Sigur Rós’: « Odin’s Raven Magic »

19 décembre 2020

Le dernier album de Sigur Rós, Odin’s Raven Magic, est à la fois la sortie et la suite tant attendues de l’album Kveikur datant de de 2013 et une réalisation de près de 18 ans. Développées à l’origine en 2002 et interprétées au festival des arts de Reykjavík (Islande), les chansons d’Odin’s Raven Magic sont restées dans l’ombre – elles ont finalement reçu un enregistrement en bonne et due forme après une longue période d’obscurité où seuls les fans inconditionnels de Sigur Rós connaissaient leur existence.

L’album est fortement influencé par la littérature médiévale islandaise, en particulier Hrafnagaldur Oðins dont l’album tire son nom. Ce poème épique décrit comment les deux corbeaux de compagnie du dieu nordique Odin surveillent le monde et informent le dieu de l’état des choses. L’album orchestral est empreint d’une certaine grimace, due en grande partie aux influences médiévales qui le caractérisent. Des chœurs obsédants et résonnants associés à des mélodies sombres et soutenues pour les cordes créent une ambiance qui serait tout à fait à sa place dans les franchises de Lord of the Rings ou de Vikings.

Les sonorités orchestrales s’écartent du son rock du groupe, tout en conservant ses influences classiques et minimalistes. Chaque chanson joue dans une ambiance de villages de huttes de chaume engloutis dans un brouillard et une fumée glaciale, avec des sujets régis par des seigneurs féodaux. On a vraiment l’impression d’être le produit d’un roman fantastique. Les chansons d’ouverture « Prologus » et « Alföður Orkar » mettent l’auditeur à l’aise grâce à une lente combustion de cordes stables qui sont accompagnées de chœurs en tremolo, tandis que le tonnerre de la grosse caisse se fait parfois entendre pour affirmer la marche vers un destin funeste imminent.

***1/2


Landshapes: « Contact »

26 novembre 2020

La musique du quatuor londonien Landshapes n’est pas facile à classer. On y touve en effet des morceaux qui sont principalement percutants, et d’autres qui sont ancrés par la voix claire du leader Jemma Freeman. Mais dans l’ensemble, le nouvel album Contact est un disque passionnant, surtout si l’on considère les chansons prises une par une.

« Drama » adopte un contre-courant rythmique qui semble se balancer sous le chant de Freeman, tandis que « Siberia » est à la fois porté par les percussions jazzy de Dan Blackett et ponctué par les frappes des percussions. Le chant de Jemma Freeman rappelle ici à peine celui de Shirley Manson ou d’Alison Goldfrapp, mais la prestation semble plutôt improvisée, ce qui donne une sensation qui ressemble étrangement à ce que vous avez pu entendre lors du boom de l’art rock britannique il y a quelques décennies. Le jeu est impressionnant tout au long de l’album, mais les différentes sélections doivent leur succès à la performance de Freeman sur chacune d’entre elles.

Contact fonctionne mieux en mordant, car ces petits éclats de créativité donnent à l’auditeur l’impression d’entendre quelque chose de vraiment révolutionnaire. Au total, c’est plus difficile à discerner, bien que le rugissant et euphorique « Let Me Be » séduira certainement par une certaine puissance surnaturelle. Une grande partie du succès de ce groupe est due à Jemma Freeman, et c’est sa voix claire qui transperce ces morceaux, de ceux qui éclatent et claquent, à ceux qui se transforment en de formidables excursions post-punk.

***1/2