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Cate Le Bon: « Reward »

Cate Le Bon est tout simplement une des artistes les plus brillantes de la scène galloise. Trois années après son Crab Day qui était déjà un opus emblématique, la musicienne reste toujours aussi prolifique et intrigante puisqu’elle a posé sa patte sur les disques de Deerhunter ou Tim Presley.

Sa nouvelle œuvre solo se nomme Reward, un disque sur lequel elle a décidé de faire tomber le masque. C’est en s’éloignant de tout pour aller chercher de l’inspiration du côté du parc national du Lake Districk dans le Nord-Ouest de l’Angleterre qu’elle a pu donner néissance à au disque. Son art-pop s’y montre des plus touchants et des plus maîtrisés comme l’atteste les trois premiers titres aussi bien mélodiques que doucement mélancoliques que sont « Miami » avec une guitare synthétique et quelques notes de saxophone mais également les lumineux « Daylight Matters » et « Home To You » qui met en valeur l’interprétation plus que vulnérable de la musicienne galloise.

Même si son aspect avant-gardiste est totalement dilué sur cette dernière sortie, elle n’hésite pas à faire appel à son côté freak et étrange sur « Mother’s Mother’s Magazines » rappelant les ambiances dignes du Low de David Bowie sans oublier « Here It Comes Again ». Bien évidemment Cate Le Bon n’est pas tout à fait seule dans cette « retraite spirituelle ». Elle a fait appel à Stella Mozgawa de Warpaint, Josh Klinghoffer de Red Hot Chili Peppers mais également Stephen Black et son éternel collaborateur Huw Evans.Pour coronner le tout, on reconnaîtra également la voix de Kurt Vile sur l’art-pop binaire et gentiment bancal « Magnificent Gestures ».

Pour le reste, on se laissera bercer par la douceur et l’étrange mélancolie des morceaux comme « Sad Nudes » mené au piano ou encore la touchante conclusion qu’est « Meet The Man » où piano et saxophone sont mis à l’avant. Parfois se couper du monde pour mieux se ressourcer, cela amène à du bon. Cate Le Bon l’a très bien compris et elle fera de Reward restera une de ses œuvres majeures.

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28 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Modern Studies: « Welcome Strangers »

Vers la fin de l’année 2017, Modern Studies avait fait ses premières preuves avec leur premier album intitulé Swell To Great. S’en était suivie, pour le groupe de Glasgow une certaine consécration avec ses compositions à mi-chemin entre chamber-pop et indie folk. Cela lui a suffi popur décrocher unevéritable contrat d’enregstrement et de nous offrir un successeur : Welcome Strangers.

À partir de cela, Modern Studies séduit par leurs morceaux cinématographiques dont l’introduction splendide du nom de « Get Back Down » où les cordes et cuivres se mêlent à travers des textures chatoyantes et de l’interprétation ensorcelante d’Emily Scott contrastant à celle de Joe Simillie.

On ourra également noter des titres qui nous plongent dans cet univers plus particulier mais fortement attachant à l’image des chaleureux « Mud and Flame », « It’s Winter » et « Horns and Trumpets » où l’alchimie entre les différents groupes se font parfaitement ressentir.

Welcome Strangers regroupe également des moments élégiaques tels que « Young Sun » et « Fast as Flows » montrant que Modern Studies s’éloigne des étendards indie folk pour une pop arty inventive mais toujours captivante.

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18 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Ben Shemie: « A Skeleton »

Chanteur, parolier, guitariste, compositeur, artiste central du groupe art-rock-électro Suuns, le Montréalais Ben Shemie lance cette semaine A Skeleton, sommairement décrit comme «un album pop expérimental aux sons synthétiques froids avec des touches de psychédélisme».

Enregistrés et mixés par Dave Smith aux studios Breakglass, les 10 titres de cette production lo-fi ont été conçus sans surimpressions.

L’idée était de conserver toutes les empreintes laissées aléatoirement, Ben Shemie souhaitant ainsi évoquer «l’imprévisibilité et le chaos» du geste créatif.

Il y a notamment exploré les effets de réverbération générés par sa lutherie électronique. À travers ses textes de chansons, l’auteur se projette dans un avenir pas très éloigné de notre présent, mais bien assez pour illustrer ce pressentiment: l’intelligence artificielle dominera la vie humaine au point de faire de l’art.

Un peu plus précisément, l’album raconte les errances aléatoires et les rêveries métaphysiques d’un squelette, entité neutre devenue la muse de la machine, dépourvue de sexe ou de race.

Encore plus précisément, la poétique de l’album se fonde sur l’impossibilité de comparer les charpentes humaines une fois débarrassées de leurs couches musculaires.

Après tout, nous finissons tous en squelette… à moins d’opter pour l’incinération. Qu’en sera-t-il bientôt? Ben Shemie y a, on dirait bien, songé.

***1/2

 

17 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Petra Glynt: « My Flag Is a Burning Rag of Love »

Comment allier amour de la rave et appel à l’action politique se demande constamment une large portion de la population. Petra Glynt, artiste électro-dance-punk semble détenir sa réponse sur son second album.

La chanteuse et productrice qui est dotée d’attributs vocaux franchement impressionnants, se fait maîtresse de cérémonie à la fois présente et absente, insaisissable, à l’intérieur de ce monde baroque et touffu où les temps morts sont plus que rares.

Elle les façonne à grands traits de bidouillages, un peu coldwave (« I’m Watching You), » un peu euroclash. Il y a du Grimes (« Legacy ») là-dedans, mais aussi un peu d’of Montreal dans la percussion. Glynt est comme une Kate Bush de l’ère Internet : une mystérieuse sirène du vibrato. Sauf que celle-ci parle de la crise de l’eau à Flint et du mouvement #MeToo ayant déménagé sur un dance floor.

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21 décembre 2018 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

My Brightest Diamond: « A Million and One »

En 2014, My Brightest Diamond avait, enfin, percé un certain plafond avec son dernier album This Is My Hand. Dès lors, la popularité de Shara Nova a atteint un nouveau pic avec sa pop baroque et arty et, plus tard, la new-yorkaise est de retour avec son sixième opus A Million and One.

Cette la taence a été mise à profit car My Brightest Diamond continue d’avancer en mettant un pied sur des territoires plus dansants. Le premier morceau « It’s Me On The Dance Floor » en attestes avec une atmosphère beaucoup plus pop et entraînante qu’à l’accoutumée. L’exploration se poursuivra d’ailleurs avec les accents hip-hop de « Rising Star » et « Champagne ».

L’art-pop de Shara Nova atteint de nouveaux sommets et on la sent plus requinquée et plus ambitieuse comme sur l’intense « A Million Pearls » mais aussi sur les rythmés « Sway » et « Supernova ».

Moins baroque que ses prédécesseurs et plus accessible qu’autrefois, elle n’oublie pas pour autant sa touche magique qui a fait sa réputation notamment à l’écoute de « You Wanna See My Teeth » et de « Supernova ».

Après un envoûtant « Mother », elle terminera sur une note des plus funky , un « White Noise » résolument fantomatique qui la montre néanmoins prête à envahir les dancefloors.

***1/2

29 novembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Thus Owls: « The Mountain that We LIve Upon »

Atour du trio que constituent Simon Angell (guitares, etc.), Erika Angell (chant, etc.) et Samuel Joly (batterie), Thus Owls a pris de l’expansion dans ce nouveau cycle de création.

The Mountain That We Live Upon a été imaginé dans le maintien d’une grande intégrité artistique: esthétique singulière, riche, aventureuse, conceptuellement brillante, d’une profonde sensibilité.

Ont aussi contribué à cet album de haute volée Laurel Sprengelmeyer (Little Scream), Nicolas Basque (Plants and Animals), Michael Feuerstack (The Luyas), Marc-André Landry (Matt Holubowski).

Thus Owls poursuit sa quête vers l’expression viscérale de l’existence, celle d’un couple capable de tout absorber, de traduire en musique et en poésie les mystères, les ombres, les vertiges, les éclats de lumière.

Depuis 2009, il n’y a rien d’évident pour s’expliquer l’impact confidentiel généré par Thus Owls. Peut-être serait-ce cette posture sur la soi-disant frontière entre la forme chanson et les musiques contemporaines instrumentales ou électroniques, incluant des séquences d’improvisation et de bruitisme. Ou tout simplement une question de chance…

Malgré tout, le langage de Thus Owls continue de s’étoffer. L’impulsion donnée par la percussion, la qualité du texte, la richesse des arrangements, l’impact des guitares, les ornements électroniques, les pointes d’énergie et la puissance de la voix soliste font de Thus Owls un trésor… encore caché de la musique actuelle.

***1/2

6 octobre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Dirty Projectors: « Lamp Lit Prose »

Un an et demi après avoir lancé un album d’art pop transi par une rupture amoureuse, le Brooklynois Dave Longstreth, leader et principal compositeur de Dirty Projectors, exulte de bonheur sur cet échevelé huitième album. Tout y est, pêle-mêle : la pop électronique (« Right Now », avec Syd de The Internet, « Feel Energy »), la ritournelle folk (« You’re the One », collaboration avec Robin Pecknold de Fleet Foxes), le R&B aux tons gospel (« What Is the Tim »e, une des moins réussies), les références aux Beach Boys époque SMiLE (craquante « Blue Bird » !) et à l’écriture de chansons inspirée de Paul Simon, notamment sur « That’s a Lifestyle », complainte pop-rock sur l’état du monde assaisonnée d’un irrésistible refrain.

Un joli fouillis rendu agréable à écouter grâce à l’effervescence et à l’originalité des orchestrations, à la qualité des mélodies et à l’interprétation joyeuse et contagieuse de Longstreth, qui condense ici en une dizaine de chansons toute la curiosité musicale qui guide son projet depuis plus de 15 ans.

***1/2

3 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Grizzly Bear: « Painted Ruins »

Que Johnny Underwood, (Radiohead), ait dit de Grizzly Bear qu’il était son groupe favori est une façon de lui rendre justice mais aussi de lui tendre la corde pour se faire pendre. Jusqu’à présent Ed Droste et ses acolytes ont réalisé un sans fautes et été suivis par une escouade de fans tous aujourd’hui dans l’anticipation de ce qui allait suivre Shields, leur titre de gloire en 2012.

Painted Ruins ne décevra pas mais il ne surprendra pas non plus. On restera en effet dans les mêmes schémas grandioses, par exemple sur « Wasted Acres »  avec son léger bourdonnement orchestral et sa plongée soudaine dans une complexité vectrice de frénésie.

On arrive, dès lors, dans ce trop plein qui nous guette tant l’imaginaire auquel nous sommes conviés fait comme nous engloutir.

Les cordes sont excessivement doucereuses, les guitares cultivent les effets « twang » et les vocaux de Droste contribuent alors à véhiculer ce climat d’ascension qui prête, dans son acmé, à la suffocation.

D’un paysage sonique à l’autre on se retrouve très vite perplexe face à cette électronique soyeuse et ce tsunanmi d’accords entassés, crépitant comme si ils étaient disposés au hasard.

On retiendra, heureusement, les percussions, plus cotonneuses, de « Aquarian » ou « Cut-Out » qui voisineront gracieusement avec l’imprévisibilité dont Grizzly Bear nourrit son instrumentation : ce sera dans la qualité de cet alliage entre dream pop vaporeux et art pop distordu que l’on pourra alors parler d‘une œuvre qui, à défaut d’être classique, pourra prétendre à la pérennité indé.

***1/2

24 août 2017 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Jenny Hval: « Apocalypse Girl »

Tout comme Björk, l’artiste norvégienne Jenny Hval met en avant la sexualité féminine dans ses aspects les plus charnels et dans laquelle elle se trouve inextricablement liée avec elle de l’homme. Son premier album produit par John Parish y traduisait les théories sur l’identité et le genre sur un registre art-pop provocateur, son « follow up » risque de susciter les mêmes réactions.

Elle poursuit ici son explorations de thèmes lourds et chargés, étayée par une imagerie religieuse iconoclaste comme sur « That Battle Is Over » où elle compare son âge à celui de Jesus sur fond de cordes arrangées avec coquetterie.

Sur un registre plus profane, elle s’en prend également à la presse à scandales et à sa vision du féminisme avec une voix acide dans laquelle le sarcasme n’est jamais loin tout comme elle relate la fin des idéologies ou idéaux (« Feminism’s over / socialism’s over / I can consume what I want now »).

Hval nous renvoie à la notion d’artiste engagée dans laquelle l’excès semble représenter le Nirvana ; il appartiendra à chacun d’y trouver sa voie parmi d’autres.

**1/2

8 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Grumbling Fur: « Preternaturals »

Le concept de « prénaturalisme » signifie, succinctement, la volonté de s’attarder sur tout ce qui est du domaine du bizarre, sur des phénomènes naturels qui nous apparaissent mystérieux, où le familier devient étrange et où notre perception du monde rationnel en devient perturbé.

Ce 3° album de Grumbling Fur semble justifier son titre tant son atmosphère semble droguée, et que son « ambient-pop » anglaise à l’air de sortir d’échos où l’inconscient à la part belle.

Pour cela, le groupe utilise le folk pastoral mais, alors que celui-ci était déshumanisé par la technologie auparavant, Preternaturals va situer cette source d’étrangeté à l’intérieur du pastoral lui-même.

Les compositions ont un processus qui s’apparente à des mantras : textures enflées, electronica dont le focus semble se perdre à chaque mesure, cordes langoureuses ; le tout enveloppé par des vocaux à moitié psalmodiés.

Le chorus de « Mister Skeleton » (« you knew it before you gave it a name ») le formalise assez bien tant il évoque ces spectres à peine perceptibles qui hantent la musique poliment excentrique du duo.

Le « single » « All The Rays » sonne comme issu d’un présent éternel où la délicatesse semble éternelle tant sa cadence toute régulière qu’elle soit n’a rien de martiale mais semble survoler le sol en sandales plutôt qu’en bottes et respirer l’odeur des fleurs plutôt que celui d’une contrée à la Depeche Mode. « Feet Of Clay » aura pour cadre un paysage sonore idyllique où dominent les violons et les harmonies vocales à peine égratigné par quelques légers climats crépusculaires.

Le climat général de l’album mettrait à l’aise les cigales dont il emprunte parfois les tonalités.

Preternaturals est gracieux et intrigant, même sur les titres les plus électroniques (« Pluriforms ») il se maintient à l’écart de l’inquiétant. Il a le bon goût de rester dans un surréalisme où la réserve est de rigueur ; à mi-chemin entre le prosaïque et le caché ; c’est un disque de art pop psychédéilque qui trouve sa force en nous déstabilisant en douceur du familier.

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15 septembre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire