Summer Camp: « Beyond Clueless »

12 septembre 2014

Les deux premiers disques de Summer Camp se référaient tant à la culture plastique de le société de consommation américaine qu’on aurait pu croire qu’ils étaient arrivés un quart de siècle trop tard ou qu’ils feraient une bande son idéale pour ces «  tennagers movies  » qui examinent la jeunesse US.

Beyond Clueless est avant tout un film, écrit et dirigé par Charle Lyne est un hommage à cette période et à ce genre avec plus de 270 clips montrant Elizabeth Sankey et Jeremy Warmsley balançant des musiques de style The Jocks, the Plastics, the Skaters et the Geek. à cette hiérarchie sociale si classique aux lycées des écoles américains.

Ce genre de chose n’est pas nouvelle pour Summer Camp mais le fait de l’appliquer dans le contexte d’un film lui donne un nouveau son et une autre dimension, plus profonde. Les bribes de films, une de leurs marques déposées, sont toujours là sur « Meet The Cliques » par exemple mais les extraits de conversations où les lycéens discutent du mérite de telle ou de telle chose ont pour arrière-fond des synthétiseurs qui pétillent et jettent un regard critique,voire une ombre, sur les dialogues.

Il s’agit de remettre en question l’ordre social qui règne dans ce microcosme et Beyond Clueless est beaucoup plus noir que tout ce qu’a pu sortir le groupe auparavant. Disparues sont les pépites pop lustrées et scintillantes, il s’agit d’un album qui ne célèbre pas la « teenager culture » mais expose plutôt les craquelures de sa façade. « Weak Walls » fait penser à du David Lynch en terme d’atmosphère (samples audio, maelström de guitares, attaques de percussion féroces) et « Judgement » suit la même procédure, s’ouvrant sur un clip audio justifiant son titre.

De l’electronica rêveuse et menaçant parsème le disque et apportent une touche de condamnation supplémentaire à ce tableau ; au total cette bande-son témoigne de la versatilité dont est capable le duo, quelque chose qui va bien au-delà de la pop ensoleillée et des sodas sucrés.

***1/2


The Ministry Of Wolves: « Music From Republik Der Wölfe »

25 avril 2014

 

Misic From Republik Der Wölfe est la bande son théâtrale d’un projet de Alexander Hacke (Einstürzende Neubauten), Mick Harvey (co-fondateur de Nick Cave & The Bad Seeds), Danielle Piccioto (co-fondateur de Love Parade et membre de Crime & The City -olution), et Paul Wallfisch (directeur musical du Théâtre de Dortmund). Les morceaux ont été écrits spécialement pour une représentation sous-titrée A Fairytale Massacre with Live Music et tirée de certains contes « pré moraux » recueillis par les Frères Grimm.

Comment alors qualifier cette musique ? Elle est à la fois cabaret, perverse et drôle, théâtrale et mélodramatique, gothique bien évidemment et, dans l’ensemble, nocturne. On y trouve harpes, vibraphones, guitares électriques accompagnant ou se distanciant de textes écrits et chantés par Ann Sexton et chantés par Alexander Hacke le vocaliste de Die Haut.

Ce contraste est assez saisissant, tranchant et discordant même si les riffs sont souvent répétitifs et se veulent enchantersu ( le violon gitan de « Rumplestiltskin » par exemple).

Les vocaux ajoutent à ce contrepoint ; ils sont hurlements étouffés, aboiement contenus coupant comme les pointes de guitares ou de claviers qu’on entend ici et là et qui nous font nous interroger sur la nature du narrateur : est-ce lui ou un double ?

Cette perversité est délicieuse pourtant (le drone acoustique de la guitare de Harvey sur ‘The Frog Prince ») comme si une créature issue du monde de Disney se trouvait transposée dans un univers où règnerait le Théâtre Noir. On comprend alors en quoi des contes de fées peuvent se révéler des massacres et en quoi, déjà chez Brecht qui rôde en filigrane, on était déjà familiarisé avec les charmes de la décadence et de ce qui se dissimulait sous le merveilleux et la respectabilité bourgeoise.

***1/2

 


Coeur de Pirate: « Trauma »

6 février 2014

Traumaest, d’abord, une série télé canadienne pour laquelle, à chaque saison, on demande à un musicien du cru de faire une bande-son sous forme de reprises. Stéphanie Martin et son groupe Coeur de Pirate on été chargés de la saison cinq et, quelque part, le fait de nommer l’album par le nom de la série n’est pas inadéquat.

Le combo a toujours eu une image plutôt grand public même si ses climats doux amers et sa voix envoûtante révélaient une personnalité moins aseptiséee qu’on ne le pouvait croire. Trauma garde toujours sa tonalité acoustique et lo-fi mais, dès l’entame, le version de « Ain’t No Sunshine » de Bill Withers nous introduit dans un univers plus dense et expressif qui servira de une toile de fond au disque.

Pour cela, outre les guitares sèches, le piano va se faire hasardeux et les vocaux étouffés et remplis d’échos. Place est ainsi donnée à l’intonation et à la personnalité de chaque chanson, le parfait exemple en étant son traitement du « I’m No Good » (sic!) de Amy Winehouse. En intensifiant le côté lounge et soul de l’original, Martin en effet appuie sur l’émotion ; chose qu’elle est capable de faire sans jamais élever la voix.

Ce sont pourtant des versions exceptionnelles du « Slow Show » de The National et de « Dead Flowers » des Stones qui montreront à quel point Marin peut aller plus loin. Sur le premier titre la combinaison entre piano, cordes et éléments de percussions remplit le morceau d’énergie et d’émotion, une dramatisation qui trouve sans pendant avec la façon sombre et effrayante dont elle nous balance la composition des Rolling Stones.

Faire une compilation est toujours une question de choix personnel et en enregistrer des reprises sert à marquer sa singularité. Si Trauma justifie son appellation c’est bien parce qu’il nous fait entrer dans une autre dimension, traumatique dans le bon sens du terme, et qu’il démontre que Coeur de Pirate n’est pas un groupe englué dans une approche « clinique ».

★★★½☆