Vilhelm Bromander: « aurora »

3 février 2022

Parfois, nous vérifions les étiquettes de genre d’un album sur Bandcamp pour nous assurer que nous sommes dans la bonne zone. L’artiste considère-t-il son travail comme du drone ou de l’ambient, par exemple ? C’est une indication utile si l’on se sent indécis. Il n’y avait pas beaucoup de doutes sur la façon de classer aurora – c’est une œuvre composée et définitivement moderne. Cependant, les tags sur le site ne font aucune référence à cela, citant entre autres « chamber pop » et « minimal ». Si vous vous attendez à un album qui est un croisement entre Perfume Genius et Taylor Deupree, alors vous pourriez vous sentir légèrement trompé. Mais quelles que soient vos idées préconçues, vous ne serez pas déçu – aurora est une œuvre singulièrement remarquable de délicates compositions pour bois et cuivres de Vilhelm Bromander qui plaira à quiconque a des oreilles.

Plus proche d’une suite en dix parties que d’un disque long-playing, aurora est une œuvre légère et aérienne. On a l’impression que certaines pièces risquent de s’effondrer sur elles-mêmes, tant leur nature est délicate. Comme la moitié des membres du sextuor jouent sur des instruments qu’ils ne connaissent pas, ce sentiment d’incertitude est un élément très réel de l’enregistrement. Bromander, plus connu comme contrebassiste, joue ici du saxophone. La présence d’Emma Augustsson au violoncelle, d’Anton Svanberg (tuba) et de Pelle Westlin (clarinettes et saxophone soprano) sert de point d’ancrage aux trois autres musiciens. C’est un bon équilibre à trouver – l’enregistrement conserve une fraîcheur qui aurait pu être perdue si six virtuoses s’étaient produits.

aurora est comparable au travail d’un quatuor de saxophones, mais la présence du violoncelle et du tuba lui confère un son plus riche et plus profond. Le morceau « Hollisgram » fait presque certainement un clin d’œil à Mark Hollis, chanteur de Talk Talk, avec des échos certains de « The Daily Planet » de son album solo. Bromander utilise la texture et le timbre dans l’enregistrement pour encadrer les phrases mélodiques délicates de ses compositions. Tout s’harmonise à merveille sur la conclusion « Over the Top and Beyond ». En regardant la longueur des morceaux, aurora peut sembler léger, mais c’est une œuvre parfaitement équilibrée, suffisamment longue pour rassasier l’âme, et suffisamment brève pour encourager de multiples écoutes.

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Stian Balducci & Kjetil Jerve: « Tokyo Tapes: Piano Recycle « 

15 mai 2021

Le « transcendantal » artiste norvégien Kjetil Jerve et le producteur Stian Balducci présentent le disque immersif Tokyo Tapes : Piano Recycle ; une collection d’archives épique fusionnant des textures ambient, drone et expérimentales. Réalisé dans un souci d’émotion live, cet aspect de la collection ajoute à la spontanéité innovante et au dynamisme du duo. Les deux hommes sont très fiers de dévoiler ce magnifique nouveau projet.

Kjetil a été une figure importante de la nouvelle vague de musiciens de jazz norvégiens, et de même, Stian, bien que venant d’un milieu strictement électronique, a évolué vers le jazz étendu et les genres improvisés. Les influences claires du jazz sont perceptibles tout au long de l’album de 18 titres, dans lequel le classicisme et l’électricité se combinent, à travers des textures floues, des paysages sonores cinématiques et des mélodies d’une beauté obsédante.

Centré sur les rêveries pianistiques uniques de Kjetil, il est ensuite modelé par Balducci par le biais d’une déformation créative afin de concevoir et d’esquisser de nouveaux instruments à travers le support initial du piano. Le résultat est un disque à la fois archaïque et contemporain, qui s’inspire clairement d’Alva Noto/Sakamoto et Bugge/Schwarz et les reconnaît comme des prédécesseurs, mais qui, en même temps, se situe sur son propre plan artistique.

***1/2


Kryshe: « Continuum »

26 novembre 2019

Continuum indique fort justement le titre de ce nouvel album de Kryshe : il s’agit de son second long-format de l’année (après Hauch, publié en janvier) et de son troisième sur le label auquel il est fidèle après avoir un peu papillonné à ses débuts. Musicalement, on retrouve cette qualité d’écriture et ce positionnement savant, entre ambient et avant-jazz, mais avec l’intégration d’une trompette cette fois-ci. Placé en majesté dès le titre d’ouverture, cet instrument donne la coloration d’ensemble du disque : chaleureux et feutré, mais aussi ample et aérien.

Accompagnée d’un clavier tout aussi céleste, la trompette prend une belle place, chargée de la partie mélodique ou bien se trouve suppléée (ou relayée), sur ce point, par la voix de Christian Grothe (le bien nommé « Fragile », « Caravan »). Les incursions électroniques sont à nouveau présentes, venant apporter quelques éléments rythmiques ou de légères perturbations.

Clles-ci peuvent aussi se voir offrir toute la place, dans un morceau qui vire alors à de l’ambient sombre et torturée, parcourue d’oscillations et de pulsations montant en puissance (« Nocturnal »). Sorte de parenthèse au milieu d’un album peu oppressant, ce titre ne dépare toutefois pas au sein des quarante minutes de Continuum puisque, malgré tout, la délicatesse y est de mise, jusque dans les cinquante-trois secondes qui constituent le caudal Reprise, avec son instrument à cordes joué quasiment à nu.

Une nouvelle fois, la variété des approches de Kryshe impressionne, comme la qualité d’ensemble de ses compositions. Pour un artiste qui sort deux disques par an, ce n’est pas si fréquent.

***1/2


Ståle Storløkken: « The Haze Of Sleeplessness »

18 juin 2019

Connu comme membre de Supersilent et Humcrush, comme pour ses participations aux disques de Frode Haltli ou Arve Henriksen, Ståle Storløkken en vient naturellement à publier un album solo. Et, pour une fois avec cette scène jazz et expérimentale norvégienne réunie autour des labels Hubro et Rune Grammofon, cet album solo en est véritablement un puisque le musicien se charge de tous les instruments : synthétiseur, orgue, piano électrique, mellotron, cymbale, voix et percussions.

Multitâche, Ståle Storløkken n’en profite cependant pas pour se perdre dans quelque chose de trop cérébral et trop autocentré ; au contraire, il profite de chacun des sept morceaux du disque pour aller dans une direction un peu différente : entre rêverie un peu psyché (« Stranded At Red Ice Desert ». « Remember You Loved Ones (In Memory Of My Dear Mother »), « Nitro Valley »), présence de percussions quasi-tintinabulantes (« Orange Drops ») ou encore crépitements expérimentaux croisant des accords traités (le bien nommé « Turbulence »).

Si l’on peut regretter une approche qui, dans l’ensemble, manque peut-être un peu de corps (sans basse, ni batterie, on reste légèrement en surface), le travail sur une forme de rétro-futurisme mâtinée de caractéristiques contemporaines fait son effet. C’est précisément cette volonté de faire dialoguer des accords un peu aériens avec des saturations et roulements, qu’on retrouve par exemple sur « Skyrocket Hotel » ou le définitif et très bon « Nitro Valley », qui fait la richesse de cet effort solo. Dans ce contexte, et nonobstant sa relative brièveté (trente-deux minutes), celui-ci sonne comme davantage qu’une simple récréation passagère.

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Hampshire & Foat: « Saint Lawrence »

16 avril 2019

Encore un bel album pour le duo Hampshire & Foat qui ne cesse de nous ravir avec ses musiques downtempo jazzy célestes.

Retour du pianiste de jazz britannique Greg Foat et du multi-instrumentiste Warren Hampshire (membre de The Bees) au sein de leur projet Warren Hampshire. A un rythme assez soutenu (4 albums en deux ans), les deux anglais poursuivent leur aventure musicale avec ce nouvel album une fois encore parfait.

Sur des tempos lents, Warren Hampshire déroule des morceaux ambient jazz aux ambiances crépusculaires qui  ne sont pas sans évoquer par moment celles que l’on retrouve sur les disques du Bohren & der Club of Gore.


Avec guitare, piano, orgue, kalimba, contrebasse et divers petits instruments, les deux musiciens ont enregistré en prise directe ces 8 titres pendant deux après-midis de septembre 2017, dans deux églises situées sur la côte sud de l’île de Wight, en compagnie de musiciens locaux. Chaque piste porte les noms de monuments locaux, de petites plages et de sentiers chers à Warren et Greg.
Saint Lawrence est album de musiques calmes et tranquilles, remplies de mystère et de douceur comme une bonne vieille BO de film Jazzy des années 70… un véritable régal,  mais dommage qu’il soit soit si court.

***1/2


Euglossine: « Coriolis »

12 mars 2019
La musique Ambient Progressive au début des années 80 ressemblait à cela. En effet, les compositions de cet album du musicien Tristan Whitehill basé en Floride, ici sous le nom de Eugllossine, nous ramènent directement au son des synthés Casio et autres de cette époque, utilisés dans le jazz ou dans la pop.
La basse et la guitare sont au diapason pour nous replonger dans le son 80’s. Un bon petit disque aux ambiances exotiques douces et légères, très agréables.
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