No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

The Dead South: « Sugar & Joy »

The Dead South est un quatuor qui nous propose, depuis ses débuts, un mélange bluegrass country à la fois simple et terriblement efficace, et doté d’un caractère fort bien retranscrit par la voix gouailleuse de son leader Nate Hilts. Mais c’est bien l’unisson, l’harmonie entre les musiciens du combo qui est mise en valeur au travers des treize titres de cette nouvelle glorification de leurs racines musicales.

Alors bien sûr, si vous faites une poussée allergique dès le premier titre de leur album , inutile de poursuivre l’écoute, puisque chaquemorceau conservera un charme qui rendra l’ensemble homogène. Bref, pas vraiment d’évolution en vue donc. Cela signifiera que les détracteurs du groupe s’ennuieront toujours aussi ferme, mais, que les autres ne pourront que se réjouir de la route prise avec Hits et ses acolytes.

***1/2

22 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Li’L Andy: « All The Love Songs Lied To Us »

« All the love songs lied to us—
the truth is so much worse »

Voilà la manière dont commence le nouvel album de Li’L Andy, All The Love Songs Lied To Us. All The Love Songs Lied to Us. Quatre ans après sa dernière parution, While The Engines Burn, Andrew McClelland nous revient avec un album dans la continuité de son travail des quinze dernières années. Li’l Andy verse dans l’Americana strico sensu – tantôt plus gospel avec All Who Thirst Come to Waters, tantôt plus country avec While The Engines Burn ou plus folk avec ses premiers albums. All The Love Songs… est plus dans cette mouture. Comme le dit le titre, l’album parle d’amours déçues. Par contre, l’originalité de la proposition de Li’l Andy est dans ses textes qui ne sont pas très romantiques ou idéalistes. C’est un portrait réaliste de l’amour, avec un sourire en coin et un doux cynisme assez à point pour être sympathique.

La citation de la chanson-titre donne le ton. En citant des chansons d’amour célèbres comme « Love is All You Need » et « Love Is Blind, » McClelland démontre que ces oeuvres déploient des mythes qui nous empêchent de vivre nos relations de manière saine. Le mythe amène inévitablement une certaine déception qui est aussi exprimée.

Il y a une autodérision dans cet album qui rend le tout très sincère. Dans la chanson-titre, il y a aussi un moment ou il parle des chansons country qui elles aussi glorifient l’amour et la tromperie, clin d’oeil intéressant quand on sait qu’il en compose une, plus loin, avec « Desire (Again) ». Celle-ci donne quand même l’impression qu’il se répond. « Ahhh… Loneliness » a elle aussi un côté cynique:

« Ah! Loneliness—there you are,
Ah, loneliness—there you are.
It’s been so long, you were gone.
Loneliness has come back home »

À défaut d’être originale et de révolutionner le country, la musique est vraiment bien faite. La production de Joe Grass est très minimaliste et laisse la part belle aux instruments et aux arrangements de cordes. La voix profonde de Li’l Andy est bien mise de l’avant, ainsi que de jolis choeurs. La chanson-titre a emprunté la mélodie de « Coming Back to You » de Leonard Cohen . Certaines compositions sont plus surprenantes, comme « The Lives of Others » qui a un petit côté calypso ou « Limestone », principalement jouée au piano. Sinon, l’instrumentation est digne du country classique avec la grande présence des guitares, de violon et de pedal steel.

En somme, All the Love Songs Lied to Us se démarque par ses propos plus que par sa musique qui, elle, est réussie en dépit de tout.

****

16 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Paul Cauthen: « Room 41 »

Room 41 fait partie de ces albums coçus avec les tripes. Après deux années d’écriture à l’hôtel Belmont à Dallas, le rockeur à la voix de baryton livre un opus plus que personnel. Paul Cauthen est ses chansons. Ses morceaux retracent le pan de sa vie marqué par les excès en tout genre, l’obligeant à s’arrêter à la case hôpital.

Country, blues, funk, autant de style que Paul Cauthen conjugue sur ses dix nouveaux titres pour évoquer tant le désir que l’orgueil, en pensant par la destruction et le pardon. Un artiste dont la voix envoûtante vous invite à passer de l’autre côté du miroir, afin de comprendre davantage son penchant pour l’adrénaline.

***1/2

12 octobre 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Norah Jones + Mavis Staples: « I’ll Be Gone »

C’est la nouvelle façon de susciter un petit émoi dans le fatras des propositions musicales à l’ère numérique : la sortie-surprise. La semaine dernière, nous parlions à Mavis Staples (notamment de sa participation à l’album de duos de Sheryl Crow), dimanche elle se produisait à Pop Montréal. De nulle part, voici I’ll Be Gone, nouveauté de Norah Jones featuring ladite Mavis. Il n’y a pas un mois, l’espiégle Jones nous faisait le coup avec une reprise de Dolly Parton, ravivant pour l’occasion son groupe alt-country Puss n’ Boots.
Et ce coup-ci ? I’ll Be Gone est un country-blues chavirant, pour le débit lancinant, un peu gospel aussi quand ça lève. Les voix chaudes caressent l’âme, grattent les plaies et guérissent tous les maux. À deux, la solitude, ça se prend mieux. Surtout ces deux-là. Norah nous réserve d’autres « surprises », nous prévient-on. Ce sera déjà moins surprenant, mais non moins bienvenu.
***1/2

4 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The One Armed Man: « Paper Bird »

Si l’oiseau de papier qui sert de figure de proue à ce nouvel opus de The One Armed Man fait référence à l’art ancestral de l’origami cher aux Nippons, c’est encore et toujours à l’Ouest qu’on cherche du nouveau, dans ces territoires où l’americana tire le meilleur des racines historiques pour faire du neuf. Ici, davantage que la country, c’est le blues qui sert de vivier pour puiser une inspiration faite de complaintes, d’accords chaleureux et de petit solo déchirant mais qui muscle son jeu pour devenir un bon rock à l’attitude « old school » mais au son très moderne.

Même avec une petite balade acoustique (« In the Warm Sunlight »), Paper Bird est plus homogène que Black Hills, il semble également moins torturé, sans pour autant lâcher des sourires juqu’aux oreilles du fait de thèmes peu guillerets (« Whispers in the Dark », « The Paper Bird Killer », « Love is a Lonely Road »). Mais dans The One Armed Man, il y a un coeur qui bat et qui insuffle une dynamique et qui va de l’avant « Sweet Anger », « Ecstasy ») et qui correspond assez bien à l’idée directrice proposée ici par le quatuor : un homme frappé d’amnésie qui redécouvre peu à peu son histoire.

***

24 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Ohtis: « Curve of Death »

Ohtis est inconnu hormis des oreailles averties de ce qui se passe dans la mouvance indie folk/alternative country. Mené par Sam Swinson (chant, composition), Adam Presley (basse, guitare, production) et le multi-instrumentiste Nate Hahn ce trio avait publié quelques disques autoproduits avant de se séparer et de se reformer et vice versa. Cette année, ils sont enfin sur la bonne voie avec un véritable premier album officiel nommé Curve Of Earth.

En huit morceaux, Ohtis nous propose un état des lieux qui est également tour d’horizon. Comme cela se doit d’être, les textes totalement autobiographiques de Sam Swinson sont bien reflétées dant la mesure où il ressasse sans pudeur son passé de toxicomane sur des touchantes ballades Americana comme « Pervert Blood » qui ouvre le disque, mais également « Little Sister » et le plus éloquent « Rehab ».

La vie peut être pourrie mais on retire toujours autant de leçons. Tel est le propos que dresse la bande à Sam Swinson sur « Black Blood » et « Junkie Heaven ». S’achevant sur un bouleversant « Serenity Prayer », Ohtis aura peut-être trouvé une once de cette rédemption qu’il est en droit d’attendre sur Curve of Earth.

***

14 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Eric George: « Where I Start »

Eric George est un artiste folk du Vermont dont le second album, Where I Start, n’a un titre qu’à mouitié trompeur. En effet, son précédent opus, Song of Love, était une incurion dans un domaine plus punk alors que, ici, il semble être retourné à ses racines originelles, à savoir la folk.

George y joue de tous les instruements ce qui donne un côté familier, voire familial, mais il est parvenu à y distiller un certain mordant et faire en sorte que le disque sonne comme s’il était ijoué par un véritable groupe.

Grâve à une production chaleureuse et luxuriante, Where I Star malange ainsi le nouveau et l’ancien. L’artiste a récupéré de vieux textes dissimulés dans un carnet de notes, les a ré-arrangés et ré-interprétés en combinant deux de ses influences, The Doors et The Misfits. Sous un jour plus folk. Que ce soit sur du bluegrass traditionnel (« What Holds The Bone ») ou le groove roots-rock de « Found Out », on discerne une identité assez remarquable qui permet à l’ensemble du disque de fonctionner avec fluidité. Ajoutons enfin un remarquable moment onirique avec « Heart of the Matter » et on pourra conclure que Where I Start est effectivement un nouveau départ.

***1/2

6 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Calexico: « Years To Burn »

Quatorze ans, c’est ce qu’il aura fallu pour que Calexico, le groupe qui a permis à pas mal de monde de placer la ville de Tucson, Arizona sur une carte, et Iron & Wine, le barde barbu carolinien, fassent de nouveau cause commune sur un même disque. In the Reins, leur première collaboration, remonte déjà à 2005 et avait laissé un souvenir très profond aux fans de ces deux entités singulières. Le désir de chaque partie de retravailler avec l’autre s’est heurté, durant toutes ces années, à des difficultés d’emploi du temps, chacune étant prise dans le cercle infernal albums – tournées – retours au bercail et, plus simplement, par la vie personnelle des trois musiciens qui, bien évidemment, suivait leur cours respectif. L’espoir des retrouvailles allait en s’amenuisant, mais l’attente a finalement pris fin avec la parution de ce Years to Burn aussi inattendu que bienvenu en ce mois de juin 2019. Sam Beam, accompagné de Rob Burger et Sebastian Steinberg, deux de ses musiciens de tournée avec Iron & Wine, a pu rejoindre Joey Burns et John Convertino, les deux têtes pensantes de Calexico, secondés de leur côté par Jacob Valenzuela et Paul Niehaus, eux aussi de Calexico, en décembre 2018 à Nashville pour enregistrer leurs nouvelles compositions. C’est donc au cours de brèves (on parle de quatre jours seulement) mais sans doute très intenses et fructueuses sessions d’enregistrement que le groupe ainsi constitué a pu se rassembler et enfin donner libre cours à sa créativité après des années d’attente et de patience.
Sur In the Reins, Sam Beam avait composé la totalité des morceaux. Sur Years to Burn, c’est encore lui qui en a écrit la majorité, cinq sur les huit, en laissant une à Burns, tous les musiciens présents collaborant sur les deux restantes. Et si l’on est familier des dernières productions d’Iron & Wine (Beast Epic en 2017 et l’EP Weed Garden en 2018), c’est en terrain connu que nous ramène Beam, puisque l’on retrouve dans les chansons qu’il propose ici la même atmosphère chaude et accueillante qui les entourait. C’est donc avec délice que l’on écoute « In Your Own Time », son orchestration et ses superbes harmonies, « What Heaven’s Left », légère et décontractée, « Follow the Water », aussi douce que le délicat écoulement d’une rivière, ou encore « Years to Burn », feutrée et sensible. Mais c’est bien la lumineuse « Father Mountain » qui emporte tout : des harmonies célestes, des chœurs puissants, une instrumentation de toute beauté (le piano, les guitares, la batterie, tout est parfait !), des paroles touchantes qui visent juste, un allant irrésistible, c’est tout simplement un des morceaux de l’année me concernant, de ceux que l’on réécoute sans jamais se lasser et qui passeront toujours aussi bien des décennies plus tard. Pour vous situer un peu, Beam parvient à recréer l’effet « Call It Dreaming » (sur Beast Epic), ce qui n’est pas un mince exploit.


À côté, « Midnight Sun » » la compo de Joey Burns qui précède « Father Mountain », paraît plus voilée et sèche et apporte une légère tension au disque. Elle n’en reste pas moins très réussie et agit comme une sorte de voyage initiatique en plein désert, épopée striée par la guitare électrique de Burns, elle-même apaisée par la steel guitar de Paul Niehaus. N’étant pas vraiment un spécialiste de Calexico, je peux tout de même avancer que l’on retrouve leur patte dans ce morceau, cette ambiance aride, de base acoustique que Convertino et Burns développent depuis plus de vingt ans. Patte de nouveau identifiable sur le court instrumental mâtiné de cuivres « Outside El Paso », forme dans laquelle les deux hommes ont appris à exceller depuis longtemps et qui, étant donné son nom même, s’avère typique de leur œuvre et s’y insère donc sans difficulté. Enfin, l’odyssée épique « The Bitter Suite », divisée en trois segments dont les deux premiers ont été composés ensemble par Beam et Burns et le troisième par Beam seul, est longue de plus de huit minutes et porte les marques des deux groupes. Le segment a, le lancinant « Pájaro », chanté en espagnol, laisse lentement la place au b, le quasi instrumental « Evil Eye », qui porte assez bien son nom avec ses guitares et sa rythmique inflexibles et que la trompette de Valenzuela accompagne dans un écho fantomatique. Il s’éteint au moment où Beam reprend le micro pour le dernier segment, le c, « Tennessee Train », qui conclut avec une sobre et discrète élégance ce triptyque où chacun a eu son mot à dire. Les variations rythmiques et stylistiques ainsi que la diversité des voix et des instruments qu’on y retrouve en font sans aucun doute l’exemple le plus probant justifiant le bien-fondé de cette tardive réunion.
Et le seul bémol que l’on peut adresser à cette dernière, c’est uniquement sa trop courte durée : huit morceaux pour trente minutes de musique environ, c’est bien peu, surtout comparé à l’attente et aux espoirs que le retour de cette association avait fait naître lors de l’annonce de sa résurrection. Mais comme ce Years to Burn (magnifique titre au passage, et somptueuse pochette également) se tient de bout en bout et délivre de véritables trésors, on n’en tiendra pas réellement rigueur aux musiciens, qui trouvent chacun un espace où s’exprimer, en espérant néanmoins que l’on n’ait pas encore à attendre quatorze longues années pour les voir se réunir de nouveau.

****

30 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Pony Bradshaw: « Sudden Opera »

LAmericana est un genre particulièrement captivant quand elle va puiser son inspiration du côté torturé de l’âme humaine. Pony Bradshaw, alias James Bradshaw dans la vraie vie, semble traîner avec lui un certain nombre de casseroles et de cadavres dans le placard qui ont besoin d’être exorcisés. Bradshaw a, en outre, tourné avec Social Distortion et Mike Ness. Tout cela fait pas mal de points dans la balance pour l’écoute et l’adoption de ce premier album de l’Américain et cela c’est avant même de prêter oreille à ce disque.

C’est « Van Gogh » qui nous accueillera et on y trouvera tout de suite tous les ingrédients qui vont faire de ce Sudden Opera un très bon disque du genre ; une musicalité blues / americana / pop / folk qui prend le meilleur des mondes, une voix touchante, une élégance de tous les instants, une sobriété groovy.

Des 12 titres de ce premier opus on aura du mal à en écarter un ou en changer une note, un arrangement, tant tout a été fait dans les règles de l’art. Des choeurs country / soul viennent appuyer des titres où la mélancolie, le groove et les aspects pop cohabitent sans mal. C’est beau, c’est sensible, et ça ne souffre d’aucun défaut. Une raison de plus pour se délecter de cet excellent album.

***1/2

12 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Bruce Springsteen: « Western Stars »

À l’ère sans air de Trump, rien ne sert de s’époumoner. Dénoncer ? On est au-delà. Bruce a décidé plutôt de nous donner de l’espace pour respirer. À la petitesse, il oppose la grandeur, parcourt le pays à la recherche de la vie qui bat, du miracle de la beauté. Là où galopent les chevaux sauvages. On n’est pas chez Tom Joad, plutôt chez John Ford. Arrangements de cordes à grandeur d’horizon ! Comme si le thème du film The Magnificent Seven (évoqué par la chanson-titre) rencontrait le « Wichita Lineman » de Glen Campbell (la chavirante « Stones ») et même le « Everybody’s Talkin’ » de Nilsson dans « Hello Sunshine ».

C’est le retour nécessaire et salutaire du Bruce de la démesure, et la seule comparaison qui tienne, pour l’exaltation, est l’épique Born to Run. À cela près qu’il ne s’agit plus de fuir le New Jersey, mais bien de retrouver l’Amérique. Pas un disque ne comptera plus que celui-ci d’ici novembre 2020, et même après : emportez-le sur les routes de vos vies. On s’y rencontrera.

***1/2

15 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire