The Luyas: « Animator »

5 décembre 2012

Venant d’Arcade Fire, de Bell Orchestre et de divers formations de Montréal, les cinq membres de The Luyas produisent une pop aérienne et complexe depuis 2006. Complexe est aussi leur line-up dans la mesure où, outre les percussions, claviers et guitares, le groupe est également d’un joueur de cor, d’une violoniste et de la vocaliste Jessie Stein qui s’accompagne d’une cithare éléctrique en plus d’une guitare.

Animator est leur troisième album et il n’est pas étonnant qu’il incorpore des sonorités particulières d’autant que le groupe avait perdu un de ses proches peu avant l’enregistrement. L’atmosphère s’en ressent donc, faites de nombreuses strates musicales brouillassées et d’orchestrations toujours à la limite du classicisme (guitare folk) et de singularités atemporelles (cithare électrique).

Musique de chambre duveteuse donc, modulée par les vocaux de Stein toujours pointés obsessivement vers une vocation d’apparence hypnotique. Ainsi, « Fifty Fifty » va alterner électronique étouffée, bruits saccadés avec des lignes de guitare surf brouillées, le tout soutenu par la voix de Stein au tonalités familièrement éthérées ou « The Quiet Way » fait résonner instrumentation presque décharnée aux confins d’un folk-rock gothique véhiculant atmosphère sinistre propre à déclencher inquiétude et trouble.

On aura compris que The Luyas a un son qui correspond à un univers à la fois macabre et raffiné, et qu’il ne dédaigne pas prendre le risque du soporifique. Il est parfois difficile de s’accrocher à l’acoustique et vaporeux « Talking Mountains » et au minimalisme de « Face » qui peine à émuler Blonde Redhead.

Ce qui permet, en fait, à Animator de nous animer est quand les Canadiens renoncent un peu à leur cérébralité pour se pencher sur des climats plus organiques voire animistes. « Earth Turner » est un parfait mélange de percussions tribales, de vocaux ritualistes et d’arrangements à cordes qui nous plongent dans un univers chaotique percuté par un clavier désaccordé, et « Crimes Machine » est un plein de mordant avec des « samples » qui partent dans tous les sens avant de déboucher sur un « Channelling » déroutante mixture de berceuse mâtinée d’électro et de boîtes à rythme ne s’égarant jamais de son objectif, à savoir gratifier calme et sérénité de cette façon subiminale que les berceuses ont le dont d’agir.

C’est dans cette direction qu’il est agréable d’entendre The Luyas aller, plutôt que de se contenter de morceaux monocordes qui n’ont même pas la faculté d’être accrocheurs mélodiquement (« Traces » ou «  Your Name’s Mostly Water »). Introspection ne rime pas nécessairement avant intellectualisme forcené ; bref si The Luyas oubliait un peu sa cérébralité pour se lâcher, son monde ne serait certes pas transformé mais il serait certainement plus captivant.


Clinic: « Free Reign »

3 décembre 2012

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En donnant un titre comme Free Reign à ce huitième album, en l’illustrant par une pochette pour le moins labyrinthique, il est clair que Clinic a pour volonté de s’affranchir de tonalités qui lui étaient propres mais qui, à l’instar de Bubblegum sorti en 2010, s’avéraient quelque peu répétitives.

Le changement se perçoit déjà dans la façon dont le groupe aborde ses compositions, assez variées, mais surtout en leur accordant une attention plus conséquente avec des titres qui atteignent souvent les cinq minutes et surtout l’agencement dont elles bénéficient. Celui-ci est fait de versatilités, de cette impression d’espace dans lequel on leur permet de respirer, de s’étendre mais sans se répondre.

« Cosmic Radiation » en est un exemple avec ses brisures et ses « freak out » sans que pourtant la ligne de crête mélodique ne soit égarée, et, même quand « Misty » introduit Clinic avec un schéma répétitif assez familier, la précision harmonique, la clarté des arrangements et des vocaux enveloppants en font, telle une courroie d’entrainement, un facteur d’adhésion, plutôt qu’une mécanique constamment huilée mais purement robotique.

Il en est de même pour un « Miss You » à la structure foncièrement identique mais, cette fois-ci, le groupe choisit une optique plus bruitiste avec feed back, voix désincarnées limite saturées et distortion qui, ce faisant, autoriser l’oreille à épouser non seulement un rythme mais toutes les ramifications que le traitement musical suggère.

« For The Season » juxtaposera avec pertinence saxo jazzy et climats chuchotés et presque rupestres et, sur un mode identique, un titre comme « You » aura toute latitude pour s’étendre avec une rythmique trottinante ponctuée d’effets spéciaux (entre autres un ocarina) lui servant de paysage sonore comme le ferait une toile de fond.

Au bout du compte, Free Reign s’avèrera un effort qui pourra satisfaire les fans habituels (« King Kong » est un mantra qui pourrait facilement infuser un effet de transe) mais qui devrait surtout lui permettre d’élargir sa base sans que l’on puisse lui reprocher une quelconque compromission.


Stagnant Pools: « Temporary Room »

1 décembre 2012

jEncore un duo américain à l’image de leurs compatriotes Black Keys ou White Stripes. Composés des frères Bryan et Douglass Enas, Stagnant Pools officient avec la désormais classique structure duale Ce n’est cependant pas à du blues lourd et crasseux que se livrent nos deux musiciens, mais à un post-rock arty qui rappelle un peu Joy Division, Sonic Youth, Interpol, The Editors ou Cure.

L’univers du groupe est, tout au long des douze titre qui composent Temporary Room, à la fois fragile et écorché tout ceci ce faisant dans une langueur et une introspection digne des groupes les plus « British ».
Le disque a été enregistré en une journée (expliquant sans doute une certaine unité de sons) et emporte l’auditeur dans un voyage froid et éthéré, où un chant neurasthénique et monocorde (trop parfois), le tout étant porté par des nappes de guitares plombées, qui semblent vouloir accompagner laborieusement un réveil que la monotonie des tempos rend difficile.

On a donc affaire à un album où règne claustrophobie pesante et sinistre, impression étayée par une production envahissante, noyant les titres et ne procurant à aucun moment un quelconque espace. Derrière ce mur sonique, seul le chant et atonal entre en contradiction avec lune batterie plus nerveuse comme si Temper Trap hésitait encore entre rendre les vocaux plus incisifs ou donner un climat plus rêveur aux rythmiques. L’ensemble s’avère robotique et on peine à entrer dans ces compositions trop semblalbe que son « Illusions », « Consistency » (la bien nommée!) « Dreaming of You » ou « Maze of Graves » .

On comprend tout à fait le concept qui agite les frères Enas. Il est profond et certainement pas vulgaire. Reste que porter sur ses épaules un monde de tristesse et de rêverie mélancolique nécessite une esthétique où pointeraient un peu plus de subtilités et de raffinement. Ce premier disque ne fait que poser les jalons de leur univers, avec encore un peu de difficultés à se dégager des influences premières. On pourra alors espérer que le duo fera, si plus tard il y a, autre chose que stagner dans cette pièce (ou espace) temporaire où il nous a conviés.