Liar, Flower: « Geiger Counter »

13 septembre 2020

KatieJane Garside est un personnage culte de la scène alt-rock depuis plus de trente ans maintenant. Connue de la plupart des gens grâce à son travail avec Daisy Chainsaw et Queenadreena, elle revient maintenant avec son dernier projet, Liar, Flower, aux côtés de son collaborateur, le guitariste Chris Whittingham.

Tous deux ont déjà collaboré auparavant, produisant quatre albums sous le nom de Ruby Throat. Cependant, alors que ces albums avaient une orientation plutôt folk ce dernier opus voit Garside revenir à ses racines plus dures. Il est peut-être plus juste de dire que ce projet constitue un pont entre ces deux formes qui se situent quelque part entre le néo-folk de Ruby Throat et l’art-rock de Queenadreena.

L’album oscille entre ces deux pôles tout au long de son parcours, commençant par la douce folk auarcique de « I am Sundress (She of Infinite Flowers), » complétée par le chant chuchoté et presque enfantin, de Garside, avant de se lancer dans l’attaque à la guitare de « My Brain Is Lit Like An Airport ». Cette fois-ci, la voix de Garside se transforme en un véritable grondement.

Ce dernier morceau est l’un des nombreux à comporter des paroles mystérieusement surréalistes à l’image du refrain suivant : « Mon cerveau est éclairé comme un aéroport, donc les anges me trouveront » (My brain is lit like an airport, so the angels will find me). L‘étrangeté n’est pas strictement contenue dans les paroles, il y a aussi beaucoup de moments musicalement bizarres, comme sur « Broken Light », un morceau magnifiquement mélodieux qui se termine par ce qui ressemble à une harpe assassinée. Ou, plus curieusement encore, le punky « Even Through The Darkest Clouds », qui possède une alarme de téléphone portable, se déclenche dans l’outro comme si le duao de musiciens avait besoin qu’on lui rappelle la fin du morceau.

Ces bizarreries ne nuisent pas nécessairement à l’album. Au contraire, cela ne fait qu’ajouter à l’atmosphère merveilleusement décalée que le disque construit tout au long de ses moments les plus calmes et les plus bruyants.

Le morceau le plus étrange de tous (et l’un des points forts) est peut-être « Little Brown Shoes ». Le travail de guitare décalé de Whittingham en fait la bande sonore d’un funhouse dément. Les jappements et les hurlements de Garside ne font qu’ajouter à son atmosphère nettement sinistre.

Tous les morceaux ne se révèlent pas aussi captivants et excentriques que celui-ci, mais il y a très peu de maillons faibles tout au long des douze titres. S’il y a une vraie critique à faire, c’est que certains des morceaux les plus rock mentionnés ci-dessus souffrent un peu d’une trop grande familiarité. Ils n’auront certainement pas de surprises pour les fans de Queenadreena et auraient pu sortir n’importe quand entre la fin des années 90 et aujourd’hui. Au final, pourtant, il faut admettre que bien eu d’albums tentent d’intégrer des sons aussi variés que l’art-rock, le folk, le psychofolk, Riot Grrrl, et même un peu d’electronica. Plus rares encore sont ceux qui ont réussi à le faire de manière cohérente. Et c’est précisément ce que Liar, Flower a réussi à réaliser sur Geiger Counter.

***1/2


Another Sky: « I Slept On The Floor »

7 août 2020

Inspiré par six années d’un style de vie en constante évolution, le premier album du quartet londonien art/indie Another Sky I Slept On The Floor est sur le point de sortir et, avec lui, la première étape d’un nouveau chapitre pour le groupe. En taquinant leurs fans toujours plus nombreux avec leur récent « single », « Fell In Love With The City », le son unique et créatif d’Another Sky a fait leur renommée ces dernières semaines, le « single » ayant reçu des éloges dans tous les bons cercles.

En guise de dégustation de l’album, ce ne pouvait pas être un meilleur apéritif. Entrecoupant des moments plus doux avec des rafales de moments indés plus durs, il ne faut pas attendre longtemps avant de réaliser que vous allez devoir y prêter attention pour l’apprécier pleinement. Ce n’est pas un album rempli de « singles » à succès jetables, c’est un album qsur lequel vous devez vraiment consacrer votre temps à l’écoute. Prenez la chanson « Brave Face » ; un titre qui vous tient en haleine dans l’espoir d’un crescendo massif ou la chanson-titre où le côté plus artistique du groupe est mis en avant.

Ayant grandi dans une petite ville de piquets de grève avant de s’installer à Londres, ce dernier morceau montre comment ce changement de vie a ouvert la voie à l’expérimentation pour la chanteuse Catrin Vincent. En fait, il y a beaucoup de moments comme celui-ci tout au long de l’album, comme le merveilleux et unique « Life Was Coming In Through The Blinds », un morceau qui commence par un doux jeu de piano et qui se termine en ressemblant à quelque chose que l’on entend dans un film d’Art House.

Honnêtement, il est difficile d’identifier des détails précis sur cet album. Compte tenu du parcours qui a mené Another Sky jusqu’ici, « I Slept On The Floor » est un morceau de travail qui doit être apprécié comme un morceau de travail complet. Faites-le et investissez le temps et les efforts nécessaires dans l’album et vous serez récompensé par un album vraiment unique. Avec la voix fantastique de Vincent qui entre et sort des paysages sonores cinématographiques que le groupe crée, « I Slept On The Floo » » est un album qui, pour ceux qui en ont le temps, vous laissera complètement envoûté.

***1/2


Ceremony: « In The Spirit World Now »

29 août 2019

Même si Ceremony ne fait pas partie des groupes que l’on référence en matière de post-punk et d’art-punk, personne ne pourra leur empêcher leur consistance. On avait laissé le quintet de Rohnert Park avec leur cinquième album The L-Shaped Man en 2015 qui était plutôt de bonne facture. Quatre années plus tard, le groupe californien se rappelle à notre bon souvenir avecl In The Spirit World Now.

On retouve une bonne dose d’art-punk bien furieux avec « Turn Away The Bad Thing » en guise d’introduction mais également « Further I Was » et « Presaging The End » rappelant toute la verve de The Clash et Devo. Entrecoupés d’interludes en spoken-word, le quintet californien envoie la sauce en mettant en valeur les synthés et les voix féminines notamment sur le morceau-titre qui se singularise par sa montée en puissance.

On remarquera également sur ce sixième disque que les membres de Ceremony ont redoublé d’énergie notamment la section rythmique qui se fera par moments agressive comme sur « We Can Be Free », « Never Gonna Die Now » ou bien encore sur « I Want More ». Les riffs stridents et la basse démoniaque sont les leitmotivs d’In The Spirit World Now et le quintet de Rohnert Park arrivera à l’exploiter avec succès ; une bonne évolution qui augure de choses prometteusespour la suite.

***1/2


OHMME: « Parts »

7 août 2019

Depuis quelques années maintenant, Sima Cummingham (qui travaille dans l’organisation du Pitchfork Music Festival) et Macie Stewart officient toutes les deux sous le duo OHMME après avoir joué auprès de Chance The Rapper, Vic Mensa ou de Jeff Tweedy de Wilco. Originaires toutes les deux de Chicago, elles ont réussi à s’élever de la masse avec leur art-rock expérimental et recherché comme l’a montré un premier EP dont Parts est, ici, la version longue.

Dès le titre introductif, « Icon », les dés sont jetés ; entre douces harmonies vocales qui contrastent avec les riffs fuzzy et les rythmiques binaires et accrocheuses, tout sera dit. Il en sera de mlême des trouvailles ingénieuses sur « Grandmother » ou le morceau-titre qui valent le détour.

Vacillant entre l’agressif avec « Liquor Cabinet » et les plus condensés « Sentient Beings » ainsi que la conclusion nommée « Walk Me », OHMME impressionne à chaque seconde avec son art-rock original et incisif.

***


Mega Bog : « Dolphine »

2 juillet 2019

Happy Together de Mega Bog avait rencontré un certain succès il y a deux années de cela. Le projet de la musicienne Erin Elizabeth Birgy continue à faire parler d’elle d’albums en albums jusqu’à devenir un acte incontournable de la scène art-rock actuelle. Et il semblerait que l’américaine repousse une fois de plus les limites avec Dolphine.

Chaque album est une épopée fascinante que nous propose Mega Bog et Dolphine (inspiré par le mythe qui suggère que les humains évolueraient en créatures aquatiques pour vivre éternellement) en fait partie. En effet, au travers de ces onze nouvelles compositions résolument psychédéliques, on ne serajamais au bout de nos surprises. C’est avec l’introduction nommée « For The Old World » avec une interlude free-jazz déroutante mais agréable que l’on a affaire sans oublier d’autres trouvailles originales plutôt prog comme « I Hear You Listening (to the Bug On My Wall) », « Left Door » et autres « Truth In The Wild ».

Elle peut également compter sur l’aide de Meg Duffy alias Hand Habits et de James Krivchenia de Big Thief pour pouvoir mettre en boîte ce disque audacieux où les guitares résonnent, les claviers qui dansent et les cuivres qui donnent leur signal d’alarme de façon spontané avec une pointe d’expérimentation. Ce n’est pas pour rien que l’on rencontre la fusion entre Cate Le Bon et Animal Collective sur le morceau-titre pop psychédélique ou des allures plus folk sur « Spit In The Eye Of The Fire King » avec la contribution du regretté Ash Rickli du groupe Strictly Rickli. Entre moments féeriques avec « Diary of a Rose » plutôt mystique mais également « Shadows Break » et « Untitled (« With C ») » et d’autres plus haletants comme « Fwee Again ».

Une fois de plus, Mega Bog joue avec nos émotions avec ce nouvel opus aux airs de conte fantastique. Dolphine est un autre testament de la musicienne qui ne cherche qu’à repousser ses limites en ajoutant plus d’une corde à son arc. Son art-rock psychédélique ne finira pas de surprendre.

***1/2


Vanishing Twin: « The Age Of Immunology »

13 juin 2019

Vanishing Twin compte cinq membres, de cinq nationalités différentes, et une même volonté de casser la ligne d’horizon pour ouvrir le chant des possibles. Cathy Lucas, Valentina Magaletti, Susumu Mukai, Phil MFU et Elliott Arndt sont tous basés à Londres, épicentre d’une galaxie pourtant bien plus large. Leur dernier album, The Age Of Immunology, véhicule des images de contrées lointaines et porte des envies d’ailleurs, comme si le monde entier s’était englué dans une léthargie de troisième type. Vanishing Twin raconte la contemplation à travers des formes inédites. « KRK (At Home In Strange Places) » a par exemple été enregistré à l’aide d’un simple téléphone lors d’un live donné sur l’île croate du même nom. Il décrit une boucle très contemporaine tout en inoculant le rythme galopant des percussions jazzy.

Il y a chez Vanishing Twin un esthétisme marqué. La forme importe, elle initie même. La galerie de portraits que compte The Age Of Immunology représente plusieurs paysages, chacun libérant un espace de création. Dix titres, dix plages musicales où s’échouent les curiosités du cosmos que regarde un œil passéiste, en attendant un alignement de planètes favorable : « Cryonic Suspension May Save Your Life ». Leurs spirales émettent des ondes (« Backstroke ») qu’il fait bon capter, messages délivrés dans un langage universel bien que cosmopolite : « Language Is A City (Let Me Out!) ». Les langues s’entrechoquent et la beauté reste. Le chant, lui, flotte.

La musique de Vanishing Twin a le cœur savant et les tourments universels. Un groove subtil, la note bleue, l’expérimentation, l’attraction de l’étrange et la science-fiction en ligne de mire, ces éléments définissent tous un peu l’utopie sonore des cinq Londoniens d’adoption. La fibre arty est évidente. Protéiforme, elle est ici exploitée savamment, tendant à un même idéal : la recherche de l’émotion se trouve dans le détail. Car c’est là que réside le mystère de l’art. Parfois abstraits, les traits de The Age Of Immunology titillent les sens et invitent à sauter le pas, à tenter le grand voyage de l’inattendu.

***1/2


Jo Passed: « Their Prime »

12 mai 2019

Jo Passed a fait parler de lui à travers une poignée d’EPs. Il aura suffi que sa musique teintée de dream-pop, art-rock et pop psychédélique fasse parler de lui pour être signé sur un label réputé, Sub Pop, et qortir son premier album, Their Prime.

Ce qui fait l’originalité de Jo Passed est tout simplement une capacité d’alterner les climats et les ambiances de chaque morceau sans jamais se perdre dans le fil de ses idées. Passant du calme à la tempête selon les morceaux, le groupe de Vancouver convoque tantôt XTC tantôt Sonic Youth voire même Neu ! sur des perles insaisissables comme « Left » qui ouvre le bal mais également « MDM », « Glass » ou « Repair ».

Cette fusion musicale que concocte Jo Passed vaut absolument le détour notamment à l’écoute de « R.I.P. », « Millenial Trash Blues » ou bien même de « Sold » allant du shoegaze à la jangle-pop en passant par le krautrock. Tandis que l’on pensait avoir tout entendu, voilà que le quatuor de Vancouver délivre un titre-phare pièce de six minutes intitulé « Places Please » faisant montre d’une écriture pointilleuse servie par des ambitions musicales plus que justifiées.

***1/2


Turtlenecked: « High Scores Of The Heart »/ « Springtime In Hell »

6 mars 2019

Après Vulture ce combo de Portland n’avait pas l’intention de s’arrêter en chemin. Le voici de retour avec High Scores Of The Heart / Springtime In Hell, huit titres Turtlenecked continue à faire muer son art-pop comme l’atteste des morceaux comme « Knocked Down By Another Ghost », « Underwear » ou encore « To-day » où les synthés priment abord sur les guitares.

Le groupe de Portland est du genre à mêler emo et influences plus synthétiques sans que cela choque qui que ce soit et le fait plutôt bien sur « Friends, Romans, Countryboyz » ou bien même sur les vibes 80’s de « Centerfold ». Ça peut choquer les aficionados mais au final, High Scores Of The Heart étonne pour son inventivité

***


Lanz: « Hoferlanz II »

26 février 2019

Pour les connaisseurs, Benjamin Lanz est un membre de The National, Beirut mais encore du backing band de Sufjan Stevens qui officie également dans le supergroupe Lnzndrf et avait publié un premier album du nom de Hoferlanz en 2017.

Une fois de plus, Lanz ait parler son inventivité où l’art-rock et la pop baroque font bon ménage. Le musicien new yorkais continue de nous étonner après toutes ces épopées musicales précédentes avec des titres résolument de haute volée allant de l’introductif « Tell Me, Please » à « With The Rocket » avec en prime un solo de trompette des plus jouissifs en passant par « Auckland », « You Drive » ou bien même « 125 bpm ».

Avec Hoferlanz II, Lanz nous offre un autre aperçu de son talent qui déborde de talent notamment sur « Interloc » et « This is The Time Where ». Et on touche au génie avec La conclusion de cet opus,  Lice In My Brain », est des plus ambitieuses (dix minutes) frisera même le sans faute. Chaudement recommandable.

***1/2


Thus Owls: « The Mountain that We LIve Upon »

6 octobre 2018

Atour du trio que constituent Simon Angell (guitares, etc.), Erika Angell (chant, etc.) et Samuel Joly (batterie), Thus Owls a pris de l’expansion dans ce nouveau cycle de création.

The Mountain That We Live Upon a été imaginé dans le maintien d’une grande intégrité artistique: esthétique singulière, riche, aventureuse, conceptuellement brillante, d’une profonde sensibilité.

Ont aussi contribué à cet album de haute volée Laurel Sprengelmeyer (Little Scream), Nicolas Basque (Plants and Animals), Michael Feuerstack (The Luyas), Marc-André Landry (Matt Holubowski).

Thus Owls poursuit sa quête vers l’expression viscérale de l’existence, celle d’un couple capable de tout absorber, de traduire en musique et en poésie les mystères, les ombres, les vertiges, les éclats de lumière.

Depuis 2009, il n’y a rien d’évident pour s’expliquer l’impact confidentiel généré par Thus Owls. Peut-être serait-ce cette posture sur la soi-disant frontière entre la forme chanson et les musiques contemporaines instrumentales ou électroniques, incluant des séquences d’improvisation et de bruitisme. Ou tout simplement une question de chance…

Malgré tout, le langage de Thus Owls continue de s’étoffer. L’impulsion donnée par la percussion, la qualité du texte, la richesse des arrangements, l’impact des guitares, les ornements électroniques, les pointes d’énergie et la puissance de la voix soliste font de Thus Owls un trésor… encore caché de la musique actuelle.

***1/2