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Ray Davies: « Americana »

Évoquer Ray Davies, c’est, avant tout reconnaître en lui l’un des plus respectables et respectés songwriter du Royaume Uni. La liste de ses classiques surpasse celle des plus renommés de ses pairs mais, sur ce nouvel opus, ce chanteur qui a inspiré tant d’autres artistes, nous montre quelles étaient ses véritables sources d’inspiration.

Americana est un disque « roots » au même titre que, sur le précédent See My Friends, l’hommage se situait dans la liste des prestigieux invités qui l’accompagnaient (Bruce Springsteen, Lucinda Williams, Jackson Browne et même Metallica).

La trame entre les deux productions est la même dans la mesure où, pour quelqu’un qui a tant su élaborer sur le thème de la nostalgie et du temps qui passe, il était évident que le concept qui préside à Americana s’imposerait.

Que ce besoin se soit fait sentir au moment où Davies soit nominé comme chevalier pour son service rendu aux « British Arts » et qu’il fasse paraître, sous le même nom, son autobiographie n’est pas une incongruité dans la mesure où Davies avait déjà reçu le Order of the British Empire en 2004.

Americana donc, accentuée par le fait qu’il utilise The Jayhawks pour l’escorter et, pour jouer sur la dichotomie USA/Angleterre, leur ait demandé de venir enregistrer dans son propre studio à Londres.

Americana s’ouvre d’ailleurs de manière introspective avec une guitare dont les cordes sont légèrement pincées et où les harmonies enrobent avec douceur des textes qui montent où pour lui se situent ses allégeances, « I want to make my home/Where the buffalo roam ».

Mais, comme pour tout ce qui concerne les Kinks, les sensations américaines de Davies sont complexes et ironiquement asymétriques. On peut être fasciné par le drapeau US et diaprer des titres où « Waterloo Sunset » n’est jamais loin comme sur le caustique « The Invaders » qui rappellent les difficultés qu’a eues le groupe dans sa première tournée outre-Atlantique ou « The Deal » où Davies revisite ses premières impressions des Los Angeles («  I’m going to LA/Check into a quiet, groovy hotel/Get myself a tan ».)

Jamais éloigné de ses observations sur la « chose américaine », le chanteur y greffe ses propres fixations en explorant la conscience de sa propre mortalité comme sur « The Mystery Room » où cette thématique est abordée de manière explicite (« Now I’m faced with mortality ») ou sur la narration nocturne qui parsème «  Silent Movie ».

L’acoustique «  Rock ‘N’ Roll Cowboys » privilégiera encore plus ce sillon avec un «  Do you live in a dream or do you live in reality » qui établit judicieusement la connexion entre l’Ouest d’antan et les rock stars prenant de l’âge. Un fragment de « All Day and All of the Night » trouvera d’ailleurs place sur « The Man Upstairs » comme pour démontrer que l’artiste sait où se situe son Histoire. L’entendre chanter «  don’t live life, life lives me » indique clairement le lien qu’il entend établir entre sa chronologie et l’introspection qui en est le produit. Ce qui permet, pourtant, de ne pas tomber dans l’égotisme est la dextérité avec laquelle Davies joue avec les mots et les tournures de phrases, une des facultés dont il a toujours fait preuve (« Poetry »). À cet égard, l’accompagnement musical des Jayhawks est, volontairement, on ne peut plus générique et fort à propos.

Le focus étant placé sur les mots, il est certain que les compositions n’ont pas l’élan qui a permis d’écrire de si nombreux classiques. Point de « Lola » ou de « David Watts » ici mais une orchestration qui rend le produit terriblement efficace et touchant. Les vocaux en duo avec Karen Grotberg (claviers) sont tout bonnement troublants comme le sont les contributions instrumentales qui jalonnent Americana.

L’album va ainsi merveilleusement alterner ballades acoustiques, quatuor à cordes et titres plus enlevés solidifiant ainsi les « rockers » ou les morceaux music hall témoignant de la versatilité d’un artiste qu’on ne saurait réduire aux stéréotypes qui ont délimité sa carrière.

Certes par moments trop long, Americana prouve que Davies n’a rien perdu de sa verdeur et de son acuité en matière d’écriture ; son sens de l’interjection, son phrasé apportent consistance et cohérence. Il y a, en effet, profondeur et puissance dans sa dissection de l’Amérique.

La grandeur y côtoie ainsi les côtés sombres ; chroniqueur mais aussi poète,le chanteur expose ici sur un ton conversationnel familier et intime un univers qui même si il est le portrait d’un manque et d’une aliénation, donne émotion et douceur à ce sentiment de déperdition qui ne nous abandonne jamais.

****1/2

8 mai 2017 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Travis Linville: « Up Ahead »

Bien que relativement peu connu aux USA, Travis Linville est une figure importante de la scène musicale en Oklahoma. En tant que « singer songwriter » cela plus de dix ans qu’il y enseigne, tourne, y écrit et y compose Up Ahead est son plus récent album et on retrouve ici toute son expérience à nous proposer une compilation de chansons country simples et décontractés véhiculant une atmosphère tranquille et faite de « vibes » dont le réalisme quotidien se veut prosaïque mais, avant tout, apaisant.

« Flowers in Your Hair »,” ouvre le disque, composition alerte où description est faite de l’innocence et de l’émoi qui transparaissent à l’évocation d’un premier amour. Les textes sont courts et sans fard dans une tonalité qui se veut, à l’image de tout l’album, optimiste et ouverte à l’éclat qui anime la succession des jours qui passent.

Cette essence basique se retrouve en matière d’instrumentation dans la mesure où Linville s’attache à une production naturelle et élémentaire. Loin d’être facilité, cette démarche est avant tout preuve du talent qu’il a à faire fonctionner des titres où généralité se conjugue à douceur.

On retrouve ici la joie qui peut se résumer à déguster une bonne bière, à être entouré de ses amis ou à écouter de bons petits morceaux country et folk comme ceux de Up Ahead.

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2 avril 2017 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Wussy: « Forever Sounds »

Wussy était, il y a un temps, un ensemble folk dégingandé ; l’écoute de Forever Sounds change la donne. Nous sommes ici toujours dans la folk mais les compositions y sont tendres et se retrouvent projetées dans une gaze faite de guitares shoegaze et une production prog-rock.

Les fantômes de certaines icônes rock 70’s y sont juchées, Crazy Horse ou le Led Zeppelin des débuts, et les deux vocalistes (Lisa Walker et Chuck Weaver) apportent ici un contraste intéressant.

Celui-ci ira entre angoisse et phrasé acoustique façon crooner ; c’est sur « Better Days » que la mise en valeur du duo s’exemplifiera au mieux avec une cadence et un effet spatial qui évoquera Galaxie 500.

Le tout se montrera alors des plus engageant même si, comme sur « Dropping Houses », l’accroche mélodique sera gâchée par des chorus désorientants. « Hello, I’m A Ghost », tentera de raffermir l’impact mais l’impression générale restera ténébreuse et témoignera d’un talent qui en reste au stade du bourgeon.

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30 juin 2016 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

The Violent Femmes: « We Can Do Anything »

The Violent Femmes n’ont jamais eu le succès de certains de leurs pairs, tout écervelés qu’ils aient pu être. Leur place dans l’histoire de la musique va néanmoins ien plus loin que ce que leur « Blister in the Sun » , seul titre qui leur a valu une notoriété relative.

On aurait donc tort de passer sous silence l’influence qu’a pu avoir Gordon Gano ces trente dernières années. Ses récits sont souvent névrotiques, avec des thématiques tournant autour des notions d’amour et de frustration, et elles sont, dans leur grande majorité, étayées par une imagerie surréaliste et une punk-rock propulsé par une guitare acoustique.

Leur jachère créative semble être achevée sur ce We Can Do Anything qui est la résultante de plusieurs années passées à tourner et à conserver une audience toujours aussi fidèle et attentive ces derniers temps. Il était logique que soient demandées de nouvelles compositions à ces icônes cultes et, malgré les craintes qu’on aurait pu avoir, cet opus de 10 chansons peut aisément rivaliser avec leurs premières productions dans les années 80. Gano revisite ainsi ses vieux journaux et y ajoute quelques demos avec une voix qui sonne toujours aussi jeune, ce qui, à l’instar de Robert Smith ou Frank Black, ne peut être que réjouissant.

« Memory » ouvre les choses d’une manière enlevée propre à nous ravir avec ces guitares gratouillées à la n’importe comment et une shuffle de percussions revigorantes, « I Could Be Anything »,  lui, lorgne du côté de la comptine pour marins avec esprit et truculence. « Issues » sera un véritable festin auditif de chorus successifs et « What You Really Mean »nous offre une bien jolie tranche d’Americana accouplée à du Dylan.

Recette éprouvées certes mais toujours d’une actualité bien vivace ; le morceau terminant l’album, « I’m Not Done », sera à lui seul preuve que The Violent Femmes demeure un combo prometteur tant sa verdeur semble encore aujourd’hui inaltérable.

***1/2

20 juin 2016 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Telegraph Canyon: « You From Before »

Comment décrire la musique de Telegraph Canyon si ce n’est en disant que ce serait du My Morning Jacket auquel on aurait ajouté cuivres et cordes pour faire bonne mesure ? Le combo conserve ici la même approche qui vise à donner un petit décalage Americana mais, alors que précédemment les arrangements étaient plutôt orchestrés, sur You From Before le spectre sonore s’élargit quel que peu avec des ajouts psychédéliques et même shoegaze.

On notera le foisonnement d’un « Hundred Years » dont l’interprétation est atteint des hauteurs remarquables, « Flood » notable par son utilisation des percussions et du violon ou le « single » « Why Let It Go » au chorus stellaire.

Tous les titres devraient être, en fait, annotés. La nature éclectique du disque met en valeur la diversité des talents des six membres de Telegraph Canyon. On pourrait sans rougir évoquer Neil Young (« Magnetic ») ; c’est un titre qui résume à la perfection l’impact que peut nous donner l’écoute de You From Before.

***1/2

11 juin 2016 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Mount Moriah: « How to Dance »

How to Dance, le troisième album du trio alt-country, ne déroge pas à ce qui faisait l’essence de Mont Moriah, à savoir 10 compositions construites avec soin et grâce et mêlant country, folk et soft rock. Nous ne sommes guère éloignés de la tradition habituelle dans la mesure où la thématique est fortement ancrée dans la religion mais ce qui va distinguer Mount Moriah des certains autres combos c’est une approche plus rock en matière d’instrumentation.

Le groupe n’hésite pas à user de la pédale wah wah, de boogie façon Allman Brothers et d’une steel guitar qui apporte une touche de légèreté à des textes parfois chargés tant ils évoquent, la discrimination, la solitude ou l’empathie pour les incompris et les rejetés.

On comprendra, à cet égard, que des accords en distorsion peuvent avoir valeur apaisante et que How to Dance permet à Mount Moriah de trouver rédemption dans romance et mysticisme.

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19 mai 2016 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Have Gun, Will Travel: « Science from an Easy Chair »

Il n’y a pas que les groupes de « progressive rock » qui s’attaquent aux albums concepts puisque Have Gun, Will Travel, combo americana originaire de Floride, se coltine ici à un épisode de l’Histoire US, en l’occurence la «  Imperial Trans-Antarctic Expedition » du navigateur Sir Ernest Shackleton entre 1914 et 1816.

Plus que le récit en soi, il ne s’agit pas ici d’interpréter une histoire mais d’adopter les divers points de vue de ses protagonistes.

Point de narration à la troisième personne donc, mais une interprétation toute en subjectivité, « By Endurance We Conquer » et son introduction vectrice de destin funeste ou des titres vifs et galopants comme «  Spirit of Discovery » ou « True Believers ».

On y perçoit idéalisme et espoir, exaltation à entrer dans des territoires inconnus sur le rythme chaloupé de «  Madhouse Promenade » ou le calme apaisé de « “Goodnight, Sweet Chariot ».

Ajoutons une orchestration qui va de pair, steel guitar, violoncelle et solos de clavier et on obtiendra avec cet album un opus qui revisite le passé tout en se débarrassant de ses clichés.

Science From An Easy Chair nous présente une americana pop, brillante comme un sorbet à mi-chemin entre univers ensoleillés et le purgatoire que représente le fait d’être coincé dans un horizon glacé.

***1/2

5 mai 2016 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Lissie: « My Wild West »

Sur le troisième album de Lissie, la jeune femme semble avoir décidé de changer le rythme de sa voilure en en augmentant légèrement le volume comme s’il s’agissait d’un départ et d’un adieu.

Elle s’en retourne dans le Midwest après avoir quitté la Californie et, ce qui peut s’apparenter à un road album, aucun regret ni retour en arrière ne semblent ponctuer My Wild West.

Son Ouest, puisque de cela il s’agit, retrouve ainsi une certaine férocité combinée à une aisance naturelle et une clarté en matière de compositions tendent à moderniser soniquement l’Americana conventionnelle.

La chanson titre superpose harmonies et nappes sonores comme pour entériner le « I’ll be fine fine » qu’elle nous fait partager et qui sert de marqueur à son évolution alors que « Daughters » est un signe d’affirmation féminine qui ne trompe pas.

« Ojai »terminera le disque sur une note de nostalgie compensée par des guitares ; là encore c’est du déjà entendu mais cela reste une mise à jour rafraîchissante et libératrice.

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25 avril 2016 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Cashavelly Morrison: « The Kingdom Belongs To A Child »

Quand un artiste entre dans le segment Americana, il est confronté aux mêmes écueils ; ceux qui sont liés à être répétitif. Ceci peut s’exemplifier au niveau des influences ou de la ré-interprétation plate indissociable de ce qui a précédé.
Cashavelly Morrison, chanteuse et « songwriter » native de la Virginie s se lance pourtant à cœur perdu dans cette mouvance sur son premier album, The Kingdom Belongs To A Child.
La différence est néanmoins de taille par rapport à d’autres, son disque est terriblement hanté et triste, un peu à l’instar de Bon Iver, avec une diction qui n’est pas sans rappeler une musicienne comme Loretta Lynn.

Cette expérience, conjuguée à une narration emplie d’émotion (« Emory »), lui permet de rompre avec les fers du passé et de s’apparenter à des à d’autres interprètes comme Sun Kil Moon (« Breakwater »).
Grâce à cet alliage de douceur et de menace, d’humanité et de noirceur, Morrison fait montre d’une singularité remarquable et d’une approche qui la fait appréhender ses récits comme autre chose que de simples objets de beauté.

***1/2

 

29 mars 2016 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Holly Golighty: « Slowtown Now! »

Slowtown Now! est le premier album de la chanteuse Holly Golighty depuis 11 ans et il nous réintroduit à son nouveau style vocal, lisse et plaisant.

La chanteuse n’est pas un nom inconnu dans la mesure où sa carrière musicale a dépassé deux décennies, en particulier à la tête des punks de Thee Headcoates. Aujourd’hui la voilà sur un registre plus folk/blues et americana et ce nouvel opus est une jolie compilation de ballades vintage datant des 60’s.

Le rythme y est tranquille, le climat détendu en particulier avec les tonalités rétros des guitares. Ainsi « Fool Fool Fool » et « As You Go Down » semblent nous ramener il y a 20 ans avant que le concept de « girl group » ne soit apparu.

En regard de cela on y trouvera un petite arôme « southern rock » ce qui est à peine sdurprenant quand on sait que les origines de Holly Golightly sont la Géorgie.

2 septembre 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire