Thus Owls: « The Mountain that We LIve Upon »

Atour du trio que constituent Simon Angell (guitares, etc.), Erika Angell (chant, etc.) et Samuel Joly (batterie), Thus Owls a pris de l’expansion dans ce nouveau cycle de création.

The Mountain That We Live Upon a été imaginé dans le maintien d’une grande intégrité artistique: esthétique singulière, riche, aventureuse, conceptuellement brillante, d’une profonde sensibilité.

Ont aussi contribué à cet album de haute volée Laurel Sprengelmeyer (Little Scream), Nicolas Basque (Plants and Animals), Michael Feuerstack (The Luyas), Marc-André Landry (Matt Holubowski).

Thus Owls poursuit sa quête vers l’expression viscérale de l’existence, celle d’un couple capable de tout absorber, de traduire en musique et en poésie les mystères, les ombres, les vertiges, les éclats de lumière.

Depuis 2009, il n’y a rien d’évident pour s’expliquer l’impact confidentiel généré par Thus Owls. Peut-être serait-ce cette posture sur la soi-disant frontière entre la forme chanson et les musiques contemporaines instrumentales ou électroniques, incluant des séquences d’improvisation et de bruitisme. Ou tout simplement une question de chance…

Malgré tout, le langage de Thus Owls continue de s’étoffer. L’impulsion donnée par la percussion, la qualité du texte, la richesse des arrangements, l’impact des guitares, les ornements électroniques, les pointes d’énergie et la puissance de la voix soliste font de Thus Owls un trésor… encore caché de la musique actuelle.

***1/2

Animal Collective: « Painting With »

À regarder de près, ou même si notre attention est volatile, on ne peut qualifier de « banale » une nouvelle production de Animal Collective. Ils sont toujours regardé de l’avant, rarement en sens inverse mais quand ils sortirent Centipede Hz en 2013, un sentiment se fit jour : une incapacité à pouvoir se renouveler à l’aulne des précédents, Strawberry Jam et Merriweather Post Pavillon.

Un écoute rapide pourra justifier ce constat dans la mesure où la première impression que procure Painting With est celle d’un enregistrement maladroit. Si on prend en compte le fait que le groupe est désormais réduit à un trio, il était normal que le travail ici soit plus primitif.

Le combo de Baltimore s’abstient en effet ici de tout penchant pour les passages « ambient » étendus ; souvent complexe en termes de construction, la musique va opter pour quelque chose de plus élémentaire, le plaisir en soi.

Le son va devenir alors beaucoup plus « fun » en témoignent le tapageur titre qui ouvre le disque, « Floridada » où l’entretoise déjantée sur « Spilling Guts ».

La cadence de l’album ne montre aucun signe de ralentissement et chaque composition semble baigner dans un climat d’urgence. Accompagné de structures soniques plus dépouillées et de textes où les préoccupations alternent l’abstraction et le lyrique (les dinosaures, le conflit en Ukraine et la division Nord-Sud sur le continent américain , Animal Collective nous présentent à nouveau un opus qui donne à réfléchir et qui y parvient sans peine.

***1/2

The Joy Formidable: « Hitch »

Quelle que puisse être la formule magique pour capturer le son et le climat « live » quand vous enregistrez un disque en studio, il est difficile d’imaginer le préparation profonde et méthodique qu’il est nécessaire de mettre en place pour y aboutir.

C’est pourtant ce à quoi s’emploie The Joy Formidable sur un troisième album pour lequel il a fallu ni plus ni moins qu’une année où, cloisonnées dans leur natif Pays de Galles, ils décidèrent d’enregistrer Hitch.

Le groupe a toujours été capable de créer une aura particulière, celle-ci n’est pourtant pas ici celle d’une présence qui habiterait une scène de concert. L’expérience est, pourtant, libératrice voire même engageante dans le processus exploratoire qui l’anime et elle favorise indubitablement des éléments qui vont bien au-delà du fait de vouloir simuler un spectacle.

Hitch est, ni plus ni moins, la collection de chansons plus plus énorme et courageuse qu’il soit donné d’entendre tant elle réussit à rafraîchir certaines enluminures des deus précédentes tentatives et nous emmène directement vers ce qui constitue la source la plus vive et organique du trio. Ainsi, la rythmique infatigable de « he Last Thing On My Mind » déborde de fluidité luxuriante an dépit d’un schéma blues-metal qui vient épouser des légères touches de claviers avant de germer en un embrouillamini de feedback bruitiste.

Sur un titre à l’image de « Radio Of Lips » le brillant sonique est éclatant et donne même aux guitares un reflet étincelant.

Alors que Wolf’s Law avait vu le combo se lancer de manière propulsive dans ce qui avait trait au son ; Hitch nous les présente prêts à s’embarquer pour une odyssée encore plus élevée.

Ce ne seront pourtant pas les riffs très alt-rock sur lesquels on s’attardera pour souligner la confiance qui anime The Joy Formidable mais plutôt la profondeur brumeuse, sombre et furtive qui imprègne les compositions, cet brouillard blafard qui enveloppe les sentiers que nous parcourons.

En travaillant de cette manière sur une variété de styles et d’humeurs, Hitch nous prouve qu’il n’a besoin de rien d’autre pour passer la surmultipliée sans faire brouter son moteur.

****

Field Music: « Music for « Drifters » »

S’il y a bien un groupe qui peut entreprendre le défi d’écrire la musique d’un documentaire muet de 1929 et évoquant les expéditions de pêcheurs des Îles Shetland dans la Mer du Nord, c’est bien Field Music qui est en mesure de le faire.

Les deux frères de Sunderland, David et Peter Brewis, sont les architectes de ce qui se fait de mieux dans le art-rock mélodique et, même si la bande son de Drifters de John Grierson, se retient d’utiliser leurs idiosyncrasies les plus anti-conventionnelles, ces instrumentaux, construits autour de la guitare, de percussions au shuffle traînant, de piano et d’orgue tissent une toile dont le flair et l’inspiration sont les qualités principales.

« Village » et « Destroyers of the Deep » font ainsi montre d’espièglerie et d’entrain et ils surprendront les fans de Field Music plus habitués à des compositions de la trempe de « Hauling » ou « The Storm Gathers »

Regarder le film tout en écoutant le disque serait probablement plus « parlant » mais, même son composant visuel, le résultat demeure captivant.

***1/2

Ava Luna: « Infinite House »

De prime abord, il n’y a rien qui vous accroche immédiatement chez Ava Luna, combo art-rock de Brooklyn. Ces comédiens madrés font une musique difficilement définissable jusqu’à être parfois carrément laide ce qui semble leur procurer une sensation de liberté sans limites qu’il serait impossible de répliquer.

Quelque part ce semble être le but du combo puisque sa pop est calculée, cérébrale et ne semble pas vouloir se fixer de limites et se repaitre de signatures temporelles nerveuses et d’inflexions soul discordantes comme si le désir véhément d’apporter des éléments funk se devait de ne pas sonner une flatteuse.

Sur ce troisème album en revanche, Ava Luna semble vouloir construire sur Infinite House des compositions où les rythmiques sont plus compréhensibles et accessibles, leur donnant en conséquence plus d’espace pour manoeuvrer.

Les idées ne sont pas pour autant limités et elles demeurent toujours exotiques comme sur « Company » et « Black Dog » qui se fondent sans le jazz numérique mais y insèrent des breaks de guitares hérissés avec un abandon grungy et passionné atypique pour eux. Sur le précédent Electric Ballroom ces interstices écervelés de nuances progressives avaient le don d’exaspérer mais sur des titres agiles comme « Rose and Cherries » les mid-tempos luxuriants savent aisément capturer nos sens auditifs même si l’instrumentation demeure aussi expansive. Simplement, ici, elle est ralentie et ce cette sophistication qui la distingue du reste.

Bref, moins de recherche gratuite et une approche plus organique qui n’entrave pas un des facteurs fondamentaux du combo, ces harmonies déséquilibrées qui définiront toujours leur projet. « Tenderize » est un titre rigide et soul à la fois, une sorte de néo soul freakout accompagné par un chorus a cappella qui aurait sa place dans un lounge snobinard. « Steve Polyester » étendra ce concept habits noirs et chemises blanches encore plus loin avec une approche narrative de Becca Kauffman qui rappellera Gil Scott-Heron.

Toutes ces génuflexions n’ont qu’un but, composer des disques post-punk atonaux. On y regrettera la manque de spontanéité et un certain entêtement dans l’approche les sept minutes de l’instrumental « Victoria » n’échappent pas au ridicule tant l’effort à combiner le fun d’écoute et la réflexion qui peut en naître quelque peu forcée. On retiendra finalement la volonté de créer une musique aussi bizarre qu’elle puisse s’avérer l’être avec le désir de révéler l’anormalité qui est également en nous. Il faudra sans doute beaucoup de temps pour que la tendance à l’épurement discernée ici puisse porter ses fruits.

***

Reptar: « Lurid Glow »

Athens a cette réputation d’être une ville cool et tranquille qu’on a jamais envie de quitter. Reptar a cette tendance à vous faire partager cette atmosphère festive qui convient très bien au campus étudiant mais leur second opus, Lurid Glow, semble prouver qu’ils veulent être pris plus au sérieux désormais.

L’album a un son plus cohérent que Body Faucet leur premier disque et il reflète assez bien un univers assez unique fait de cuivres punchy, de claquements de mains et d’expressions vocales qui fleurent bon la nostalgie des 80’s.

Qu’on ne s’y trompe pas en effet, Reptar n’appartient pas à cette école psyche-pop comme d’autres combos de Athens. Son registre va plutôt vers le Bowie de Let’s Dance(« Breezy» par exemple).

Reptar est, en définitive, un groupe de art-rock moderne dont les synthés comme le psychédélisme ne sont que des adjuvants. On n’oubliera pas néanmoins une certaine immaturité (« Sea of Fertility » ou « Daily Season ») qui viendront obscurcir leur registre et feront de cet album une invitation à laquelle on pourra ne pas se rendre sans éprouver de regrets.

**1/2

The Monochrome Set: « Spaces Everywhere »

The Monochrome Set sont de retour depuis environ quatre ans après une silence qui a duré près d’une décennie et les voilà fin prête pour nous faire écouter leur dernier opus, Spaces Eveywhere. Pour rappel, The Monochrome Set étaient un combo new wave qui se satisfaisait de faire partie de l’underground et nous proposaient une musique relativement joyeuse mais dont les thèmes récurrents étaient obscurs et souvent sinistres. Ils étaient plus un secret bien gardé qu’un groupe culte, cela ne les a pas empêchés pourtant de nous offrir plus de onze albums dont les remarquables Strange Boutique, Love Zombies et Eligible Bachelors.

Ce nouvel opus montre qu’ils nont pas véritablement changé, pourquoi le devraient-ils d’ailleurs ? On retrouve cette même démarche art-pop qui les fait se référer à Kafka et Edgar Poe, cette quintessence britannique faite d’humour subtil un peu comme le jeu de guitare clean et légèrement teinté de psychedelia de Lester Square et la charmante excentricité du phrasé vocal précieux d’un Bid savoureux croisement avec le romantisme de Dirk Bogarde.

Bid a écrit la plupart des morceaux et ceux-ci ajoutent une instrumentation nouvelle : banjo, orgue Hammond, flutes, backing vocals féminins apportant une densité qui accompagne des textes souvent énigmatiques mais jamais ennuyeux (« Fantasy Creatures ») .

Les chansons sont trompeusement simples comme un « Iceman » qui ouvre l’album sur un riff joyeux et des guitares qui semblent venues des Byrds et un rythme séduisant qui évoque The Smiths chose assez ironique car Morrissey et Marr ont toujours cité The Monochrome Set comme leur influence principale. « The Z-Train » sera un titre du plus beau noir tout comme « In A Little Village «  qui pourrait être une chanson de Brel, « Rain Check » un bel exercice de cabaret pop et « Oh You’re Such A Star » un triomphal moment de indie-glam.

On notera enfin la façon dont Bid a amélioré sa voix au point de la faire passer d’un registre « crooner » façon Anthony Newley à un falsetto à la Morrissey pour souligner que, maintenant que la mode est à ce qui peut être ténébreux, The Monochrome Set était bien en avance sur son temps et que Spaces Eveywhere montre qu’il reste intemporel.

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Fractal Mirror: « Gardens of Ghosts »

Fractal Mirror est un groupe à la fois art rock et dream prog d’Amsterdam. Garden of Ghosts est leur deuxième opus après un Strange Attractions sorti en 2013. Le rock progressif semble sortir d’un assez long exil, du moins en termes de visibilité, et notre combo batave donne l’impression de l’utiliser à bon escient en cultivant une poésie élégante à la Psychedelic Furs et des structures complexes étayées par une interprétation sans failles. Le batteur Frank Urbaniak rappellera Neil Pert de Rush, les vocaux soyeux de Leo Koperraat mêleront Richard Butler et Greg Lake et son jeu de clavier partagera le même culte de l’emphase que Keith Emerson.

Garden of Ghosts est un album fait par des gens qui adorent composer et jouer pour l’amour et l’excitation que faire de la musique procure. Ce disque n’est pas pour autant un LP strictement progressive rock ; on y trouve une pop artistiquement construite souvent mélancolique mais toujours mélodique et parfaitement exécutée.

 

« House of Wishes » débute d’ailleurs le disque sous des tonalités harmonieuses avec un entrelacs de guitare et de claviers qui prennent soin de ne pas se lancer dans des solos ultra rapides. Garden of Ghosts est un disque basé sur la notion de chansons même si ce qu’on entend est d’une technicité extrême, avec des vocaux de tout premier plan et ces atmosphères mi-épiques propres au prog rock. Ce qui surnage c’est la constance des mélodies et un talent à en composer qui les rend immédiates et addictives (« The Phoenix »).

Ceux qui attendent des solos interminables et à vous couper le souffle devront se contenter de climats sombres et concis tels que Bowie savait si bien les cultiver à la fin des 90’s, de mélodies flottantes aux claviers, synthés, slide et mellotron délivrant un son luxuriant comme sur « Lost in Clouds » ou du joyau harmonique qu’est « The Hive ».

Il faudra, en conséquence, souligner cet album qui semble inépuisable en termes de pépites (« Orbital View », « Event Horizon ») et se satisfaire de constater que jamais le prog rock n’a été si proche de se fondre à la new wave arty.

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Trip Shakespeare: « Applehead Man » & « Are You Shakespearienced? »

Trip Shakespeare était un combo de Minneapolis qui jouait un rock engageant et imaginatif entre musique alternative, pop et pop rock mâtinée de psychédélisme tel qu’on en jouait à la fin des 60’s et du début des 70’s.

Entre 88 et 91 ils sortirent quatre albums dont les deux premiers, Applehead Man et Are You Shakesperienced ?, bénéficient d’une réédition bienvenue aujopurd’hui, en attendant peut-être la sortie des deux autres.

Le groupe était mené par Matt Wilson, ancien diplômé de Harvard qui avait décidé de revenir à sa ville natale pour entamer une carrière musicale. Avec Elaine Harris (diplômée d’anthropologie) et John Mason (major de langue chinoise) il fonda Trip Shakespeare et Applehaed Man vit alors très vite le jour.

Le disque présentait un art-rock exubérant et articulée, littéraire et mélodique aux harmonies complexes et aux solos de guitares torturés et en roue libre. Son romantisme cérébral était aux antipodes du post-hardcore façon Hüsker Dü et du rock terrien de The Replacements.

Avec leurs contes fantaisistes peuplés de fantômes, leurs odes amoureuses enfiévrées et leur penchants pour des refrains power pop, ils s’éloignaient des tonalités sérieuse propres aux groupes du Mid West à l’époque pour choisir, au contraire, pour des climats opulents et facétieux. L’opus marquait ainsi une claire différence avec le lo-fi boueux avec une instrumentation basée sur la section rythmique au jeu inhabituel de Harris à la batterie sans pédales l’obligeant à utiliser ses mains et de John Mason à la basse, ce dernier apportant aux harmonies un baryton distinctif.

On y trouve déjà un élan de créativité qui ne les quittera jamais comme l’épique chanson titre et le clin d’oeil aux Fab Four, « Beatle ».

Le songwriting de Wilson est constamment inspiré tout comme son jeu à la guitare. Manquera à Trip Shakespeare une vision unifiée conséquente et une confiance affirmée. Elle se manifestera très vire avec leur « sophomore album », Are You Shakesperienced ?.

Le disque marque la venue du frère de Matt, Dan Wilson, à la guitare et aux vocaux ainsi qu’une transformation qui voit le groupe opter pour un assemblage de power pop carillonnant, de soft rock hérité des seventies et d’enluminures psychédéliques, le tout enrobé d’un profond mysticisme. L’ensemble se démarquait de tout ce qu’on avait pu entendre auparavant, que ce soit localement ou nationalement, avec des harmonies ambitieuses et un songwriting « arty » qui allait encore plus loin que sur leur premier opus.

Tout ce qui était en latence précédemment se réalise ici avec plénitude, d’autant que maintenant les vocaux étaient partagés par trois chanteurs dont le mix rappelait un Crosby, Stills & Nash à qui on aurait inoculé le virus du vaudeville. Entre les deux registres ténors des frères Wilson et le baryton de Mason, leurs registre se prêtait à merveille à leur théâtralité (sur scène ils étaient éblouissants) et aux histoires étranges et presque gothiques où le régionalismeromantique se mêlait à la « fantasy » la plus débridée.

Enregistré et auto-produit dans des conditions presque « live », on trouve, sur les titres originaux, un condensé parfait et immaculé de leur vision créative et esthétique. Certains morceaux sont devenus même des classiques en leur genre, tel un « Reception » où riffs et harmonies se conjuguent avec maestria ou « Toolmaster of Brainerd » un mini opéra rock gouailleur qui était devenu un de leurs morceaux phares sur scène.

Leur morceau le plus emblématique restera toutefois « The Lake », composition à l’étrange magie, au groove sombre et dépouillé et un chorus où les vocalistes semblent se répondre.

Après ces deux albums, le groupe parvint à signer pour une « major » qui refusera de sortir leurs deux albums suivants. Ceux-ci ré émergeront sur un label indépendant mais, entretemps, Trip Shakespeare s’était séparé. Dan Wilson et John Munson rejoignirent Pleasure qui devint ensuite Semisonic, ensuite Dan poursuivit une carrière solo avec succès. Seule une réunion ponctuelle ont permis à Trip Shakespeare de revoir le jour en 2014. Le reste appartient aux archives du rock dont on aimerait que celle-ci soit autant reconnue et redécouverte que d’autres, plus renommées.

****1/2

The Pink Floyd: « The Endless River »

Il fait partie de la nature humaine d’avoir un objet de quête et, par conséquent, de vivre d’espoirs, de regrets, de pertes. Indubitablement un des groupes les plus gigantesques dans l’histoire de lu rock and roll fut le Pink Floyd chez qui cette thématique fut toujours présente et qui, semble-t-il, met fin à sa carrière après un long hiatus sous la forme d’un ultime album qui va l’exemplifier une dernière fois, The Endless River.

Confirmé par David Gilmour et le batteur Nick Mason, cet ultime opus pose un clap de fin avec, pour base, une vingtaine d’heures de matériel inédit. Ce disque est aussi un hommage à Richard Wright qui a apporté sa contribution avant de disparaître en 2008 comme, auparavant Syd Barrett et, en un certain sens, Roger Waters, parti en 1985.

Bâti sur des enregistrements effectués sur une période de 20 ans, The Endless River va donc être une commémoration d’un passé irrémédiablement perdu plutôt que la recherche de nouvelles aventures, chose qu’on aurait pu espérer.

On va donc retrouver quelques uns des procédés les plus reconnaissables du groupe éparpillés tout au long de l’écoute qu’on pourrait avoir. Notons, pour mémoire, la lead guitar de Gilmour toujours teinté de ces racines blues vectrices d’émotion, les percussions régulières de Mason et les claviers omniprésents de feu Richard Wright. Puisque c’est de ce dernier qu’il est question sa participation posthume ira de la composition de certaines mélodies (« It’s What We Do ») à l’interprétation de ce qui sonne comme une élégie à lui-même sur « Autumn 68 ».

Le jeu de guitare de Gimour n’a ni progressé ni régressé et on reste toujours dans ce climat où, son le balancement doux de certaines parties, se glissent mélancolie et amertume comme si deuil n’avait pas été encore fait de « Shine On You Crazy Diamond » ou « Brain Damage », bref si Wish You Were Here était encore d’actualité.

La majeure partie de Endless River consistera en instrumentaux ce qui ne fait que mettre encore plus en valeur la continuité instrumentale des trois musiciens. Néanmoins, parsemées qu’elles sont par des petites échappées de groove « ambient », les compositions ont du mal à s’en tenir à un fil conducteur malgré le sustain aérien auquel on est habitué chez Gimour. Il n’y aura que sur un « Allons-y » plus ardent que le Floyd y ira véritablement ce qui est bien peu dans la mesure où le « closer », et seul titre où figure des paroles, « Louder Than Words » s’apparentera plus à un chant du cygne qu’à une envolée triomphale. On y trouvera, pêle-mêle, des passages instrumentaux inconstants et des observations justes mais désabusées sur la carrière du groupe, un amalgame assez irréel d’émotions où le symbiotique le dispute au poignant.

Gilmoury chante « Let’s us go with the flow, wherever it goes, we’re more than alive » curieuse contradiction entre une volonté de lâcher prise et de demeurer pourtant en vie. On peut y voir un voeu pieux et, si c’est le cas, The Endless River aura atteint son objectif de faire du Flioyd autre chose qu’un vague souvenir et de donner justification au titre choisi par le groupe pour illuster son ultime album.

***1/2