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Vanishing Twin: « The Age Of Immunology »

Vanishing Twin compte cinq membres, de cinq nationalités différentes, et une même volonté de casser la ligne d’horizon pour ouvrir le chant des possibles. Cathy Lucas, Valentina Magaletti, Susumu Mukai, Phil MFU et Elliott Arndt sont tous basés à Londres, épicentre d’une galaxie pourtant bien plus large. Leur dernier album, The Age Of Immunology, véhicule des images de contrées lointaines et porte des envies d’ailleurs, comme si le monde entier s’était englué dans une léthargie de troisième type. Vanishing Twin raconte la contemplation à travers des formes inédites. « KRK (At Home In Strange Places) » a par exemple été enregistré à l’aide d’un simple téléphone lors d’un live donné sur l’île croate du même nom. Il décrit une boucle très contemporaine tout en inoculant le rythme galopant des percussions jazzy.

Il y a chez Vanishing Twin un esthétisme marqué. La forme importe, elle initie même. La galerie de portraits que compte The Age Of Immunology représente plusieurs paysages, chacun libérant un espace de création. Dix titres, dix plages musicales où s’échouent les curiosités du cosmos que regarde un œil passéiste, en attendant un alignement de planètes favorable : « Cryonic Suspension May Save Your Life ». Leurs spirales émettent des ondes (« Backstroke ») qu’il fait bon capter, messages délivrés dans un langage universel bien que cosmopolite : « Language Is A City (Let Me Out!) ». Les langues s’entrechoquent et la beauté reste. Le chant, lui, flotte.

La musique de Vanishing Twin a le cœur savant et les tourments universels. Un groove subtil, la note bleue, l’expérimentation, l’attraction de l’étrange et la science-fiction en ligne de mire, ces éléments définissent tous un peu l’utopie sonore des cinq Londoniens d’adoption. La fibre arty est évidente. Protéiforme, elle est ici exploitée savamment, tendant à un même idéal : la recherche de l’émotion se trouve dans le détail. Car c’est là que réside le mystère de l’art. Parfois abstraits, les traits de The Age Of Immunology titillent les sens et invitent à sauter le pas, à tenter le grand voyage de l’inattendu.

***1/2

13 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Jo Passed: « Their Prime »

Jo Passed a fait parler de lui à travers une poignée d’EPs. Il aura suffi que sa musique teintée de dream-pop, art-rock et pop psychédélique fasse parler de lui pour être signé sur un label réputé, Sub Pop, et qortir son premier album, Their Prime.

Ce qui fait l’originalité de Jo Passed est tout simplement une capacité d’alterner les climats et les ambiances de chaque morceau sans jamais se perdre dans le fil de ses idées. Passant du calme à la tempête selon les morceaux, le groupe de Vancouver convoque tantôt XTC tantôt Sonic Youth voire même Neu ! sur des perles insaisissables comme « Left » qui ouvre le bal mais également « MDM », « Glass » ou « Repair ».

Cette fusion musicale que concocte Jo Passed vaut absolument le détour notamment à l’écoute de « R.I.P. », « Millenial Trash Blues » ou bien même de « Sold » allant du shoegaze à la jangle-pop en passant par le krautrock. Tandis que l’on pensait avoir tout entendu, voilà que le quatuor de Vancouver délivre un titre-phare pièce de six minutes intitulé « Places Please » faisant montre d’une écriture pointilleuse servie par des ambitions musicales plus que justifiées.

***1/2

12 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Turtlenecked: « High Scores Of The Heart »/ « Springtime In Hell »

Après Vulture ce combo de Portland n’avait pas l’intention de s’arrêter en chemin. Le voici de retour avec High Scores Of The Heart / Springtime In Hell, huit titres Turtlenecked continue à faire muer son art-pop comme l’atteste des morceaux comme « Knocked Down By Another Ghost », « Underwear » ou encore « To-day » où les synthés priment abord sur les guitares.

Le groupe de Portland est du genre à mêler emo et influences plus synthétiques sans que cela choque qui que ce soit et le fait plutôt bien sur « Friends, Romans, Countryboyz » ou bien même sur les vibes 80’s de « Centerfold ». Ça peut choquer les aficionados mais au final, High Scores Of The Heart étonne pour son inventivité

***

6 mars 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Lanz: « Hoferlanz II »

Pour les connaisseurs, Benjamin Lanz est un membre de The National, Beirut mais encore du backing band de Sufjan Stevens qui officie également dans le supergroupe Lnzndrf et avait publié un premier album du nom de Hoferlanz en 2017.

Une fois de plus, Lanz ait parler son inventivité où l’art-rock et la pop baroque font bon ménage. Le musicien new yorkais continue de nous étonner après toutes ces épopées musicales précédentes avec des titres résolument de haute volée allant de l’introductif « Tell Me, Please » à « With The Rocket » avec en prime un solo de trompette des plus jouissifs en passant par « Auckland », « You Drive » ou bien même « 125 bpm ».

Avec Hoferlanz II, Lanz nous offre un autre aperçu de son talent qui déborde de talent notamment sur « Interloc » et « This is The Time Where ». Et on touche au génie avec La conclusion de cet opus,  Lice In My Brain », est des plus ambitieuses (dix minutes) frisera même le sans faute. Chaudement recommandable.

***1/2

26 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Thus Owls: « The Mountain that We LIve Upon »

Atour du trio que constituent Simon Angell (guitares, etc.), Erika Angell (chant, etc.) et Samuel Joly (batterie), Thus Owls a pris de l’expansion dans ce nouveau cycle de création.

The Mountain That We Live Upon a été imaginé dans le maintien d’une grande intégrité artistique: esthétique singulière, riche, aventureuse, conceptuellement brillante, d’une profonde sensibilité.

Ont aussi contribué à cet album de haute volée Laurel Sprengelmeyer (Little Scream), Nicolas Basque (Plants and Animals), Michael Feuerstack (The Luyas), Marc-André Landry (Matt Holubowski).

Thus Owls poursuit sa quête vers l’expression viscérale de l’existence, celle d’un couple capable de tout absorber, de traduire en musique et en poésie les mystères, les ombres, les vertiges, les éclats de lumière.

Depuis 2009, il n’y a rien d’évident pour s’expliquer l’impact confidentiel généré par Thus Owls. Peut-être serait-ce cette posture sur la soi-disant frontière entre la forme chanson et les musiques contemporaines instrumentales ou électroniques, incluant des séquences d’improvisation et de bruitisme. Ou tout simplement une question de chance…

Malgré tout, le langage de Thus Owls continue de s’étoffer. L’impulsion donnée par la percussion, la qualité du texte, la richesse des arrangements, l’impact des guitares, les ornements électroniques, les pointes d’énergie et la puissance de la voix soliste font de Thus Owls un trésor… encore caché de la musique actuelle.

***1/2

6 octobre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Animal Collective: « Painting With »

À regarder de près, ou même si notre attention est volatile, on ne peut qualifier de « banale » une nouvelle production de Animal Collective. Ils sont toujours regardé de l’avant, rarement en sens inverse mais quand ils sortirent Centipede Hz en 2013, un sentiment se fit jour : une incapacité à pouvoir se renouveler à l’aulne des précédents, Strawberry Jam et Merriweather Post Pavillon.

Un écoute rapide pourra justifier ce constat dans la mesure où la première impression que procure Painting With est celle d’un enregistrement maladroit. Si on prend en compte le fait que le groupe est désormais réduit à un trio, il était normal que le travail ici soit plus primitif.

Le combo de Baltimore s’abstient en effet ici de tout penchant pour les passages « ambient » étendus ; souvent complexe en termes de construction, la musique va opter pour quelque chose de plus élémentaire, le plaisir en soi.

Le son va devenir alors beaucoup plus « fun » en témoignent le tapageur titre qui ouvre le disque, « Floridada » où l’entretoise déjantée sur « Spilling Guts ».

La cadence de l’album ne montre aucun signe de ralentissement et chaque composition semble baigner dans un climat d’urgence. Accompagné de structures soniques plus dépouillées et de textes où les préoccupations alternent l’abstraction et le lyrique (les dinosaures, le conflit en Ukraine et la division Nord-Sud sur le continent américain , Animal Collective nous présentent à nouveau un opus qui donne à réfléchir et qui y parvient sans peine.

***1/2

8 mai 2016 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

The Joy Formidable: « Hitch »

Quelle que puisse être la formule magique pour capturer le son et le climat « live » quand vous enregistrez un disque en studio, il est difficile d’imaginer le préparation profonde et méthodique qu’il est nécessaire de mettre en place pour y aboutir.

C’est pourtant ce à quoi s’emploie The Joy Formidable sur un troisième album pour lequel il a fallu ni plus ni moins qu’une année où, cloisonnées dans leur natif Pays de Galles, ils décidèrent d’enregistrer Hitch.

Le groupe a toujours été capable de créer une aura particulière, celle-ci n’est pourtant pas ici celle d’une présence qui habiterait une scène de concert. L’expérience est, pourtant, libératrice voire même engageante dans le processus exploratoire qui l’anime et elle favorise indubitablement des éléments qui vont bien au-delà du fait de vouloir simuler un spectacle.

Hitch est, ni plus ni moins, la collection de chansons plus plus énorme et courageuse qu’il soit donné d’entendre tant elle réussit à rafraîchir certaines enluminures des deus précédentes tentatives et nous emmène directement vers ce qui constitue la source la plus vive et organique du trio. Ainsi, la rythmique infatigable de « he Last Thing On My Mind » déborde de fluidité luxuriante an dépit d’un schéma blues-metal qui vient épouser des légères touches de claviers avant de germer en un embrouillamini de feedback bruitiste.

Sur un titre à l’image de « Radio Of Lips » le brillant sonique est éclatant et donne même aux guitares un reflet étincelant.

Alors que Wolf’s Law avait vu le combo se lancer de manière propulsive dans ce qui avait trait au son ; Hitch nous les présente prêts à s’embarquer pour une odyssée encore plus élevée.

Ce ne seront pourtant pas les riffs très alt-rock sur lesquels on s’attardera pour souligner la confiance qui anime The Joy Formidable mais plutôt la profondeur brumeuse, sombre et furtive qui imprègne les compositions, cet brouillard blafard qui enveloppe les sentiers que nous parcourons.

En travaillant de cette manière sur une variété de styles et d’humeurs, Hitch nous prouve qu’il n’a besoin de rien d’autre pour passer la surmultipliée sans faire brouter son moteur.

****

26 mars 2016 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Field Music: « Music for « Drifters » »

S’il y a bien un groupe qui peut entreprendre le défi d’écrire la musique d’un documentaire muet de 1929 et évoquant les expéditions de pêcheurs des Îles Shetland dans la Mer du Nord, c’est bien Field Music qui est en mesure de le faire.

Les deux frères de Sunderland, David et Peter Brewis, sont les architectes de ce qui se fait de mieux dans le art-rock mélodique et, même si la bande son de Drifters de John Grierson, se retient d’utiliser leurs idiosyncrasies les plus anti-conventionnelles, ces instrumentaux, construits autour de la guitare, de percussions au shuffle traînant, de piano et d’orgue tissent une toile dont le flair et l’inspiration sont les qualités principales.

« Village » et « Destroyers of the Deep » font ainsi montre d’espièglerie et d’entrain et ils surprendront les fans de Field Music plus habitués à des compositions de la trempe de « Hauling » ou « The Storm Gathers »

Regarder le film tout en écoutant le disque serait probablement plus « parlant » mais, même son composant visuel, le résultat demeure captivant.

***1/2

24 juillet 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Ava Luna: « Infinite House »

De prime abord, il n’y a rien qui vous accroche immédiatement chez Ava Luna, combo art-rock de Brooklyn. Ces comédiens madrés font une musique difficilement définissable jusqu’à être parfois carrément laide ce qui semble leur procurer une sensation de liberté sans limites qu’il serait impossible de répliquer.

Quelque part ce semble être le but du combo puisque sa pop est calculée, cérébrale et ne semble pas vouloir se fixer de limites et se repaitre de signatures temporelles nerveuses et d’inflexions soul discordantes comme si le désir véhément d’apporter des éléments funk se devait de ne pas sonner une flatteuse.

Sur ce troisème album en revanche, Ava Luna semble vouloir construire sur Infinite House des compositions où les rythmiques sont plus compréhensibles et accessibles, leur donnant en conséquence plus d’espace pour manoeuvrer.

Les idées ne sont pas pour autant limités et elles demeurent toujours exotiques comme sur « Company » et « Black Dog » qui se fondent sans le jazz numérique mais y insèrent des breaks de guitares hérissés avec un abandon grungy et passionné atypique pour eux. Sur le précédent Electric Ballroom ces interstices écervelés de nuances progressives avaient le don d’exaspérer mais sur des titres agiles comme « Rose and Cherries » les mid-tempos luxuriants savent aisément capturer nos sens auditifs même si l’instrumentation demeure aussi expansive. Simplement, ici, elle est ralentie et ce cette sophistication qui la distingue du reste.

Bref, moins de recherche gratuite et une approche plus organique qui n’entrave pas un des facteurs fondamentaux du combo, ces harmonies déséquilibrées qui définiront toujours leur projet. « Tenderize » est un titre rigide et soul à la fois, une sorte de néo soul freakout accompagné par un chorus a cappella qui aurait sa place dans un lounge snobinard. « Steve Polyester » étendra ce concept habits noirs et chemises blanches encore plus loin avec une approche narrative de Becca Kauffman qui rappellera Gil Scott-Heron.

Toutes ces génuflexions n’ont qu’un but, composer des disques post-punk atonaux. On y regrettera la manque de spontanéité et un certain entêtement dans l’approche les sept minutes de l’instrumental « Victoria » n’échappent pas au ridicule tant l’effort à combiner le fun d’écoute et la réflexion qui peut en naître quelque peu forcée. On retiendra finalement la volonté de créer une musique aussi bizarre qu’elle puisse s’avérer l’être avec le désir de révéler l’anormalité qui est également en nous. Il faudra sans doute beaucoup de temps pour que la tendance à l’épurement discernée ici puisse porter ses fruits.

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22 avril 2015 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Reptar: « Lurid Glow »

Athens a cette réputation d’être une ville cool et tranquille qu’on a jamais envie de quitter. Reptar a cette tendance à vous faire partager cette atmosphère festive qui convient très bien au campus étudiant mais leur second opus, Lurid Glow, semble prouver qu’ils veulent être pris plus au sérieux désormais.

L’album a un son plus cohérent que Body Faucet leur premier disque et il reflète assez bien un univers assez unique fait de cuivres punchy, de claquements de mains et d’expressions vocales qui fleurent bon la nostalgie des 80’s.

Qu’on ne s’y trompe pas en effet, Reptar n’appartient pas à cette école psyche-pop comme d’autres combos de Athens. Son registre va plutôt vers le Bowie de Let’s Dance(« Breezy» par exemple).

Reptar est, en définitive, un groupe de art-rock moderne dont les synthés comme le psychédélisme ne sont que des adjuvants. On n’oubliera pas néanmoins une certaine immaturité (« Sea of Fertility » ou « Daily Season ») qui viendront obscurcir leur registre et feront de cet album une invitation à laquelle on pourra ne pas se rendre sans éprouver de regrets.

**1/2

13 avril 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire