No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

The One Armed Man: « Paper Bird »

Si l’oiseau de papier qui sert de figure de proue à ce nouvel opus de The One Armed Man fait référence à l’art ancestral de l’origami cher aux Nippons, c’est encore et toujours à l’Ouest qu’on cherche du nouveau, dans ces territoires où l’americana tire le meilleur des racines historiques pour faire du neuf. Ici, davantage que la country, c’est le blues qui sert de vivier pour puiser une inspiration faite de complaintes, d’accords chaleureux et de petit solo déchirant mais qui muscle son jeu pour devenir un bon rock à l’attitude « old school » mais au son très moderne.

Même avec une petite balade acoustique (« In the Warm Sunlight »), Paper Bird est plus homogène que Black Hills, il semble également moins torturé, sans pour autant lâcher des sourires juqu’aux oreilles du fait de thèmes peu guillerets (« Whispers in the Dark », « The Paper Bird Killer », « Love is a Lonely Road »). Mais dans The One Armed Man, il y a un coeur qui bat et qui insuffle une dynamique et qui va de l’avant « Sweet Anger », « Ecstasy ») et qui correspond assez bien à l’idée directrice proposée ici par le quatuor : un homme frappé d’amnésie qui redécouvre peu à peu son histoire.

***

24 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Ohtis: « Curve of Death »

Ohtis est inconnu hormis des oreailles averties de ce qui se passe dans la mouvance indie folk/alternative country. Mené par Sam Swinson (chant, composition), Adam Presley (basse, guitare, production) et le multi-instrumentiste Nate Hahn ce trio avait publié quelques disques autoproduits avant de se séparer et de se reformer et vice versa. Cette année, ils sont enfin sur la bonne voie avec un véritable premier album officiel nommé Curve Of Earth.

En huit morceaux, Ohtis nous propose un état des lieux qui est également tour d’horizon. Comme cela se doit d’être, les textes totalement autobiographiques de Sam Swinson sont bien reflétées dant la mesure où il ressasse sans pudeur son passé de toxicomane sur des touchantes ballades Americana comme « Pervert Blood » qui ouvre le disque, mais également « Little Sister » et le plus éloquent « Rehab ».

La vie peut être pourrie mais on retire toujours autant de leçons. Tel est le propos que dresse la bande à Sam Swinson sur « Black Blood » et « Junkie Heaven ». S’achevant sur un bouleversant « Serenity Prayer », Ohtis aura peut-être trouvé une once de cette rédemption qu’il est en droit d’attendre sur Curve of Earth.

***

14 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Eric George: « Where I Start »

Eric George est un artiste folk du Vermont dont le second album, Where I Start, n’a un titre qu’à mouitié trompeur. En effet, son précédent opus, Song of Love, était une incurion dans un domaine plus punk alors que, ici, il semble être retourné à ses racines originelles, à savoir la folk.

George y joue de tous les instruements ce qui donne un côté familier, voire familial, mais il est parvenu à y distiller un certain mordant et faire en sorte que le disque sonne comme s’il était ijoué par un véritable groupe.

Grâve à une production chaleureuse et luxuriante, Where I Star malange ainsi le nouveau et l’ancien. L’artiste a récupéré de vieux textes dissimulés dans un carnet de notes, les a ré-arrangés et ré-interprétés en combinant deux de ses influences, The Doors et The Misfits. Sous un jour plus folk. Que ce soit sur du bluegrass traditionnel (« What Holds The Bone ») ou le groove roots-rock de « Found Out », on discerne une identité assez remarquable qui permet à l’ensemble du disque de fonctionner avec fluidité. Ajoutons enfin un remarquable moment onirique avec « Heart of the Matter » et on pourra conclure que Where I Start est effectivement un nouveau départ.

***1/2

6 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Calexico: « Years To Burn »

Quatorze ans, c’est ce qu’il aura fallu pour que Calexico, le groupe qui a permis à pas mal de monde de placer la ville de Tucson, Arizona sur une carte, et Iron & Wine, le barde barbu carolinien, fassent de nouveau cause commune sur un même disque. In the Reins, leur première collaboration, remonte déjà à 2005 et avait laissé un souvenir très profond aux fans de ces deux entités singulières. Le désir de chaque partie de retravailler avec l’autre s’est heurté, durant toutes ces années, à des difficultés d’emploi du temps, chacune étant prise dans le cercle infernal albums – tournées – retours au bercail et, plus simplement, par la vie personnelle des trois musiciens qui, bien évidemment, suivait leur cours respectif. L’espoir des retrouvailles allait en s’amenuisant, mais l’attente a finalement pris fin avec la parution de ce Years to Burn aussi inattendu que bienvenu en ce mois de juin 2019. Sam Beam, accompagné de Rob Burger et Sebastian Steinberg, deux de ses musiciens de tournée avec Iron & Wine, a pu rejoindre Joey Burns et John Convertino, les deux têtes pensantes de Calexico, secondés de leur côté par Jacob Valenzuela et Paul Niehaus, eux aussi de Calexico, en décembre 2018 à Nashville pour enregistrer leurs nouvelles compositions. C’est donc au cours de brèves (on parle de quatre jours seulement) mais sans doute très intenses et fructueuses sessions d’enregistrement que le groupe ainsi constitué a pu se rassembler et enfin donner libre cours à sa créativité après des années d’attente et de patience.
Sur In the Reins, Sam Beam avait composé la totalité des morceaux. Sur Years to Burn, c’est encore lui qui en a écrit la majorité, cinq sur les huit, en laissant une à Burns, tous les musiciens présents collaborant sur les deux restantes. Et si l’on est familier des dernières productions d’Iron & Wine (Beast Epic en 2017 et l’EP Weed Garden en 2018), c’est en terrain connu que nous ramène Beam, puisque l’on retrouve dans les chansons qu’il propose ici la même atmosphère chaude et accueillante qui les entourait. C’est donc avec délice que l’on écoute « In Your Own Time », son orchestration et ses superbes harmonies, « What Heaven’s Left », légère et décontractée, « Follow the Water », aussi douce que le délicat écoulement d’une rivière, ou encore « Years to Burn », feutrée et sensible. Mais c’est bien la lumineuse « Father Mountain » qui emporte tout : des harmonies célestes, des chœurs puissants, une instrumentation de toute beauté (le piano, les guitares, la batterie, tout est parfait !), des paroles touchantes qui visent juste, un allant irrésistible, c’est tout simplement un des morceaux de l’année me concernant, de ceux que l’on réécoute sans jamais se lasser et qui passeront toujours aussi bien des décennies plus tard. Pour vous situer un peu, Beam parvient à recréer l’effet « Call It Dreaming » (sur Beast Epic), ce qui n’est pas un mince exploit.


À côté, « Midnight Sun » » la compo de Joey Burns qui précède « Father Mountain », paraît plus voilée et sèche et apporte une légère tension au disque. Elle n’en reste pas moins très réussie et agit comme une sorte de voyage initiatique en plein désert, épopée striée par la guitare électrique de Burns, elle-même apaisée par la steel guitar de Paul Niehaus. N’étant pas vraiment un spécialiste de Calexico, je peux tout de même avancer que l’on retrouve leur patte dans ce morceau, cette ambiance aride, de base acoustique que Convertino et Burns développent depuis plus de vingt ans. Patte de nouveau identifiable sur le court instrumental mâtiné de cuivres « Outside El Paso », forme dans laquelle les deux hommes ont appris à exceller depuis longtemps et qui, étant donné son nom même, s’avère typique de leur œuvre et s’y insère donc sans difficulté. Enfin, l’odyssée épique « The Bitter Suite », divisée en trois segments dont les deux premiers ont été composés ensemble par Beam et Burns et le troisième par Beam seul, est longue de plus de huit minutes et porte les marques des deux groupes. Le segment a, le lancinant « Pájaro », chanté en espagnol, laisse lentement la place au b, le quasi instrumental « Evil Eye », qui porte assez bien son nom avec ses guitares et sa rythmique inflexibles et que la trompette de Valenzuela accompagne dans un écho fantomatique. Il s’éteint au moment où Beam reprend le micro pour le dernier segment, le c, « Tennessee Train », qui conclut avec une sobre et discrète élégance ce triptyque où chacun a eu son mot à dire. Les variations rythmiques et stylistiques ainsi que la diversité des voix et des instruments qu’on y retrouve en font sans aucun doute l’exemple le plus probant justifiant le bien-fondé de cette tardive réunion.
Et le seul bémol que l’on peut adresser à cette dernière, c’est uniquement sa trop courte durée : huit morceaux pour trente minutes de musique environ, c’est bien peu, surtout comparé à l’attente et aux espoirs que le retour de cette association avait fait naître lors de l’annonce de sa résurrection. Mais comme ce Years to Burn (magnifique titre au passage, et somptueuse pochette également) se tient de bout en bout et délivre de véritables trésors, on n’en tiendra pas réellement rigueur aux musiciens, qui trouvent chacun un espace où s’exprimer, en espérant néanmoins que l’on n’ait pas encore à attendre quatorze longues années pour les voir se réunir de nouveau.

****

30 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Pony Bradshaw: « Sudden Opera »

LAmericana est un genre particulièrement captivant quand elle va puiser son inspiration du côté torturé de l’âme humaine. Pony Bradshaw, alias James Bradshaw dans la vraie vie, semble traîner avec lui un certain nombre de casseroles et de cadavres dans le placard qui ont besoin d’être exorcisés. Bradshaw a, en outre, tourné avec Social Distortion et Mike Ness. Tout cela fait pas mal de points dans la balance pour l’écoute et l’adoption de ce premier album de l’Américain et cela c’est avant même de prêter oreille à ce disque.

C’est « Van Gogh » qui nous accueillera et on y trouvera tout de suite tous les ingrédients qui vont faire de ce Sudden Opera un très bon disque du genre ; une musicalité blues / americana / pop / folk qui prend le meilleur des mondes, une voix touchante, une élégance de tous les instants, une sobriété groovy.

Des 12 titres de ce premier opus on aura du mal à en écarter un ou en changer une note, un arrangement, tant tout a été fait dans les règles de l’art. Des choeurs country / soul viennent appuyer des titres où la mélancolie, le groove et les aspects pop cohabitent sans mal. C’est beau, c’est sensible, et ça ne souffre d’aucun défaut. Une raison de plus pour se délecter de cet excellent album.

***1/2

12 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Bruce Springsteen: « Western Stars »

À l’ère sans air de Trump, rien ne sert de s’époumoner. Dénoncer ? On est au-delà. Bruce a décidé plutôt de nous donner de l’espace pour respirer. À la petitesse, il oppose la grandeur, parcourt le pays à la recherche de la vie qui bat, du miracle de la beauté. Là où galopent les chevaux sauvages. On n’est pas chez Tom Joad, plutôt chez John Ford. Arrangements de cordes à grandeur d’horizon ! Comme si le thème du film The Magnificent Seven (évoqué par la chanson-titre) rencontrait le « Wichita Lineman » de Glen Campbell (la chavirante « Stones ») et même le « Everybody’s Talkin’ » de Nilsson dans « Hello Sunshine ».

C’est le retour nécessaire et salutaire du Bruce de la démesure, et la seule comparaison qui tienne, pour l’exaltation, est l’épique Born to Run. À cela près qu’il ne s’agit plus de fuir le New Jersey, mais bien de retrouver l’Amérique. Pas un disque ne comptera plus que celui-ci d’ici novembre 2020, et même après : emportez-le sur les routes de vos vies. On s’y rencontrera.

***1/2

15 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Ray Davies: « Our Country: Americana Act II »

Le plus Anglais des compositeurs anglais est devenu Américain et, à pès de 75 ans, il continue de façonner son « Rêve Américain », fasciné qu’il est par ce pays si dissemblable de l’enfant de Muswell Hill qu’il est à l’origine.

Ce géniteur -de la pop anglaise est devenu, fasciné comme il l’est désormais, porte-parole de la la chose américaine, celle qui est la plus originelle, celle qui se nomme ici Americana Act II après qu’il y ait eu un Acte Un.

Les Kinks se seraient reformés ? Peut-être que ce sujet est plus un fantasme que ce  Our Country: Americana Act II qui, lui, demeure une curisosité puisqu’il s’agit d’une collection de chansons entrecoupées de narrations, pendant lesquelles Ray Davies raconte sa vie et plus précisément ses anecdotes américaines.

On y trouve ainsi des interludes évoquant l’interdiction de jouer sur le territoire américain. Biographie en forme de flash-back : c’était après la première livraison de la British Invasion. Les groupes anglais n’étaient plus les bienvenus et les Kinks en ont fait les frais. Davies parle, ensuite, du jour où il a rencontré sa maîtresse dans un bar, du jour où il a été blessé par balle à la jambe après avoir défendu une victime d’agression à la Nouvelle Orléans. L’Amérique de Ray Davies est une Amérique en grande partie nostalgique et mythologique. C’est l’Amérique des westerns et des grands films sur l’Ouest, c’est l’Amérique de la country music et des bars interlopes, mais c’est aussi l’Amérique de la liberté sexuelle, des sexes troublés (pas trace de « Lola » ici) et des grands espaces. L’album dépeint l’itinéraire intéressant d’un homme biberonné à la culture américaine à travers les comics et les films de l’après-guerre et qui découvre un pays qu’il a longtemps fantasmé. Son récit raconte la transition entre cette Amérique imaginaire et la découverte d’un pays réel marqué par son extrême liberté et sa terrible violence.

Musicalement Americana Act II est un voyage que Davies entreprend à nouveau accompagné des JayHawks, un groupe de techniciens très solides qui l’avait accompagné précédemment et qui fournit, avec sa chanteuse Karen, un canevas très efficace aux récits parlés/chantés de l’Anglais. Le disque reprend des morceaux originaux, quelques standards ainsi que des morceaux des Kinks ou de Davies figurant sur d’autres albums et qui servent la narration comme « The GetAway « ou « The Real World » qu, toutes edcellentes qu’elles soient, ne sont pas fleuries de nostalgie. L’ensemble, en revanche, en est plein, mais il est même assez tranquille, à quelques exceptions près. La voix de Ray Davies est toujours agréable bien que moins malléable et dynamique que par le passé. Ses paroles sont toujours aussi subtiles et élégamment tournées ce qui rend l’exercice de style plus que fréquentable. A la première écoute, l’histoire de Davies est tout à fait passionnante et s’écoute comme on écouterait un livre-disque. Louisiana Sky est un bon exemple de narration qui fonctionne impeccablement. Elle ouvre sur un épisode très Nouvelle Orléans où Davies sort du rock n roll pour s’aventurer dans un blues du delta assez surprenant (« March of The Zombies ») et vers lequel on ne retournera pas nécessairement.

Americana Act II n’est pas aussi classique et conservateur qu’il en a l’air. « The Big Weird » est un morceau ambitieux et qui dégage une séduction invraisemblable. Le narrateur se perd dans une nuit hantée par tout un tas de personnages fascinants : des femmes essentiellement, jeunes et qu’il s’en veut de suivre. On sent pointer une once de lassitude sur « The Big Guy » mais on peut trouver son compte lorsque Ray Davies ébroue son « bon vieux rock » sur le final « Muswell Kills » ou lorsqu’il croone son amour du continent sur « Oklahoma USA ».

Davies n’a rien perdu de sa capacité à écrire des morceaux qui tiennent la route et ne nous prive pas de son talent sur « Bringing Up Baby, » le puissant « The Take » ou le boogie rétro de « Back In The Day ».

Our Country: Americana Act II est un disque qui ne manque pas d’intérêt et qui s’écoute avec plaisir. Cela n’en reste pas moins un exercice un brin paresseux et qui ne présente pas un intérêt immense pour qui ne connaît pas sur les doigts les disques autrement plus importants et décisifs du groupe anglais. Sans doute est-il préférable d’aller réviser ses classiques et de réécouter la trilogie magnifique parue entre 1968 et 1970 : Village Green, Arthur et Lola versus Powerman, plutôt que de vouloir à tout prix élaborer sur un Davies hors d’âge. Raison de plus pour ne pas négliger une chanson comme « The Take »,une des plus chouettes qu’il ait jamais composées. Davies reste à 75 ans un danger public et un monstre de sérotonine : il n’y a pas d’âge pour jouer de la guitare, pour enflammer les sens et ruer dans les brancards. La messe est dite.

*****

8 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Son Volt: « Union »

Les fractures sociales et économiques qui lézardent la société américaine nourrissent Union, le nouvel album de Son Volt, infatigables emblèmes de la scène alt-country.

Jay Farrar tient fermement les rênes du groupe depuis 1994, l’année de l’implosion des mythiques Uncle Tupelo. Co-fondé à la fin des années 80 avec Jeff Tweedy, un camarade de lycée qui comme lui refusait de choisir son camp entre tradition country et frénésie punk-rock, Uncle Tupelo a été à la country alternative ce que les Beatles ou les Kinks ont été à la pop anglaise. En quatre albums, le groupe de Belleville, dans l’Illinois, a en effet posé les fondations d’un courant dans lequel se sont ensuite illustrés des gens aussi importants que The Jayhawks, Ryan Adams ou Richmond Fontaine. Tweedy, devenu le leader de Wilco, s’est progressivement affranchi de l’orthodoxie country-rock pour finir par la faire voler en éclats, Jay Farrar continuant de son côté à incarner une ligne moins réformatrice.

Tout au long d’une discographie démarrée sur les chapeaux de roues avec le classique Trace (1995), Son Volt n’a cessé de puiser son inspiration dans la grande histoire de la musique et de la littérature américaines. Farrar, qui mit en musique des textes de Jack Kerouac en compagnie de Ben Gibbard (One Fast Move or I’m Gone, 2009) et qui consacra par ailleurs un album entier à Woody Guthrie (New Multitudes, 2012) s’est rendu dans le musée consacré à ce dernier dans l’Oklahoma, afin d’enregistrer quatre des treize titres de ce nouvel album. Trois autres morceaux ont par ailleurs été gravés au Mother Jones Museum de Mount Olive, un lieu dédié à la mémoire de la célèbre activiste syndicale Mary Harris Jones.

De là est venue cette envie de reprendre le fameux « Rebel Girl, » grande chanson militante composée par Joe Hill, le père spirituel de tous les « protest singers » Mais Jay Farrar, qui a grandi au son des Rolling Stones, des Who et des Replacements, en connaît néanmoins un rayon sur les vertus libératrices du rock ‘n’ roll. Ce neuvième album studio, majoritairement constitué de chansons au ton grave et aux accents engagés (« Lady Liberty », « The 99 », « Reality Winner », « The Symbol »), s’offre donc aussi quelques moments de respiration aux ambiances moins plombées (« Devil May Care », « The Reason » et ses arpèges de douze-cordes entre Byrds et Heartbreakers).

Deux ans après le bien nommé Notes of Blue, qui voyait le groupe s’essayer aux accordages « delta blues » caractéristiques des œuvres de Mississippi Fred McDowell et Skip James , Son Volt rempile avec un disque parfaitement cohérent, aussi solide et sincère que les meilleurs chapitres de son répertoire. Jay Farrar et ses hommes nous rappellent au passage qu’en des temps aussi incertains que ceux que traverse actuellement l’Amérique, l’Union fait plus que jamais la force.

****

5 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

RF Shannon: « Trickster Blues »

Venu tout droit de Lockhart, dans le Texas, l’auteur-compositeur-interprète est du genre à mêler les influences R&B/soul rétro sur ses compositions blues-folk psychédélique aériennes et ce Trickster Blues ne déroge pas à la règle.

Il n’est que de se laisser mener par la délicatesse des compositions et des arrangements dénués d’artifice dominant sur des titres comme la parfaite entrée en matières qu’est « Tooth Ache » mais également « Cold Spell » et « Gates of Paradise ».

Avec ces huit morceaux, on ferme les yeux et on se laisse emporter par ces morceaux planants menés par la voix douce de RF Shannon qui ne demande que l »uxe, calme et volupté ». Trickster Blues nous mènera tout droit dans un désert comme l’atteste « Badlands », « Black Madonna, So Divine » ou bien même la conclusion nommée « Silver Woman ». Un peu de tendresse qui ne fera aucun mal ne fait pas de mal dans le monde tel qu’il est.

***1/2

6 mars 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Christian Kjellvander: « Wild Hxmans »

Wild Hxmans de Christian Kjellvander n’est pas de ces albums qui s’imposent avec fracas. Au contraire il devra s’installer progressivement à nous, pas simplement qu’à nos oreilles, et de nous enfoncer secrètement dans ces abysses que sont les émotions humaines, les sentiments.

Il nous offre d’échapper pour quelques instants à la frénésie contemporaine et mieux nourrir nos rêveries de cet ailleurs étrange et lyrique. Le décor en serait un brouillard épais et nocturne, porté par une barque sur une eau étrangement silencieuse et nous pénètrerions inensiblement dans le royaume chimérique du Suédois.

Une lente progression au milieu de nulle part, aucun indice, ou presque, aucune trace ou presque (« Strangers in Nordheim »). Peut-être au loin, quelque chose ? Combien de temps avons-nous dérivé, quand se présente cette présence vocale, grave et profonde ? Une minute, une heure, une éternité ? Et il est déjà trop tard pour revenir en arrière alors que la guitare semble nous tendre la main ? Après quelques recherches, nous ne pouvons que constater l’éloignement (raisonnable) avec l’humeur tendrement folk des premiers pas de notre hôte, à savoir le séduisant « Songs From a Two-Room Chapel ». Seize ans déjà ! L’homme a mûri. Et a sûrement traversé bon nombre de joies, de peines, de doutes et d’épreuves. Voilà ce que chaque mot prononcé, chaque syllabe qui s’étend, nous raconte en substance, avec la retenue de l’émotion (« Stiegga »). Et pourtant comme dans de nombreuses catharsis musicales, le chemin passe aussi par la libération grisante du son. Quelque chose s’est envolé dans le sillage de la distorsion réverbérée ! À n’en point douter, la puissance évocatrice de ces intenses plages chimériques doit notamment à la justesse de jeu du bassiste Ruben Engzell et du batteur Per Nordmark. Pour la petite histoire, ce dernier s’est largement illustré au sein de la scène post-hardcore suédoise, notamment au sein de combos aussi incisifs que Breach et Fireside. La tension intrinsèque de titres comme « Thing Is » et « Faux Guernica » tient beaucoup de sa frappe sèche, précise et affirmée.

Forcément à travers ce grain de voix, à travers les aspérités de ces intentions à fleur de peau, nous retrouvons cette troublante capacité à sublimer le doute, la souffrance, la tristesse, le manque comme savent si bien le faire le leader de Tindersticks, Stuart A. Staples (auteur lui aussi en 2018 d’ailleurs d’un troublant album, Arrhythmia) ou encore l’unique David Sylvian (dont la discographie n’en finit plus de nous envoûter). Nous pourrions aussi évoquer la figure de Mark Lanegan, avec qui Christian K. partage d’ailleurs un goût prononcé pour les explorations stylistiques et les rencontres artistiques. Ou pourquoi pas celle de l’immense David Eugene Edwards, notamment pour ce rapport complexe et dévorant avec la foi, à la croyance et au spirituel à l’image du splendide « Halle Lay Lu Jah ». Musicalement d’ailleurs, les deux musiciens donnent, chacun à leur manière, un étonnant relief mystique à leurs compositions. Et si l’Américain tend de plus en plus vers une version agitée, et de plus en plus électrique et presque post-punk, le Scandinave lui opte pour un mélange subtil d’americana, de post-rock et de slowcore. De belles façons d’échapper à la norme Pop, en laissant les morceaux s’installer, s’étirer, revenir (« Curtain Maker »).

Avec Wild Hxmans Christian Kjellvander a tout simplement signé un disque entier et bouleversant ; peut-être parfois excessif dans son expressivité (« Curtain Maker ») mais pour de bonnes raisons. Se livrant ainsi comme une séance de rattrapage, il nous donne envie de vivement nous plonger dans son immense discographie, remplie de side-projects et de rencontres en tout genre.

****1/2

10 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire