Tom Swafford & Zachary Swanson: »Scythe Paths Through the Nettles »

23 février 2021

La musique de Scythe Paths Through the Nettles, un album d’improvisations libres pour violon et contrebasse, est différente de la musique librement improvisée pour cordes. Le violoniste Tom Swafford et le contrebassiste Zachary Swanson jouent avec un fort penchant pour l’incorporation d’éléments de la chanson, parfois explicitement et parfois non, dans des improvisations qui sont libres tout en restant ancrées dans des formes de musique plus traditionnelles. Cela n’est pas surprenant, étant donné que les deux se sont rencontrés alors qu’ils jouaient ensemble dans un ancien groupe à cordes. Le son de Swafford a quelque chose d’ancien : même si l’on tient compte de quelques épisodes de technique étendue, son jeu montre ses racines dans le violon ainsi que dans le jazz.

Swanson joue principalement un pizzicato robuste, bien qu’il passe à l’archet sur « Spokeshave », « Rasp » et « Scraper » pour les accords et les lignes simples, et sur « Shoulder Yoke » et « Harrow Down the Clouds », le plus avant-garde des duos. Sur des morceaux comme « By the Fork and the Flail », avec son swing sublime et ses lignes de basse ambulantes, Swafford et Swanson établissent un contact explicite avec le jazz ; Dark Carlyle et Rear Brake Caliper font allusion à une progression d’accords.

Scythe Paths Through the Nettles a été enregistré dans un entrepôt de Brooklyn et, peut-être pour cette raison, sa qualité sonore est à l’état brut. Il n’en reste pas moins que c’est une écoute agréable et qu’elle présente un point de vue unique sur la musique non préméditée.

***1/2


Intelligent Life: « Everything Is Always The Same »

25 janvier 2021

Everything Is Always The Same justifie et dément à la fois son intitulé ; à ce titre il ne ressemble à pas grand-chose. C’est pourtant un album sensuel et terriblement envoutant tant il parvient à masser des zones profondes de notreécorce cérébrale, malaxant les sons avec une singularité qui apporte à la fois relâchement et excitation.

Il faut dire que derrièreIntelligent Life se cachent Jeff Düngfelder (Ümlaut) et le contrebassiste Mike Brown, unis dans une collaboration qui défie les genres, morcelant les zones de relaxation an des perturbations sensitives qui maintiennent nos sens et les initent à rester en éveil pour en apprécier chaque instant.

L’album est , à cet égard, un voyage dans la fluidité, diluant les frontières sur son passage, plongeant à l’intérieur de structures libérées des règles.

Intelligent Life bouscule ainsi nos repères et nous perd dans un dédale de directions, nous rattrapant à chaque instant grâce à son sens imparable de la continuité nb-narrative de son récit.

Le jazz et l’avant-garde, puisqu’il faut définir des genres, se croisent pour virer du coté d’un downtempo ondulant, voltigeant en rase-motte sur des tapis de vibrations moelleuses aux essences mystérieuses, irisant l’atmosphère d’ondes veloutées. En stases et en mouvements.

***1/2


The Necks: « Silverwater »

21 janvier 2021

La brièveté relative des trois titres de l’avant-dernier album des Necks, Chemist, a démontré que les longs développements d’idées musicales individuelles et clairement délimitées du groupe pouvaient être condensés pour les auditeurs en manque de temps. Les fans seront rassurés par le fait que leur dernier opus propose à nouveau une improvisation unique, ininterrompue, d’une heure, comme on l’attendait jusqu’à présent. Voilà au moins un retour à la norme. Mais sur Silverwater, The Necks ont tenté une nouvelle approche. Alors que les œuvres classiques des Necks, telles que Hanging Gardens, Drive By, ou même le langoureux Ether, se sont toutes développées selon des lignes audacieuses, plus ou moins directes, Silverwater est moins prévisible et plus protéiforme dans son développement. Au premier abord, son développement, particulièrement dans sa dynamique de tension et de relâchement, semble plutôt aléatoire, et donc insatisfaisant. Alors que les albums précédents présentaient des vues cristallines et sur grand écran, Silverwater est plutôt une lentille sur un microcosme d’incidents bouillonnants, et offre quelque chose de plus sombre, et sans doute plus riche. C’est comme si, après avoir proposé Chemist comme une offrande pour les personnes manquant d’attention, The Necks avaient créé quelque chose pour les auditeurs prêts à plonger et à s’immerger.

À l’écoute, on est alternativement attiré et aliéné par l’évolution incertaine de Silverwater. Le morceau-titre semble d’abord incohérent, bien qu’indéniablement séduisant dans ses parties. Une écoute plus approfondie au casque s’avère toutefois beaucoup plus révélatrice et immersive ; c’est comme si l’on examinait de près le maillage minutieux de mécanismes interdépendants dans les entrailles d’une horloge, chaque composant vrombissant dans un mouvement apparemment perpétuel. Le chatoiement brumeux de Silverwater est animé d’événements sonores qui s’enchaînent de manière imprévisible. Son évolution semble progressive, mais il ne fait aucun doute que son improvisation a été soigneusement préméditée.

Silverwater commence par le bruissement de percussions secouées, de battements de tambour et de coups de piano amortis et répétés d’une note. Au bout de quelques minutes, une pulsation de contrebasse calme les choses et des touches de piano apportent un accent mélodique. Les lignes instrumentales individuelles s’affirment ou s’effacent, permettant aux différents éléments de cohérer organiquement, mais sans jamais dominer, bien que les passages soient diversement caractérisés par des éléments sonores individuels : Un orgue Hammond, un piano, une harmonique non identifiable, peut-être un bol métallique frappé ou arqué, une intonation vocale grave, un scintillement presque subaudible, probablement d’origine électronique. Un écheveau dominant présente des frappes régulières de cymbales et une pulsation de piano superposée par un lavage de Hammond. À un moment de la deuxième demi-heure, une guitare électrique commence à gratter un refrain répété, bientôt rejointe par la basse et la batterie pour établir une dynamique de groupe presque conventionnelle, mais cet interlude est emporté comme le sable d’une plage.

La guitare, de son côté, fera d’autres brèves apparitions, ici soutenue par une subtile électronique, et il est remarquable de voir comment, dans un long morceau, des éléments aussi individuels et fugaces peuvent avoir un impact incisif. Plus loin, un long passage de Hammond et de piano avec des percussions insistantes de basse et de cymbale subvertit complètement l’ambiance précédente, pour que ces éléments cèdent à leur tour à une pulsation ambiante soutenue d’orgue électrique. Une fois de plus, une guitare grattée annonce un passage plus urgent de piano et de basse superposés, jusqu’à ce que le ronronnement du Hammond cesse brusquement et que des écheveaux de guitares électriques superposées donnent au morceau un côté dur. Ce sont tous des incidents isolés, comme des sables mouvants qui ne sont pas plus représentatifs de l’ensemble du désert qu’un grain individuel. À la fin, il y a une sorte de climax en sourdine, mais dans la dernière minute, il n’y a que l’ondulation régulière des cymbales alors que le piano faiblit, soulignée par de nouveaux sons électroniques subtils, et enfin un silence abrupt.

En ressortant d’une telle immersion complète, Silverwater semble profondément plus satisfaisant que lors d’une écoute superficielle sur des enceintes. Si les morceaux les plus courts de Chemist sont plus directs et plus faciles à comprendre, Silverwater est une preuve supplémentaire que The Necks sont sur quelque chose de spécial et qu’ils évoluent. Si vous pouvez accorder à cet album un peu de temps et d’attention, vous serez récompensé.

****


Matthew Shipp: « The Piano Equation »

15 décembre 2020

Le pianiste de jazz Matthew Shipp a eu soixante ans cette année et l’a célébré en partie avec la sortie en solo de The Piano Equation. Shipp est un artiste extraordinairement prolifique, avec des dizaines d’enregistrements en tant que leader ou co-leader et de nombreux autres en tant que musicien de soutien ; son catalogue solo est à lui seul très étendu. Malgré cet embarras de la richesse, The Piano Equation est un enregistrement remarquable, un résumé de pointe de la myriade de styles de jeu dont dispose Shipp. 

La piste de titre fait passer les identités harmoniques des changements modaux aux structures dissonantes, toutes soutenant une mélodie en arc de cercle et aux longues lignes. « Swing Note from Deep Space » se singularises une atmosphèrequasi monastique, avec un phrasé de hard bop, une basse flottante et des passages filigranés. C’est l’une des nombreuses piste multi facettes de l’enregistrement,

« Void Equation » va se déplacer entre pointillisme et riffs bleutés et construit un ostinato rapide avant de revenir à la nature fragmentaire de son ouverture alors que « Piano in Hyperspace » baladera se ballade complexe avec des interjections verticales staccato qui donnent un peu de grain pour contrecarrer des textures autrement limpides. Deux autres ballades, « Land of the Secrets » et « Tone Pockets », montrent Shipp créant des tourbillons impressionnistes de matériaux néo-traditionnels dans un contraste délicat avec ses propositions plus modernes.

Tout comme le pianiste peut jouer avec une grande délicatesse, Shipp peut aussi se laisser emporter par un tsunami de jeu libre et puissant, comme il le fait sur « Vortex Factor » ou un « Radio Signals Equation » qui est une version propulsive et swingée de la post-tonalité, tandis qu « »Clown Pulse » mettra en avant une version bosselée du hard bop. Fleuve et varié en termes de surface, ses blocs asymétriques prenant une tournure stravinskienne, « Emission » montre Shipp à son meilleur et, plus proch, « Cosmic Juice » se distingue également, avec des décalages angulaires entre les registres, périodiquement suspendus par une répétition minimale et des passages graves sépulcralistes compensés par des accords de registre aigu à voix serrée et des tessons de matériau mélodique. 

The Piano Equation n’est qu’un des nombreux enregistrements publiés cette année par le sexagénaire Shipp. Son énergie et sa créativité sont infatigables et ne montrent aucun signe de fléchissement.

***1/2


The Nels Cline Singers: « Share the Wealth »

23 novembre 2020

La guitare acoustique, en tempo 4/4 quelque peu décaleé, niche un saxophone qui gémit pensivement. Au loin, le jingle-jangle des percussions fortuites fournit une sorte de cadre sonore, les mesures étant maintenues en ordre et à leur place respective. Et, environ deux minutes plus tard, un couplet acoustique choisi avec les doigts démurge et les auditeurs sont accueillis par un petit solo de guitare acoustique jazzy, presque andalou, qui se balade. C’est clairement l’œuvre d’un maître, mais qui ne se délecte pas de l’apparat et des circonstances. Au contraire, le solo n’est qu’un bref répit avant que la résolution et le chant ne reviennent à une coda, le mélange de la guitare acoustique et du saxophone devenant de plus en plus mélancolique à mesure que le LP se ferme et que le rideau se tire.

La chanson est « Passed Down », tirée de Share the Wealth, le nouvel album des Nels Cline Singers.C’est un disque discret, comme le classique « Caved-In Heart Blues », aussi emphatique sur son côté court que discret sur son côté éclair, et un rappel des œuvres de Cline comme le Coward de 2009, une collection solo inhabituelle, voire obtuse, qui est parfois difficile à apprécier mais qui reste néanmoins aimée. Elle est loin d’être emblématique de l’œuvre plus vaste. On pourrait même dire que c’est un peu un départ. Sur le nouveau LP, Cline continue de mener son ensemble à travers un carnaval plein de sons et de genres à long terme – s’il y a une chose cohérente dans le groupe, c’est le désir d’être ingéré de façon incohérente. En attendant, la grandeur structurelle ou compositionnelle du LP reste en question. Oui, oui, le disque dure environ 80 minutes et deux compositions dépassent les 15 minutes, mais les chansons longues ne sont pas toujours synonymes d’opus. Cline offre ici de belles couleurs, mais certains ou la plupart des meilleurs moments du disque sont des détails intermédiaires peu caractéristiques, et non pas la ruée vers une historiographie façon Blue Note audacieuse.

Certains critiques sont susceptibles de s’accrocher à des œuvres qui définissent le répertoire, comme « Stump the Panel », qui est, en effet, riche et mûr de par sa bravoure musicale. On peut penser pensons d’ailleurs qu’il est loin d’être le meilleur morceau du disque. Dans le meilleur des cas, on a l’impression que le travail de Cline avec Wilco est une référence à un « Djed » très découpé, des points de référence qui devraient susciter le plaisir. « Stump the Panel » peut sembler être le summum de la nervosité, mais ce sont les petits détails ailleurs qui volent la scène : le pivot autour de la harpe à bouche et de ce qui pourrait être un didgeridoo sur les maximalismes de Frisell et le jeu de six cordes et de saxophone du titred’ouerture « Segunda », les gémissements clairsemés et convenablement lunaires du saxophone sur « A Place On the Moon », la merveilleuse dérive sonore et la résolution de basse/batterie/électronique de « Headdres », ou le l’humeur de minuit qu’est « Nightstand ».

Cependant, alors que personne ne regardait, entre toute cette grandiosité, Cline s’est glissé dans « Beam/Spiral », qui pourrait être le morceau le plus performant et le plus chaud du disque, deux mesures souvent importantes quand on travaille avec des musiciens qui frôlent la différence entre la construction du jazz et l’expérimentation du jam-band. « Beam/Spiral » commence de manière assez conventionnelle, avec des lamentations, celles du saxophone ténor de Skerik, toujours aussi attachant. En deux minutes et demie environ, Cline déploie une petite gamme dissonante qui porte fièrement son manteau post-rock. En quatre minutes, la guitare a cédé la place – plus exactement, s’est transformée en – à un morceau d’eau qui se détache et le groupe en fait un excellent foin. Le plus grand creproche que nous ayons entendue à propos des Cline Singers dans le passé était une critique familière aux groupes de jam : ils sont masturbatoires, sans avoir assez de shots d’argent. Eh bien, la dernière partie de « Beam/Spiral » est un grand crescendo, avec divers instruments qui se mettent en avant dans les rôles principaux. La guitare de Cline est effervescente et scandaleusement atypique. Pour un musicien qui travaille bien avec précision, Cline et le morceau se délectent de l’abandon. C’est passionnant à entendre.

Le verdict est sorti sur l’ensemble du disque, en ce qui concerne sa place dans le canon de Cline qui, selon la rumeur, a dépassé la barre des 150 LP. Share the Wealth partage clairement ses merveilles ; comme il s’agit des Nels Cline Singers, il y a une richesse musicale à faire circuler. La question de savoir si elle est à la hauteur des classiques ou si elle sera même mentionnée un jour dans le même souffle que le travail de Cline avec Wilco est un débat de longue date. Une chose est sûre : le groupe a certainement mis le doigt sur les détails ici. Les gens du label Blue Note qui s’occupent de la recherche et du développement de leur catalogue doivent et peuvent avoir le sourire aux lèvres.

****


Cecil Taylor & Tony Oxley: « Being Astral And All Registers / Power Of Two »

19 novembre 2020

Si les combinaisons piano / batterie ne sont pas si rares, Cecil Taylor et Tony Oxley ont pratiquement écrit le livre sur la façon de le faire avec une énergie frénétique à revendre. Ils ont collaboré pendant près de 30 ans, assez fréquemment en duo au début des années 2000. Cet enregistrement de 2002, issu des archives personnelles d’Oxley et apparemment inédit jusqu’à présent, a les deux sous une forme rare.

Le style percussif de Taylor s’accorde parfaitement avec les rythmes irréguliers et les improvisations décalées d’Oxley. En particulier, les lignes de Taylor ressemblent à celles d’un piano mécanique à la vitesse de l’éclair, tandis que l’approche d’Oxley, lourde en cymbales et en marteaux, pourrait facilement être confondue avec celle de deux ou trois percussionnistes.

Le duo s’engage dans un dialogue fébrile qui ne se laisse que rarement distancer par les 33 minutes de Being Astral And All Registers. Ces murs de notes implacables sont complexes, maniaques et d’une joie pure. Power Of Two ralentit et prend un angle plus texturé, au moins pendant la première partie de ses 26 minutes, avec plus d’espace dans les puissants accords de Taylor et Oxley quelque peu retenu. Néanmoins, ces deux-là ne peuvent pas se retenir et la pièce progresse dans une série infinie de motifs angulaires et groupés.

Il est à noter que Taylor était au début des années 70 lorsque ces performances ont été enregistrées, et Oxley n’avait qu’une dizaine d’années de moins. Mais ils jouent avec l’énergie et le dynamisme de musiciens qui ont la moitié de leur âge. En effet, cet entraînement est un défi pour tous, y compris pour l’auditeur.

***1/2


Mary Halvorson’s Code Girl: « Artlessly Falling »

12 octobre 2020

Artlessly Falling est le dernier album du groupe Code Girl de la guitariste et compositrice Mary Halvorson. Halvorson a reçu une grande reconnaissance pour son style de guitare unique et ses capacités d’improvisation imprévisibles, mais c’est son écriture qui brille vraiment sur cet album. Pour les huit compositions de Artlessly Falling, Halvorson a d’abord écrit les paroles, chaque texte étant écrit dans une forme poétique préexistante, puis les a mises en musique. Les chansons d’Halvorson équilibrent des paroles poétiques riches en images et en mélodies élaborées avec un accompagnement stimulant mais encourageant. L’album présentet, ainsi, est un ensemble de chansons évocatrices qui vous feront vraiment grandir à chaque écoute.

Pour cette édition de Code Girl, Mary Halvorson est rejointe par des collaborateurs de longue date Amirtha Kidambi au chant, Michael Formanek à la basse et Tomas Fujiwara à la batterie, ainsi que par de nouveaux collaborateurs Adam O’Farrill à la trompette et María Grand au saxophone ténor et au chant. Ils sont rejoints par le chanteur invité Robert Wyatt, qui apparaît sur trois chansons que Mary Halvorson a écrites spécialement pour lui. C’est vraiment génial d’entendre la voix de Wyatt sur quelque chose de nouveau ! Halvorson considère que Wyatt a eu une influence majeure sur elle et sur cet enregistrement en particulier.  L’influence est claire sur les morceaux sur lesquels Wyatt chante mais elle se fait sentir tout au long de l’album.  La production de Artlessly Falling possède un son chaud, très régulier et quelque peu sec qui rappelle les albums enregistrés au Grog Kill Studio de Carla Bley par Bley, Michael Mantler, et John Greaves / Peter Blegvad qui mettaient en scène Robert Wyatt.  C’est un excellent son et Code Girl le prolongentvéritablement grâce à leur incroyable imagination et leur musicalité.

Le morceau d’ouverture « The Lemon Trees » commence par un clin d’œil à la « Sea Song » de Wyatt. Cependant, cela devient rapidement une pièce très originale. Alors que Wyatt chante les paroles, chaque couplet alterne avec un commentaire approfondi à la trompette. Cela devient un solo de trompette accompagné par la section rythmique qui se développe lentement en un duo de trompette et de batterie qui se transforme en un solo de batterie et puis soudain l’ensemble revient tout de suite aux paroles. La fin du tag présente un solo de basse magnifiquement accompagné par les deux seules voix féminines.

L’album se poursuit avec « Last-Minute Smears » qui est très probablement la seule chanson à utiliser le témoignage au Congrès d’un candidat à la Cour suprême des États-Unis comme texte trouvé.  Il s’ouvre sur une intro improvisée très « downtown » qui se développe lentement en une ballade saisissante magnifiquement chantée par Amirtha Kidambi. L’ensemble est très coloré et le ténor María Grand y joue un solo plein d’âme. 

Sur « Walls and Roses », Wyatt et Kidambi se renvoient les mêmes vers introspectifs. Halvorson encadre les vers d’une section contrastée qui lui permet de faire un clin d’œil à Jimi Hendrix alors qu’elle s’éloigne du détroit de Sonny Sharrock et d’Eugene Chadbourne, de l’époque du Shockabilly, pour revenir avec un contrepoint mélodique sinueux entre elle et Kidambi.  J’espère que ces brèves descriptions des trois premiers morceaux vous donneront le sentiment que sur Artlessly Falling, chaque morceau est rempli de surprises.

En tant que groupe, le jeu de Code Girl est solide et aventureux. Ils passent très facilement de l’écrit à l’improvisation. Cela permet à Code Girl de continuellement changer et transformer leur son. C’est cette combinaison de l’écriture de Halvorson et de l’interaction du groupe avec sa musique et avec les autres qui fait de ce ouvel opus une écoute si intéressante. Hautement recommandé !

****