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Arovane & Mike Lazarev: « Aeon »

Arovane est un personnage très occupé de la scène électronique; tout en maintenant un blog musical, ayant un travail à plein temps et en jouant du piano et du violoncelle, il est devenu, grâce à ses diverses collaborations musicales, un des personnages les plus influents de la shère electro-ambient.

Sur Aeon, il est associé avec Mike Laravev pour un album ou les claviers, l’acoustisme et l’electronica converge avec un produit fini oùs nous sommes servis en abondance de solos de piano.

Cette démarche aurait ou s’avérer fastidieuse si ces pièges n’avaient pas été évités par une habile combinaison qui consiste à y mêler électronica abstraite et plaisantes mélodies où pointe une mélancolie qui déconstruit les sons brutistes.

C’est en cela que se situe la profondeur de l’album; un disque qui nous surprend et nous entraîne à chaque variation inattendue d’où tout rituel est exclu.

***1/2

15 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Yair Etziony: « Ingress »

Une petite année après As Above So Below, on retrouve Yair Etziony et son ambient sombre, opaque et dense. Revenu sur son propre label False Industries, le musicien basé à Berlin depuis l’an passé propose, de fait, une nouvelle fois, cinq morceaux marqués par une noirceur certaine, de une arythmie majoritaire et des superpositions à la profondeur insondable. Probablement encore plus que sur quelques-uns de ses travaux précédents, le caractère oppressant, voire anxiogène, de ses compositions se fait ici jour. Se manifestant par quelques coups sourds, introduisant de nouvelles couches de synthé, cet aspect se trouve également relayé par quelques rares pulsations caverneuses.

Comme souvent avec ce type de proposition, il en résulte une dimension quasi-vertigineuse, née de la conjonction des strates sonores, des souffles et de l’ampleur donnée à certaines composantes.

De même, l’Israélien fait le choix de morceaux longs (plus de onze minutes en moyenne), pour permettre à son expression de s’épanouir dans la durée et d’infuser chez l’auditeur. Dans un contexte aussi balisé, on reconnaîtra assurément à Yair Etziony une capacité à présenter cinq morceaux suffisamment différents les uns des autres, offrant ici des simili-vocalises hululantes « (Station 61) », là des caractéristiques plus futuristes (le morceau-titre) ou, là encore, des battements sépulcraux (« Katajonkka », qu’on pourrait rapprocher du son d’un électrocardiographe, surtout quand on apprend que le musicien a passé une semaine à l’hôpital pendant le temps où il écrivait ce nouveau long-format).

Une nouvelle fois, avec Ingress, on pourra donc constater que Yair Etziony maîtrise impeccablement le registre dans lequel il opère, même si on ne conseillera pas nécessairement ce disque à ceux qui sont lassés par l’ambient sombre et étalée sur la longueur.

***1/2

4 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

CFCF: « Liquid Colours »

Caque nouvelle production du parcimonieux Mike Silver est désormais très attendue, et il ne manquera pas de dérouter ceux qui l’avaient catalogué au premier degré des îles électro-exotiques, entre vignettes chill out et guitares baléariques.

Avec Liquid Colors, CFCF rapproche dans un mash up inouï la Muzak d’ascenseur, de spas et d’attente téléphonique avec les rythmes ultra-rapides de genres musicaux déjà datés : la jungle et la drum’n bass ; genres associés, selon lui, à la société du commerce, de l’apparence et de la richesse ; la pochette de l’album ressemblant elle-même à une publicité pour fluides et cosmétiques.

Son propos rejoint celui d’artistes tels que Matthew Herbert ou Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never) dont le travail musical s’articule autour d’une réflexion sur les sons de la consommation, de la pub et de la vidéo-culture.

On est loin des déferlements de percussions de la drum’n bass : l’art de CFCF est d’avoir réussi à intégrer assez harmonieusement ces tapis très légers de rythmiques jungle sur des nappes ambient et des mélodies dont il a le secret. L’ensemble fonctionne parfaitement, même s’il paraît un poil répétitif sur les 16 titres ; car on relève peu de ressources instrumentales, en dehors de la guitare – superbes « Oxygen Lounge » et « Subdivision » – et des orfèvreries de synthés.

***1/2

17 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Tomoyoshi Date + Stijn Hüwels: « Hochu-Ekki-Tou »

À l’instar de nombreux autres musiciens opérant dans une ambient très apaisée, Tomoyoshi Date apprécie les collaborations et travaux en commun. C’est ainsi qu’outre des formations Illuha, et Opitope, le Japonais œuvre aussi, sous son nom propre, sur des albums composés à plusieurs mains. Après celui avec Toshimaru Nakamura et Ken Ikeda, publié en 2013 et relaté sur ces pages, le voici aux côtés de Stijn Hüwels, qu’on a déjà croisé au sein de Silent Vigils. Tout ce petit monde se croise donc, parfois sur les mêmes labels (dont home normal qui, régulièrement trace un pont entre Europe et Japon), pour des disques assez intéressants.

Cette fois-ci, les trois longs morceaux de l’album (dix-sept, vingt-trois et onze minutes) nous mettent face à une ambient minimaliste tout à fait caractéristique de ce registre musical, avec petites touches mélodiques, jeu infime sur les variations et interventions à la limite entre le scintillant et le larsen, présence de quelques notes de clavier bien appuyées et sourdes. La sérénité et le calme qui transpirent de ces compositions n’ont alors d’égal que leur simplicité et leur discrétion (à l’image de l’intitulé du long-format, simple bout-à-bout des intitulés de ces trois morceaux).

 

De même, la dimension perlée des notes de guitare de Tou savent venir cehrcher une belle émotion chez l’auditeur. Ces qualités ne doivent toutefois pas nous conduire à passer sous silence que nous nous trouvons face à quelque chose de très traditionnel, pour qui suit un peu la scène ambient, sans grand bouleversement par rapport à ce qui peut être publié par ailleurs, mais sans fausse note non plus.

***1/2

15 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

9T Antiope & Siavash Amini: « Harmistice »

L’association du duo 9T Antiope formé par Sara Bigdeli Shamloo et Nima Aghiani, et Siavash Amini semble évidente, tant leur approche respective de la musique s’inscrit dans la viscéralité et l’abstraction astrale de sens perdus dans un au-delà tournoyant.

La voix de Sara Bigdeli Shamloo flotte sur des atmosphères aux tensions menaçantes, courants électriques aux décharges inquiétantes, effluves magnétiques d’un chaos gravissant les pentes glissantes d’un futur peint de noir.

Harmistice envoute et enrobe la chair de couches plastiques, asphyxie l’âme sous l’accumulation de peurs vibrantes et de trous percés dans un espace-temps aux courbes instables, flux générés par l’oscillation de mouvements portés par les souffles hantés de mémoires effacées.

***1/2

12 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Bjarki: « Happy Earthday »

Bien qu’il soit l’auteur d’une poignée de disques publiés, le producteur Bjarki considère Happy Earthday comme son premier album en ajoutant que c’est une manière de dire adieu à une certaine musique et à entrer dans une autre.

Vaste programme que ce deuil de l’enfance. Au long des quinze morceaux composant Happy Earthday, le natif de Reykjavik met la focale sur une conscience environnementale grandissante et, à l’image d’une planète en plein changement, chacun des éléments du disque fait sa mue.

Cérébrale, cette production recèle tellement de bonnes idées que Bjarki ne risquera pas d’être assimilé à ces nombreux suiveurs des pionniers Warpiens auxquels il rend néanmoins un hommage quasi-permanent. C’est ainsi les travaux ambient d’Aphex Twin qui peuvent être évoqués sur « Lita Og Leira » alors que l’on pensera plutôt à ses abstractions favorites sur un « (.)_(.) » à la fois acid-jungle et onirique. On ne s’empêchera par ailleurs pas de considérer que les titres des morceaux semblent être un clin d’œil évident à Richard D. James.

Mais les autres pionniers ne sont pas en reste, et les beats étouffés de « Blessuð Börnin » rappellent certaines ambiances chères à Plaid, tandis que « Cereal Rudestorm » évoque un Autechre sous acide et que l’onirisme de « Two Brainedness » autant qu’un « Salty Grautinn » aux polyrythmies cérébrales convoquent l’univers de Boards of Canada.

Bjarki s’affranchit néanmoins de ses aînés et d’autres grands moments – peut-être plus singuliers – jalonnent cette production, d’ »Alone In Sandkassi » avec ses beats abrasifs rythmant une instrumentation rêveuse mâtinée d’irruptions aussi étranges et impromptues que délicates et séduisantes, à un « Happy Screams » oscillant entre ambient et IDM horrifiante, en passant par l’acid granuleuse aux synthétiseurs obscurs de « Bheiv_Sheep « et l’abstract hip-hop fugace d’ « ANa5 » ou, dans un registre plus downtempo, de « Plastic Memories ».

Pont entre son inspiration propre et l’influence du gratin de Warp, Happy Earthday permet à Bjarki de se distinguer des suiveurs en teintant ses compositions d’un incroyable élan de liberté et de vitalité. Et, nous l’avons bien compris, c’est surtout un hommage à son enfance qui guide la démarche de l’Islandais sur cet enregistrement. Et cela fait toute la différence. Car il ne s’agit nullement de copier qui que ce soit mais bien de traduire la manière dont il s’est auparavant imprégné d’un environnement fait de cette planante étrangeté. Et l’opération, parfaitement digérée, permet à Bjarki Rúnar Sigurðarson de confirmer qu’au-delà de GusGus, l’Islande recèle des trésors bien cachés en matière d’électro aventureuse.

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15 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

w. baer: « De Dust2 »

C’est sans doute une des plus belles et plus singulières entrées en matière de musique électronique de ces derniers moi, et pourtant elle semble bien être passée totalement inaperçue.
Mélangeant ambient music, trip-hop et dubstep, De Dust2 renvoie autant aux musiques lentes et poisseuses de l’anglais Tricky qu’aux ambiances froides et désincarnées de groupes comme Zomby ou Burial (« Waking Up Sweet »), et même Borads of Canada (« Go Left ») avec ces voix robotiques et androgynes si particulières, passées par divers effets et ces sonorités électroniques très deep, tantot compressées, tantôt saturées et qui donnent au projet toute sa particularité.


w. baer propose ainsi 9 morceaux sombres et intenses, à l’image du titre « I Was Wrong », comme un cri de solitide, déchirant et bouleversant, lancé dans une nuit noire et glaciale. Grosse claque !

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5 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

My Disco: « Environement »

Le trio australien Myy Disco publie ici son cinquième album, le bien nommé Environment. Les percussions métalliques prennent l’espace de manière rampante, laissant échapper un ronronnement enseveli, qui n’est pas sans évoquer les forces souterraines d’entités envoutantes.

Environment s’approprie la notion d’immensité, de par sa capacité à créer des atmosphères ouvertes sur un cosmos à la profondeur sombre et indicible.

 

On est balancé par les murmures venant se fracasser sur des murs sculpturaux aux bras de matière vibrante, flirtant avec les décharges électriques de Pan Sonic et les dérives épiques de Einstürzende Neubauten, le fantôme de Suicide parcourant l’arrière-plan avec discrétion mais signifiant habilement sa présence. Ici le temps s’habille de silence et de poussière, de minimalisme et d’énergie noire. Captivant.

***1/2

18 mars 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire