No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Joel Tammik: « Imaginary Rivers »

Joel Tammik est un musicien estonien qui s’était mis sous silence pendant une durée de dix ans. Il est vrai que, son electronica semblait à bout de souffle tant elle s’inscrivait dans un registre balisé et sans surprises.
Avec ce nouvel album,
il tente ici de s’en extraire an privilégiant une approche plutôt ondoyante, fondée sur des synthés aux teintes légèrement psyché et parsemée d’appuis dub.

Naturellement, avec un titre comme Imaginary Rivers et une pochette entre la tâche d’encre façon test de Rorschach et la toile d’araignée numériquement stylisée, on pouvait être certain de se trouver face à quelque chose d’extrêmement évocateur, propre à titiller l’imaginaire de l’auditeur, d’autant plus que le disque s’étire sur plus d’une heure.

Mais Joel Tammik ne se contente pas de faire tourner ses instrumentations un peu paresseusement, puisqu’il sait proposer des climats variés, allant chercher des inflexions plus métalliques à un endroit, ou plus marquées electronica-dub à un autre (« Neutuva »), voire convoquant une lointaine polyrythmie (« Nuari »). Sous ce rapport, les pulsations savent utilement se diversifier, que ce soit dans leurs fréquences comme dans leurs tessitures.

Les petites mélodies ne sont évidemment pas oubliées, mais elles se trouvent ici présentes sous forme de fragments, de haïkus posés sur des aplats de synthé vaguement grésillants. Il semble être fait alors davantage de cas, au long des neuf titres tout à fait agréables, des atmosphères et du contenant que de l’ornementation décorative et chromatique. Pas forcément négative, cette impression conforte, au reste, le souvenir qu’on avait des travaux du musicien.

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14 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Gri + Mosconi: « Between Ocean And Sky »

Gri + Mosconi marque la réunion de deux musiciens qui euvrent dans un registre ambient, celui de James Murray qui a fondé un label, Slowcraft Records, offrant un packaging classieux et soigné proche de la musique ainsi exprimée.

Cette collaboration leur permet, comme souvent dans ce style, de combiner un clavier un peu aérien et élégiaque, d’une part, et des nappes plus granuleuses et ornementées, d’autre part. Sous cet aspect, l’intitulé du disque, Between Ocean And Sky, s’avère assez transparente puisqu’il s’agit bien de se placer à égale distance de quelque chose de mouvant et bouillonnant, d’un côté, et d’un aspect plus vaste et ample, de l’autre.

La longueur de chacun des six morceaux de l’album (plus de sept minutes, en moyenne) favorise évidemment de tels développements, permettant aux textures électroniques de se déployer, de mettre en place une phrase musicale au piano, qui va ensuite se répéter, de saturer progressivement ses nappes ou bien encore de faire entrer et sortir des accords de guitare.

Avec sa belle densité, l’album de Francis M. Gri et Federico Mosconi procure parfois une sorte de vertige sonore, l’auditeur se trouvant pris dans les empilements, mais pouvant constamment se raccrocher aux interventions perlées du piano. Cette aptitude à jouer sur ceux deux tableaux traduit à la fois la réussite du disque et la capacité des deux musiciens à opérer de concert, exercice pas toujours évident pour des créateurs œuvrant par ailleurs en solo.

***1/2

12 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Andrew Wasylyk: « The Paralian »

Après Themes For Buildings And Spaces Out Now inspiré l’architecture de la ville de Dundee, Andrew Wasylyk rend, cette fois, hommage au Comté d’Angus en Ecosse dans un superbe nouvel album.

Multi-instrumentiste, scénariste et producteur, Andrew Wasylyk (de son vrai nom Andrew Mitchell) propose asur cet opus, inspiré par sa région de naissance, de nous faire voyager dans cette contrée et de nous faire découvrir les régions côtières de la mer du Nord au travers de sa musique.

Pour cela, il a rassemblé une somme d’instruments les plus divers (piano, trompette… hautbois, cordes, Fender Rhodes…) plus une harpe du XIXe siècle. Le résultat donne un disque très cinématographique aux ambiances nocturnes et parfois mystérieuses ou mélancoliques.
A la fois, Jazz, Modern Classical ou Ambient, The Paralian berce l’auditeur avec ses mélodies suaves et ses rythmes langoureux et confirme Andrew Wasylyk comme un grand compositeur doublé d’un arrangeur hors-pair.

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8 février 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Building Instrument: « Mangelen Min »

Album après album, le trio norvégien Building Instrument, alias Mari Kvien Brunvoll, Øyvind Hegg-Lunde et Åsmund Weltzien, s’est construit un univers dont les variables forment un ensemble de titres à la beauté captivante, dont Mangelen Min en est la quintessence.

Difficile de décrire la musique de leur nouvel album, tant celle-ci fait appel à ses propres racines, ancrées dans la diversité des genres qu’ils explosent en les exposant à une lumière subtile, qui flirte avec l’évanescent et le liquide, l’aérien et l’aquatique.

Building Instrument captive nos sens en les attachant à des filins de soie, pour les enrouler autour d’un ADN torsadé au groove extra-terrestre. Le passé traverse le présent de sessions d’enregistrements, pour se muer en un futur nuageux sur lequel flotte la voix de sirène de Mari Kvien Brunvoll.

Mangelen Min nous abreuve ainsi de musiques uniques au pouvoir hypnotique dans lequel chaque sortie est un événement que l’on se doit de saluer, celui d’un combo faisant partie de ces formations qui marquent l’imaginaire via leur insatiable création.

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6 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Kaitlyn Aurelia Smith: « Tides: Music for Meditation and Yoga »

Intuition, finesse, suggestivité : voici Tides en trois mots. Cet album de la compositrice américaine Kaitlyn Aurelia Smith, réalisé pour accompagner des classes de yoga de sa mère sans jamais être officiellement distribué, se dévoile enfin à un large public. Deux sons s’entendent sur les neuf variations proposées : la nature, surtout représentée par de petits chants d’oiseaux, et un synthétiseur Buchla, auteur de vents et d’eaux métaphoriques.

Qu’on se le dise, ceci n’est pas une musique de relaxation ni un exercice fade et consensuel pour apaiser les esprits surmenés : Tides est plutôt exigeant, en ce sens qu’il appelle une certaine réactivité du corps laissé en latence. Impossible de ne pas être maintenu en éveil : chaque nuance, malgré la régularité des boucles, commande une déviation de l’esprit. La délicatesse se niche dans la fragilité des cloches et le retrait progressif des basses (« Tides VII) », dans la flamme persistante d’effets vibrants (l‘excellent « Tides IV »). Tout ne sera pas doux, mais c’est là une force : apprendre à traverser les marées.

***1/2

4 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Colin Self: « Siblings »

Chorégraphe, compositeur et chanteur, Colin Self développe un monde singulier, qui voit l’électronique donner le change au classique et à la pop tout en les tirant du coté d’une expérimentale millimétrée qui fait la part belle aux émotions et aux sensations.

Siblings est un album multiple, de par son foisonnement d’idées et sa capacité à s’aventurer du coté de territoires aux profondeurs inconnues, où le futur ne se laisse pas happer par la peur ou le pessimisme mais prend des allures positives à l’élasticité rythmique joyeuse et bondissante.

Siblings réunit plusieurs poles, les confronte et les fait fusionner mutuellement dans un magma tonitruant de sonorités hachées et de sensualité évanescente, alliant provocation transgenre et amour de l’autre, regard intérieur et explosivité émotive.

Colin Self déploie un attirail de trouvailles surprenantes qui renvoient dos à dos accessibilité mélodique et crashs schizophréniques, beauté immaculée et troubles auditifs. Un opus à la richesse exubérante, plein de bonté et d’espoir en un futur meilleur.

***1/2

3 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Erik Griswold: « Yokohama Flowers »

Avec son piano préparé, ses interventions percussives et ses instrumentaux, Erik Griswold opère assurément dans un champ tout à fait indiqué pour servir de fondement illustratif. C’est alors assez logiquement qu’on le retrouve, à nouveau sur Room40, dans l’exercice de la musique de film ou, plus précisément, dans celui d’accompagnateur de films réalisés par l’Australienne Louise Curham puisque le travail des deux créateurs fut conjoint pour concocter ce Yokohama Flowers.

Alors qu’il y a trois ans, on pouvait reprocher à l’Américain une certaine sécheresse, caractérisée par le son très mat de ses attaques, on constate avec satisfaction qu’il parvient, cette fois-ci, à mettre davantage de couleur dans son propos, par le truchement de notes plus harmoniques (« Distraction »), d’une alternance entre frappes quasi-pincées et notes graves ou, au contraire, très aigues (« Shinkansen »), ou encore d’une approche plus ouatée (« Domestic Bliss) ».

Toujours capable de tirer des sonorités étonnantes de son piano, Erik Griswold sait ainsi le faire passer pour un violon, un clavecin ou un marimba ; en outre, son jeu rapide favorise également cette impression comme dans le tendre et primesautier morceau-titre. Comme souvent avec les bandes-sons destinées à servir de support à des images, les morceaux de l’album sont peu longs (dans deux cas sur trois, ils font moins de trois minutes), ce qui permet d’illustrer un maximum de séquences mais aussi, sur le plan musical, à l’auditeur de ne pas éprouver trop de lassitude lors de la « simple » écoute. Assurément, compte tenu des qualités décrites précédemment, ce n’est pas le cas avec Yokohama Flowers.

***1/2

1 février 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Oren Ambarchi & Jim O’Rourke: « Hence »

Souvent vus en concert, peu fréquemment recensés pour leurs travaux sur disque : ce schéma, régulièrement rencontré pour quelques personnalités à la bonne visibilité, se trouve une nouvelle fois réitéré avec Oren Ambarchi et Jim O’Rourke. La publication d’un album en commun (leur troisième collaboration) nous donne néanmoins l’occasion de s’arrêter sur le travail conjoint de ces deux musiciens importants opérant ici, l’un à la guitare et l’autre au synthé, avec le compagnonnage d’un invité aux tablas.

Cette présence d’U-zhaan tire évidemment les deux longs morceaux (un par face, sur ce disque publié en vinyle et format digital) vers des rivages proches d’une forme de transe un peu psyché. Le son des synthés de Jim O’Rourke et des accords pincés de guitare d’Oren Ambarchi est ainsi comme entraîné à officier dans quelque chose de très métallique, un peu flottant et méditatif, étirant chacun des deux instrumentaux au-delà des dix-neuf minutes.

Les interventions un peu improvisées et sérielles de l’Américain et de l’Australien répondent alors habilement aux percussions du Japonais. Pour ne pas se contenter de cet échange planant, le synthé d’O’Rourke peut introduire, en fin de première face, des éléments un peu dérangeants (montées rapides, tapotements mélodiques).

Sur le second morceau, les tablas d’U-zhaan se font plus sèches tandis que les accords pincés d’Ambarchi jouent de leur résonance pour dialoguer avec celle des percussions. Pour sa part, le synthé de Jim O’Rourke poursuit sa volonté d’insérer des composantes différentes (bruits d’eau, sonorités voisines du larsen), finissant de concocter un voyage très intériorisant.

***1/2

1 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Aukai: « Reminiscence »

Dans la lignée de Branches Of sun paru en 2018, Aukai délivre une dizaine de titres, véritables paysages sonores dignes d’une BO de western

Imaginez un western, un polar avec comme décor de vastes étendues glacées, des forêts et des montagnes à perte de vue, sans la moindre habitation. Ces images vous viendront sûrement à l’esprit au moment où von démarrera cet album, avec le titre « Hidden Harvest », avec ces notes de Ronroco (un instrument à cordes pincées venu d’Argentine qui sonne un peu comme un banjo) jouées par Markus Sieber.

Car ce sont bien de véritables paysages sonores que nous offre une fois encore le compositeur d’origine est-allemande… qui nous avait déjà régalé de la même manière avec son album éponyme sorti en 2016 et Branches Of sun en 2018.

Accompagné par la violoncelliste Anne Müller, Aukai délivre 10 titres qui comme pour Branches Of sun ont été composés dans le Colorado, au cœur de la nature. Arrangé autour d’instruments divers (piano, guitare, vibraphone, Mellotron, harpe…), ce disque relativement court mais d’une grande pureté devrair régalertout amateur de BO de Nick Cave

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30 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Tomasz Bednarczyk: « Illustrations For Those Who »

Tomasz Bednarczyk, fer de lance du projet New Rome, intervient ici avec un album sous son nom propre . Comme souvent dans ce genre de conjoncture, l’auditeur est tenté de jouer aux jeux des différences, afin de déterminer ce qui singularise un projet par rapport à l’autre.

À cette aune, cet Illustrations For Those Who fait montre d’un propos plus resserré, plus compact, que celui de New Rome qui pouvait aller chercher une coloration presque psyché. Ici, les nappes et granulations se font plus minimales, fréquemment composées à partir d’un matériau réduit (un simple synthétiseur) et lorgnant vers un certain onirisme en s’aventurant, vers des rivages plus lumineux (le bien nommé « Sunny Ambient »).

Ainsi, quand les couches se superposent, l’ensemble prend cette tournure intéressante, conduisant l’auditeur à creuser lui-même les profondeurs d’un titre, à se laisser prendre au jeu sur la stéréo ou bien à essayer de mentalement séparer les strates (« Theme II »).

Dans le même ordre d’idées, l’aspect tournoyant de certains éléments sera tout autant convaincant (« Botanical Garden ») mais, au total, , il ne faudra pas attendre trop d’un disque intervenant dans un champ ambient déjà fort labouré et dont, au surplus, la relative brièveté n’aide pas à imprimer outre mesure sa marque.

**1/2

28 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire