Blaue Blume: « Bell Of Wool »

Blaue Blume est un groupe danois d’art pop alternatif avec une profonde connexion au romantisme de la scène britannique du début des années 80. En faisant référence à des artistes tels que Talk Talk, The Smiths et Cocteau Twins, il est clair que leurs influences se situent dans les aspects plus sensibles et magiques de la musique – et les éternelles questions de l’amour, de la vie et de la mort. Après deux « singles » (« Lovable » et « Vanilla »), l’album Bell Of Wool sort donc enfin. Il est convenablement enchanteur du début à la fin. Deux thèmes dominent l’opus ; l’obscurité et l’aventure. Le disque ayant été principalement réalisé avant que le chanteur Jonas Smith ne glisse dans un épisode dépressif, les paroles et les humeurs de l’album dessinent des images de l’obscurité, de l’anxiété et de la tension qui marqueront la dépression de Smith.

MUsicalement le disque sonne loin de tout ce qu’ils ont fait auparavant. L’indie, l’électro pop et le rock sont sortis, et à la place, l’album est fait de synthés doux et lumineux, comme une aube et un ciel transformés en sons. Même sur les traces de leur travail antérieur, comme l’acoustique « Rain Rain », le synthé entre en jeu et gonfle la chanson en en faisant ne composition grande et majestueuse. L’ouverture « Swimmer » introduit l’auditeur dans la douceur et la subtilité du nouveau son, tandis que des chansons comme « Morgensol » et « Bombard » montrent le groupe dans sa plus grande dimension et évoquant quelque chose de plus imposant.

***1/2

J. McFarlane’s Reality Guest: « TA DA »

Martin Frawley de Twerps s’est lancé en solo ; Julia McFarlane, la guitariste du groupe,a, elle aussi, quitté le navire, en proposant son premier album sous le nom de J McFarlane’s Reality Guest.

Un point est à souligner, l’ex-Twerps s’éloigne de la jangle-pop qui a fait la renommée du groupe australien. Ici, J McFarlane’s Reality Guest s’aventure vers des contrées art-pop et proto-pop avec une dose de post-punk digne de Kleenex, Oh-Ok ou encore de Confetti. Il n’y a qu’à juger l’introduction instrumentale bien incongrue nommée « Human Tissue Act » avant que la voix de l’Australienne ne prenne le dessus sur les arrangements DIY de « What Has He Bought » et de « Do You Like What I’m Sayin’ ? ».

Avec une production technique et des compositions inventives mais joueuses, TA DA s’avère être une prise de risque menée avec précaution. Lorsque des titres à l’image de « Alien Ceremony » et de « My Enemy » surgissent, J McFarlane’s Reality Guest établit une frontière entre l’accessible et l’expérimental. Le contraste est bien défini jusqu’à la fin du disque avec « Heartburn » et « Where Are You My Love » qui ont de quoi rappeler Tamsen Hopkinson dans sa démarche.

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Bruce Soord: « All This Will Be Yours »

On ne présente plus Bruce Soord. Pour les non avertis, sachez qu’il s’agit du maître à penser de The Pineapple Thief, l’excellent groupe britannique de rock alternatif et progressif. Le combo a vraiment doté son groupe d’un style reconnaissable entre tous principalement du fait de mélodies vocales très personnelles générant une mélancolie alanguie même sur les titres les plus saturés du groupe.
All This Will Be Yours est son second effort personnel après un album éponyme déjà très réussi. Si Little Man avec The Pineapple Thief avait été composé suite au décès de son bébé né grand prématuré, cet opus solo lui a été inspiré par la naissance de son troisième enfant suscitant la sérénité de par la fragilité ensommeillée émanant de son berceau pendant que Bruce composait. Cet album est contemplatif car né d’une nouvelle vision sur la vie et le monde qui entoure Bruce. Il est forcément très personnel et mets en lumière le côté acoustique du personnage musical avec des mélodies d’une douceur infinie dans lesquelles on retrouve presque systématiquement sur chaque titre les fameux et langoureux chœurs reconnaissables entre tous qui sont la marque de fabrique de TPT (et bien sûr de Bruce). A cet égard, la plage la plus caractéristique est certainement « One Misstep ». Cependant, cette douceur générale cache des paroles qui, encore une fois, ne respirent pas la joie. Cette naissance lui fait mettre en perspective le monde autour de lui, fait de sirènes (présentes tout au long du disque), de pauvreté, de cris, de drogue, de mort aussi. Ce qui provoque cette distanciation réfléchie, ce calme qui pose les choses mais qui permet aussi, dans cet espace de tranquillité, d’énoncer des vérités sur ce qui se passe autour de lui.

L’album est conçu un peu à la façon des vinyles. Sa première partie que l’on pourrait nommer la face A paraît plus cotonneuse alors que la face B semble plus stimulée. Le côté saturé et métallique des morceaux les plus agressifs de TPT est pratiquement inexistant. La trame acoustique est appliquée de la première à la dernière note de cet album intimiste même si quelques doucereux soli de guitare y sont saupoudrés. Alors une certaine langueur s’égrenne lentement à son écoute comme sur « The Solitary Path Of A Convincted Man » exécuté sur un rythme lent de bossa nova. Cependant quelques reliefs plus rythmés apparaissent comme pour le titre éponyme qui déroule son groove suave. Également, « You Hear The Voices » est certainement le morceau le plus ambitieux de la galette s’animant sérieusement sur une rythmique percussive et synthétique. Il y a aussi des parfums de Porcupine Tree sur « Cut The Flowers » alors que les couplets de « One Day I Will Leave You » rappellent les débuts du Pink Floyd.

All This Will Be Yours est clairement une invitation à entrer dans la vie privée de Bruce qui pour l’occasion apparaît comme une pause dans le temps, certainement du fait de l’évènement évoqué plus haut. Ce voyage intimiste empreint de beauté et de douceur ne peut laisser insensible son auditeur.

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Operator Music Band: « Duo Duo »

En 2017, Operator Music Band avait publié son dernier album intitulé Coordination. Le trio de Brooklyn récidive ici et il reste toujours aussi inventif dans un art-pop des plus originaux avec son deuxième opus nommé Duo Duo.

C’est à grands renforts de synthés analogiques et de rythmiques syncopées qu’Operator Music Band parvient à nous faire dresser l’oreille, que ce soit sur l’introduction bien rythmée « Slim Spin » ou avec l’aventureux « Mondo » qui suit. Le groupe new-yorkais continue d’élargir sa palette et marcher sur les voies de l’expérimentation avec d’autres titres de haute volée comme « Practical Action » et le dansant « Income/Outcome » montrant Jared Hiller et Dara Hirsch totalement inspirés en nous faisant réflechir.

On ne sera pas au bout de nos surprises quand Duo Duo regroupera également d’autres trouvailles originales comme les allures lounge de « Rex » qui contrastent aux textes plus vindicatifs et personnels. Que dire en plus du bien trippy « Trippple » et la conclusion nommée « Juice » avec son riff entêtant et le tandem vocal Hiller/Hirsch qui n’en finit jamais de faire des siennes ? Tout ceci noe pqut que confirmer qu’Operator Music Band en a encore beaucoup sous la semelle, que ce soit en duo ou en trio ou même en solo.

***1/2

Cate Le Bon: « Reward »

Cate Le Bon est tout simplement une des artistes les plus brillantes de la scène galloise. Trois années après son Crab Day qui était déjà un opus emblématique, la musicienne reste toujours aussi prolifique et intrigante puisqu’elle a posé sa patte sur les disques de Deerhunter ou Tim Presley.

Sa nouvelle œuvre solo se nomme Reward, un disque sur lequel elle a décidé de faire tomber le masque. C’est en s’éloignant de tout pour aller chercher de l’inspiration du côté du parc national du Lake Districk dans le Nord-Ouest de l’Angleterre qu’elle a pu donner néissance à au disque. Son art-pop s’y montre des plus touchants et des plus maîtrisés comme l’atteste les trois premiers titres aussi bien mélodiques que doucement mélancoliques que sont « Miami » avec une guitare synthétique et quelques notes de saxophone mais également les lumineux « Daylight Matters » et « Home To You » qui met en valeur l’interprétation plus que vulnérable de la musicienne galloise.

Même si son aspect avant-gardiste est totalement dilué sur cette dernière sortie, elle n’hésite pas à faire appel à son côté freak et étrange sur « Mother’s Mother’s Magazines » rappelant les ambiances dignes du Low de David Bowie sans oublier « Here It Comes Again ». Bien évidemment Cate Le Bon n’est pas tout à fait seule dans cette « retraite spirituelle ». Elle a fait appel à Stella Mozgawa de Warpaint, Josh Klinghoffer de Red Hot Chili Peppers mais également Stephen Black et son éternel collaborateur Huw Evans.Pour coronner le tout, on reconnaîtra également la voix de Kurt Vile sur l’art-pop binaire et gentiment bancal « Magnificent Gestures ».

Pour le reste, on se laissera bercer par la douceur et l’étrange mélancolie des morceaux comme « Sad Nudes » mené au piano ou encore la touchante conclusion qu’est « Meet The Man » où piano et saxophone sont mis à l’avant. Parfois se couper du monde pour mieux se ressourcer, cela amène à du bon. Cate Le Bon l’a très bien compris et elle fera de Reward restera une de ses œuvres majeures.

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Modern Studies: « Welcome Strangers »

Vers la fin de l’année 2017, Modern Studies avait fait ses premières preuves avec leur premier album intitulé Swell To Great. S’en était suivie, pour le groupe de Glasgow une certaine consécration avec ses compositions à mi-chemin entre chamber-pop et indie folk. Cela lui a suffi popur décrocher unevéritable contrat d’enregstrement et de nous offrir un successeur : Welcome Strangers.

À partir de cela, Modern Studies séduit par leurs morceaux cinématographiques dont l’introduction splendide du nom de « Get Back Down » où les cordes et cuivres se mêlent à travers des textures chatoyantes et de l’interprétation ensorcelante d’Emily Scott contrastant à celle de Joe Simillie.

On ourra également noter des titres qui nous plongent dans cet univers plus particulier mais fortement attachant à l’image des chaleureux « Mud and Flame », « It’s Winter » et « Horns and Trumpets » où l’alchimie entre les différents groupes se font parfaitement ressentir.

Welcome Strangers regroupe également des moments élégiaques tels que « Young Sun » et « Fast as Flows » montrant que Modern Studies s’éloigne des étendards indie folk pour une pop arty inventive mais toujours captivante.

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Ben Shemie: « A Skeleton »

Chanteur, parolier, guitariste, compositeur, artiste central du groupe art-rock-électro Suuns, le Montréalais Ben Shemie lance cette semaine A Skeleton, sommairement décrit comme «un album pop expérimental aux sons synthétiques froids avec des touches de psychédélisme».

Enregistrés et mixés par Dave Smith aux studios Breakglass, les 10 titres de cette production lo-fi ont été conçus sans surimpressions.

L’idée était de conserver toutes les empreintes laissées aléatoirement, Ben Shemie souhaitant ainsi évoquer «l’imprévisibilité et le chaos» du geste créatif.

Il y a notamment exploré les effets de réverbération générés par sa lutherie électronique. À travers ses textes de chansons, l’auteur se projette dans un avenir pas très éloigné de notre présent, mais bien assez pour illustrer ce pressentiment: l’intelligence artificielle dominera la vie humaine au point de faire de l’art.

Un peu plus précisément, l’album raconte les errances aléatoires et les rêveries métaphysiques d’un squelette, entité neutre devenue la muse de la machine, dépourvue de sexe ou de race.

Encore plus précisément, la poétique de l’album se fonde sur l’impossibilité de comparer les charpentes humaines une fois débarrassées de leurs couches musculaires.

Après tout, nous finissons tous en squelette… à moins d’opter pour l’incinération. Qu’en sera-t-il bientôt? Ben Shemie y a, on dirait bien, songé.

***1/2

 

Petra Glynt: « My Flag Is a Burning Rag of Love »

Comment allier amour de la rave et appel à l’action politique se demande constamment une large portion de la population. Petra Glynt, artiste électro-dance-punk semble détenir sa réponse sur son second album.

La chanteuse et productrice qui est dotée d’attributs vocaux franchement impressionnants, se fait maîtresse de cérémonie à la fois présente et absente, insaisissable, à l’intérieur de ce monde baroque et touffu où les temps morts sont plus que rares.

Elle les façonne à grands traits de bidouillages, un peu coldwave (« I’m Watching You), » un peu euroclash. Il y a du Grimes (« Legacy ») là-dedans, mais aussi un peu d’of Montreal dans la percussion. Glynt est comme une Kate Bush de l’ère Internet : une mystérieuse sirène du vibrato. Sauf que celle-ci parle de la crise de l’eau à Flint et du mouvement #MeToo ayant déménagé sur un dance floor.

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My Brightest Diamond: « A Million and One »

En 2014, My Brightest Diamond avait, enfin, percé un certain plafond avec son dernier album This Is My Hand. Dès lors, la popularité de Shara Nova a atteint un nouveau pic avec sa pop baroque et arty et, plus tard, la new-yorkaise est de retour avec son sixième opus A Million and One.

Cette la taence a été mise à profit car My Brightest Diamond continue d’avancer en mettant un pied sur des territoires plus dansants. Le premier morceau « It’s Me On The Dance Floor » en attestes avec une atmosphère beaucoup plus pop et entraînante qu’à l’accoutumée. L’exploration se poursuivra d’ailleurs avec les accents hip-hop de « Rising Star » et « Champagne ».

L’art-pop de Shara Nova atteint de nouveaux sommets et on la sent plus requinquée et plus ambitieuse comme sur l’intense « A Million Pearls » mais aussi sur les rythmés « Sway » et « Supernova ».

Moins baroque que ses prédécesseurs et plus accessible qu’autrefois, elle n’oublie pas pour autant sa touche magique qui a fait sa réputation notamment à l’écoute de « You Wanna See My Teeth » et de « Supernova ».

Après un envoûtant « Mother », elle terminera sur une note des plus funky , un « White Noise » résolument fantomatique qui la montre néanmoins prête à envahir les dancefloors.

***1/2

Thus Owls: « The Mountain that We LIve Upon »

Atour du trio que constituent Simon Angell (guitares, etc.), Erika Angell (chant, etc.) et Samuel Joly (batterie), Thus Owls a pris de l’expansion dans ce nouveau cycle de création.

The Mountain That We Live Upon a été imaginé dans le maintien d’une grande intégrité artistique: esthétique singulière, riche, aventureuse, conceptuellement brillante, d’une profonde sensibilité.

Ont aussi contribué à cet album de haute volée Laurel Sprengelmeyer (Little Scream), Nicolas Basque (Plants and Animals), Michael Feuerstack (The Luyas), Marc-André Landry (Matt Holubowski).

Thus Owls poursuit sa quête vers l’expression viscérale de l’existence, celle d’un couple capable de tout absorber, de traduire en musique et en poésie les mystères, les ombres, les vertiges, les éclats de lumière.

Depuis 2009, il n’y a rien d’évident pour s’expliquer l’impact confidentiel généré par Thus Owls. Peut-être serait-ce cette posture sur la soi-disant frontière entre la forme chanson et les musiques contemporaines instrumentales ou électroniques, incluant des séquences d’improvisation et de bruitisme. Ou tout simplement une question de chance…

Malgré tout, le langage de Thus Owls continue de s’étoffer. L’impulsion donnée par la percussion, la qualité du texte, la richesse des arrangements, l’impact des guitares, les ornements électroniques, les pointes d’énergie et la puissance de la voix soliste font de Thus Owls un trésor… encore caché de la musique actuelle.

***1/2