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Tant qu'il y aura du Rock!

Oren Ambarchi: « Simian Angel »

Décidément, l’Australien ne s’arrête jamais ! Depuis vingt ans, Oren Ambarchi multiplie les sorties, que ce soit en solo ou en collaboration. Encore récemment, on le trouvait aux manettes avec Jim O’Rourke et Will Guthrie, lui qui a œuvré précédemment avec des artistes aussi divers que Keiji Haino, John Zorn, Phill Niblock, Sunn O))) ou encore Merzbow. Simian Angel sort donc de façon toute particulière pour Ambarchi puisqu’il fête ses cinquante ans.
Deux morceaux seulement pour ce disque délicat qui bénéficie de la participation du percussionniste Cyro Baptista. L’opus est ainsi marqué du sceau de l’exotisme, Ambarchi étant un amoureux transi de la musique brésilienne. Une certaine chaleur s’exprime ici, bien que l’ensemble s’intègre néanmoins dans le giron expérimental cher à son auteur. La dualité entre les motifs de guitare longilignes, les effets de dissonance et de drone produits par Ambarchi et la rythmique chaloupée de Baptista est idéale.

Sans forcer leur talent, les deux hommes proposent une musique aventureuse, mais juste. Si « Palm Sugar Candy » reste relativement cadré, à la fois atmosphérique, mystérieux et solennel avec ses ambiances mystiques (on notera les chuchotements suaves de Baptista), Simian Angel s’avère plus complexe et progressif. Il est porté par un rythme tropical pendant une grande partie de ses vingt minutes, une forme tribale plutôt savoureuse, conférant à ce morceau un parfum ethno ambient. Le berimbau s’impose tout en laissant la place aux instruments joués par Ambarchi, dont le piano, qui s’épanouit dans la seconde moitié du titre avec des sonorités mélancoliques et malheureusement un peu trop anarchiques, renforcé par des bruitages électroniques ; on se rapproche d’ailleurs par moments du Cendre de Fennesz et Ryuichi Sakamoto. Simian Angel est solide, varié, d’une écoute agréable et rafraîchissante.

***1/2

2 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Earthen Sea: « Grass And Trees »

Un peu plus de deux ans après l’intéressant An Act Of Love, Earthen Sea est de retour pour une nouvelle déclinaison de son électronique teintée de dub. Tandis que son précédent effort croisait ce registre avec de l’ambient, le New-Yorkais mêle ici davantage d’electronica à son propos, avec notamment la présence de rythmiques plus fines et d’autres éléments caractéristiques.

Les pulsations sourdes et les notes grevées de réverbération sont naturellement toujours convoquées, dans une atmosphère générale minimaliste et joliment insidieuse, travaillant sur la stéréo pour accompagner intelligemment l’auditeur (mini-roulements passant d’une oreille à l’autre, matériaux plus aigus réservés à un seul canal, etc…).

 

Ces composantes typiquement dub peuvent aussi intervenir de manière plus marquée, comme dans « A Blank Slate » avec ce croisement entre sonorité un peu métallique des pulsations et frappes presque sèches sur des percussions.

Les souffles qu’on peut entendre sur le disque continuent, pour leur part, de filer l’accointance avec la dimension maritime, propre à de nombreuses formes dub. A la différence d’An Act Of Love, Jacob Long offre ici des pistes s’étirant un peu plus sur la durée, dont une (« Living Space ») frise même les neuf minutes, schéma tout à fait pertinent eu égard au registre musical considéré. Au total, et bien que, stylistiquement, le sillon tracé soit globalement peu modifié, la discographie d’Earthen Sea se voit ici ajouter une nouvelle et convaincante pierre.

***1/2

1 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Tim Hecker: « Anoyo »

Huit mois après Konoyo, ce sont des mêmes sessions d’enregistrement que provient Anoyo, nouvel album de Tim Hecker, à nouveau conçu avec le même quatuor de musique traditionnelle japonaise, donc. Cet opus se fait plus épuré et plus gracieux que son prédécesseur. En effet, les nappes d’arrière-plan s’y font moins présentes et moins enveloppantes, si bien qu’on distingue très précisément ryūteki (sorte de flûte traversière) et hichiriki (forme de hautbois court) sur l’introductif « That World » ou bien l’uchimono, cette percussion assez sourde sur « Is But A Simulated Blur » et « Not Alone. »

Avec leur aspect assez aigu, les instruments à vent japonais permettent d’entraîner certaines compositions vers des rivages un peu psyché, propres à susciter une forme de méditation transcendantale, positionnement auquel répond alors l’électronique de Tim Hecker et son jeu de synthé « (Into The Void »). Cette électronique prend, en fin de disque, le dessus sur les instruments japonais pour un « You Never Were » plus expérimental, dans lequel affleurent tout juste quelques interventions d’un des instruments à vent.

Au total, l’écoute d’Anoyo réconcilie avec Tim Hecker et, en même temps, fait vraiment regretter qu’il ait choisi d’opérer dans un registre de pure ambient, très dense et homogène précédemment.

***1/2

12 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

øjeRum: « Alting Falder I Samme Rum »

Paw Grabowski aka øjeRum fait partie de ces artistes, qui en toute discrétion bâtissent une oeuvre à la qualité irréprochable. Avec Alting Falder I Samme Rum, le Danois propose un album à la douceur voyageuse, où les phrases mélodiques semblent portées par des machines en apesanteur. 

Construit autour de loops aux dérives subtiles, øjeRum alimente notre imagination, laisse courir ses drones jusqu’à atteindre un état de transe, étirant le temps pour lui donner une couleur mélancolique aux couleurs transparentes.

Ne vous laissez pas tromper par cette fausse impression d’immobilité qui semble se dégager des 6 titres composant Alting Falder I Samme Rum, tout est mis en place pour nous transporter vers un ailleurs accueillant aux ambiances aquatiques, ambient métaphysique à la beauté organique hypnotique.

***1/2

26 juin 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Grace Acladna: « Phonophobia »

Ce nouvel opus, de Grace Acladna, est un véritable coup de foudre. En une poignée de titres la jeune anglaise réussit à rendre la musique mainstream terriblement addictive, de par sa capacité à intégrer dans sa production des éléments subtilement expérimentaux, alternant les atmosphères avec une liberté ensorcelante, du très enjoué « When I Saw You » en passant par un dubby « Brain Crush » aux intonations jazzy, nous perdant dans des zones brumeuses aux coulures UK Garage ambient sur « Fuming », prenant la direction d’un dancefloor cyber issu de Mille et Une Nuits déviantes avec « If You Want », pour finir avec le très trip hopien « Apnea », que n’aurait certainement pas renié un certain Tricky.

On l’aura compris, Grace Acladna laisse parler sa personnalité, nourrie de musique au sens large du terme, déployant tout un arsenal d’ambiances de prime abord éclectiques, dont le point commun est sa voix captivante reliant l’ensemble merveilleusement.

Phonophobia révèle une artiste qu’on espère voir continuer de grandir et murir, débroussaillant le monde avec la même envie qui semble l’habiter tout le long de cette parution au parti pris résolument ancré dans notre époque.

***1/2

25 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Soho Rezanejad: « Torino »

Le nouveau projet de la chanteuse et compositrice Soho Rezanejad, Torino, est une oeuvre surprenante de par sa singularité, appuyée par le film, réalisé pour l’album par Kamil Dossar.

Torino nous plonge dans un combat céleste, où les anges peuvent se transformer en divins démons. L’atmosphère nuageuse de l’ensemble transperce les songes, pour déposer des baisers au pouvoir mystique.

L’album de Soho Rezanejad est une proposition sensorielle de ce que l’on ne peut toucher, une expédition en terres brumeuses et cieux menaçants, couverts d’ombres fugaces et d’incandescence impalpable.

Le temps semble s’étirer pour s’étioler en milliers de goutes d’eau, loin de la matérialité et de la laideur du monde. Un album au pouvoir transcendant

****

19 juin 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Ståle Storløkken: « The Haze Of Sleeplessness »

Connu comme membre de Supersilent et Humcrush, comme pour ses participations aux disques de Frode Haltli ou Arve Henriksen, Ståle Storløkken en vient naturellement à publier un album solo. Et, pour une fois avec cette scène jazz et expérimentale norvégienne réunie autour des labels Hubro et Rune Grammofon, cet album solo en est véritablement un puisque le musicien se charge de tous les instruments : synthétiseur, orgue, piano électrique, mellotron, cymbale, voix et percussions.

Multitâche, Ståle Storløkken n’en profite cependant pas pour se perdre dans quelque chose de trop cérébral et trop autocentré ; au contraire, il profite de chacun des sept morceaux du disque pour aller dans une direction un peu différente : entre rêverie un peu psyché (« Stranded At Red Ice Desert ». « Remember You Loved Ones (In Memory Of My Dear Mother »), « Nitro Valley »), présence de percussions quasi-tintinabulantes (« Orange Drops ») ou encore crépitements expérimentaux croisant des accords traités (le bien nommé « Turbulence »).

Si l’on peut regretter une approche qui, dans l’ensemble, manque peut-être un peu de corps (sans basse, ni batterie, on reste légèrement en surface), le travail sur une forme de rétro-futurisme mâtinée de caractéristiques contemporaines fait son effet. C’est précisément cette volonté de faire dialoguer des accords un peu aériens avec des saturations et roulements, qu’on retrouve par exemple sur « Skyrocket Hotel » ou le définitif et très bon « Nitro Valley », qui fait la richesse de cet effort solo. Dans ce contexte, et nonobstant sa relative brièveté (trente-deux minutes), celui-ci sonne comme davantage qu’une simple récréation passagère.

***

18 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Ulver: « Drone Activity »

Ce combo ses ingularise par une collaboration avec Sunn O))) mais ses compositions sont minimales et elles peuvent expliquer le virage progressif pris par Ulver qui, depuis le milieu des années 2000, est passé du Black Metal à l’ambiant et l’électronique. Ainsi, dans la musique du groupe, il y a des battements, des errements et du vide, elles permettent de laisser quelques questions en suspens, comme pour mieux oublier les tensions du jour et se perdre doucement dans les ténèbres qui viennent.

Aujourd’hui les Norvégiens sortent quatre longs morceaux atmosphériques sur lesquels entend des nappes de synthétiseurs modulaires dont les distorsions nous poussent doucement vers l’introspection, comme pour mieux s’évader dans un étrange scénario sur l’éveil des machines. On y découvre des rythmes synthétiques qui progressent lentement vers des percussions tribales (à moins que ce ne soit l’inverse). Au bout de 21 minutes et 49 secondes, « Twenty Thousands Leagues Under The Sea » nous laissera au bord de l’hallucination, comme dans un mouvement lysergique, un bourdonnement sublime.

Les guitares reviennent sur « Exodus » et c’est indubitablement un morceau-phare ; les riffs sont fantomatiques, déformés par une flopée de pédales d’effet et si les tonalités sont plutôt lumineuses sur les premières minutes, elles progressent lentement vers une orchestration plus sombre et menaçante. Le voyage en question tient d’abord sur quelques pulsations, une phrase de synthétiseur et des accords de guitare assez lointains, mais tout semble s’effacer dans les cinq dernières minutes. Les distorsions sont plus agressives alors que la fatigue nous attrape, elles semblent évoquer de nouvelles horreurs pour une nuit sans rêve.

***1/2

17 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Arovane + Porya Hatami: « C.H.R.O.N.O.S. »

Il est impressionnant de constater qu’après tant d’années sans donner signe de vie, Arovane multiplie à présent les sorties, souvent collaboratives, livrant ainsi plusieurs albums par an, en plus de quelques formats courts. C’est ainsi que son duo avec Porya Hatami connaît une troisième déclinaison, pour la troisième année consécutive, avec, à nouveau, une légère évolution stylistique. De fait, alors que leurs deux premiers efforts, recensés tous deux sur ces pages, évoluaient dans des registres respectivement néo-classique et ambient très minimal, ce C.H.R.O.N.O.S. déploie une forme plus riche, travaillée autour de morceaux plus longs.

Oscillant au-dessus des sept minutes en moyenne, chacun des cinq morceaux de cet album (publié en vinyle et en format digital) voit les deux musiciens superposer des bribes instrumentales, soit assez abrasives et rêches (grésillements, synthèse granulaire), soit plus fragiles dans leur élocution (notes de clavier malhabiles, petites touches chromatiques, nappes lumineuses).

Naturellement, il serait facile d’imaginer que Porya Hatami serait à l’origine des premières, tandis qu’Arovane se chargerait des secondes ; mais les récentes propositions de l’Allemand peuvent également conduire à penser que chacun a pris part à l’ensemble du disque. Cette convergence de vues se retrouve alors dans l’homogénéité d’un album fort bien construit et cohérent.

À ce titre, comme souvent, la durée des morceaux favorise une montée en puissance progressive au sein de chaque titre, voyant, par exemple, poindre doucement des crépitements et bruissements qui vont jusqu’à recouvrir les autres éléments avant de s’effacer (« Catenoid »). De même, le passage d’un titre à l’autre encourage la convocation de composantes un peu différentes, à l’image des particules micro-industrielles de « Cissoid », subtilement rejointes par des gouttelettes aquatiques, manière d’affirmer que la nature viendra nécessairement recouvrir toute création humaine.

***1/2

15 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Dennis Young: « Visions »

Par hasard, Daehan Electronics est tombé sur les cassettes oubliées de l’Américain Dennis Young ; l’objet du label étant initialement de faire redécouvrir l’apport phonographique à l’histoire de la musique électro / expérimentale.

Le voici donc engagésdepuis 2017 dans un grand écart transcontinental aux côtés du senior Young, afin de remasteriser son oeuvre solo des années 80, antérieur à ses disques qui ont continué de paraître dans les années 2000. La restauration effectuée par Daehan Electronics sur ces archives est particulièrement réussie qui permet de redonner à ces morceaux clarté et fraîcheur,

En side project de son activité de percussionniste et joueur de marimba au sein du groupe Liquid Liquid – et de quelques autres avatars de l’époque, Dennis Young mettait aussi ses talents musicaux à la guitare ou aux claviers dans des créations personnelles étiquetées new age – en définitive bien plus riches et ouvertes que ce que le genre laisse présager.

On y entend les belles dérives de synthétiseurs FM analogiques, les influences de choeurs exotica à la Les Baxter (« Shangri-La) », des mélodies flutées d’inspiration asiatique (« Easter Skies ») ou orientale (« Lawrence of Arabia ») qui s’inscrivent ponctuellement dans un courant new age ; mais les percussions et marimbas ne laissent jamais les planances l’emporter. La musique de Dennis Young est genrée dans le rock expérimental plus que dans la new age, enveloppant plutôt que dérangeant. Même sporadiques, les percussions ne permettent jamais de s’assoupir vraiment, elles prennent le caractère grandiose de musiques de films dans « Olympus Mons « ; rythmées, elles dégagent un groove aérien et fluide dans le titre phare « Volcano Cathedral ».Une belle découverte à écouter en même temps qu’une autre parution de Young chez D.E. : Sojourn.

***1/2

15 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire