même.

Il y a, à cet égard, quelque chose de parfois malsain à se laisser perdre dans l’écoute du disque, il y à quelque chose de dérangeant qui semble poindre à la surface, au détours d’un morceau.

Cet opus est bizarrement addictif, d’ailleurst personne ne saurait mettre en défaut ces sept morceaux (d’en moyenne plus de six minutes). ils sont escessivement bien composés et construits, sans temps morts, et ça ne devient  jamais du black métal qcomme on entendrait souvent ailleurs. Les ambiances sont nrassées, même si parfois elles ne le sont que brièvement, ; Hallucinogen est un opus très réussi, à condittion de se mettre dans les bonnes dispositions mentales… et non simplement musicales.

***1/2

22 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Donarhall: « Helvegr »

Helvegr, du groupe allemand Donarhall est construit, selon l’aveu des compositeurs, comme la lecture de huit poèmes ( en huit pistes cqfd) ou le chant s’efface pour laisser place à une musique total faites dans le but avoué de stimuler l’imagination de l’auditeur.

Cela évoquera selon les personnes bien des choses différentes, tant la palette musical est riche. Certain y verront les grands espaces naturels, immaculés, préservés de la souillure de l’homme, et d’autre peut être y verront de la violence, du désespoir ; euphémisme qui souligne que c’est loin d’être joyeux.

Finalement, là ou Donarhall aurait pu sortir un énième disque  de black métal, honnête, correct mais insignifiant le fait de laisser le chant s’effacer permet de laisser un blanc que doit combler l’auditeur, ce qui est la force de l’album. En stimulant l’imaginaire, on touche à ce qu’il y a de plus noble dans ce type de musique, offrir une main tendu à l’interprétation.

***1/2

5 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Yellow Eyes: « Rare Field Ceiling »

Suffit-il que cinq ou six groupes habitent le même pâté de maisons pour faire une scène ? On vous laisse réfléchir à la question. Toujours est-il que la récurrence du terme Brooklyn black metal, apparu dans le sillage de Krallice et Liturgy il y a une dizaine d’années, interpelle. Si l’on considère que tout épithète est un entre-soi, on y verra, à demi-amusé (ou pas), une forme de réaction symétrique à la grande famille des groupes étiquetés Cascadian black metal, sévissant pour leur part dans les verts recoins du Northwest. Les apôtres de la permaculture d’un côté, les exégètes du posturbanisme de l’autre. Maintenant que la caricature est posée, nous pouvons centrer le propos sur Yellow Eyes, qui peut-être ne se réclament pas eux-mêmes de l’école de Brooklyn, et après tout, who cares, n’est-ce pas ? Ce qui est vrai, c’est que le groupe appartient à une petite galaxie de projets ayant pour dénominateur commun le guitariste/vocaliste Will Skarstad. On citera Sanguine Eagle et Ustalost pour les archives, et aussi parce que les deux valent largement le détour.
 S’ils développent des propos et des esthétiques différentes, les groupes de Will Skarstad se rejoignent naturellement sur certaines bases, la première étant un son de guitare à la fois ultra écorché et lumineux, comme enveloppé d’un halo de cuivre, propice à éveiller une impression de mystère et de grande ancienneté. Ce son typé est constitutif de Rare Field Ceiling, comme avant lui du très bon Immersion Trench Reverie (2017).


 Dans cette même lignée, Yellow Eyes s’affranchissent en totalité d’une gestion alternée des temps. Leurs morceaux ne repassent jamais deux fois au même endroit, obligeant l’auditeur à renoncer aux repères « classiques » et à raccorder son attention aux virages imposés pour ne pas se laisser décrocher. Par chance, la variété est au rendez-vous et ménage de nombreuses respirations, lesquelles compensent de façon salutaire les parties rageuses où le groupe donne tout, sans édulcorer quoi que ce soit, derrière les sermons criards de Skarstad. Le mot « sermon » est à dessein car un fond spirituel anime l’œuvre de Yellow Eyes, sans la prendre en otage – on est heureusement loin des rengaines liturgiques omniprésentes d’un Batushka. Cette présence du mystérieux, déjà mentionnée dans les guitares, prend aussi la forme de passages atmosphériques traversés de cloches, ou encore de beaux extraits de chants populaires slaves qui, adroitement fondus dans une matière ambient, rappellent la poétique paysanne des films de Béla Tarr. Pour le petit vernis d’authenticité, ajoutons que ces chants de femmes ont été, sauf fake news, enregistrés par Skarstad lui-même lors d’un voyage en Sibérie. Au smartphone quand même, la perfection n’est pas de ce monde.
Abrité derrière un concept difficile à décrypter (les amateurs de symboles seront aux anges), Rare Field Ceiling est un album épique au sens noble, à la fois intimidant par son côté sérieux et progressif, et hospitalier pour qui viendra juste se repaître d’une musique créative en diable. D’évidence il ne prendra jamais une ride.

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15 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Aoratos: « Gods Without Names »

Aoratos est le projet de la tête pensante de Nightbringer, l’américain Naas Alcameth. Au sein de celui-ci, son but est clairement de redonner une légitimité au terme black metal. En effet, beaucoup de formations du genre privilégient la brutalité, la sauvagerie, la haine chevillée au corps. Aoratos, lui, a d’autres projets, plus extrêmes. Il se propose de ramener l’indicible horreur, la répugnante noirceur au coeur du genre. Gods Without Names est un tout. Black atmosphérique, black cru, dark ambiant s’y conjuguent, et si les ambiances sont prépondérantes, groupe n’hésite pas à jouer de silences, de stridences et, à placer ça et là hurlements d’effroi pour qu’on ne puisse oublier d’où il vientet comment il tire tant de titres malsains, voire bestiaux.

Ainsi, Aoratos parvient sans peine à instaurer un climat de haine et de terreur au travers de ses neuf compositions. On ne peut que féliciter Debemur Morti, le label du combo, d’être parvenu à déceler le talent chez des formations qui, certes, ne sortent pas de nulle part, mais ne se contentent plus de singer leurs condisciples et ont une vraie passion pour le genre qu’ils servent. Gods Without Names est une véritable réussite, un retour aux sources de ce que représente le black metal : un genre en-dehors de toute convention, musicale et humaine, centré sur tout ce qu’il y a de plus noir chez l’homme, parvenant sans mal à réveiller les forces obscures pour l’assister et les exorciser.

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21 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Gardsghastr: « Slit Throat Requiem »

Gardsghastr est un super groupe de black metal formé de membres d’autres combos du genre ; Bekëth Nexëhmü et Chaos Moon qui sont respectivement suédois et américains.

Il a son propre style ; un black symphonique qui doit pas mal aux nineties.

Cela se métérialise par des curseurs placés différemment où ce qui sautera aux oreilles sera ratranscrit par des riffs et une vois noyés sous les claviers.

Le côté épique, occulte et majestueux s’en trouve renforcé mais l’impression générale est c’elle d’un brouillon, d’un fouillis sonore artisanal, bref de recherche encore en hachère.

Cela reste quand même assez bien ficelé, assez en tout cas pour qu’on s’accroche et qu’on souhaite mener l’écoute à son terme.

Se dégage aussi de cet opus une certaine forme de désespoir glacé, et de terreur ; il est en effet à noter que le côté atmosphérique est assez développé aussi, et il règne donc ici un équilibre certes fragile et qui ne conviendra peut-être pas à tout le monde, mais bien palpable. On peut bien entendu parfois penser à des formations comme Vinterriket ou Darkspace, soit des groupes qui allient une certaine exigence mélodique avec un esprit résolument black metal. On ne s’en plaindra pas ; Slit Throat Requiem fonctionne très bien, et pourrait même faire sensation dans le genre.

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9 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Nordjevel: « Necrogenesis »

Sur son album éponyme en 2016, Nordjevel faisait la démonstration d’un black cru et intense ; avec Necrogenesis la même approche est de rigueur, mais un cran au-dessus. Les riffs, le chant, les rythmiques semblent redoubler de puissance. Et on ne va pas s’en plaindre. Certes, le genre développé est très classique, déjà entendu des dizaines de fois au travers des travaux de Setherial, Dark Funeral, Marduk ou Watain mais, en même temps, on trouve ici l’ex batteur de Dark Funeral capable d’en rajouter encore un peu plus dans l’outrance.

Impossible de ne pas adhérer à des titres comme « Panzerengel » qui conclut l’album comme pour témoigner de la marge de progession et de créativité rehaussé d’ambiances au clavier et de parties techniques qui transfigurent le titre. Bien sûr, rien ici n’est du domaine de l’inédit mais cela cela rend toutefois cet opus imparable et plein de promesses pour un avenir qui s’annonce noir et glacial à souhait.

***1/2

30 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Vanum: « Ageless Fire »

Deuxième album pour les américains Vanum. Le duo pratique un black metal atmosphérique qui s’inspire autant de la scène américaine qu’européenne. Il faut dire que ses membres ne sont pas les premiers venus, et pratiquent leur art au sein de nombreuses formations couronnées de succès au cours de nombreuses années. Et ça s’entend. Sur ce disque, Vanum sait parfaitement où il met les pieds. Il emploie les bonnes méthodes pour parvenir au bon résultat ; un black qui mélange des éléments épiques, crus et atmosphériques. Tout ça est complété par une voix déchirée et des accalmies assez doom, mais rares.

Le résultat ? On ne s’ennuie pas une seconde au sein de ce « Ageless fire » qui pourtant n’use que d’effets et de riffs connus et reconnus. Puissance, mélodie et intensité se bousculent au sein de six titres aux durées très diverses ; on passe de moins de deux minutes (le dernier titre est une outro, ok) à plus de dix minutes, tout de même. Et des ambiances certes assez proches mais changeantes. Pour ceux qui ont découvert, ou qui découvriront, le premier album « Realm of sacrifice », il y aura peu de surprises. Le groupe est tout de même parvenu à resserrer son propos, et à le rendre un peu moins typé black metal, sans pour autant rogner sur sa personnalité, ce qui est bien joué.

***1/2

19 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire